#KatiaMeylan

Rédactrice en cheffe de L’Agenda

Katiameylan

Le Malade Imaginaire

Pour la nouvelle année, je vous prescris…

Au centre de la salle de répétition du Cercle Littéraire Yverdon trône un fauteuil, l’iconique fauteuil d’Argan, protagoniste du Malade imaginaire. Ici, la troupe répète entre quatre murs entièrement verts : la superstition n’est pas de mise, apparemment ! La plus célèbre pièce de Molière, s’il en faut, se jouera au Théâtre Benno Besson le 31 décembre et en tout début d’année 2026.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Ce fauteuil-là est un peu plus pimpant que l’original, exposé aujourd’hui à la Comédie Française. Vincent Jaccard, qui interprète Argan et met en scène la pièce, ne compte pas en faire usage plus que de raison. « Quand on lit la pièce en repensant aux circonstances dans lesquelles elle a été écrite, ça fait bizarre », admet-il, faisant référence à la condition de l’auteur. En effet, lorsqu’il écrivait Le Malade imaginaire, Molière souffrait déjà de tuberculose et, quand les représentations débutèrent à Paris en 1673, il ne put tenir le rôle d’Argan que pendant quatre représentations avant de mourir. « On comprend dans le texte qu’il y avait des scènes entières où il n’était pas obligé de bouger. Il était même certainement assis la plupart du temps  », relève Vincent.

Ce choix de mise en scène statique – plus pragmatique qu’artistique, on s’en doute –, Vincent ne l’a pas retenu. Les problèmes de santé de son Argan sont bel et bien imaginaires, et ne lui enlèvent en rien le plaisir rageur de se lancer à la poursuite de sa servante Toinette, vexé lorsque celle-ci fait preuve de plus d’esprit que lui. Quelle jubilation de les voir courir autour du fameux fauteuil, se houspillant mutuellement !

Tout attachée qu’elle soit à ce patriarche, Toinette en est convaincue : « Quand un maître ne songe pas à ce qu’il fait, une servante bien sensée est en droit de le redresser ». Et comme il se trouve qu’effectivement, il ne songe pas à ce qu’il fait (quelle idée, vouloir marier sa fille contre son gré à un jeune médecin pédant ! Et s’apprêter à signer un testament rédigé par un notaire douteux !), elle s’emploiera à le redresser, à coups de stratagèmes costumés.

Le Malade imaginaire, c’est un mariage arrangé et des travestissements de classe, situations chères à Molière, mais aussi une critique de la médecine. Ou plutôt… d’une certaine façon de la pratiquer, note Vincent. « Molière ne critique pas la médecine elle-même, mais le charlatanisme, les personnes qui profitent de la crédulité ou de l’anxiété d’autrui, qui jettent de la poudre aux yeux et n’ont pas la sagesse de garder une certaine humilité face à leur savoir ». Anecdote pour le moins intéressante : le metteur en scène attitré du CLY est médecin dans la vie ! Étonnant d’ailleurs qu’il ne se soit pas penché sur cette pièce si célèbre avant. « En fait, ça fait longtemps que j’ai envie de la jouer, répond-il. Je l’avais relue en pleine pandémie, mais j’ai eu comme l’intuition que ça n’aurait pas été le bon moment. Il y avait tellement de conflits, de controverses… ça n’aurait servi qu’ajouter de l’eau au moulin des conspirationnistes.  Au contraire, ce texte a besoin d’être pris avec beaucoup de recul. »

Le moment est donc venu de s’attaquer à cette pépite du répertoire, que l’humour parcourt bras-dessus bras-dessous avec la critique : ici un bon mot, là du comique de situation, une haute dose d’auto-dérision, ou encore quelques ficelles de la comédie italienne.

Le médecin volant

Le Médecin volant, répétition
Photo de haut de page: Le Malade imaginaire, répétition
Photos: © Dwayne Toyloy

Pour mettre en relief toute la palette d’humour de Molière, le CLY jouera, en première partie, une autre pièce : Le Médecin volant, l’une des premières écrites par l’auteur. Ce court texte aborde également les thématiques du mariage, de la fourberie et de l’identité usurpée, mais dans un tout autre style, celui de la Commedia dell’arte. L’occasion pour la troupe de faire un travail plus physique, sur le masque et le corps. En assistant à une répétition menée par la metteuse en scène Ophélie Steinmann (la Toinette de l’autre pièce), nous y avons découvert avec joie un Sganarelle à l’agilité ultra-vitaminée, un fier Valère à la diction claire et au visage expressif, deux bougres(ses) bourrues, impayables dans leurs manières engoncées d’interagir… ça promet !

Le Malade imaginaire
Du 31 décembre 2025 au 3 janvier 2026
Théâtre Benno Besson, Yverdon
www.cly.ch

Théâtre

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Un américain a paris gtg-gregory_batardon

Un Américain à Paris – comme une envie de fredonner du Gershwin depuis le week-end dernier

Qui ne ressortirait pas du Grand Théâtre avec l’impression de pouvoir se lancer dans une série de cabrioles en pleine rue de la Corraterie ? Que cet Américain à Paris est gai!

Texte de Katia Meylan

Étant donné que j’ai vu le film plusieurs fois et qu’il me restait en tête quelques bribes de souvenirs de la comédie musicale, vue il y a 8 ans à Londres, je savais déjà ce que cette œuvre pouvait offrir. Mais même en sachant ce qui m’attendait, impossible de ne pas être bouche bée devant cette production. Les tableaux dansés sont renversants – et particulièrement exigeants. Quelques indices ne trompent pas, comme le fait que c’est un chorégraphe, Christopher Wheeldon, qui signe la mise en scène, ou que les deux interprètes des rôles titres, Robbie Fairchild et Anna Rose O’Sullivan, sont issu∙e∙s du milieu de la danse classique, respectivement ancien danseur principal du New York City Ballet et danseuse principale en titre du Royal Ballet de Londres.

Si la version scénique fait l’impasse sur la grande fresque dansée d’une quinzaine de minutes qu’on trouve dans le film ainsi que sur les géniaux solos de claquettes à la Gene Kelly et sur les exercices de styles de Leslie Caron, elle ne nous prive toutefois de rien, nous enchante en tout. Pas de deux romantique, chorégraphies d’ensemble narratives ou purement festives, pointes classiques et claquettes jazz, et on a même droit à la kick line avec plumes et paillettes sur Stairway to paradise. *Soupir*. C’était merveilleux.

Un Américain à Paris, Grand Théâtre de Genève.
Photos: Gregory Batardon

Mon enthousiasme m’a fait entrer dans le vif du sujet sans poser le contexte. Je reviens un peu en arrière : Un Américain à Paris, c’est d’abord un poème symphonique composé par George Gershwin qui, en 1951, inspire un film au réalisateur Vincente MinnelliMalgré l’immense succès du film (six Oscars et un Golden Globe), la comédie musicale a attendu 2014 pour être adaptée à la scène. Créée au Théâtre du Châtelet à Paris, elle s’installe à Broadway l’année suivante. En ce moment et jusqu’au 31 décembre, elle est au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène et les chorégraphies originales – et même avec une partie du cast original ! Aux côtés de cette distribution internationale, dans la fosse, on retrouve l’OSR en grand effectif (augmenté, par exemple, d’un accordéon).

Et ce beau monde raconte une histoire qui débute à la fin de la Seconde guerre mondiale, lorsque l’ex G.I. Jerry Mulligan décide de « rater » son train et de rester à Paris pour s’adonner à son métier de peintre. Il rencontre Milo, une riche héritière qui décide de devenir son imprésario, se fait des amis – le pianiste Adam et le chanteur de music-hall Henri – et tombe amoureux de Lise, sans savoir que celle-ci est pratiquement fiancée à Henri.

Là où le film de 1951 ne s’attarde pas sur le sujet de la guerre, peut-être parce qu’elle était encore bien assez présente dans les mémoires et qu’on voulait plutôt l’oublier à force d’amour, de rire et de fêtes, la version de Christopher Wheeldon revient plus explicitement sur le contexte de l’époque. Un tableau dansé montre la foule s’emparer d’une femme – a-t-elle eu une liaison avec un soldat allemand ? Les blessures de la guerre se voient sur Adam, à la fois physiquement et moralement. Les personnages des parents d’Henri, seulement évoqués dans le film pour avoir œuvré dans la résistance, apparaissent la pièce et prennent plus d’importance. C’est toujours une histoire d’amour, mais qui laisse un peu plus de place à chacun pour se raconter. Et à chacune ! Car si dans le film les hommes sont les seuls à chanter, la comédie musicale modifie un peu la playlist pour offrir des chants à Lise et Milo, notamment le pétillant Shall we dance de cette dernière.

J’ai aussi spécialement aimé ce que la mise en scène fait du personnage d’Adam, émouvant en amoureux éconduit, maladroit, intense, franc et lucide. « Qu’est-ce que tu fais dans ma chanson ? » lui demande Henri. Par des mouvements de scène fluides, Adam se retrouve en effet dans la chanson d’Henri, assis au café avec Lise ou dans la chambre de Milo. « I’m George Gershwin ! », lance-t-il du tac au tac pour fermer le clapet à l’un de ses amis. Premier et dernier sur scène, il est un discret fil rouge par son regard, tout comme Gershwin l’est par sa musique.

Tourbillons de couleur, romantisme et haute performance : le Grand Théâtre a bien choisi son cadeau de fin d’année au public !

Un Américain à Paris
Jusqu’au 31 décembre 2025
Grand Théâtre de Genève
www.gtg.ch/saison-25-26/un-americain-a-paris

Comédie Musicale

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Mané - Photo: Coralie Malet

Mané veille sur sa tribu

Sa voix nous a coupé le souffle dans le rôle de la sœur cadette dans le spectacle musical Sorcière créé par Aliose, qui vient de terminer avec succès sa tournée romande. Mané n’en était toutefois pas à son coup d’essai : la musicienne lausannoise trace son chemin artistique depuis une quinzaine d’années déjà. Son style, d’abord inspiré de la pop anglophone, se colore désormais, indomptable, de rouge et de violet lorsqu’elle frappe ou caresse son tambour chamanique.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Mané. Photo: Coralie Malet

Midi sonne à la cloche du collège de Montriond, Mané pointe le bout de son nez en même temps que les rayons du soleil de fin octobre, qui nous permettent de nous assoir dans le parc de Milan. On l’a arrachée pour une heure à son travail administratif, qui prend en ce moment beaucoup de son temps d’artiste. « Mais ça dépend vraiment des semaines. Là j’ai fait deux mois d’admin, mais les semaines qui viennent j’aurai des répétitions, des concerts, et quatre jours de studio ». Un planning réjouissant qui annonce une belle actualité à venir !

Retour sur deux ailes – Londres et Los Angeles

Mané écrit des chansons depuis l’âge de 7 ans et a toujours su qu’elle voudrait faire de la musique son métier. Encouragée par son père à faire une école et n’ayant pas encore cette possibilité en Suisse romande en 2013 (trois ans avant la création du département Jazz & Musiques actuelles de l’HEMU), la Lausannoise s’envole pour un Bachelor à Londres… qu’elle ne poursuivra pas au-delà de la première année, ayant déjà sa petite idée de ce qu’elle attendait d’une formation. « J’ai beaucoup appris, on abordait plein de sujets différents, mais trop en surface. J’avais plutôt besoin d’un accompagnement ciblé. Je suis restée à Londres encore six mois, en coloc avec quatre autres chanteuses, j’ai continué à me former autrement, par des Masterclass ou avec des profs en privé. En Angleterre, quand tu dis que tu es artiste, on ne te demande jamais ce que tu fais à côté ! », sourit Mané au souvenir de cette période de sa vie.

Les années qui suivent, elle se rend plusieurs fois à Los Angeles pour des stages personnalisés ; chant, songwriting, expression scénique, business ou développement artistique. « Là-bas, un de mes rêves était de jouer à l’Hotel Café, où Katie Perry, Adèle et plein d’artistes ont joué à leurs débuts. J’en avais parlé à mes coachs qui m’avaient plutôt conseillé de faire des scènes ouvertes. Mais au fond de moi, c’était quelque chose que j’avais tellement envie de faire… que je me suis dit, bon, je vais leur écrire un mail, au pire ils me disent non. Ils m’ont répondu : ‘On a une place dans dix jours pour 45 minutes de concert sur la scène principale’. Je ne comprends pas ce qui s’est passé, ils ont dû avoir un trou dans le programme, kiffer ce que je faisais… C’était génial ! Ça m’a donné le feu, j’avais la sensation que tout était possible ». Neuf ans plus tard, l’artiste admet ne plus vraiment poursuivre ce ‘rêve américain’ : « Je serais contente d’aller jouer aux États-Unis bien sûr, mais maintenant, je n’ai pas besoin d’aller y vivre. Je me dis que c’est là où je suis que tout est possible ».

S’exprimer

Il semblerait que la sérénité ait trouvé une place où se lover parmi les émotions intérieures de l’artiste – aux côtés de bien d’autres, dont une certaine colère, que Mané dit ressentir en pensant à tout ce que les femmes ont eu à subir depuis des siècles. « Dès 2018, #metoo m’a fait réaliser que c’est cette reprise de pouvoir des femmes qui m’importe et dont j’ai envie de parler. » Le féminisme au sens large, mais aussi la santé mentale et l’identité queer sont également des thématiques qu’elle continue d’explorer dans ses nouveaux titres à venir. « C’est drôle, car avant-hier j’ai donné une masterclass de composition et ça m’a fait réfléchir à l’évolution de mon écriture. Au début, je parlais beaucoup du fait de vouloir réussir dans la musique, du jugement des autres… je parlais de mes histoires d’amour, mais sans mettre de pronom – ou même, je disais he pour ne pas dire she. Le fait d’être ouvertement queer – depuis pas si longtemps, finalement – a aussi libéré quelque chose dans ma musique. »

Une vision

Mané sait où elle va et aborde les étapes pour y arriver les unes après les autres, notamment en s’entourant de musicien∙ne∙s avec qui composer et produire, de coaches en communication et même, tout récemment, d’un label indépendant zurichois, Livana Music. Elle reste aussi consciente de sa propre force. « Je ne vois plus les choses de la même façon. Il y a dix ans, je me focalisais uniquement sur le fait d’atteindre les pros : les radios, les programmateurs… Je voulais qu’on entende ma musique, mais je ne me faisais pas une idée précise de mon public. Maintenant, avec les réseaux sociaux, il y a plus de moyens de toucher les gens. Et c’est ça qui m’importe, en réalité ! », dit celle qui partage régulièrement des encouragements et des petits messages à sa « tribu », n’hésite pas à attirer l’attention d’une star américaine en lui chantant une chanson composée spécialement pour elle, ou à inviter une fan dans son salon pour écouter ensemble un titre en avant-première.

Nul doute que sa tribu grandira sous cette douce aura !

Projet Proxima 2025-2026

Mané est l’une des quatre artistes sélectionné·e·s pour cette saison du Projet Proxima, mis en place par les Docks en soutien à la scène locale.
www.docks.ch/proxima

Concert à L’Amalgame – 7 novembre 2025

Ce vendredi 7 novembre, Mané se produira à L’Amalgame en première partie du duo Marzella. Les trois artistes ont souvent eu l’occasion de partager la scène ces dix dernières années : colocataires à l’époque où elles vivaient à Londres, elles étaient parties en tournées en van en 2017, entre Paris, Berlin et Amsterdam. « Ce concert sera sûrement très émouvant… », prévoit Mané. En effet, cette date à Yverdon marquera le tout dernier concert de Marzella, avant que chacune parte vers de nouvelles aventures artistiques.

Marzella + Mané
Vendredi 7 novembre à 20h
L’Amalgame, Yverdon
www.amalgameclub.ch/evenement/marzella-ch-mane-ch 

Musique actuelle Portrait

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Fragments d'un parcours amoureux

Fragments d’un parcours amoureux

Fragments d’un parcours amoureux de Chloé Barreau, je l’ai vu au CityClub Pully lundi dernier et ses images, ses voix me reviennent constamment depuis. J’ai repensé aux visages caressés par sa caméra, aux fêtes, aux apparts, aux rues et aux bars, à la musique, aux instants de poésie mutuellement offerts, aux coupes courtes décoiffées par le vent, à ce grain particulier de l’image qui immortalisait les trombines des ados des années 90. À toutes ces images qu’on a perdues, à toutes ces images qu’elle a gardées.

Texte de Katia Meylan

Fragments d’un parcours amoureux est une preuve tangible que les sentiments ont existé pour un temps. Depuis ses 16 ans, Chloé Barreau a filmé ses amitiés et ses amours. Des centaines d’heures de rush. En 2016, elle confie à la journaliste Astrid Desmousseaux son désir d’en faire un documentaire, mais, ne trouvant pas les subventions escomptées, remet le projet à plus tard. Elle se frotte à de la retenue, des accusations voilées de narcissisme, notamment. Au fil du temps, le dossier s’enrichit, se complète… Et un jour, Chloé Barreau envoie deux lettres. À deux de ses ex. Aux centaines d’heures d’archives s’ajouteront des dizaines d’heures d’interviews, menés par Astrid Desmousseaux. Douze ex ont accepté de partager leurs souvenirs.
Parler d’amour, ce n’est pas futile. Ce n’est pas anecdotique. Et puis, un élan narcissique inspirerait-il tant de gens à repenser à tant d’autres ?

Depuis lundi dernier, j’ai repensé à Chloé, Sébastien, Jeanne, Laurent, Rebecca, Anne, Ariane, Jean-Philippe, Anna, Bianca, Marina, Marco, Caroline. À toutes ces personnes que le film nous fait rencontrer, à leurs mots, leurs pauses, leurs regards.

Fragments d'un discours amoureux, GALERIE_PORTRAITS

J’ai repensé à ceux qui racontent avec nostalgie, à celles pour qui les souvenirs sont devenus flous, à celles chez qui ils sont encore vibrants. Aux admiratives, aux attendries, aux plus cyniques. À celles qui se livrent et à celles qui se protègent. Chloé ne se protégeait pas du tout. C’est Jeanne qui le dit. (Rectification après avoir vu le film une deuxième fois: c’est Ariane).

J’ai repensé au fait que le public avait ri plusieurs fois lorsque Marco ou Jean-Philippe parlaient à l’écran. Moi aussi, mais je ne savais pas vraiment pourquoi. Le rire avait changé au fil du film, d’amusé il m’a semblé devenir bienveillant, très complice.

J’ai repensé à celles qui interrogent la démarche, enthousiastes ou abasourdies. « On a tous besoin d’un archiviste », affirme Jean-Philippe. « Je trouve ça fou qu’elle s’autorise à demander ça, mais une fois qu’on nous le demande c’est impossible de dire non ». C’est Rebecca, le coin de la lèvre retroussé.

« Je ne suis pas fétichiste de ma biographie », dit-elle encore. J’ai cherché mon carnet dans lequel, à dix-neuf ans, j’avais noté des extraits de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes qui me parlaient. Il y avait beaucoup d’autres choses dans ce carnet, mais je ne le trouve plus. On a tous besoin d’un archiviste.

J’ai pensé aux personnes qui sont restées proches de Chloé et à celles qu’elle n’a plus jamais revues.

J’ai pensé à Lucian et à Arnaud.

J’ai pensé à l’ex qui n’avait pas accepté d’être dans le film. Astrid Desmousseaux nous a dit, lors du bord de scène après la projection du CityClub lundi dernier, que Chloé et lui avaient repris contact depuis et étaient redevenus amis. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a beaucoup plu.

J’ai pensé aux ex à qui Chloé n’avait peut-être pas proposé de figurer dans le film. Je ne sais pas s’il y en a. Est-ce que parfois, on a tous cette impression de ne pas avoir compté ?

Je me suis demandé à quoi ressemblerait le film de Bianca, de Caroline ou de Marina.

Je me suis demandé qui serait dans mon film à moi. Et si mes ex m’écrivaient une lettre pour me proposer d’être dans leur film, à eux, qu’est-ce que j’y dirais ?

J’ai pensé à ma chance, et à celles qui ne peuvent pas repenser à toutes leurs anciennes relations avec amour et nostalgie, parce que la violence avait dépassé les bornes.

J’ai repensé à la dédicace « À Valentina M. » dans les crédits. Je sais à qui je dédicacerais une preuve d’amour.

Autant de pensées en « je », tournées vers les autres. Des fragments, elles aussi. Fragments de verre encore coupants ou déjà polis, embellis par le temps. Qu’en fait-on quand ils miroitent là, devant soi ? Il faut en faire quelque chose.

Fragments d’un parcours amoureux
De Chloé Barreaux

Projections à venir :

CityClub Pully
– lundi 20 octobre à 20h
– jeudi 23 octobre à 20h15
– vendredi 24 octobre à 18h
– dimanche 26 octobre à 16h
– mardi 28 octobre à 20h

Les Cinémas du Grütli
– mardi 21 octobre à 19h
– jeudi 23 octobre 14h

Chronique Cinéma

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Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay – Un oiseau de bonheur dans le Lavaux

Animée par l’ouverture d’esprit de la paroisse de Bourg-en-Lavaux, qui a choisi « une femme d’origine iranienne de confession non protestante en tant qu’organiste titulaire », la pianiste Layla Ramezan a fondé dans la région les Rencontres Musicales Homay. Après une première édition réussie en 2023, le festival rassemblera du 7 au 9 novembre prochain des musicien∙ne∙s de haut vol dans trois dialogues intimistes, qui traverseront les cultures et les siècles.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’ouverture comme une évidence

C’est un peu l’histoire de sa vie que joue Layla Ramezan dans ses projets artistiques. Assises à une terrasse à Ouchy, elle nous raconte que son parcours l’a poussée à s’ouvrir constamment à la découverte. « Quand j’étais petite, en Iran, il n’y avait pas de conservatoire, la musique s’étudiait en cachette. Mon professeur de piano était un compositeur et moi, en tant qu’enfant qui n’avait pas encore la culture de la musique classique, j’ai joué autant ses compositions à lui que Bach et Beethoven, sans préjugés. Sans m’en rendre compte, je baignais dès le départ dans une ambiance de création ». En 2000, à 17 ans, Layla Ramezan quitte Téhéran. Faute de visa pour les États-Unis, où s’en vont la plupart de ses connaissances, elle choisira d’étudier à l’École Normale de Musique de Paris, avant de venir s’établir en Suisse, huit ans plus tard. « J’ai vécu la première moitié de ma vie en Iran, et en arrivant en Europe, j’ai dû m’ouvrir, m’intéresser, m’adapter. Je suis un mélange de culture et j’ai été inspirée tant par l’une que par l’autre. »

Layla Ramezan

Layla Ramezan lors de notre rencontre à Lausanne, septembre 25

Façonnées à son image, les Rencontres Musicales Homay aspirent donc à faire dialoguer les traditions musicales, à laisser les artistes trouver leur espace de liberté et d’expression. « Le monde parait très grand, chaque culture a ses racines mais les limites sont fines. Je pense que l’on ne trouve vraiment son identité que lorsqu’on enlève les barrières, lorsqu’on parle une langue universelle. C’est à ce moment-là que nous sommes le plus proches de nous-mêmes. », prêche Layla de sa voix douce.

Des artistes en phase

Cette année, les trois concerts au programme, faisant la part belle à la création, seront liés par les thématiques de la terre et du folklore. Ils prendront place dans le cadre intimiste de différents lieux de culte de Cully et Villette, et offriront la possibilité au public de partager un verre de l’amitié au cœur des vignes avec des artistes de renommée internationale.

Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay 2023. Photo: Loan Nguyen

Le samedi 8 novembre à 20h au Temple de Cully, le compositeur Blaise Ubaldini, co-fondateur des Rencontres Musicales Homay, fera interagir en live ses improvisations électroniques et ses textes inspirés par la région au Lavaux avec des œuvres de Couperin, Bartók ou encore Liszt, jouées par Cédric Pescia au piano. Le dimanche 9 novembre à 17h à l’église Catholique de Cully, le contrebassiste Renaud Garcia‑Fons et la luthiste Claire Antonini, pointures du monde baroque, dialogueront entre musique du 17e siècle, jazz et musique orientale.

Untold Stories

Un rendez-vous très particulier sera celui du vendredi 7 novembre à 20h au Temple de Villette. Ce concert intitulé « Untold stories » propose un programme rarement  – voire jamais – entendu dans la région. Pour ce concert, Layla Ramezan s’est entourée de la compositrice et multi-instrumentiste américaine Kaley Lane Eaton et de son compagnon Rian Souleles, Grec d’origine et joueur de bouzouki. Leur programme, élaboré à trois, réunira la musique contemporaine expérimentale, celle de compositeurs afro-américains ainsi que la folk rurale de Kaley Lane Eaton, inspirée par Björk ou Kate Bush.

« Jai rencontré une Amérique extrêmement ouverte à dautres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques ».

Ce trio inattendu s’était rencontré en avril 2024, lors d’une tournée de Layla Ramezan aux États-Unis. « Ce voyage m’avait fait découvrir les USA », témoigne Layla. « Le public, la diversité musicale, les compositeurs : tout était pour moi une immense découverte. J’étais familiarisée avec la musique contemporaine américaine, avec les ‘extended techniques’ des compositeurs comme John Cage et George Crump, mais je ne connaissais pas du tout le répertoire afro-américain, par exemple. Il y a un tel amour dans ces traditions, un tel mysticisme ! » s’émerveille-t-elle à nous raconter. « Là-bas, j’ai aussi été très surprise par la réceptivité du public à ce que je proposais. J’ai rencontré une Amérique extrêmement ouverte sur d’autres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques. Ça fait partie de notre travail, nous les artistes, de montrer que d’autres réalités existent ». Ainsi, durant sa résidence, Layla rencontre Kaley Lane Eaton et l’idée d’un projet commun émerge. « Kaley elle a tout de suite été très enthousiaste à l’idée de venir en Suisse partager son amour pour son pays, au-delà des préjugés et d’une situation politique qui la fait souffrir ». À Villette, le duo folk formé par Kaley Lane Eaton et Rian Souleles partagera la scène avec Layla Ramezan, dans des arrangements créés spécialement pour voix, banjo, bouzouki et piano.

Comme un oiseau de bonne augure, le festival étendra ses ailes de paix sur le Lavaux.

Les Rencontres Musicales Homay
Du 7 au 9 novembre 2025
Cully et Villette, Bourg-en-Lavaux
www.homay.ch/festival

Billetterie: www.monbillet.ch

100 ans de musique iranienne pour piano

Un autre projet personnel qui occupe Layla Ramezan depuis maintenant 10 ans est sa recherche de répertoire perse inédit pour piano. Sur 4 albums de prévus au total, 2 sont déjà sortis. Le 3e opus, qu’elle enregistrera en décembre, présentera une commande à deux jeunes compositeur∙ice∙s d’après La Conférence des oiseaux, une œuvre de littérature mondiale du poète soufi Farid al-Din Attar. Pour enrichir le voyage, Layla a récolté des sons de Téhéran, leur ville natale à tous les trois, qui se feront entendre dans l’album.

www.laylaramezan.com

Classique et opéra Festival

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Louis Schwizgebel

Louis Schwizgebel et l’orchestre, les yeux dans les yeux

Un pianiste qui joue un concerto tout en dirigeant l’orchestre, ça ne court pas les rues, et c’est rue de Montbrillant à Genève qu’on a rencontré Louis Schwizgebel. Pour ce soliste à la carrière internationale, le joué/dirigé est une passion qui s’est révélée il y a près de huit ans. Il nous en parle avant son concert du 15 octobre au Victoria Hall, dans le cadre de la série Concertus Saisonnus.

Propos recueillis par Katia Meylan

Katia, pour L’Agenda : Quand as-tu commencé à t’intéresser au joué/dirigé ?

Louis Schwizgebel : La première fois c’était en 2018, j’avais eu la possibilité de jouer un concerto au Victoria Hall avec l’Académie Menuhin, sans qu’il y ait de chef d’orchestre. J’avais essayé timidement de diriger et j’avais adoré. Je me suis vite rendu compte que c’était technique, alors j’ai décidé de prendre des masterclass avec des chefs et à apprendre par moi-même. La direction seule est quelque chose que j’ai développé ces dernières années, mais en ce moment, ma grande passion c’est vraiment de jouer/diriger.

Quel∙le∙s musicien∙ne∙s t’ont inspiré dans ce processus ?

Je pense que l’envie de diriger passe par l’esprit de beaucoup de musiciens, ça nous fait tous un peu rêver,… et pourtant, si on regarde le programme du Victoria Hall, par exemple, on constate que jouer/diriger n’est pas si courant que ça. Une de mes inspirations est Christian Zacharias, qui fait ça magnifiquement depuis toujours et que j’admire beaucoup.

Quel est le plus grand défi à ton avis ?

Le fait qu’on puisse s’entrainer chez soi, mais qu’on apprenne réellement que devant un orchestre. Alors à moins d’avoir toujours un orchestre sous la main (sourire), une fois devant les musiciens, il faut capter vite. Chaque orchestre est différent, c’est une des choses qui me fascine dans la direction. Il n’y a pas de clé, de recette, de calcul. C’est quelque chose d’un peu magique, une sorte de feeling, d’aptitude à trouver ce dont l’orchestre a besoin sur le moment. Cet été je suis parti en tournée avec l’Orchestre des Jeunes de Fribourg, c’était l’idéal car un orchestre de jeunes a beaucoup de répétitions. Avec leur chef titulaire, on s’était mis d’accord sur le fait que je serai présent dès le début, pour apprendre au maximum.

Louis direction

Est-ce que jouer/diriger a fait évoluer ta compréhension de la musique en tant que pianiste ?

Bien sûr ! Le fait d’étudier des répertoires d’orchestre m’ouvre énormément d’horizons. Les pièces écrites pour piano étaient souvent des esquisses ou des réductions de pièces symphoniques ; je les vois autrement maintenant, en « plus grand ». Selon les sections, j’entends différents instruments: les vents, les cordes, la timbale… ça cultive mon imagination et donc, je joue différemment.

La musique se ressent-elle différemment dans le corps aussi, en position de soliste/chef ?

C’est un grand changement. C’est drôle, mais je suis plus stressé d’être « juste » soliste, car je suis au centre de l’attention, je suis comme dans une bulle, à me concentrer sur ce que je joue. Alors qu’en jouant/dirigeant, je suis une partie d’un tout. Psychologiquement, être occupé à penser à tout le monde me fait oublier le stress.

Et qu’en est-il de la dynamique de groupe ?

Ça… c’est le summum ! Le contact avec les musiciens est plus direct, je mets le piano face à l’orchestre, façon musique de chambre. En jouant j’indique le rythme à suivre, et je dirige avec la tête, avec une main, selon les cas. Quand on pense au chef, on imagine une baguette et des gestes, mais en réalité, ça tient beaucoup plus du regard et la respiration. Lorsqu’un soliste dirige, j’ai l’impression que les musiciens sont plus attentifs, s’écoutent mieux entre eux. Il n’y a pas d’« entremetteur », chacun a une plus grande part de responsabilité dans le fait d’être ensemble. 

Still de la vidéo de Luka Kobidze
Double concerto de Poulenc,
Tbilisi Conservatoire Grand Hall, 23 juillet 2024

Est-ce que tu as pratiqué le joué/dirigé avec différents répertoire, et est-ce que certaines œuvres sont plus indiquées que d’autres ?

S’attaquer à un concerto de Brahms, Grieg ou Rachmaninov en joué/dirigé est possible, mais c’est très rarement fait, c’est surtout une prouesse de scène. Cela dit… l’année passée, j’ai joué/dirigé le double concerto de Poulenc avec le pianiste David Aladashvili. On s’est bien amusés ! Mais ça nécessite d’être bien préparé, de connaitre tout ce qui se passe dans l’orchestre, et aussi d’être créatif – j’avais écrit des arrangements. Quand la préparation est là, rien n’est impossible ! Mais avant la période Romantique, il y a tout un répertoire plus propice au joué/dirigé, qui se fait très naturellement. Mozart ou Beethoven écrivaient leurs concertos pour les jouer et les diriger.

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C’est d’ailleurs le Concerto n° 20 en ré mineur de Mozart que Louis Schwizgebel interprétera au piano et à la direction d’orchestre au Victoria Hall le 15 octobre. En deuxième partie de concert, il sera « uniquement » chef, devant un ensemble d’une trentaine de musicien∙ne∙s, pour la Symphonie Jupiter, la dernière écrite par Mozart.

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Dates à venir :

Mozart, Concerto n. 20 et Symphonie « Jupiter »
Orchestre Concertus
Direction et piano : Louis Schwizgebel
Mercredi 15 octobre 2025 à 19h30
Victoria Hall, Genève  

Beethoven, intégrale des concertos avec piano (5, dernier concert)
Orchestre des Jeunes de Fribourg et Teo Gheorghiu, piano
Direction : Louis Schwizgebel
Dimanche 26 octobre 2025 à 17h
Église de Villars-sur-Glâne, Fribourg  

www.louisschwizgebel.com

Classique et opéra

Louis Schwizgebel et l’orchestre, les yeux dans les yeux Lire la suite »

Marcin Zdunik (2)

Marcin Zdunik – La beauté dans la simplicité

À quelques semaines de sa venue au Festival Chopin Genève, pour lequel il jouera en concert de clôture avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz, le violoncelliste Marcin Zdunik nous a accordé une interview en direct de Varsovie.

Propos recueillis et traduits par Katia Meylan

C’est un Marcin Zdunik en mouvement que nous rencontrons à l’autre bout du fil, mi-septembre. Arpentant la pièce, tout sourire, il nous confie qu’il vient de terminer la composition d’un oratorio de 45 minutes pour deux chœurs et orchestre, livré – juste à temps – à l’institution commanditaire. Avant sa venue à Genève, il devait penser ensuite au Concerto pour violoncelle en la mineur de Schumann, qu’il jouait deux jours plus tard avec le Cavatina Philharmonic Orchestra. Une vie remplie que celle de soliste ! Ouf : il finit par s’arrêter quelques minutes sur son balcon, au soleil.

Marcin Zdunik

↑ Marcin Zdunik en appel vidéo avec nous :)

L’Agenda : Le Festival Chopin sera votre premier concert à Genève, et également la première fois que vous jouerez avec Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz. Comment préparez-vous habituellement vos “première rencontre” ?

Marcin Zdunik : En musique de chambre, avant de se connaitre, on ne sait pas encore l’interprétation qui surgira d’une répétition. L’important est de se préparer à plusieurs options d’interprétation, d’être ouvert à ce que notre vision de certaines phrases se trouve changée. C’est ça qui est excitant ! Après avoir joué le répertoire de Chopin tant de fois dans ma vie, après l’avoir enregistré, j’en ai indéniablement une certaine vision. Mais jouer avec des musiciens que je n’ai jamais rencontrés me force à chercher d’autres solutions. C’est lorsque je me mets à la recherche de quelque chose de nouveau en moi que je me développe. Je me réjouis beaucoup de ce processus !

Le temps de répétition avant un concert est souvent plutôt court, est-ce que ça vous laisse le temps nécessaire ?

Par chance, Pawel sera bientôt à Varsovie quelques jours, ce qui nous donnera l’occasion de nous préparer plus longuement. On s’est dit qu’avec un répertoire si complexe, ce serait trop “tricky” de n’avoir qu’un seul jour de répétition. La Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano, particulièrement, serait presque impossible à jouer en un jour – ou alors, le résultat serait discutable. C’est une pièce qui, à son époque, était avant-gardiste ; quand Chopin l’a composée, il craignait de ne pas être compris par le public en France. Lui et son collègue violoncelliste Auguste Franchomme n’avaient d’ailleurs pas joué le premier mouvement en France pour cette raison. Ça en dit beaucoup sur la complexité de cette musique, sa singularité. Par conséquent, en tant qu’interprète, ça demande de trouver comment en raconter toutes les histoires. On prendra notre temps pour le faire ici à Varsovie, et ainsi on aura aussi plus de temps à Genève un jour avant le concert pour répéter le trio avec Olivia.

Quelles configurations privilégiez-vous dans vos collaborations ? Les collègues de longues dates ou les nouvelles rencontres ?

J’essaie de trouver l’équilibre. De rencontrer à la fois de nouvelles personnes sur certains projets, et en parallèle, de développer une vision sur le long terme. J’ai un trio avec lequel je joue depuis longtemps, nous nous connaissons par cœur, on improvise, on trouve un chemin sans avoir besoin de parler. Ce genre d’amitiés musicales sont fructueuses, elles sont ce qui nous permet de pousser plus loin notre vision du répertoire.

Et… êtes-vous bon équilibriste ?

Oui, je crois que pour moi ça se fait naturellement. Ma vie de musicien me plait, me permet de combiner mes activités de soliste, de musicien de chambre, de compositeur, d’improvisateur… Je n’aimerais pas être enfermé dans une case.

Vous êtes aussi enseignant à la Fryderyk Chopin Music University. Y a-t-il un sujet de discussion récurrent que vous abordez avec vos élèves à propos de Chopin ?

Oui, on a notamment des discussions inspirantes sur le rôle des instruments. Chopin n’était pas violoncelliste, et quand il composait pour piano et violoncelle, il bénéficiait de l’aide de son ami Auguste Franchomme. Personnellement je trouve les parties de violoncelle très bien écrites ! Leur particularité, si on les compare aux sonates allemandes de Beethoven ou Brahms, est de ne pas faire jouer la même structure, la même matière aux deux instruments, mais d’être attentif aux caractéristiques de chacun. Chopin les mène dans des directions complètement différentes. Le violoncelle est chantant, touchant, il n’a pas besoin de briller de façon virtuose comme le piano.

Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?

Beaucoup d’expérience, beaucoup d’écoute aussi. Même si j’ai entendu les pièces de Chopin un nombre incalculable de fois, à chaque fois que je les joue, je redécouvre en elles quelque chose de nouveau. Sa musique est profonde et complexe, elle comporte tant de détails… C’est ce qui fait son génie. Ce qui apporte beaucoup aussi est de se pencher sur le contexte, les inspirations du compositeur. Écoutez de la musique traditionnelle polonaise, mais pas uniquement : les sonates, par exemple, se réfèrent plus à Schumann et à Beethoven qu’à la musique folklorique. Chopin fréquentait les salons, les fêtes dans lesquelles les compositeurs s’amusaient à rivaliser en improvisant sur les airs d’opéras les plus connus. C’est tout un contexte qui enrichit la compréhension de son œuvre.

Le 12 octobre au Festival Chopin, vous allez jouer quatre pièces que vous avez enregistrées en 2021 dans votre album Chopin Chamber Music, avec Szymon Nehring et Ryszard Groblewski. Comment ces pièces évoluent-elles au fur et à mesure du temps ?

C’est difficile à dire précisément, car à chaque fois qu’on joue, la musique change avec nous. Mais je pense qu’une des constantes est que je tends à épurer. Au début, j’étais tout enthousiasmé par la musique de Chopin et je cherchais à faire des phrasés spéciaux, je cherchais des “solutions” originales. Plus je joue, plus je reviens à quelque chose de simple. Je découvre la beauté dans la simplicité.

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Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve

Marcin Zdunik jouera avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

Classique et opéra Festival

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Olivia Jacobson

Olivia Vilmart-Jacobson: prédestinée à Chopin par une cassette audio

Vaste est le répertoire pour une musicienne qui se lance dans la musique de chambre, et nombreux sont les ensembles à cordes. Dans ce champ infini des possibles, le Quintette Éphémère, mené par la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson, est l’un des très rares à se spécialiser dans l’accompagnement de la musique orchestrale de Chopin en version de chambre, dans des partitions écrites par le compositeur lui-même. Logique et inévitablement naturel, dira-t-on, car Olivia n’est autre que la fille d’Aldona Budrewicz-Jacobson, fondatrice du Festival Chopin Genève dont la 28e édition se tiendra du 2 au 12 octobre 2025. Interview d’une violoniste biberonnée à la musique polonaise.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’Agenda: Votre maman a fondé le Festival Chopin en 1997, alors que vous aviez douze ans. Est-ce qu’un∙e compositeur∙ice peut « rivaliser » avec Chopin dans votre cœur de musicienne ?

Olivia Vilmart-Jacobson : Comme j’ai été bercée depuis toujours par la musique polonaise, Chopin et le répertoire pianistique, c’était naturel de m’y intéresser. Mais ma passion première reste le répertoire pour violon, car je suis violoniste avant tout (sourire) ! Pour moi, ces mondes ne sont pas en « rivalité », ils se complètent. J’ai un plaisir fou autant à jouer les accompagnements pour cordes de Chopin que les grands concertos pour violon, la musique de chambre en sonate ou les sonates et partitas de Bach pour violon seul. J’aime aussi m’intéresser à d’autres manières, moins classiques, d’approcher les différents répertoires. C’est pour ça que j’ai fondé Les Archets du Léman en 2019 : on a donné des concerts en collaboration avec des écrivains, des comédiens, des chanteurs d’oiseaux, et même des mathématiciens.

Est-ce que vous vous souvenez de la première édition du Festival Chopin à laquelle vous avez participé ?

Je m’en souviens, car c’était la toute première ! J’étais là depuis le départ. D’abord pour distribuer des programmes, aider dans les coulisses… Au début, on fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a ! Ma maman est partie de très peu. Je suis en admiration devant ce qu’elle a su créer. Le Festival Chopin, c’est son troisième bébé, après ma sœur et moi (rire).

Toute jeune olivia

Une toute jeune Olivia Vilmart-Jacobson (à droite).

Et depuis dix ans, vous y jouez vous aussi en tant qu’artiste, à la tête du Quintette Éphémère.

L’expérience a même commencé en 2012, mais pas encore sous ce nom-là. J’avais monté un quintette pour accompagner les élèves des masterclasses. Au début, ça a été difficile de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. J’ai persévéré, et en 2015, j’ai trouvé Elsa Camille Sapin, mon « bras gauche » si je peux dire, et Giuseppe Russo Rossi à l’alto et Florestan Darbellay au violoncelle, qui sont là depuis le début aussi. Les contrebassistes Samuele Sciancalepore et Massimo Pinca s’alternent selon les projets, et l’altiste Sarah Chenaf nous a rejoints il y a peu. Chacun a une carrière bien remplie de son côté, mais on arrive toujours à se retrouver pour ce projet et avec tellement de plaisir à jouer ensemble.

Une belle longévité, comme si le nom du quintette avait conjuré le sort !

Oui, à l’époque, je ne savais pas combien de temps ça allait durer. En choisissant ce nom pour le quintette, j’ai surtout pensé au fait qu’on jouait ensemble à ce moment-là, ici et maintenant, dans l’instant présent – éphémère. Et pourtant, aujourd’hui, nous avons dix ans d’activité!

Dans ce contexte, vous vous êtes spécialisé∙e∙s dans l’accompagnement pour cordes de la musique concertante de Chopin. Quel est votre lien à ce répertoire ?

Quand j’étais enfant, je devais avoir 9-10 ans, j’allais à Sion prendre des cours chez Tibor Varga, on faisait le trajet tous les week-ends, soit avec ma mère, soit avec mon papa. Avec ma mère, pendant le trajet, on avait UNE cassette audio, un enregistrement des concertos de Chopin en version de chambre, joué par Marek Drewnowski et son quintette, qu’on écoutait en boucle. Il s’agissait du premier enregistrement au monde de ces concertos en version de chambre, et c’était d’ailleurs l’idée de Marek Drewnowski de les enregistrer. On n’arrivait pas à décider lequel on préférait, le n°1 ou le n°2, d’ailleurs on n’a jamais décidé. En réfléchissant, je crois que j’ai découvert ces concertos en version de chambre avant même d’entendre les versions orchestrales. C’est drôle de penser que par la suite, Marek Drewnowski a été le tout premier pianiste à jouer au Festival Chopin, qu’il est devenu un ami de la famille et que, presque trente ans plus tard, je joue régulièrement avec son fils Michal !

Est-ce qu’un∙e pianiste invité∙e au festival vous a laissé un souvenir particulièrement marquant ?

Plusieurs… Évidemment, certains musiciens nous touchent plus que d’autres. Il y a eu un récital de Krzysztof Jablonski pendant lequel j’ai été submergée, le souffle coupé.

Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?

Une sensibilité au folklore polonais et – sans même forcément la parler – une sensibilité à la rythmique et à la mélodie de la langue polonaise. Ça aide à faire des phrasés qui ont du sens. Je l’entends, quand quelqu’un est sensible ou non à cette mélodie. 

En concert d’ouverture, votre quintette va interpréter avec Leonora Armellini la Grande fantaisie sur des airs polonais et le Rondo à la Krakowiak , que vous aviez joué avec François Dumont en 2021. J’imagine que le quintette s’adapte aux propositions des solistes ?

Exactement. On a hâte de rejouer pour la deuxième fois ce répertoire, qu’on joue beaucoup moins souvent que les concertos ! François Dumont nous avait proposé sa version qui, à mon sens, était magnifique, et on se réjouit de découvrir celle de Leonora. On se retrouve toujours face à d’autres interprétations, ça demande d’être à l’écoute les uns des autres, à l’écoute du soliste, beaucoup de souplesse de jeu et de réactivité. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet… (sourire mutin). Lorsqu’on a joué le Concerto en fa mineur l’année dernière avec Michal Drewnowski, il est arrivé à la répétition avec l’envie de proposer une interprétation différente de toutes celles qu’il avait jamais pu faire ou entendre. Il a joué presque sans aucun rubato, alors j’ai laissé de côté ma partition où j’avais noté les rubatos de tous les autres pianistes depuis dix ans et j’en ai repris une nouvelle, totalement vierge. On est arrivés le soir du concert… et là, avec l’adrénaline, le background de son père, le sien, le contexte de la musique polonaise je pense… il a commencé à jouer avec tous les rubatos possibles et imaginables ! On s’est regardés avec mes collègues du quintette, et on a tout de suite compris ce qu’il allait faire et ce qu’il fallait faire, même si cela n’avait rien à voir avec ce que l’on avait répété. À la fin du concert, on en a discuté avec Michal et on en a tellement ri. Ces rencontres, à travers le quintette éphémère et ses expériences musicales singulières, sont avant tout une véritable aventure humaine !

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Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve

Le Quintette Éphémère jouera avec la pianiste Leonora Armellini lors du concert d’ouverture, le 2 octobre à 20h au Conservatoire de Genève.

Olivia Vilmart-Jacobson jouera avec le violoncelliste Marcin Zdunik et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

Classique et opéra

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Fabienne Dubosson

Interview de Fabienne Dubosson, lauréate du Concours d’écriture 2025

Quelques jours avant la lecture publique des textes du Concours d’écriture de L’Agenda, on rencontre Fabienne Dubosson, lauréate de cette édition 2025.

Pour lire le texte de Fabienne Dubosson,
rendez-vous sur cette page  

Nombre de textes reçus lors de cette édition sur la thématique «Beaucoup de bruit pour rien» racontaient les histoires de celles et ceux qui s’agitent, s’imaginent, s’inquiètent… pour rien. Dans sa nouvelle toute en émotion, Fabienne Dubosson raconte un instant charnière de la vie d’un couple. Elle choisit de faire tenir toute une vie dans ce « rien » que suggérait le titre, une vie tantôt agressée tantôt caressée de sons, ciselés dans la forme comme dans le fond. 

Autour d’un café froid non loin de la gare de Chêne-Bourg, notre interlocutrice nous confie son lien à l’écriture et ses habitudes de lectrice : une passion trop longtemps laissée de côté, une admiration pour Ramuz et une légère tendance à multiplier les romans entamés.

Interview : Katia Meylan

Quelle place prend l’écriture dans votre quotidien ?

Fabienne Dubosson : Je suis traductrice pour une organisation internationale, donc j’écris toute la journée, mais des textes peu créatifs, avec des terminologies précises à respecter. Quand j’ai vu passer l’annonce du concours, je me suis rappelé qu’il fut un temps où j’écrivais pour moi. J’étais l’ado qui écrivait des poèmes dans ses cahiers d’école et plus tard, pendant ma vingtaine, quand les blogs ont commencé à apparaitre, je postais des textes sur le mien. J’aimais bien les formats courts. Ça faisait une quinzaine d’années que je n’avais rien écrit de personnel, car c’est aussi une question de temps, et dans mon temps libre, je suis souvent tentée de lire plutôt que d’écrire ! Mais j’ai réalisé que ça m’avait manqué.

Qu’est-ce qui vous a encouragée à participer au concours d’écriture de L’Agenda ?

Au début, le thème ne m’a pas parlé. Je suis restée devant ce « Beaucoup de bruit pour rien » à me demander ce que ça m’inspirait… Puis, au mois de mai, je suis partie quelques jours en Gruyère ; pendant une journée où il a fait un temps affreux, j’y ai réfléchi à nouveau, et une image cinématographique est apparue dans ma tête. C’était le couple de mon histoire, assis dans la voiture. Et c’est parti comme ça. J’ai eu envie de me projeter dans ces deux personnages, j’y ai mis beaucoup d’émotions personnelles, de mon expérience de proche aidante. Je ne sais pas ce que ressent une personne malade, mais je sais ce que c’est d’être à côté, d’avoir peur, de s’accrocher. D’avoir des souvenirs, des bruits qui reviennent.

Pour vous, l’écriture est plutôt cérébrale, musicale, visuelle ou sensorielle ?

Musicale.

Êtes-vous plutôt du genre à tout écrire d’une traite, ou à revenir sur vos pas ?

Une fois que j’ai terminé un texte, j’ai l’impression que « c’est bon »… Mais en relisant, je trouve toujours plein de choses à changer, je reviens dix fois sur une phrase jusqu’à trouver la bonne forme, un peu comme de la sculpture. Je retrouve ce sentiment de fierté dans la traduction, quand l’anglais est particulièrement difficile et que je trouve une solution.

Est-ce que vous avez fait relire votre nouvelle à quelqu’un avant de l’envoyer ?

Non ! Je n’ai pas osé, en fait. Je n’ai même pas osé en parler, jusqu’à ce que je reçoive le résultat ! J’ai toujours une sorte de pudeur sur mes textes vis-à-vis des gens qui me connaissent.

Où trouvez-vous l’inspiration ?

Mes lectures de romans en anglais et en français me nourrissent beaucoup. Comme ce sont mes livres, je me permets d’y inscrire des petites notes, je relève les phrases que je trouve belles, les sens qui résonnent.

Quelle lectrice êtes-vous ?

Une lectrice lente, et en plus, je commence plusieurs livres en parallèle. En ce moment, je dois en avoir trois en cours – sans compter celui que j’enregistre pour la Bibliothèque Sonore Romande en tant que lectrice bénévole. Parfois, je me donne l’interdiction de recommencer un roman tant que je n’en ai pas fini un autre !

Comment élisez-vous votre prochaine lecture ?

Difficile, il y a tellement de choses à lire. Mais je peux citer deux auteurs dont je lis tout : Jean-Philippe Toussaint, qui sort volontiers un livre par année – c’est un de mes auteurs préférés, pour son cynisme, son style léger et très fin ; et Patrick Deville, dont j’adore la façon de partir dans toutes les directions. J’ai l’impression que son cerveau fonctionne comme le mien, avec un petit trouble de l’attention (sourire). Sinon, chaque année, j’ambitionne de réussir à lire Proust.

Quel livre n’allez-vous probablement jamais lire ?

Des livres dont on m’avait dit beaucoup de bien et dont, en les commençant, je me suis dit « ça ne va pas être possible ». Des auteurs comme Dan Brown, par exemple, ou Joël Dicker, ne me parlent pas du tout. Mais je reconnais volontiers qu’ils puissent plaire à beaucoup de monde et que c’est une question de goûts !

Quel est le livre que vous avez le plus lu ?

« Si le soleil ne revenait pas », de Ramuz. C’est un livre que j’essaie de relire une fois par année. Ce qui me touche chez Ramuz, c’est sa façon de parler des gens simples, de dépeindre leurs passions infinies.

De quoi vous êtes-vous déjà dit « j’aurais aimé que ce soit de moi » ?

Une phrase de Ramuz, d’ailleurs, que je trouve très juste :  « C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau » [ndrl, du recueil « Les femmes dans les vignes et autres nouvelles »]. J’aime aussi une réplique dite par André Dussollier dans son rôle de psychiatre de prison [ndlr, dans le film « Tais-toi ! » de Francis Veber], qui me fait toujours rire – mais qui est peut-être moins adaptée. « C’est un asile de fous, pas un asile de cons. Il faudrait construire des asiles de cons, mais vous imaginez un peu la taille des bâtiments. »

Quelle est votre bonne résolution pour cette rentrée culturelle 2025-2026 ?

Ah ! Aller plus souvent au cinéma. J’ai ma carte de remise pour les cinémas indépendants de Genève, pourtant, mais je ne prends pas assez le temps d’y aller. C’est précieux, d’avoir ces cinémas indépendants qui programment des cycles, qui font découvrir des pépites… Surtout maintenant qu’on est envahi par des films avec un gros casting, un gros budget, mais pas forcément de bonne qualité.

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Fabienne Dubosson lira sa nouvelle « Beaucoup de bruit pour rien » aux côtés des autres lauréat∙e∙s du concours d’écriture 2025, dans le cadre de la Scène Ouverte de La Maison du Récit.

Scène Ouverte n°1
Lundi 8 septembre à 19h
Brasserie de Béthusy, Lausanne
www.lamaisondurecit.ch/agenda

Littérature

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Greatest Showman

The Greatest Showman – Au fond, quel est le plus grand des spectacles ?

The Greatest Showman, sorti au cinéma en 2017, fait partie de ces films qui ont contribué à populariser la comédie musicale au-delà des cercles de convaincus. Ses chansons sont des concentrés d’adrénaline feel-good qui restent en tête, son énergie est rassembleuse. Mais Phineas Taylor Barnum, l’entrepreneur dont s’inspire l’histoire, avait-il un profil aussi « Disney » que le film veut bien nous faire croire ? LYMPA, la compagnie genevoise qui investira le Bâtiment des Forces Motrices du 5 au 7 septembre 2025 avec son Concert spectaculaire The Greatest Showman, s’est passionnée pour cette histoire et a décidé de la raconter autrement.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Ce n’est pas la première fois que LYMPA se donne pour défi de remplir les 1000 places du Bâtiment des Forces Motrices sur cinq représentations. En 2023, le public avait massivement répondu présent à son concert Young Broadway, qui avait réuni sur scène un orchestre symphonique de 100 musicien·ne·s autour de six solistes internationaux. L’année suivante, sa version immersive de la comédie musicale Tick, tick, BOOM ! se jouait à guichet fermé dans l’espace intimiste des 6 Toits. En septembre, le metteur en scène Ylan Assefy-Waterdrinker, la librettiste Katherine Sturt-Scobie, seize comédien∙ne∙s et vingt instrumentistes de la HEM sous la direction de Philippe Béran reviennent au BFM avec une histoire à raconter : celle du vrai P. T. Barnum.

Chercher ailleurs

« Ce qui est intéressant dans The Greatest Showman – c’est pareil dans Grease, par exemple – c’est que tout le monde aime ces chansons, mais quand on se penche sur le propos, il y a beaucoup d’aspects un peu problématiques aujourd’hui », relève Ylan Assefy-Waterdrinker. Le jeune homme raconte en avoir pris conscience notamment car, parmi les titres de la bande originale qu’il adore, un seul le laissait indifférent : Tight rope, chanté par Charity, la femme de Barnum. « Et ce n’est pas une mauvaise chanson, au contraire ! J’ai réalisé que cette chanson m’ennuyait car rien ne nous amenait à compatir avec ce personnage ». Tout au long du film, effectivement, Charity est mise en retrait alors que Barnum est dépeint comme un héros parti de rien, qui poursuivait ses rêves romantiques et qui, en mettant sur pieds ses freak shows, offrait un statut et une communauté bienveillante à des personnes marginales reniées par la société.

En prenant conscience que dans cette trame narrative, les rôles féminins n’existent que pour valoriser et étoffer les personnages du héros et de son acolyte, Katherine et Ylan décident de chercher ailleurs. « Je ne dis pas que toute œuvre doit forcément être réinventée, certaines permettent de rendre le contexte de leur époque. Mais là, on avait deux options : reprendre telle quelle l’option commerciale, ou développer une autre narration, d’après les personnages qui ont réellement existé », raconte Ylan.

Ni glorifié ni invisibilisé

Ainsi, en gardant pour fil rouge toutes les magnifiques chansons originales du film composées par Pasek & Paul – qu’on entendra lors du concert ! – Katherine s’est attelée à une réécriture du livret en français, une réinterprétation basée sur ses lectures de sources au sujet de Barnum, mais aussi des autres personnages du film, notamment la chanteuse lyrique suédoise Jenny Lind. « Disney fait du personnage de Jenny Lind une briseuse de couple, qui rompt son contrat faute d’obtenir la romance qu’elle espérait avec Barnum », déplore Katherine. « Dans la réalité, cette histoire de cœur n’a même pas existé ! Jenny Lind était une femme très religieuse, engagée dans de nombreuses causes caritatives. Elle s’était effectivement désolidarisée de Barnum, mais parce qu’il ne respectait pas les clauses de leur contrat. Il avait, par exemple, recours à un marketing agressif qui allait à l’encontre des objectifs philanthropiques de Jenny Lind. On pense même qu’il aurait vendu aux enchères des billets qu’elle avait initialement réservés à ceux qui n’auraient pas pu se permettre d’assister au concert autrement », raconte avec passion celle qui, pour écrire cette histoire, s’est plongée des heures de lectures biographiques.

Ylan et Katherine, que l’on a rencontrés lors d’une répétition à Genève

Katherine et Ylan partageaient donc l’envie de raconter l’évolution d’un homme tel qu’il était, avec ses nuances, ses bonnes et ses mauvaises actions, ses choix discutables, ses erreurs et ses efforts pour devenir un homme meilleur au fil de sa vie. Sans le glorifier, ni le sacrifier au regard de notre époque actuelle.

« Il  n’était pas parfait, mais il a changé. Et parfois, c’est ça le plus grand des spectacles sur terre »

Une réplique que Katherine fait dire
au personnage de Charity, narratrice de l’histoire dans
The Greatest Showman – Le concert spectaculaire

Le plus grand des spectacles

Par les codes de mise en scènes qu’adoptent Ylan et Katherine, la production de LYMPA fait le choix de se focaliser sur l’essentiel. Plutôt que des décors grandioses et réalistes, ce sont le jeu, la musique et la danse qui, par leur pouvoir « magique », viennent raconter, développer et faire évoluer les personnages. Pour Ylan, c’est précisément ça qui fait que la comédie musicale est comédie musicale… mais qui ne marcherait pas sans l’imagination du public. Tout comme Barnum misait sur l’illusion en mettant un homme très grand sur des échasses pour faire croire à un géant, en rembourrant les habits d’un homme corpulent et en le présentant comme l’homme le plus gros du monde, Katherine et Ylan veulent se servir de cette suspension momentanée de l’incrédulité, qui n’a lieu qu’au théâtre. « Le public, avec son imagination, accepte de faire la moitié du chemin. Le spectacle se créera ensemble », promet le duo, impatient.

The Greatest Showman – Le concert spectaculaire
Du 5 au 7 septembre 2025
Bâtiment des Forces Motrices, Genève
www.lympa.ch/fr/the-greatest-showman-2025

Musique actuelle

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Tatiana Eva-Marie

Tatiana Eva-Marie – Une pirate le cœur aux quatre vents

Avril 2024, à l’issue de la première d’Eden Park au théâtre l’Oriental à Vevey, une jeune femme rejoignait le cast sous les applaudissements du public. Fébrile d’émotion, fière de témoigner du succès de cet opéra dont – on l’apprendra en sortant – elle a signé le livret. Tatiana Eva-Marie, chanteuse de jazz établie à Brooklyn, prisée par les clubs, admirée par la presse et le public, est un astre lumineux et enjoué ayant vécu toute sa vie sur scène. Aujourd’hui, elle est aussi une plume, à qui l’air lémanique insuffle une nouvelle trajectoire. En conteuse magnétique, elle nous embarque sans boussole dans ses histoires d’amour géographiques, dans la jungle du business musical new yorkais, dans ses écoles buissonnières manouches.

Interview: Katia Meylan

Lausanne t’a vue grandir, Paris devenir adulte et Brooklyn bâtir une carrière ; quelle essence tu gardes de chacun de ces lieux ?

C’est difficile à dire maintenant, mais plus jeune, je n’étais pas du tout attachée à Lausanne, je m’y sentais enfermée, avec les montagnes en prison métaphorique. Je voulais aller à Paris pour être comédienne, on pouvait pas me retenir ici. Alors je suis partie à Paris à 15 ans, toute seule. Ma mère a dit « pas question que tu ailles jouer à Arthur Rimbaud à Paris, tu vas t’inscrire à l’Université ». J’ai étudié la littérature médiévale anglaise – j’étais contente, ça m’allait bien car j’étais toujours le nez fourré dans les livres. Paris, c’était une libération. Ce que j’en ai retenu, c’est la vie de bohème totale. Le rêve, la littérature qui se transforme en réalité. Tout ce que j’espérais, je l’ai trouvé à Paris. Après une dizaine d’années, j’étais tellement amoureuse de Paris que je me suis dit « si je pars pas maintenant, je partirais jamais ». J’ai un passeport américain et je voulais faire du jazz… ça aurait été bête de ne pas aller à New York. C’était comme quitter un amoureux. Je suis arrivée à New York en pensant que j’y resterai un an ou deux, mais j’y suis restée quinze ans.

Nouvel amoureux…

… nouvel amoureux, mais en mode syndrome de Stockholm ! New York, c’est le toxic boyfriend, qu’on n’aime pas, mais c’est la passion alors on ne peut pas partir. Ce que j’ai retenu de New York, c’est que ce n’est pas la bohème. Du tout. C’est le business, c’est marche ou crève. Une course qui n’arrête jamais. Tu dois tout le temps faire tes preuves, tout le monde te rappelle bien que tu es remplaçable à n’importe quel instant. Tu vis dans une frénésie, tu es le hamster dans la roue qui tourne. C’est d’une injustice terrible, il n’y a aucune aide, mais en même temps, il y a cette liberté qui vient avec la loi de la jungle. On peut aller frapper aux portes et elles s’ouvrent, même si c’est pour se faire dire « casse-toi ». À New York, on peut être dans un boui-boui assis à côté d’un milliardaire qui va nous dire “je t’offre un boulot demain”. C’est pas un mythe, c’est vraiment comme ça que ça marche aux États-Unis. Les premiers six mois, c’était l’enfer – j’ai découvert par exemple que je ne savais même pas faire marcher une machine à café – mais peu à peu, j’ai rencontré les bonnes personnes : le gars dans la finance qui joue du piano en amateur et qui te donne un coup de pouce, le dealer de diamants géorgien qui aime la musique et t’introduit dans un club où il connait tout le monde… J’ai commencé par jouer dans des petits bars, j’ai travaillé, me suis donnée à fond, j’ai été frapper aux portes, j’ai décroché une place dans la plus grande agence de jazz américaine. À New York, il faut dire oui à tout – enfin non, pas à tout ! (rire). Mais il ne faut pas se méfier des gens par principe, car là-bas, ça marche beaucoup comme ça. Il faut faire confiance à ce qui nous arrive, utiliser son instinct d’araignée, observer : ce tigre-là a l’air repu, il ne va pas me manger ce soir. C’est des risques que je prendrais pas à Paris, parce que j’ai l’impression que là-bas, quand quelqu’un veut faire un écart, c’est pas forcément pour une bonne raison. Alors qu’à New York, tout est perpétuellement ouvert à l’imprévu. Ça m’a convenu parce que j’ai un esprit de pirate et d’aventurière, et que j’ai su jouer de ça. C’est intéressant, d’avoir vécu ça, ça m’a énormément appris.

Tatiana black suit

« D’avoir vécu ça », tu en parles au passé ?

… Oui… là, je me demande parfois si tout ça est nécessaire. Peut-être que c’est comme ça que ça marche seulement parce qu’on nous dit que c’est comme ça que ça marche. Je me détache un peu de cette industrie de la musique, qui d’ailleurs n’est plus très actuelle ! … C’est des vieux dinosaures, qui essaient de garder leur bout de gras en voulant nous faire croire que les choses marchent toujours comme il y a vingt ans, mais c’est pas vrai. Les choses ne marchent même plus comme il y a un an. Et moi je ne sais pas comment je vais changer avec ce monde qui change. Comme je fais ce métier depuis toujours, ça n’a jamais été un rêve, c’était déjà mon quotidien. Mes parents sont tous les deux dans le milieu du spectacle, alors dès qu’il y avait besoin d’une petite fille sur scène, j’étais là ! Je n’ai jamais associé le métier de la scène au succès. Pour moi, le succès c’est un outil pour arriver au public, c’est tout. Faire passer un moment de rêve, qui touche, qui fait rire, qui fait pleurer, c’est ça ma vocation.

Donc, tu es à un tournant ? Tu quittes New York ?

Quand la pandémie a éclaté, j’étais en tournée en Europe, et j’avais le choix entre retourner à New York dans une cage à lapin, ou rentrer à Chailly  chez maman, avec un petit jardin. Donc j’ai décidé de revenir ici. Pendant cette période, j’ai pu me promener dans la forêt et au bord du lac, je ne croisais personne. On était en tête à tête, Lausanne et moi, et là… Je tombe une nouvelle fois amoureuse. Ça me prend complètement par surprise ! Lausanne, c’est le voisin d’à côté que j’ai snobé toute ma vie parce que je me pensais trop bien pour lui ! (rire). Maintenant, je puise toute mon inspiration dans le Lac Léman. Il a quelque chose de magique, non ? J’avais peur de m’ennuyer ici. Et je me suis rendu compte que c’est à New York que je m’ennuyais, sans le réaliser car je comblais constamment cet ennui.

Tatiana Eva-Marie dans le film Swing rendez-vous (2022),
librement inspiré de sa vie à Brooklyn

Et ici comme ailleurs, tu trouves une voie. J’ai vu – et adoré! – l’opéra Eden Park, dont tu as écrit le livret, qui a rempli quinze dates en avril 2024.

Oui, on a été très touchés par ce succès, surtout pour un opéra original, en anglais sans sous-titres! L’idée de composer un opéra ensemble, avec Gérard Massini (nrdl, le compositeur de la musique d’Eden Park), on l’avait eue à quoi, douze, treize ans ? On a renoué pendant la pandémie et on l’a fait ! C’est entre autres cette expérience qui m’a donné envie de passer plus de temps ici, de contribuer à cette ville que j’ai voulu fuir et que j’aime à nouveau.

Tu as aussi intégré la scène jazz locale en rejoignant le groupe Echoes of Django. Comment tu trouves l’équilibre avec le Avalon Jazz Band, ton groupe à Brooklyn ?

C’est très différent, et c’est normal : ce n’est pas la même culture. En Amérique, je suis la chef de chantier. Avec les garçons d’Echoes of Django, on a un atelier de création. Ils ne jouent pas que du gipsy jazz, ils font de la pop, sont fous de chanson française. J’ai trouvé une communauté, j’ai l’impression de les avoir connus toute ma vie, que ce sont des anciens camarades de classe avec qui repartir en école buissonnière!

Ensemble vous avez enregistré un album, Django’s Tiger, à paraitre fin 2025. Un répertoire qui vous lie, que vous connaissez sur le bout des doigts…

… et avec lequel on a tout le temps des surprises ! Django Reinhardt a tellement écrit, et on l’a tellement entendu interprété de la même manière. C’est un immense compositeur, il nous offre de la matière tout le temps, si on veut bien oser écouter différemment. Ce que j’ai voulu faire, c’est le chanter, alors j’ai écrit beaucoup de paroles sur ses musiques. C’était un grand défi et j’avais un peu peur, car c’est un dieu sacré dans ce monde qui peut être assez fermé, codifié… Mais j’ai été extrêmement bien accueillie ! Ça donne envie d’explorer encore et encore, j’ai l’impression que c’est infini.

Quels sont les projets sur lesquels tu travailles en ce moment ?

Je sais pas si c’est une question d’âge, mais j’ai de plus en plus envie de passer de l’autre côté, c’est pour ça que je commence à écrire. J’aimerais faire de la mise en scène aussi, peut-être réaliser un film. Mon rêve absolu – que je partage avec Gérard [Massini] – c’est d’avoir un centre culturel, un lieu de création où on pourrait allier toutes les formes d’art et de fête. Pour l’instant, on prépare un nouveau projet d’opéra, inspiré de L’Écume des jours. On a déjà écrit et composé un tiers, on a commencé à faire le casting. On est allés rendre visite à Nicole Bertolt, qui s’occupe de la Fondation Boris Vian à Paris – elle est extraordinaire –, elle nous a fait visiter l’appartement de Boris Vian, sa terrasse qu’il partageait avec le Moulin Rouge. Pour moi qui suis une fan girl de Boris Vian depuis toujours, c’est encore plus stressant d’écrire une adaptation qu’un livret original ! C’est un beau projet… J’ai l’impression de faire un bébé avec Boris Vian, avec Gérard Massini comme mère porteuse (rire).

Comment tu t’imagines à 80 ans ?

À 80 ans ?! … Vivante, déjà… En fait, je m’imagine assez clairement. Je m’imagine en une sorte de marraine un peu folle, qui a un serpent dans une cage et un perroquet mort en guise de chapeau – un peu Tim Burton, tu vois ? Avec un espace pour accueillir les jeunes des artistes qui viendraient peindre, ou jouer du piano. Je ferais le café, j’amènerais les gâteaux, et on aurait des grandes conversations philosophiques.

***

django tatiana chien

Petit questionnaire de Proust de Tatiana Eva-Marie

Un objet que tu emmènes partout
Mes clés… (elle cherche dans son sac) mais pour une raison particulière… (elle en sort son porte-clés, une petite cloche de vache aux motifs suisses). Maintenant que je me suis souvenue d’où je viens !

L’activité qui occupe le plus clair de ton temps
Réfléchir à mes prochains projets artistiques.

Ta madeleine
L’odeur du Lac Léman.

Un conseil que tu n’as jamais écouté
Fais attention.

Un conseil que tu donnerais à une petite Tatiana
Fais attention ! On a besoin de conseils qu’on écoute pas.

Jazz

Tatiana Eva-Marie – Une pirate le cœur aux quatre vents Lire la suite »

Christian Mukuna ©JaroslavMonchak

Christian Mukuna – Plutôt Roman Frayssinet, Denzel Washington ou Céline Dion?

Auto-labellisé « Suisse AOC », Christian Mukuna a bien un petit côté couteau suisse. Le Neuchâtelois est humoriste, chroniqueur radio et animateur tv, mais aussi comédien à la scène et à l’écran. Son prochain one man show, Et si c’était le dernier, est en cours d’écriture pour une tournée prévue en automne. Avant cela, on pourra le rencontrer cet été lors de deux dates Vignes&Culture, un concept qui propose de découvrir un∙e humoriste et des produits du terroir dans un domaine viticole.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Photo de haut de page: ©Jaroslav Monchak

« Je devrais pas dire ça, mais moi, mon rêve c’était pas de faire de l’humour. Mon rêve, c’est d’être comédien, avec Tom Hanks et Denzel Washington! » nous lance en rigolant celui qui, en 2015, avait presque été surpris de remporter le tremplin du festival Morges-sous-Rire, lui le « petit nouveau venu raconter sa vie sans se mettre de pression ». Pris au jeu, ce fut une porte ouverte sur le Marrakech du Rire, le ComediHa! du Québec, sur des dates à Neuchâtel où l’on était content de voir émerger un humoriste de la région, puis peu à peu dans le reste de la Suisse romande, notamment par ses interventions avec Les Dicodeurs et avec son premier spectacle Suisse AOC, qui a beaucoup tourné. « Mais je n’ai pas laissé tomber le cinéma ! », sourit-il. « Récemment j’ai tourné des petits rôles dans deux séries, Uniformes de Romain Graf et Placée de Léa Fazer, à paraitre sur la RTS. Le reste est à venir ! ».

Un message de vivre ensemble

Que ce soit dans son premier spectacle Suisse AOC, dans son rôle campé récemment au Théâtre du Passage dans la pièce Épidémie virale en Afrique du Sud, dans le fait d’être parrain 2025 de la Semaine neuchâteloise d’action contre le racisme (SACR) ou dans ses interventions en milieu scolaire, les réflexions de Christian Mukuna portent beaucoup sur des questions de racisme. Une thématique qui s’est imposée d’elle-même, affirme-t-il, réaliste. « Le plus authentique que je puisse faire, c’est raconter des choses que je vois, que je vis. Alors je parle de l’évolution d’un jeune homme qui a grandi en Suisse depuis ses 1 an, avec la peau et le nom de famille d’un Congolais. Le fait est que malheureusement, j’ai vécu certaines situations de racisme de mes 7 ans jusqu’à aujourd’hui. En étant un peu connu, ça arrive moins souvent, mais ça arrive toujours. Maintenant on me dit « mais t’es humoriste, c’est pour rigoler » ! Mon but n’est pas de pointer du doigt, mais de se demander s’il n’y aurait pas un meilleur moyen de vivre ensemble. »

Humoriste AOC

Un grand pas dans la carrière de Christian Mukuna, affirme-t-il, a été de devenir officiellement un artiste de l’agence ACP, sous l’égide de la productrice Aurélie Candaux. Lors de cette interview, on les rencontre d’ailleurs tous les deux, car ils sortaient d’une séance de travail à Lausanne. « On avait toujours suivi le travail l’un de l’autre », raconte Aurélie. « Après avoir passé une semaine ensemble à un festival d’humour au Burundi, où j’ai proposé des artistes, ça a été une évidence pour nous deux que je devienne son agent ». « Elle a changé ma vie ! », s’exclame Christian. « Blague à part, artistiquement, je sens que ma carrière prend un nouveau tournant, et ça se concrétise avec le nouveau spectacle ». « J’adore faire de l’accompagnement à la création, mais c’est quelque chose qui prend énormément de temps, alors je le fais uniquement quand je sens que ça va marcher », renchérit Aurélie, fière de son acolyte et de leur nouveau spectacle en préparation.

Humour et produits du terroir

Avant cela, Christian Mukuna sera présent dans la programmation de Vignes&Culture, « petite bulle de bonheur estivale » comme la définit joliment Aurélie Candaux, également fondatrice du concept. C’est en 2021 pendant une période difficile pour la culture, qu’elle avait imaginé ce petit format intimiste qui permet aux artistes, aux viticulteur∙ice∙s et au public de partager un moment privilégié de découverte (lire l’article au sujet de la création de Vignes&Culture en page 7 de L’Agenda mars-avril 2022). Christian Mukuna y participera pour la 3e année consécutive, le 15 août à la Cave du Treyblanc et le 21 août au Domaine Saint-Sébaste. « Je jouerai probablement un mélange de sketches de mes deux premiers spectacles, Suisse AOC et de Rire c’est bon pour la santé. J’ai aussi écrit certains sketches spécialement pour l’occasion – il y en a un qui est inspiré d’une dégustation de vin avec mon papa, par exemple… Et ce n’est pas impossible que je teste quelques blagues du nouveau spectacle ! »

Et si c’était le dernier…

Avec ce titre digne d’un cliffhanger cinématographique, le nouveau spectacle de Christian Mukuna abordera un sujet à la fois drôle et sensible : toutes les choses que l’on fait pour la dernière fois sans le savoir. « Je suis parti sur cette thématique que je trouve très belle, qu’on a tous vécue sous différentes formes, et qui ouvre plein de champs du possible ». La dernière fois qu’on se fait appeler jeune homme, la dernière fois qu’on aura vu quelqu’un qu’on aime…

On pressent qu’en plus de rire, on ressortira un peu nostalgique !

***

OÙ ALLER VOIR CHRISTIAN MUKUNA:

Vignes&Culture

  • Vendredi 15 août 2025
    Cave du Treyblanc, Luins (VD)
  • Jeudi 21 août 2025
    Domaine Saint-Sébaste, Saint-Blaise (NE)

Toutes les dates: www.vignesetculture.ch

Et si c’était le dernier…

www.christianmukuna.com

Séries à paraitre sur la RTS :

  • Uniformes de Romain Graf
  • Placée de Léa Fazer
Mini questionnaire de Proust

Katia (L’Agenda): Le dernier spectacle que vous avez vu ?
Christian Mukuna : Roman Frayssinet. J’adore son humour, il a un univers vraiment à lui, il se pose des questions qu’on se pose tous, mais en menant la réflexion plus loin.
Aurélie Candaux : Comme j’accompagne toujours tous mes artistes, mes spectacles à moi, c’est de regarder le public en train de regarder un spectacle. Ce n’est jamais deux fois pareil !

Un∙e humoriste que vous admirez ?
Aurélie Candaux :
Florence Foresti. C’est la patronne.
Christian Mukuna :
J’admire les humoristes comme Florence Foresti, justement, ou Gad Elmaleh ; au début c’est des gens comme nous, des passionnés. Du jour au lendemain ils cartonnent de partout, ils ont plus la même vie mais ils continuent à toucher, à rester proche de la population. C’est très fort.

Un album en bonne position dans votre playlist ?
Christian Mukuna :
L’album D’eux que Jean-Jacques Goldman a écrit pour Céline Dion, je le dis à qui veut l’entendre, c’est un album incroyable. Incroyable ! Jean-Jacques Goldman a écrit toutes les chansons pour Céline parce qu’il la connait, il la comprenait. Quand tu as à tes côtés des gens comme ça, tellement en connexion avec toi, tu as tout gagné. Sur scène, on voit que les artistes – en tant qu’acteur j’ai le meilleur rôle, il faut le dire ! J’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui sont derrière et qui ont un talent pour cerner et sublimer les autres.

Humour Portrait

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Tjasha Gafner

Tjasha Gafner – dans les cordes de la harpiste

Désignée comme l’une des trente personnalités marquantes de moins de 30 ans en 2023 par le journal Die Zeit en Allemagne, lauréate du 1er prix du Concours international de musique de l’ARD à Munich la même année, la harpiste lausannoise Tjasha Gafner est invitée à Berlin, Vienne et même Hong Kong, où elle a fait ses débuts cette année avec le HK Phil. Elle prend régulièrement le temps de revenir dans la région, pour se ressourcer à la montagne ou pour se produire en concert, notamment cet été aux Rencontres Musicales d’Évian, au Verbier Festival et au Gstaad Menuhin Festival.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Formée à l’HEMU de Lausanne, à la HEM de Genève et à la Juilliard School de New York, Tjasha Gafner fait partie de ces instrumentistes qui voguent là où le succès les mène. Autour d’un café froid, elle nous confie, sans se départir d’une modestie sincère, que sa carrière de harpiste suit un cours réjouissant. « J’ai la chance de pouvoir décrocher le téléphone et choisir les projets selon mes disponibilités et mes intérêts. Typiquement, pour le concert de cet été à Gstaad, le premier contact a été une proposition de quelques lignes par mail. D’abord je n’y ai presque pas cru ! C’est un luxe, j’en suis consciente ».

Tjasha Gafner investit avec talent les rôles que son métier lui tend : celui d’extravertie, confrontée aux émotions fortes des voyages et de la scène, constamment au-devant de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres. Celui, aussi, plus introspectif d’interprète, lors des moments de travail en solitaire.

En plus de son travail d’interprétation, la musicienne signe depuis plusieurs années ses propres arrangements. « Faire des arrangements est une nécessité pour moi. Le répertoire classique existant est très beau mais limité, et reste souvent dans le même style. J’ai grandi dans une maison d’artistes, mon papa est photographe, ma maman est pianiste. En voyant une maman avec des tas de partitions, Beethoven, Mozart, Bach, Haydn, …  je trouvais trop dommage de ne pas pouvoir les jouer ! »

Tjasha Gafner. Photo: Daniel Delang

Tout arrangement est pour Tjasha une histoire de coup de cœur. À la Chapelle de Gstaad le 9 août, la musicienne interprétera la première pièce qui, à 17 ans, l’avait poussée à prendre le crayon pour l’adapter à la harpe : la Sonate pour piano en la bémol majeur de Haydn. À Verbier, le 18 juillet, elle jouera également son arrangement le plus récent, une suite de Bach. « En entendant cette suite, j’ai eu la certitude qu’il fallait que je la joue. Je me rappelle l’avoir programmée pour un concert six mois plus tard, sans savoir si ça allait être possible ! », rit la jeune artiste, qui n’avait pas été trompée par son instinct. « Après avoir commencé l’arrangement, j’ai d’ailleurs découvert une histoire intéressante derrière cette suite. Sur le manuscrit, c’est inscrit ‘pour luth’, mais de plus en plus d’experts se demandent si ça n’a pas été écrit plutôt pour le Lauten Werck, un luth-clavecin qui était un instrument en vogue à l’époque… la pièce a une écriture de clavier et une sonorité de cordes pincées. Donc la harpe, qui partage ces caractéristiques, est une synthèse parfaite pour cette suite ! ».

Se plonger dans une partition, en comprendre les mécanismes, faire des choix, réfléchir à quel point rester proche du texte ou se l’approprier… Est-ce également un premier pas vers la composition ?  « Je n’ose pas encore composer, mais j’aimerais bien ! C’est mon challenge pour les prochains mois », sourit Tjasha Gafner. Parmi ses projets, la harpiste cite également une réécriture du cycle Winterreise de Schubert avec la chanteuse jazz Maud Paquis. Un projet que les deux amies, qui ont déjà travaillé ensemble sur les EP de la chanteuse, réfléchissent à construire sur le long terme.

Où aller écouter Tjasha Gafner cet été :

Toutes les dates à venir sur : www.tjashagafner.ch

Les Matinées des Jeunes Étoiles proposent un rendez-vous d’une heure avec des artistes en début de carrière prometteuse. Dans cette série de 8 concerts qui ont lieu tous les samedis matins à 10h30 à la Chapelle de Gstaad, on retrouve Tjasha Gafner mais aussi le pianiste russe Ilya Shmuker, la flûtiste néerlandaise Lucie Horsch ou encore le violoncelliste polonais Krzysztof Michalski.

L’édition 2025, sur le thème de la Migration

Cette 69e édition du Gstaad Menuhin Festival est la dernière signée par Christoph Müller, après 24 ans de programmation enthousiaste et attentive, mêlant suivi fidèle et découverte de nouveaux talents. Au public, il aura offert les grands noms et, en même temps, veillé à lui faire part de ses plus belles découvertes, tenu à garder un fil rouge, à ouvrir des discussions.

« Avant, on avait une image de ‘festival champagne’ », admet Christoph Müller. « Ce côté chic existe toujours sur certains grands concerts, mais aujourd’hui on est tellement plus que ça ! Le festival s’est ouvert, aux jeunes, aux choristes et aux musiciens amateurs ».

Son programme 2025 invite plusieurs artistes encore jamais venu∙e∙s à Gstaad : Jakub Orliński, Pavo Järvi, Elīna Garanča, Víkingur Ólafsson et la mezzo-soprano – elle aussi Lausannoise – Marina Viotti. Certains rendez-vous seront quant à eux de réjouissantes habitudes : Andras Shiff, Sol Gabetta, Patricia Kopatchinskaja, Khatia Buniatishvili ou encore Nemanja Radulovic, qui nous avait émue l’année dernière à Saanen (voir l’article).

Le concert de clôture du festival, le 6 septembre à l’Église de Saanen, verra jouer ensemble – chut, c’est presque une surprise ! – l’ancien et le nouveau directeur. En effet, le violoniste Daniel Hope, qui reprendra le flambeau de la direction artistique dès l’édition prochaine, a convaincu Christoph Müller de ressortir son violoncelle pour une apparition dans le programme intitulé très à propos A Farewell and a New Beginning. Un joli geste de passation !

Christoph Müller devant l’église de Saanen

Classique et opéra Portrait

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Le-Docteur-Miracle-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi

Le Docteur Miracle – Soigner le mal par le mal!

Été 2025, les villages vaudois sont pris d’une étrange torpeur caniculaire. Une troupe itinérante sillonne la région avec le remède. 

Texte de Katia Meylan

Assise dans la salle de Spectacle de Renens, avant que commence la représentation du Docteur Miracle, je sens les mêmes symptômes que mes voisin∙e∙s me gagner : sueur, soif, mollesse grandissante et le besoin incontrôlable de me faire de l’air avec ce qui me passe sous la main (les moins prévoyant∙e∙s dont je fais partie usent du programme de salle, fort intéressant au demeurant si on arrête de l’agiter car il nous apprend que Le Docteur Miracle fut écrit par Bizet sous le patronage d’Offenbach alors qu’il n’avait que 18 ans, et que c’est la première fois que cet opéra-comique est donné par l’Opéra de Lausanne, dans le cadre de La Route Lyrique, une tournée ayant pour but l’insertion professionnelle des chanteur∙euse∙s et instrumentistes diplômé∙e∙s de l’HEMU et de la HEM de Genève).

La trame est légère – c’est un opéra-comique : le Podestat de Padoue, opposé à l’idylle entre sa fille et le capitaine Silvio, engage un nouveau domestique et le charge de tenir ce dernier éloigné de la maison. Une amoureuse ingénue et un amoureux ingénieux, un père qui peine à affirmer son autorité, une épouse volage et vénale. Rien d’inhabituel dans ces ficelles narratives qui ont fait leur preuves. C’est tout le reste charme ! Sur l’ouverture, un comédien en grande maitrise de sa gestuelle comique (Pierre Lebon, également metteur en scène), nous met de suite dans sa poche par sa facilité à habiter le décor et à bonimenter : « Dieu sait [s’il se] soucie d’imiter les beaux parleurs qui pour la plupart se mettent en scène pour ne rien dire » ! Les quatre personnages lyriques n’ont rien à lui envier : la jeune Laurette et son grain de voix frais (Naïma Wanshe, en 2e année de Master à l’HEMU), la picturale Véronique qui pose à l’envi (Carine Séchaye), le rebondissant Podestat (Rémi Ortega), et un Silvio (Jean Miannay) expressif qui passe du domestique benêt au « savant » Docteur Miracle pour mieux entourlouper le patriarche.

Photos: ©Opéra de Lausanne, Carole Parodi

Les artistes, tout de rouge vêtu∙e∙s et loin de se laisser abattre par la chaleur, semblent s’être donné pour mission de soigner le mal par le mal. Ils exaltent d’énergie, renchérissent de plus belle vocalement et chorégraphiquement. Le jeune chef d’orchestre (Anthony Fournier) et ses instrumentistes prennent des couleurs à mesure que la pièce avance, soutenant vaillamment le rythme. Tous s’attèlent avec succès à faire ressortir les traits d’humour de l’œuvre, un humour d’ailleurs très varié allant de la parodie musicale à l’absurde, en passant par le comique de situation et même par une petite fissure inopinée au quatrième mur.

On a passé un très bon moment, et un petit vent de fraicheur semble même souffler… « C‘est pas magique, c’est artistique ! »

Le Docteur Miracle
Coproduction de l’Opéra de Lausanne, l’Opéra de Tours, l’Opéra de Rouen Normandie, le Théâtre du Châtelet et Bru Zane France.
Première au Théâtre du Jorat (Mézières) le 20 juin 2025.

Tournée romande, les dates à venir :

Classique et opéra

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Festival de la Cité 2024 Nikita Thevoz

3 Grâââââââces au Festival de la Cité

Flâner, partager une bière et une gaufre (avant, elles étaient à 5 francs, tu te rappelles ?), compter le nombre de connaissances croisées en une soirée avec mon amie bibliothécaire (elle a gagné), danser devant la scène du Grand Canyon, attendre le prochain spectacle assise dans la paille sur le Pont Bessière, ou encore écouter bouche bée, sans voir le temps passer, le manifeste trans de Laurène Marx. La semaine prochaine, à mes souvenirs hétéroclites de festivalière s’ajouteront de drôles de personnages tout de carton vêtu∙e∙s.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Du 1er au 6 juillet à Lausanne, cette 53e édition du Festival de la Cité sera faite de musique, de performances et d’installations, mais aussi de propositions pour les tout jeunes. C’est notamment le cas du spectacle Les 3 Grâââââââces, accessible dès 3 ans, imaginé par évo mine lambillon et Judit Waeterschoot – avec qui j’ai échangé la semaine dernière en visio – et Filomé Robinson Starck.

Le trio, issu du Bachelor en Danse contemporaine de La Manufacture, me raconte s’être formé par amitié et par une envie commune de créer pour le jeune public. « Entre nous, on a une énergie enfantine… c’est pour ça qu’on a imaginé un spectacle à vivre et partager sur scène avec les enfants, comme s’ils étaient nos ami∙e∙s ! » rient Judit et évo. « Le spectacle s’adresse à tous les âges : on n’a pas voulu être simplistes, non seulement pour que les adultes aient du plaisir, mais aussi car les enfants ne sont pas bêtes ! Ils comprennent beaucoup de chose », affirme Judit. Et évo d’ajouter : « On s’est quand même posé beaucoup de question ; on a évidemment fait attention à la sécurité, mais aussi à l’intensité, pour ne pas trop les envahir ».

Les Trois Grâââââââces

Photo: Les Trois Grâââââââces
Haut de page: Festival de la Cité 2024 © Nikita Thevoz 

Sur les ruines d’un château en carton volé en éclats, une galerie de personnages, papillon, oiseau ou soldat fragile, prennent vie. Entre fashion-show, théâtre en mouvement et interactions, les artistes célèbrent la force de l’imagination et la possibilité de réinventer ses propres fêtes. Trois Grâces, au-delà des traditions et des mythes antiques, trois identités joyeuses, créatives et sociables se révèlent…

***

Le mercredi à 17h15, les trois artistes proposent un workshop durant lequel les enfants pourront créer leur propre costume en carton, puis, pourquoi pas, déambuler dans le festival avec !

Les 3 Grâââââââces

  • Le spectacle (~ 30 minutes)
    Mardi 1 juillet, jeudi 3 juillet et vendredi 4 juillet à 17h15 et 18h30     
    Pyxis, Lausanne          
  • Le workshop (~ 45 minutes)
    Mercredi 2 juillet de 17h15 à 18h
    Pyxis, Lausanne

Édition 2025, quelques nouveautés

  • Chorale participative menée par la contrebassiste Louise Knobil et la cheffe de chœur Johanna Hernandez. Après quelques répétitions en commun, des chœurs romands et des choristes volontaires se produiront ensemble le samedi 5 juillet à 17h à la Cathédrale
  • Concert de Model/Actriz, « meilleur groupe de rock au monde actuellement » selon Joe Frailich de la programmation Musique actuelle – faites-lui confiance
  • « Pass accessibilité » à obtenir aux stands info du Festival sous forme de badge, pour permettre aux bénévoles et au public d’identifier les personnes qui pourraient avoir besoin d’aide

Édition 2025 – recommandations de 2 des 3 Grâââââââces :

évo : le talu, rap belge queer et engagé
Mercredi 3 juillet à 20h15, Pont Bessières

Judit : Piñata Cake, performance de cirque de Gaël Santisteva
Jeudi et vendredi à 22h30 à La Perchée

Toute le programme sur : www.2025.festivalcite.ch/fr/

Famille Festival

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