Festival

Illustration Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Les Écotopiales 2025, rencontre entre le scientifique et le créatif

Festival interdisciplinaire alliant science et créativité, Les Écotopiales est un événement ouvert à tous·tes qui met en avant l’imaginaire écologique et ses traces dans nos esprits et dans notre monde. Pendant deux jours, les 31 octobre et 1er novembre, le campus universitaire et la ville de Lausanne accueilleront de nombreux ateliers créatifs, projections de films et conférences scientifiques.

Texte et propos recueillis par Lucy Desarzens

Le festival propose des matinées scientifiques et des ateliers créatifs qui mettent en avant différents domaines artistiques tels que le cinéma, le dessin, le théâtre et l’Artivisme. Ces événements sont animés par des artistes et des scientifiques qui travaillent ensemble pour créer un espace accueillant et captivant permettant d’aborder l’écologie sous un angle nouveau.

Nous avons eu la chance de discuter avec Colin Pahlisch, chercheur à la Faculté des lettres et membre du Centre de Compétence en Durabilité (CDD). Il est le coordinateur général du festival les Écotopiales depuis sa première édition en 2024.

Nous lui avons posé quelques questions par rapport au festival, à l’importance des imaginaires écologiques ou encore sur la collaboration entre les scientifiques et les artistes.

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Lucy Desarzens, pour L’Agenda : Comment est née l’idée de créer un événement qui renforce le lien entre la science et le créatif au sein de l’UNIL » ?

Colin Pahlisch : L’événement fondamental a été la création du Centre de la Durabilité en 2019. La même année, une centaine de chercheurs et de chercheuses se sont rassemblé∙e∙s dans une grande salle pour identifier quels étaient les champs à travailler prioritaires. Et le champ qui est sorti sur l’ensemble de ces chercheur∙euse∙s était celui des imaginaires. C’est à partir de là que la question des imaginaires a commencé à devenir insistante du côté du Centre de la Durabilité. L’idée des Écotopiales est de démocratiser cette question, pour encourager le plus grand nombre à se l’approprier et à créer collectivement. C’est pour cela que nous proposons des conférences scientifiques le matin et des ateliers de créations collaboratives l’après-midi. Ces ateliers s’appuient sur différents médiums artistiques pour créer de nouveaux univers imaginaires. L’idée est de passer un après-midi à semer les graines de nouveaux types d’histoires, qui pourront ensuite être cultivées à plus grande échelle. C’est ça la signature du festival.

Comment se construit concrètement une collaboration entre un∙e chercheur∙euse et un∙e artiste ?

Ce que je constate aujourd’hui c’est qu’il y a une sensibilité des chercheur∙euse∙s à l’égard des enjeux de la création, et des créateur∙ice∙s à l’égard des enjeux de la recherche. C’est un festival qui est vraiment coconstruit par les chercheur∙euse∙s de l’UNIL, le CCD et le SCMS (Service Culture et Médiation Scientifique). En fait le CCD s’occupe de la coordination générale, mais tous les événements de recherche-création sont coconçus par les chercheurs et les chercheuses. Dans le cas de l’atelier « L’Art Vivant Carnavalesque » sur l’Artivisme, par exemple, nous avons approché Monika Salzbrunn, Léonore Vuissoz et Raphaela von Weichs, pour construire avec elles un événement qui fasse sens dans leur projet de recherche, et dans la thématique du festival. C’est ensuite d’elles-mêmes qu’elles ont pris l’initiative d’inviter le comédien et artiste drag LEON LOVER. 

L’idée est de tisser des collaborations au long cours, non seulement avec les services de médiation scientifique de l’UNIL, mais aussi avec la communauté de recherche de l’UNIL au sens large ! 

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024 (2)

Quel est le rôle de l’imaginaire dans la transformation écologique — est-ce un outil, une forme de résistance, une manière plus attractive d’aborder le sujet ?

Un peu les trois, j’ai l’impression que ce sont un peu les trois. Une forme de résistance, ça c’est sûr. Je crois beaucoup à l’intuition de Castoriadis, un philosophe grec des années 70. Son livre L’institution Imaginaire de la Société montre à quel point les imaginaires sont incarnés par les personnes et les institutions, et peuvent constituer une force de changement. À condition qu’on laisse la place à ces imaginaires, mais surtout aux gens qui les cultivent. Qu’iels puissent découvrir d’autres formes possibles d’avenir écologique que celles que nous vendent actuellement le néolibéralisme et le capitalisme. Ensuite, les imaginaires sont un outil. On vit tous avec et par les imaginaires. Peut-être qu’un festival ayant pour but de mettre en lumière leur rôle aurait aussi pour fonction de nous conscientiser quant à la puissance de nos propres imaginaires et la place que ceux-ci occupent dans nos comportements.

Et est-ce que les imaginaires sont une manière plus facile d’accéder à la question écologique ? Oui, je pense. Mais évidemment, si on en reste aux imaginaires, on risque de ne pas pouvoir aller très loin. D’un côté, on a le pur imaginaire comme élan vers autre chose, et de l’autre côté l’exploitation des imaginaires comme maintien du statu quo. Les imaginaires sont un levier et une ressource, mais ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Je suis assez partisan de cette phrase de la sociologue Alice Canabate qui dit : « Pour transformer la société, il faut déjà être capable de l’imaginer ».

Que souhaitez-vous que les gens emportent avec eux après avoir participé à une journée du festival ou à un atelier ?

Des images, des expériences communes et peut-être l’étincelle d’un désir de changer le monde.

***

Pour finir, nous avons demandé à Colin Pahlisch ce qu’il conseillerait comme activités offertes lors du festival. Lors de la journée du vendredi, il recommande l’atelier d’écriture « L’allure des bêtes » ou l’atelier jeu de rôle « Rêver le vivant » qui ont eu des retours particulièrement positifs et transformateurs lors de la première édition. Le samedi, il attire l’attention des fans de bande-dessinées et d’arts graphiques sur l’atelier « Redessiner nos relations au vivant », offert par le dessinateur genevois Pierre Wazem, qui aura lieu à Plateforme 10.

La vingtaine de propositions qu’offrent les Écotopiales sur ces deux jours de festival seront autant d’espaces de créations et de réflexions collectives, nous ouvrant la porte vers un nouvel imaginaire écologique.

Les Écotopiales
Les 31 octobre et 1er novembre 2025
Campus universitaire et Ville de Lausanne
https://wp.unil.ch/ecotopiales/

écotopiales
Famille Festival

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Comic Market

La bande dessinée indépendante, l’alien des éditions

Pour sa deuxième édition, l’événement COMET, de son nom complet Comic Market, rassemble plus de 30 artistes indépendant.es suisses et internationauxales au cœur de Lausanne le samedi 18 octobre 2025. Un événement annuel qui célèbre un pan de l’édition encore trop peu connu.

Texte et propos recueillis par Géraldine Desarzens

Des visiteurse∙s enthousiastes sont regroupée∙s devant l’entrée de la Maison Pyxis à Lausanne, qui accueille la deuxième édition de l’événement COMET. Autant dire que ce dernier a du succès : sa première édition en 2024 accueillait déjà près de 400 personnes. Événement créé par le collectif Le Château Turbulent, COMET est dédié à l’auto et à la microédition des œuvres de bande dessinée. Des artistes qui sortent des sentiers battus et créent une alternative à l’édition « classique ».

Comic Market

Marché local et inclusivité

Le collectif du Château Turbulent a été créé en 2020 et œuvre depuis à la promotion des artistes indépendante∙s. « On est tous fans de bande dessinée et COMET était l’occasion de mettre en avant les artistes indépendants et les faire connaître auprès du public », décrit Julie Baechtold, membre du collectif. Être indépendant, c’est prendre en charge toute la chaîne de l’édition : imprimer et relier soi-même, mettre en vente, faire de la publicité. Toutes ces démarches chronophages permettent néanmoins une énorme liberté créative. La microédition est un bon entre-deux, car « dans un marché de la bande dessinée surchargé, dans lequel il est difficile d’obtenir un contrat chez un éditeur, elle accompagne l’artiste dans ses démarches tout en lui laissant sa liberté d’expression », confirme Julie Baechtold. Cette liberté réjouit beaucoup d’artistes dont les œuvres abordent des sujets tabous et adultes. C’est le cas de l’artiste Lia Kafka, qui vend ses bandes dessinées emplies de féminisme et de thèmes LGBTI. « L’édition est un marché impitoyable », confie-t-elle. Mais elle ajoute : « COMET est le genre d’événement qui sert à se démarquer et se mettre en valeur. C’est un petit boost à l’ego qui fait du bien »

Fichier PDF et fanzine : quand la bande dessinée se pérennise

Une exposition dédiée aux webcomics occupait le deuxième étage de la Maison Pyxis. Le webcomic est une autre couche de la bande dessinée indépendante, encore moins connue du public. L’exposition a le but de visibiliser les auteur∙trices qui vendent leurs œuvres en format PDF. Bien qu’il rompe avec l’impression sur papier, le webcomic devient un autre support créatif avec des possibilités interactives, en ajoutant par exemple des sons aux images ou en animant les dessins. Instagram est une plateforme privilégiée de diffusion de ce genre de bandes dessinées. Le réseau social permet d’atteindre un large public international. Mais une telle démarche a ses limites : « La notion d’original disparaît sur le digital, comme me disait un professeur de l’École de dessin et d’animation Emile Cohl à Lyon », se souvient Julie Baechtold. Elle poursuit : « Pour beaucoup d’auteures, la publication matérielle ramène la valeur de l’original et leur permet de reprendre contrôle de leur style ». Un sentiment partagé par Cédric Weidmann, étudiant à Ceruleum, école d’illustration et d’animation à Lausanne : « Le côté artisanal et matériel donne plus de valeur à l’objet ». Une valeur non seulement mercantile, mais également une clé de réussite. L’objet livre demeure un objectif pour les artistes : « Instagram est très fermé en termes d’algorithme, la politique Meta est compliquée alors que l’autoédition donne une plus grande liberté créatrice », confirme Lia Kafka. Il faut se soumettre aux règles de contenus jugés illicites et aux algorithmes, qui freinent la créativité de certaines artistes. Digitale ou pas, la bande dessinée indépendante se fait connaître. « COMET est un moyen de rendre les œuvres digitales plus tangibles aux yeux du grand public et de renforcer des contacts hors des réseaux », conclut Julie Baechtold.

Comic Market

En plus de l’exposition, trois ateliers sont venus rythmer le programme de la journée COMET : la reliure avec l’artiste Lydie Dramah, la risographie – technique d’impression japonaise qui donne à ses tirages un effet décalé et est favorisée tant par son prix abordable que par son style underground – avec le Bureau Culturel et la création de fanzine avec la Fanzinothèque Genevoise. De telles activités encouragent non seulement la promotion de la bande dessinée indépendante – digitale ou tangible – mais aussi sa pérennisation. COMET redonnera rendez-vous aux amateurice∙s de bande dessinée en 2026.

www.comet-comicmarket.ch

 

Festival Littérature

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Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay – Un oiseau de bonheur dans le Lavaux

Animée par l’ouverture d’esprit de la paroisse de Bourg-en-Lavaux, qui a choisi « une femme d’origine iranienne de confession non protestante en tant qu’organiste titulaire », la pianiste Layla Ramezan a fondé dans la région les Rencontres Musicales Homay. Après une première édition réussie en 2023, le festival rassemblera du 7 au 9 novembre prochain des musicien∙ne∙s de haut vol dans trois dialogues intimistes, qui traverseront les cultures et les siècles.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’ouverture comme une évidence

C’est un peu l’histoire de sa vie que joue Layla Ramezan dans ses projets artistiques. Assises à une terrasse à Ouchy, elle nous raconte que son parcours l’a poussée à s’ouvrir constamment à la découverte. « Quand j’étais petite, en Iran, il n’y avait pas de conservatoire, la musique s’étudiait en cachette. Mon professeur de piano était un compositeur et moi, en tant qu’enfant qui n’avait pas encore la culture de la musique classique, j’ai joué autant ses compositions à lui que Bach et Beethoven, sans préjugés. Sans m’en rendre compte, je baignais dès le départ dans une ambiance de création ». En 2000, à 17 ans, Layla Ramezan quitte Téhéran. Faute de visa pour les États-Unis, où s’en vont la plupart de ses connaissances, elle choisira d’étudier à l’École Normale de Musique de Paris, avant de venir s’établir en Suisse, huit ans plus tard. « J’ai vécu la première moitié de ma vie en Iran, et en arrivant en Europe, j’ai dû m’ouvrir, m’intéresser, m’adapter. Je suis un mélange de culture et j’ai été inspirée tant par l’une que par l’autre. »

Layla Ramezan

Layla Ramezan lors de notre rencontre à Lausanne, septembre 25

Façonnées à son image, les Rencontres Musicales Homay aspirent donc à faire dialoguer les traditions musicales, à laisser les artistes trouver leur espace de liberté et d’expression. « Le monde parait très grand, chaque culture a ses racines mais les limites sont fines. Je pense que l’on ne trouve vraiment son identité que lorsqu’on enlève les barrières, lorsqu’on parle une langue universelle. C’est à ce moment-là que nous sommes le plus proches de nous-mêmes. », prêche Layla de sa voix douce.

Des artistes en phase

Cette année, les trois concerts au programme, faisant la part belle à la création, seront liés par les thématiques de la terre et du folklore. Ils prendront place dans le cadre intimiste de différents lieux de culte de Cully et Villette, et offriront la possibilité au public de partager un verre de l’amitié au cœur des vignes avec des artistes de renommée internationale.

Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay 2023. Photo: Loan Nguyen

Le samedi 8 novembre à 20h au Temple de Cully, le compositeur Blaise Ubaldini, co-fondateur des Rencontres Musicales Homay, fera interagir en live ses improvisations électroniques et ses textes inspirés par la région au Lavaux avec des œuvres de Couperin, Bartók ou encore Liszt, jouées par Cédric Pescia au piano. Le dimanche 9 novembre à 17h à l’église Catholique de Cully, le contrebassiste Renaud Garcia‑Fons et la luthiste Claire Antonini, pointures du monde baroque, dialogueront entre musique du 17e siècle, jazz et musique orientale.

Untold Stories

Un rendez-vous très particulier sera celui du vendredi 7 novembre à 20h au Temple de Villette. Ce concert intitulé « Untold stories » propose un programme rarement  – voire jamais – entendu dans la région. Pour ce concert, Layla Ramezan s’est entourée de la compositrice et multi-instrumentiste américaine Kaley Lane Eaton et de son compagnon Rian Souleles, Grec d’origine et joueur de bouzouki. Leur programme, élaboré à trois, réunira la musique contemporaine expérimentale, celle de compositeurs afro-américains ainsi que la folk rurale de Kaley Lane Eaton, inspirée par Björk ou Kate Bush.

« Jai rencontré une Amérique extrêmement ouverte à dautres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques ».

Ce trio inattendu s’était rencontré en avril 2024, lors d’une tournée de Layla Ramezan aux États-Unis. « Ce voyage m’avait fait découvrir les USA », témoigne Layla. « Le public, la diversité musicale, les compositeurs : tout était pour moi une immense découverte. J’étais familiarisée avec la musique contemporaine américaine, avec les ‘extended techniques’ des compositeurs comme John Cage et George Crump, mais je ne connaissais pas du tout le répertoire afro-américain, par exemple. Il y a un tel amour dans ces traditions, un tel mysticisme ! » s’émerveille-t-elle à nous raconter. « Là-bas, j’ai aussi été très surprise par la réceptivité du public à ce que je proposais. J’ai rencontré une Amérique extrêmement ouverte sur d’autres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques. Ça fait partie de notre travail, nous les artistes, de montrer que d’autres réalités existent ». Ainsi, durant sa résidence, Layla rencontre Kaley Lane Eaton et l’idée d’un projet commun émerge. « Kaley elle a tout de suite été très enthousiaste à l’idée de venir en Suisse partager son amour pour son pays, au-delà des préjugés et d’une situation politique qui la fait souffrir ». À Villette, le duo folk formé par Kaley Lane Eaton et Rian Souleles partagera la scène avec Layla Ramezan, dans des arrangements créés spécialement pour voix, banjo, bouzouki et piano.

Comme un oiseau de bonne augure, le festival étendra ses ailes de paix sur le Lavaux.

Les Rencontres Musicales Homay
Du 7 au 9 novembre 2025
Cully et Villette, Bourg-en-Lavaux
www.homay.ch/festival

Billetterie: www.monbillet.ch

100 ans de musique iranienne pour piano

Un autre projet personnel qui occupe Layla Ramezan depuis maintenant 10 ans est sa recherche de répertoire perse inédit pour piano. Sur 4 albums de prévus au total, 2 sont déjà sortis. Le 3e opus, qu’elle enregistrera en décembre, présentera une commande à deux jeunes compositeur∙ice∙s d’après La Conférence des oiseaux, une œuvre de littérature mondiale du poète soufi Farid al-Din Attar. Pour enrichir le voyage, Layla a récolté des sons de Téhéran, leur ville natale à tous les trois, qui se feront entendre dans l’album.

www.laylaramezan.com

Classique et opéra Festival

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Les Créatives

Les Créatives 2025, entre déconstruction et reconstruction

Radicales et militantes, Les Créatives reviennent pour une 21e édition du 18 au 30 novembre prochain. Dans un climat au machisme croissant, le rendez-vous féministe impose sa place et son importance avec une programmation qui, comme depuis 20 ans, met en avant et valorise les créations et les luttes de minorités. Le dévoilement de cette édition était bien loin des conventions – à l’image du festival.

Catherine Rohrbach

Le 7 octobre dernier, Les Créatives ont invité journalistes et partenaires à se rassembler aux Bains des Pâquis, à Genève, pour annoncer la nouvelle programmation. Auprès d’une yourte, l’effervescence est palpable. C’est là, face au lac, que les organisatrices dévoileront leur manifeste 2025. À l’intérieur, une exposition a été créée pour l’occasion. On y déambule et découvre, sur des écrans et des affiches, les événements qui militeront dans le canton de Genève en novembre. Chaque panneau contient un code QR avec un coup de cœur de l’équipe. Chaque coup de cœur montre une direction résolument combative et pleine d’amour – au sens politique du terme, théorisé par la militante féministe Bell Hooks. Pour mettre en avant les artistes, un jeu participatif a également été créé : des cartes avec une description devant être reliées à l’artiste en question. Une belle façon de valoriser et de se familiariser avec les valeurs du festival. Sous la tente, une playlist se mêle aux échanges et fait résonner les artistes musicales qui joueront sur les scènes genevoises.

Bien que le lancement de la programmation ne soit pas une traditionnelle conférence de presse, les co-directrices Ermela Haile et Nevena Puljic ont tout de même donné un discours soulignant l’urgence des luttes féministes dans une société où fascisme et masculinisme prennent de plus en plus de place. La création artistique et culturelle devient ainsi une importante arme de déconstruction et la visibilité des voix minoritaires nécessaire à l’édification d’un monde plus juste. Rien de tel qu’un festival artistique et féministe pour bousculer le status quo. Le lancement de la programmation se termine avec un concert de l’artiste F月G qui incarne les valeurs du festival, avec une musique électronique douce et puissante à la fois, un thérémine et des textes multilingues engagés contre les violences sexuelles ou encore pour Gaza.

Au cœur de la programmation 2025, les thèmes de la construction – à l’image de leur affiche – du lien et de la collectivité tissent et rassemblent la quarantaine d’événements proposés : expositions, tables rondes, ateliers, performances, concerts et fêtes. En effet, si la culture permet la déconstruction de discours patriarcaux, elle est également au centre de la reconstruction collective. C’est la diversité des médiums et la pluridisciplinarité qui font la force du festival. Les conversations nécessaires qui s’entrelacent avec des performances artistiques et permettent ainsi de donner la parole aux identités délaissées par les politiques.

Le rugissement des Créatives se fera entendre tant qu’il le faudra, du 18 au 30 novembre 2025 et au-delà.

Parmi les noms à ne pas manquer, on retrouve notamment le collectif radical et punk Draga – Ô Guérillères, la poétesse états-unienne Aja Monet, les chanteuses Oklou, Nnavy, Uche Yara ou encore la journaliste Victoire Tuaillon, créatrice du podcast Le cœur sur la table, et le Kitsch Comedy.

La programmation complète est à découvrir sur www.lescreatives.ch

Aja Monet

Nnavy

Victoire Tuaillon

Festival

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Marcin Zdunik (2)

Marcin Zdunik – La beauté dans la simplicité

À quelques semaines de sa venue au Festival Chopin Genève, pour lequel il jouera en concert de clôture avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz, le violoncelliste Marcin Zdunik nous a accordé une interview en direct de Varsovie.

Propos recueillis et traduits par Katia Meylan

C’est un Marcin Zdunik en mouvement que nous rencontrons à l’autre bout du fil, mi-septembre. Arpentant la pièce, tout sourire, il nous confie qu’il vient de terminer la composition d’un oratorio de 45 minutes pour deux chœurs et orchestre, livré – juste à temps – à l’institution commanditaire. Avant sa venue à Genève, il devait penser ensuite au Concerto pour violoncelle en la mineur de Schumann, qu’il jouait deux jours plus tard avec le Cavatina Philharmonic Orchestra. Une vie remplie que celle de soliste ! Ouf : il finit par s’arrêter quelques minutes sur son balcon, au soleil.

Marcin Zdunik

↑ Marcin Zdunik en appel vidéo avec nous :)

L’Agenda : Le Festival Chopin sera votre premier concert à Genève, et également la première fois que vous jouerez avec Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz. Comment préparez-vous habituellement vos “première rencontre” ?

Marcin Zdunik : En musique de chambre, avant de se connaitre, on ne sait pas encore l’interprétation qui surgira d’une répétition. L’important est de se préparer à plusieurs options d’interprétation, d’être ouvert à ce que notre vision de certaines phrases se trouve changée. C’est ça qui est excitant ! Après avoir joué le répertoire de Chopin tant de fois dans ma vie, après l’avoir enregistré, j’en ai indéniablement une certaine vision. Mais jouer avec des musiciens que je n’ai jamais rencontrés me force à chercher d’autres solutions. C’est lorsque je me mets à la recherche de quelque chose de nouveau en moi que je me développe. Je me réjouis beaucoup de ce processus !

Le temps de répétition avant un concert est souvent plutôt court, est-ce que ça vous laisse le temps nécessaire ?

Par chance, Pawel sera bientôt à Varsovie quelques jours, ce qui nous donnera l’occasion de nous préparer plus longuement. On s’est dit qu’avec un répertoire si complexe, ce serait trop “tricky” de n’avoir qu’un seul jour de répétition. La Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano, particulièrement, serait presque impossible à jouer en un jour – ou alors, le résultat serait discutable. C’est une pièce qui, à son époque, était avant-gardiste ; quand Chopin l’a composée, il craignait de ne pas être compris par le public en France. Lui et son collègue violoncelliste Auguste Franchomme n’avaient d’ailleurs pas joué le premier mouvement en France pour cette raison. Ça en dit beaucoup sur la complexité de cette musique, sa singularité. Par conséquent, en tant qu’interprète, ça demande de trouver comment en raconter toutes les histoires. On prendra notre temps pour le faire ici à Varsovie, et ainsi on aura aussi plus de temps à Genève un jour avant le concert pour répéter le trio avec Olivia.

Quelles configurations privilégiez-vous dans vos collaborations ? Les collègues de longues dates ou les nouvelles rencontres ?

J’essaie de trouver l’équilibre. De rencontrer à la fois de nouvelles personnes sur certains projets, et en parallèle, de développer une vision sur le long terme. J’ai un trio avec lequel je joue depuis longtemps, nous nous connaissons par cœur, on improvise, on trouve un chemin sans avoir besoin de parler. Ce genre d’amitiés musicales sont fructueuses, elles sont ce qui nous permet de pousser plus loin notre vision du répertoire.

Et… êtes-vous bon équilibriste ?

Oui, je crois que pour moi ça se fait naturellement. Ma vie de musicien me plait, me permet de combiner mes activités de soliste, de musicien de chambre, de compositeur, d’improvisateur… Je n’aimerais pas être enfermé dans une case.

Vous êtes aussi enseignant à la Fryderyk Chopin Music University. Y a-t-il un sujet de discussion récurrent que vous abordez avec vos élèves à propos de Chopin ?

Oui, on a notamment des discussions inspirantes sur le rôle des instruments. Chopin n’était pas violoncelliste, et quand il composait pour piano et violoncelle, il bénéficiait de l’aide de son ami Auguste Franchomme. Personnellement je trouve les parties de violoncelle très bien écrites ! Leur particularité, si on les compare aux sonates allemandes de Beethoven ou Brahms, est de ne pas faire jouer la même structure, la même matière aux deux instruments, mais d’être attentif aux caractéristiques de chacun. Chopin les mène dans des directions complètement différentes. Le violoncelle est chantant, touchant, il n’a pas besoin de briller de façon virtuose comme le piano.

Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?

Beaucoup d’expérience, beaucoup d’écoute aussi. Même si j’ai entendu les pièces de Chopin un nombre incalculable de fois, à chaque fois que je les joue, je redécouvre en elles quelque chose de nouveau. Sa musique est profonde et complexe, elle comporte tant de détails… C’est ce qui fait son génie. Ce qui apporte beaucoup aussi est de se pencher sur le contexte, les inspirations du compositeur. Écoutez de la musique traditionnelle polonaise, mais pas uniquement : les sonates, par exemple, se réfèrent plus à Schumann et à Beethoven qu’à la musique folklorique. Chopin fréquentait les salons, les fêtes dans lesquelles les compositeurs s’amusaient à rivaliser en improvisant sur les airs d’opéras les plus connus. C’est tout un contexte qui enrichit la compréhension de son œuvre.

Le 12 octobre au Festival Chopin, vous allez jouer quatre pièces que vous avez enregistrées en 2021 dans votre album Chopin Chamber Music, avec Szymon Nehring et Ryszard Groblewski. Comment ces pièces évoluent-elles au fur et à mesure du temps ?

C’est difficile à dire précisément, car à chaque fois qu’on joue, la musique change avec nous. Mais je pense qu’une des constantes est que je tends à épurer. Au début, j’étais tout enthousiasmé par la musique de Chopin et je cherchais à faire des phrasés spéciaux, je cherchais des “solutions” originales. Plus je joue, plus je reviens à quelque chose de simple. Je découvre la beauté dans la simplicité.

***

Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve

Marcin Zdunik jouera avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

Classique et opéra Festival

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Faire Troupeau

Faire troupeau – Un conte catastrophe plein d’amour au far° à Nyon

Ce soir, le festival far° à Nyon ouvre sa 41e édition. On pourra y découvrir notamment la pièce Faire troupeau, écrite, mise en scène et jouée par Marion Thomas. Un spectacle à mi-chemin entre enquête scientifique, stand-up, film d’action raconté par un enfant, discours politique et speech motivationnel sur beauté de nos espèces humaines et animales.

Texte de Katia Meylan

« Vous êtes là » ?, demande l’écran au public assis dans la pénombre. D’abord par texto et emojis interposés, puis en sortant timidement de derrière son buisson, Marion Thomas nous jauge, nous amadoue. Avec affection, elle s’adresse au « troupeau » face à elle. Elle aspire à le rejoindre. Elle le questionne, l’enjoint à écouter son instinct social, ses élans de solidarité.

Dans sa propre peau, dans celle d’un mouton ou dans celle de Bruce Willis, la comédienne raconte. Des scénarios catastrophes à la Armageddon, des résultats d’enquêtes zoologiques et sociologiques, des histoires vraies de pouvoir et d’amour. Face à l’attaque d’une meute de loups, face à un tremblement de terre, à un ouragan, à la montée des eaux… Comment réagit l’individu ?

La pièce est immersive, presque participative… mais pour les moutons les plus craintifs, pas d’inquiétude à avoir : la participation se fait à l’intérieur. Très fortement, par les questions qu’elle soulève, par la conscience qu’à tout moment, elle nous fait prendre de nous-même en tant que public, en tant qu’animal, en temps qu’humain∙e, Marion Thomas nous rend partie intégrante de l’instant.

Faire troupeau ©DR

Touchante comme une enfant sérieuse, cette claustrophobe au petit côté geek profite totalement du fait que des gens se soient assis là pour les prendre en otage durant une heure trente ! Et on se laisse bien volontiers embarquer dans ses passions et obsessions, ses recherches, ses questionnements et ses réflexions, livrées avec une bonne dose d’humour. On en ressort avec comme une fierté de faire partie du troupeau.

La pièce a pris sa source en 2023 grâce à une initiative du far°, dans le cadre de la toute première édition de Récits du futur, une résidence de recherche d’écriture et de création pour modifier nos imaginaires et réagir face aux crises environnementales. Elle a été coproduite par Le Grütli à Genève et La Grange à l’Université de Lausanne, ainsi que par plusieurs scènes françaises (de Nantes, Angers, Saint-Nazaire, Lyon et Paris).

Faire troupeau
Les 7 et 8 août 2025 à 21h
Festival far° – Usine à Gaz, Nyon
www.far-nyon.ch/spectacles/faire-troupeau

Tout le programme du far°, du 7 au 16 août: www.far-nyon.ch

Festival Théâtre

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BuskersÀMorges, photo STEPHANIE MONTESINOS

BuskersÀMorges – Voyage improvisé

Du 13 au 16 août, il fera bon vagabonder à Morges, oreilles au vent. Au bord du lac, dans la cour du Château ou en passant par une petite rue piétonne, on aura de fortes chances de tomber sur l’une des treize propositions artistiques du festival BuskersÀMorges.

Textes et propos recueillis par Katia Meylan

On repart en voyage ! Durant quatre jour, en cette dernière semaine de vacances, les musiques du monde répondront dans les rues de Morges. Griots percussionnistes du Sénégal, Son traditionnel mexicain, flamenco, ou swing hawaïen, la découverte sera au tournant, sans artifices, sans scène ni micro. Face à face, tout simplement. Ce concept de Buskers, déjà très connu dans d’autres villes du monde, fait gentiment son nid à Morges.(L’Agenda en parlait lors de la première édition, dans son numéro juillet-août 2022).

Le festival n’a pas de billet d’entrée, mais il est participatif : le public, en fonction de ses moyen, contribue à son existence en achetant le programme, vendu à 10 francs avec le badge de soutien, en mettant quelque chose dans le chapeau destiné aux artistes, et en passant faire un tour aux food trucks. La découverte culinaire fait également partie du voyage, avec des saveurs venues d’Italie, de Grèce, d’Iran, du Maroc, du Tibet, du Viêt-Nam ou encore du Pérou. Et au bar, les vins locaux de Villars-sous-Yens ont pour rivaux des cocktails d’inspirations un peu plus lointaines !

BuskersÀMorges édition 2024. Photo: Javier Badalona
Photo de haut de page: Stéphanie Montesinos

Nous avons eu l’occasion d’échanger par téléphone avec Sylvie Pasche, directrice artistique du BuskersÀMorges – en direct de République Dominicaine, où son amour pour les musiques du monde la mène très souvent. Elle s’est prêtée à l’exercice de notre petit Questionnaire de Proust.

Si le festival était une odeur ?
Caramel.

Un goût ?
Épicé.

Une phrase qu’on se hèle en passant ?
Eh salut ! Tu étais où, tu as écouté qui ?

Un slogan vaudois ?
Aux Buskers, vous serez déçus en bien !

Un secret bien gardé ?
La programmation. On connait les artistes, mais pas où ni quand ils vont jouer… sauf si on achète le programme.

Un émerveillement ?
Les enfants. Ils s’arrêtent partout avec un regard frais, n’ont pas d’a priori ni de barrière vis-à-vis des artistes. Chaque année je les vois écouter, danser sur des chants mongols, des chants yiddish… ça s’inscrit dans leur mémoire culturelle.

Un groupe à suivre partout si on a envie de danser ?
Papelucho Sound System : c’est de la rumba chamanique, tout un programme ! Mais il y en a d’autres aussi…

Un concert devant lequel s’allonger et fermer les yeux ?
Le duo de cordes et voix méditerranéennes, elles sont juste magnifiques. C’est un voyage entre jazz, opéra lyrique, chant traditionnel d’Italie du Sud… Je suis très contente qu’elles aient accepté de venir au Buskers. Quand elles jouent, on pose sa bière, on a juste envie d’écouter.

Un concert inattendu ?
L’altiste virtuose « fou furieux », Emil Hasala ! Lui, à l’âge de 9 ans, il jouait dans les orchestres les plus prestigieux de Slovénie. Quand je l’ai invité, je lui ai demandé s’il avait l’habitude de faire de la rue. Il m’a dit « Écoute, je commence. Ça me fait un changement, je m’amuse ! ». Il improvise avec sa bande son sur des thèmes connus, il prend tout le monde par surprise, ceux qui aiment la musique classique et ceux qui ne connaissent pas. Il montre que les instruments à cordes sortent des fosses d’orchestre.

[Ndlr : En réalité, Sylvie Pasche nous a parlé de tous les groupes, c’était trop difficile de n’en citer qu’un par question ! Alors… il ne tient qu’à vous d’aller découvrir la programmation]

Une anecdote des éditions passées ?
Comme les artistes sont là toute la semaine, ils ont le temps. Ils mangent ensemble, ils vont s’écouter les uns les autres, et comme ils n’ont pas de set-list imposée, tout est ouvert ! Des affinités se créent, on a souvent vu des artistes s’inviter à jouer et improviser ensemble. L’année passée… le festival a même vu naitre une histoire d’amour !

BuskersÀMorges, édition 2024. Photo: Gilbert Badaf

Festival BuskersÀMorges
Du 13 au 16 août 2025
Dans les rues de Morges
www.buskersamorges.com

Famille Festival Musique actuelle

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Festival de la Cité 2024 Nikita Thevoz

3 Grâââââââces au Festival de la Cité

Flâner, partager une bière et une gaufre (avant, elles étaient à 5 francs, tu te rappelles ?), compter le nombre de connaissances croisées en une soirée avec mon amie bibliothécaire (elle a gagné), danser devant la scène du Grand Canyon, attendre le prochain spectacle assise dans la paille sur le Pont Bessière, ou encore écouter bouche bée, sans voir le temps passer, le manifeste trans de Laurène Marx. La semaine prochaine, à mes souvenirs hétéroclites de festivalière s’ajouteront de drôles de personnages tout de carton vêtu∙e∙s.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Du 1er au 6 juillet à Lausanne, cette 53e édition du Festival de la Cité sera faite de musique, de performances et d’installations, mais aussi de propositions pour les tout jeunes. C’est notamment le cas du spectacle Les 3 Grâââââââces, accessible dès 3 ans, imaginé par évo mine lambillon et Judit Waeterschoot – avec qui j’ai échangé la semaine dernière en visio – et Filomé Robinson Starck.

Le trio, issu du Bachelor en Danse contemporaine de La Manufacture, me raconte s’être formé par amitié et par une envie commune de créer pour le jeune public. « Entre nous, on a une énergie enfantine… c’est pour ça qu’on a imaginé un spectacle à vivre et partager sur scène avec les enfants, comme s’ils étaient nos ami∙e∙s ! » rient Judit et évo. « Le spectacle s’adresse à tous les âges : on n’a pas voulu être simplistes, non seulement pour que les adultes aient du plaisir, mais aussi car les enfants ne sont pas bêtes ! Ils comprennent beaucoup de chose », affirme Judit. Et évo d’ajouter : « On s’est quand même posé beaucoup de question ; on a évidemment fait attention à la sécurité, mais aussi à l’intensité, pour ne pas trop les envahir ».

Les Trois Grâââââââces

Photo: Les Trois Grâââââââces
Haut de page: Festival de la Cité 2024 © Nikita Thevoz 

Sur les ruines d’un château en carton volé en éclats, une galerie de personnages, papillon, oiseau ou soldat fragile, prennent vie. Entre fashion-show, théâtre en mouvement et interactions, les artistes célèbrent la force de l’imagination et la possibilité de réinventer ses propres fêtes. Trois Grâces, au-delà des traditions et des mythes antiques, trois identités joyeuses, créatives et sociables se révèlent…

***

Le mercredi à 17h15, les trois artistes proposent un workshop durant lequel les enfants pourront créer leur propre costume en carton, puis, pourquoi pas, déambuler dans le festival avec !

Les 3 Grâââââââces

  • Le spectacle (~ 30 minutes)
    Mardi 1 juillet, jeudi 3 juillet et vendredi 4 juillet à 17h15 et 18h30     
    Pyxis, Lausanne          
  • Le workshop (~ 45 minutes)
    Mercredi 2 juillet de 17h15 à 18h
    Pyxis, Lausanne

Édition 2025, quelques nouveautés

  • Chorale participative menée par la contrebassiste Louise Knobil et la cheffe de chœur Johanna Hernandez. Après quelques répétitions en commun, des chœurs romands et des choristes volontaires se produiront ensemble le samedi 5 juillet à 17h à la Cathédrale
  • Concert de Model/Actriz, « meilleur groupe de rock au monde actuellement » selon Joe Frailich de la programmation Musique actuelle – faites-lui confiance
  • « Pass accessibilité » à obtenir aux stands info du Festival sous forme de badge, pour permettre aux bénévoles et au public d’identifier les personnes qui pourraient avoir besoin d’aide

Édition 2025 – recommandations de 2 des 3 Grâââââââces :

évo : le talu, rap belge queer et engagé
Mercredi 3 juillet à 20h15, Pont Bessières

Judit : Piñata Cake, performance de cirque de Gaël Santisteva
Jeudi et vendredi à 22h30 à La Perchée

Toute le programme sur : www.2025.festivalcite.ch/fr/

Famille Festival

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Transylvania_Elie Hackel

Traversée des balkans à flanc de coteau

Dans son projet intitulé Transylvania, le jeune violoniste Elie Hackel met en miroir des musiques populaires d’Europe de l’Est et des pièces de compositeurs de la modernité hongroise – Bartok, Dohnányi, Kodaly et Rózsa – qui, au 20e siècle, avaient trouvé une nouvelle inspiration en étudiant ces traditions orales. Si le public de Lavaux Classic se révèle danseur, dimanche 22 juin, Grandvaux prendra peut-être de vrais airs de fête balkanique !

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

 

Tant Guillaume Hersperger à la direction artistique que Martin Jollet à la programmation OFF affirment avoir fait les choix du cœur, conviant à cette 22e édition de Lavaux Classic des artistes avec qui ils aiment passer du temps, des concerts qu’ils avaient « envie d’entendre et de faire entendre ». Simple et efficace ! Parmi celles et ceux qui feront vibrer Cully, Grandvaux et Vevey, on trouve des artistes-phare (Marina Viotti, Nelson Goerner, Grigory Sokolov, le Quatuor Modigliani, …) mais aussi des projets atypiques (le quatuor vocal féminin Les Barbiches, le duo chant/basse électrique Baix), ainsi que des jeunes talents, à l’image d’Elie Hackel et son projet Transylvania qu’il présentera entouré de Marc Crofts à l’alto, Zoli Kekenj à la contrebasse et Gaspard Thomas au piano.

Une passion

Elie Hackel, titulaire d’un Master de musique de chambre au CNSM de Paris et actuel étudiant en Master de concert à la Haute École de Musique de Lausanne, se passionne depuis l’enfance pour la musique klezmer. De rencontre en rencontre, de recherche en recherche, la musique traditionnelle s’impose dans son parcours et le violoniste se fixe pour objectif de développer sa connaissance de ces folklores, «au langage très exigeant et très spécifique à chaque région», en parallèle de ses activités de chambriste et de soliste. En articulant les deux, «le lien avec les compositeurs comme Kodaly, Rózsa et Dohnányi, qui se sont eux-mêmes inspirés de ces folklores, a été naturel», nous répond-il.

Son projet Transylvania, qu’il avait présenté sur Espace 2 dans l’émission Des masters sur les ondes en février 2024, explore trois zones géographiques, ethniques et stylistiques différentes, qu’il nous explique ainsi: «Le premier tiers du programme, avec l’Adagio et l’Intermezzo de Kodály, est influencé par  la musique tzigane de Budapest, également appelé « magyar nóta ». Ce style est assez proche dans ses codes esthétiques de la musique classique et constitue la première source d’inspiration chez les compositeurs hongrois du 20e siècle. Dans la deuxième partie, nous mettrons en regard Ruralia Hungarica de Dohnány avec une suite d’une sous-région de la Transylvanie, peuplée de beaucoup de communautés hongroises depuis la division des frontières après la Deuxième guerre mondiale. Le dernier tiers du programme est axé sur la musique tzigane roumaine, avec une suite folklorique et des pièces de Kodály et Rózsa».

Les arrangements des suites folkloriques sont le résultat d’un «collectage» réalisé par Elie lui-même lors de ses voyages en Roumanie et en Hongrie.

Des voyages et des rencontres

Le premier grand voyage d’Elie Hackel en Transylvanie dans le cadre de ce projet était il y a deux ans, nous raconte-t-il, et il y est retourné plusieurs fois depuis. Notamment en janvier 2025, lors d’un voyage de trois semaines commencé à Cluj-Napoca et les villages alentours, continué à Beica de Jos et terminé par Budapest. «La visite chez le violoniste Marcel Ramba, qui fait partie de la communauté tzigane roumaine, m’a beaucoup marqué. Il a fait de sa maison à Beica de Jos une école de musique, où il accueille une vingtaine de jeunes violonistes. J’y ai passé plusieurs semaines en tout. C’est une approche tellement différente de la manière qu’on a de faire de la musique classique aujourd’hui! On jouait de 14h à 3h du matin, c’était une manière joyeuse et quotidienne d’appréhender le folklore, qui m’a ouvert des perspectives musicales; j’ai pris conscience à quel point cette tradition est exigeante, du temps qu’il faut pour pouvoir la maitriser. Une autre rencontre marquante a été celle de Miklós Lakatos à Budapest. J’avais déjà entendu ses magnifiques enregistrements et ses concerts dans les restaurants de la capitale hongroise. En prenant cours avec lui, j’avais l’impression de revenir au début du 20e siècle et d’entendre dans son jeu les grands enregistrements de David Oistrakh, Jascha Heifetz ou Christian Ferras. C’est une communauté qui est fière de sa musique et qui a conservé un savoir-faire exceptionnel au fil des siècles. Ça m’a impressionné et donné l’envie d’en apprendre encore davantage.»

Lors de ce voyage, Elie Hackel est parti en compagnie d’un ami caméraman, Simon Stewart, avec qui il a filmé un documentaire en trois épisodes qui accompagnera la sortie de l’album courant 2025. Une façon de mettre en images ces contextes musicaux «qu’on ne se représente pas toujours facilement. Voir les enfants, les restaurants, les fêtes, les mariages, … ça donnera beaucoup de force à l’album» !

Le jeune homme ajoute, enthousiaste: « C’est un enjeu fort pour moi de pouvoir jouer ce programme en Suisse romande, dans la mesure où je n’ai pas encore eu beaucoup l’occasion d’y entendre ces musiques traditionnelles dans des festivals de musique classiques. C’est une musique magnifique, encore trop méconnue et je suis heureux de pouvoir la partager avec le public suisse.»

Transylvania
Dimanche 22 juin 2025 à 15h
Grande Salle, Grandvaux

Lavaux Classic
Du 19 au 29 juin 2025
www.lavauxclassic.chqu

Classique et opéra Festival

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Ophélie Baribaud, Clara Citron, et Clémentine Dupont Tissot © Eugénie Rousak

ATFU X SPIELACT : enchères de troc durant l’exposition du festival

Pour cette 7e édition, le festival Spielact a transformé son exposition en véritable salle aux enchères, où les œuvres ne sont pas à vendre, mais à échanger contre un service. Si l’artiste accepte une proposition, l’auteur de l’offre repart avec l’œuvre d’art; sinon, les enchères continuent.

Compte-rendu : Eugénie Rousak

Ce concept de troc d’art a été lancé par Atfu (pour « À toutes fins utiles »), une plateforme en ligne qui propose de swiper les œuvres et soumettre ses offres. Lancée il y a 3 ans pour favoriser le troc entre artistes, elle s’est ouverte au grand public au mois de novembre 2024. Aujourd’hui, il y a plus de 11 000 œuvres et 18 000 offres en attente sur le site, alors que 4 000 pièces ont déjà été échangées, ont confirmé les fondatrices lors de la conférence organisée à Spielact. Mais quelles idées de troc ? Finalement il y a vraiment de tout : « voyage tout frais payé à la foire d’Abu Dhabi pour rencontrer les collectionneurs, tours de magie à domicile, carte « sortie de prison » par une avocate pénaliste, relecture du portefeuille, accompagnement administratif ou juridique, offres de résidence ou même du temps… pour aider dans l’atelier par exemple » précise la cofondatrice Clémentine Dupont Tissot.

Exposition du festival avec les œuvres disponibles au troc © Eugénie Rousak
Photo de haut de page:
Ophélie Baribaud, Clara Citron, et Clémentine Dupont Tissot © Eugénie Rousak

Dans le cadre de Spielact, le concept a quitté l’online pour proposer le troc directement dans la salle d’exposition. La quarantaine d’œuvres affichées dans Le Commun, à Genève, était donc accompagnée d’un QR code permettant au public de faire son offre directement sur place.  « Ce concept permet aussi d’inverser les tendances sur le marché de l’art. Dans une galerie, la première personne qui met le prix emporte la pièce. ATFU, au contraire, donne à l’artiste le pouvoir de choisir selon ses besoins du moment. Cela dit, il faut encore un changement de mentalités pour comprendre qu’un service peut avoir autant de valeur qu’une œuvre » a expliqué Clara Citron, cofondatrice.

Bref, une nouvelle façon de voir le marché de l’art, où finalement chacun a quelque chose à offrir : collectionner devient donc accessible !

Spielact en bref

Le festival Spielact, dont la 7e édition a eu lieu du 13 au 25 mai 2025 à Genève, propose des expositions, des performances, des actions de médiation et des tables rondes, visant à échanger autour des enjeux du secteur culturel, des coulisses et des réalités des métiers concernés, ainsi qu’à s’interroger sur les représentations que nous nous faisons de l’art.

www.spielact.ch

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Explore Demain © Kim Schneider

Explore Demain – L’engagement citoyen genevois en fête

Partager un repas anti-gaspi sur le parvis d’Uni-Mail, ajouter son portrait chiffré à une fresque commune sur le Pont des Bergues, tourner des films à la Michel Gondry, en apprendre plus sur l’Arve ou l’IA, discuter démocratie et transition écologique puis faire une pause pour danser sur les sons de Bongo Joe : c’est ce que prévoit, entre autres rencontres passionnantes, le festival Explore Demain du 17 au 25 mai 2025 à Genève !

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

En 2019, face aux divers enjeux et défis présents sur son territoire, le Département du territoire (DT) du Canton de Genève lance Explore Demain, un festival gratuit ayant pour but de créer des espaces de rencontres entre pouvoirs publiques et citoyen·ne·s. Des espaces de réflexion collective, d’échange, de débat et d’action liés aux enjeux écologiques sur le territoire de Genève et sa région.

Imaginé dans un bureau, Explore Demain est depuis sorti dans les rues, a investi les quais et les maisons de quartier, a bourgeonné organiquement en embarquant les enthousiastes sur son passage. Aujourd’hui, le festival est porté par cinq départements du Canton, en collaboration avec la Ville de Genève et de nombreuses institutions et associations genevoises. « Sur ces questions de transition, qui sont d’une complexité inouïe, il n’y a pas de réponse simple », atteste Frédéric Josselin, responsable du service participation citoyenne au DT. « En revanche, il existe déjà plein de bribes de réponses présentes sur le territoire. Avec Explore Demain, le Canton propose de les découvrir, d’en échanger voire d’en débattre. C’est aussi le rôle de l’État de mettre en lumière, d’encourager et développer la capacité d’agir des habitantes et des habitants. »

Le pari de la culture

En abordant les questions de transition sous forme de festival, en faisant se côtoyer réflexion, création et récréation, Frédéric Josselin et son équipe ont placé leur foi en la force du culturel. « On a pris le parti de la joie, d’une certaine légèreté, parce que l’inspiration et l’engagement viennent aussi dans ce genre de moments partagés. Ce sont de vrais leviers d’action », affirme notre interlocuteur. Culturel par sa forme événementielle, le festival propose un contenu artistique : conférences, concerts, stand-up ou encore expositions. Cette approche sera thématisée en soi lors de la table ronde Art et transition, le 18 mai à 12h sur le Pont des Bergues, qui traitera de la place de la culture et de l’art en périodes de transition.

À vivre – Une programmation consciente

Le festival s’étend sur dix lieux du canton et, dès jeudi 22 mai, installe son QG à la Salle Communale de Plainpalais. Le programme se compose d’acteur·ice·s du territoire (même parfois d’habitant·e·s, qui proposent des visites guidées de leurs quartiers!) et de personnalités internationales inspirantes: l’enseignant britannique Rob Hopkins, la journaliste française Salomé Saqué, le pianiste Patrick Scheyder, l’humoriste Swann Perissé ou encore la photographe Mary-Lou Mauricio. Le projet de cette dernière, intitulé Born in PPM, a passionné Frédéric Josselin et son équipe. Dans son studio photo installé sur l’Île Rousseau à l’occasion de la journée Bergues en Fête le 18 mai, elle inscrira sur le corps des participant·e·s, au pinceau et à l’encre noire, le nombre de particules par million (PPM) responsables de l’effet de serre présentes dans l’atmosphère lors de leur année de naissance. Puis une exposition de tous les portraits sera montée à la Salle Communale de Plainpalais du jeudi 22 au dimanche 25 mai.

« On invite systématiquement des artistes engagé·e·s, qui mettent les réflexions sur les transitions au cœur de leur processus créatif », explique Frédéric Josselin. La graphiste Kim Schneider (LaGonz), l’une des quatre artistes mandaté·e·s pour réaliser des comptes-rendus illustrés du festival, ne déroge pas à la règle: « Dans ma vie personnelle et professionnelle, je me concentre sur les petits détails qui font la différence », nous confie celle qui se forme en ce moment dans l’accompagnement créa-thérapeutique. « Ce qu’on peut contrôler le mieux, c’est ce qu’on fait soi-même, dans son périmètre proche. Quand on rend service à la personne qui vit juste à côté, quand on change notre manière de consommer, c’est déjà une étape. Dans mon travail, je dessine beaucoup sur des posts-its – ce qui n’est pas une approche très coûteuse! – et même quand je fais des choses plus abouties, je fais attention à ne pas acheter sur internet mais dans des boutiques de Genève. Mon approche consciente se fait à 360° ».

Kim Schneider, alias LaGonz. Photo: Sebastien Arsenijevic

La jeune femme avait déjà réalisé des comptes-rendus des tables rondes l’an dernier, ainsi que des petites fresques humoristiques – ou non – résumant des thématiques abordées lors du festival. Elle réitérera l’expérience lors de cette édition 2025, aux côtés des artistes Pierre Schilling, Muriel Dégerine et Popy Matigot.

Se remémorer – Le concept de PV illustré

Si le festival tient à faire vivre à son public une expérience intense et rassembleuse, son but est également de laisser des traces et des ressources consultables. Notamment des podcasts, mais aussi  ces fameux PV illustrés, support inventif qui résume le contenu et rend accessible au plus grand nombre. « Le PV illustré, c’est assez challenging », nous dit Kim Schneider d’une voix dont l’énergie solaire traverse le combiné. « À mon sens, c’est de la traduction instantanée : ça nécessite une écoute active et une synthèse directe. D’une certaine manière, c’est toujours un peu comme ça j’ai travaillé, que ce soit dans mon métier de graphiste pour résumer ce qui se disait durant les briefings d’agence, ou sous mon nom d’artiste LaGonz, en faisant des petits dessins qui synthétisent des pensées, des moments de vie ». L’année dernière, l’illustratrice se plaçait tantôt en observatrice, tantôt sous les feux des projecteurs lorsque ses créations se déroulaient en « live sketching », rétro-projetées sur un écran en direct pendant la table ronde. La jeune femme nous raconte comment elle avait abordé le défi : « J’avais préparé un lexique inspirationnel de dessins sur le thème de l’écologie dans mon carnet de croquis, que j’ai gardé sous la main et dans lequel j’ai parfois puisé sur le moment. C’était une vraie gymnastique cérébrale! Il y a beaucoup d’informations à la fois, entre ce qui se dit, ce qui se passe dans ma tête au niveau de la création, le canevas auquel je dois penser pour articuler les informations de façon attractive et structurée. Ce qui me plaît le plus, c’est de trouver comment je vais mettre tout ça en forme pour raconter des histoires! ».

Des histoires auxquelles chacun·e est invité·e à prendre part, du 17 au 25 mai à Genève!

Explore Demain
Du 17 au 25 mai 2025
Divers lieux du Canton de Genève
QG à la Salle communale de Plainpalais du 22 au 24 mai

Tout le programme sur : www.exploregeneve.ch

Quatre questions à Frédéric Josselin et Kim Schneider

Une réflexion écologique qui vous suit au quotidien ?
Frédéric Josselin : La question de l’héritage, ce qu’on nous a donné et ce qu’on va laisser.
Kim Schneider : Je suis convaincue – c’est un peu mon mantra – que le changement se fait à l’intérieur.

Une chose que le festival vous a apprise ?
Frédéric Josselin : Qu’il y a une force vive à Genève extraordinaire, source d’inspiration et de mouvement. Il y a une dynamique collective qui montre qu’on a énormément de carte en mains pour agir.

Pendant le festival, où est-on sûre de vous trouver ?
Kim Schneider : Ah!  Je peux vous dire, car j’ai reçu mes horaires : Je serai le 17 mai à 14h à la Ferme de Budé pour la table ronde sur le prix de l’alimentation, et dimanche 18 mai à 12h pour la table ronde Art et transition.

Le demain du festival, vous serez…
Kim Schneider : À Coppet pour un projet de fresque collaborative dans une école. Et je prévois aussi la post-prod des dessins du festival sur cette semaine-là, bien sûr !
Frédéric Josselin : Heureux, et probablement fatigué.

CultureEnJeu Festival

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Keyvan Chemirani

Keyvan Chemirani – Un quête de l’identité dans l’altérité

Le Festival Agapé honore la musique et l’art sacré, alternativement une année sur deux Genève et à Reims. Sa 17e édition investit la Salle Frank-Martin du 28 mai au 1er juin 2025 avec six spectacles jeune public et douze concerts, rassemblant des artistes venu∙e∙s partager leur expérience et transmettre leur passion. Le percussionniste Keyvan Chemirani a partagé avec nous quelques réflexions autour de son art et de son concert intitulé Tales of new ancient rhythms, entre traditions et compositions originales.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Une grande famille

La voix de l’Irano-parisien Keyvan Chemirani nous parvient depuis le sud de la France, où il prend quelques jours de congé – ce qui ne l’a pas empêché d’accepter un rendez-vous téléphonique ! À évoquer la carte blanche que lui a confié le Festival Agapé, on le sent tout réjoui. Celle-ci lui a permis de constituer, spécialement pour l’occasion, un programme nouveau et un ensemble de treize solistes, parmi lesquels sa sœur Maryam au chant et son frère Bijan à la percussion. S’y retrouvent autant d’instrumentistes aux traditions orientales que de chambristes, maniant zarb, duduk oud, violoncelle ou clavecin. « Tous sont des amis avec qui je joue souvent. On fait partie d’une même grande famille. Pour moi, il y a différentes familles de musiciens : certains par exemple vont dédier toute leur vie et leur amour à un style, d’autres sont dépositaires d’une tradition qu’ils ont besoin d’ouvrir à d’autres répertoires. Les musiciens que j’ai réunis suivent cette quête de l’identité dans l’altérité », exprime Keyvan Chemirani. « Comme ils viennent de mondes musicaux différents, j’envoie des partitions à certains, alors que d’autres, issus de la tradition orale, auront plutôt besoin d’apprendre la musique par cœur pour pouvoir ensuite l’habiter. Ceux qui viennent du jazz sont un peu entre les deux, ils lisent la musique et ont besoin de plages d’improvisation. Ce patchwork, c’est un peu l’histoire de ma vie ! Je confronte mon savoir personnel, qui au départ est issu de la tradition de la musique savante persane, avec d’autres mondes musicaux. Mon instrument, le zarb, est un peu comme un sésame pour rencontrer les gens. C’est ça qu’on va essayer de faire à Agapé : une musique qui soit celle de la rencontre, de la curiosité, de l’ouverture à l’autre. »

Un monde troublé

Un projet qui semble parfois désespérément éloigné de l’actualité mondiale, des tensions, des polarisations exposées sur la toile et devant lesquelles le percussionniste admet, comme nombre d’entre nous, être effrayé. « Les réseaux nous permettent d’être en dialogue, oui, mais est-ce que ce dialogue est toujours fécond, est-ce qu’il nous rend des meilleures personnes ? Il y a une sorte d’urgence à proposer d’autre chose. De l’amour. De l’amour, pour les gens qu’on aime, pour nous-même, pour les autres. De l’amour pour tout le monde ! ». Il éclate alors de rire, de peur de tenir des propos bateau, puis se ravise. « Même si c’est bateau, ce ne sont pas des mots en l’air. Ce sont des choses que je vis. Je sens que le public est sensible à ça, au-delà des notes, il y a quelque chose de plus profond, une envie de communier, de donner ce qui nous appartient et inversement de s’inspirer de ce qui appartient aux autres, d’en faire son miel, de grandir et de murir avec. Pour moi, c’est presque une voie philosophique. »

Keyvan Chemirani

Keyvan Chemirani. Photo: Stéphanie Griguer

Carte blanche partagée

Les oeuvres au programme du concert Tales of new ancient rhythms racontent, elle-aussi, cette philosophie d’ouverture. Le titre est un hommage à un duo de kora qui a fortement marqué le percussionniste, New ancient strings, que jouaient Ballaké Sissoko et le regretté Toumani Diabaté. Mais il traduit également l’esprit du concert, qui est celui d’utiliser des éléments de langages rythmiques issus des traditions fortes de l’Iran et de L’Inde pour composer des thèmes originaux et contemporains. Des compositions écrites par les musiciens de l’ensemble côtoient un chant traditionnel italien et une chaconne de Purcell, témoignant du désir  de Keyvan Chemirani de partager ce qu’il aime. « Pourquoi se refuser le plaisir de donner les clés à ces musiciens géniaux pour quelques morceaux ! Quand à Purcell, j’en suis un grand amoureux. Il y a dans sa musique des cellules mélodicorythmiques  en boucles, sur lesquelles il construit tout un édifice. C’est quelque chose qu’on retrouve dans la musique orientale. Je trouve beaucoup de liens entre la musique baroque et la musique orientale : une douceur dans les timbres des instruments, le rapport à l’improvisation,… », explique le percussionniste.

Le sacré dans l’authenticité

Agapé honore la musique dans toutes les formes que prend le terme « sacré », religieux ou non. En plus de ses traditions musicales liées aux grands poètes mystiques persans des 12e et 13e siècles, Keyvan Chemirani croit surtout à l’authenticité. « L’expérience scénique est une expérience ou on se met à nu. L’abandon et la sincérité sont très importants. Si on essaie de montrer autre chose que ce qu’on est à l’intérieur, quelque chose ne sera pas à sa place. C’est une quête, qui passe par un travail intérieur important, et un échange extérieur avec les autres. C’est le fait que chacun joue profondément ce qu’il est qui va donner du sens à la musique ».

***

2025 sera une année genevoise pour le percussionniste, qui y reviendra à plusieurs reprises cet été puis en automne. Quelques jours après, le concert Tales of new ancient rhythms du 31 mai, il sera à l’Alhambra parmi les ami·e·s de Thomas Dunford dans le cadre des Athénéennes, puis, en octobre, créera son nouveau projet Sufi Saraband à la Cité Bleue, un projet autour de Rûmi et de la poétesse contemporaine Forough Farrokhzad.

***

Festival Agape
Du 28 mai au 1er juin 2025
Salle Frank-Martin, Genève
www.festivalagape.org

 

Anciens articles de L’Agenda au sujet d’Agapé :

« La musique sacrée saura-t-elle vous faire vibrer ? »
L’Agenda 79, Mai/juin 2019

 « Les Argonautes : cap sur leur troisième projet »
L’Agenda 90, Mai/juin 2021

« Les quêtes de Chouchane Siranossian »
L’Agenda 102, Mai/juin 2023

« La Passion selon Jordi Savall »
L’Agenda 107, Mai/juin 2024


Festival Portrait

Keyvan Chemirani – Un quête de l’identité dans l’altérité Lire la suite »

Samuel Hirsch, photo Christian Meuwly

Samuel Hirsch, double Konzertmeister au WEMP

En mixologue inventif, le Week-End Musical de Pully – ou WEMP, pas que pour les intimes – signe une édition 2025 façon cocktail qui, du 8 au 11 mai, mélange les générations, les styles et les énergies, sans oublier d’y verser le zeste folie douce qui le caractérise depuis douze ans d’existence. L’Agenda a rencontré le violoniste Samuel Hirsch, à l’affiche de deux concerts cette année.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Photo: Christian Meuwly

Les apéro-jazz au soleil sur l’Esplanade du Prieuré, les jams impressionnantes, la file d’attente « mythique » qui partait de la Maison Pulliérane et se prolongeait jusque sur la rue, avant le concert de Jakub Józef Orliński. Du WEMP, Samuel Hirsch a quelques souvenirs en commun avec le public. En effet, le WEMP est de ces festivals chaleureux où spectateur∙ice∙s et artistes (les stars comme les jeunes talents) se croisent dans Pully tout au long du week-end, et prolongent volontiers leur soirée pour assister au concert suivant.

Si Samuel Hirsch s’est régulièrement glissé dans le public du WEMP ces dernières années, il participe aujourd’hui à sa cinquième édition en tant que musicien. « Depuis que je suis adolescent, ils m’ont fait jouer dans différentes configurations », nous raconte le Lausannois devant un cappuccino, voix grave et yeux noisette rieurs. « En 2021, j’avais joué une pièce du violoniste de jazz Marc Crofts, créée pour l’occasion. Par la suite, j’ai pu la reprendre dans différents contextes, évoluer avec. C’est génial d’avoir eu cette opportunité ! C’était un de mes premiers concerts solo dans ce type de cadre prestigieux. Je me souviens vraiment avec plaisir de la confiance qu’ils m’ont faite ». L’année suivante, en 2022, il faisait partie des onze instrumentistes de la Hotline Musicale de l’humoriste Blaise Bersinger, dans un spectacle plutôt barré, très « wempien », comme le qualifie Samuel Hirsch en souriant.

Samuel Hirsch, photo L'Agenda

Samuel Hirsch. Photo: Katia pour L’Agenda

Cette année, le violoniste s’est vu proposer un double titre de Konzertmeister. Pour le concert du vendredi 9 mai, on lui a confié carte blanche pour former de l’ensemble de cordes qui accompagnera le clarinettiste Amaury Viduvier sur son concept Danza, composé d’airs de différents siècles et pays. « C’est un programme festif, où on est à la limite du petit orchestre. J’ai pensé à des musiciennes qui ont une personnalité musicale, beaucoup d’énergie à apporter, et qui ont un même rapport au son, pour pouvoir créer quelque chose d’uni et de chaleureux », explique-t-il. Puis, le dimanche 11 mai, il sera à la tête d’un autre ensemble, cette fois-ci composé de musicien∙ne∙s de l’HEMU, qui entoureront le soliste Julien Martineau sur deux concerti pour mandoline, respectivement de Vivaldi et Calace. Des œuvres qu’on ne compte pas parmi les plus connues du répertoire classique : « Je n’avais encore jamais joué avec mandoline et ne connaissais pas Calace, alors même pour moi en tant que musicien professionnel, ce concert est une découverte intéressante ! En commençant à travailler, je me suis rendu compte que la mandoline est capable de choses très variées. Le Vivaldi la montre comme un instrument virtuose, et le Calace est très tendre, avec beaucoup d’émotions. Ce sera un très beau programme ! », se réjouit le violoniste.

Alors qu’il termine actuellement un 2e Master à Berne, Samuel Hirsch développe son activité professionnelle sous différentes formes, notamment au sein du Quatuor Arola, fondé dans le cadre de ses études, mais également en tant que directeur artistique des Concerts de la Thièle, un festival qu’il a lui-même créé en 2023 à Yverdon-les-Bains. « J’adore la musique de chambre, c’est peut-être même ce qui me plait le plus dans la musique. Il existe un répertoire incroyable que l’on n’entend pas assez… enfin, que je n’entends pas aussi souvent que je voudrais, disons-le comme ça (sourire en coin). Il y a deux démarches pour faire vivre la musique de chambre, que je trouve belles toutes les deux : celle de l’ensemble qui se voit tout au long de l’année, qui crée sur le long terme avec un nom commun – c’est ce qu’on fait avec mon quatuor, et celle de la rencontre ponctuelle, où chacun vient apporter sa personnalité musicale – c’est ce que je mets en place avec le festival ».

Ici, ses inspirations sont-elles un peu « wempiennes », lui demande-t-on pour reprendre son expression ? Il sourit : « Je ne veux pas faire un copié-collé, ça n’aurait pas de sens ! Mais bien-sûr, le WEMP est un modèle inspirant dans son fonctionnement, son aspect convivial, mais aussi sa réussite, en ayant su prendre de l’ampleur dans toutes les directions : l’envergure des invités, le nombre de concerts, de spectateurs… et dans le fait de gagner en prestige tout en restant en entrée libre. »

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Tout le programme de la 12e édition sur : www.wempully.ch

Week-End Musical de Pully
Du 8 au 11 mai 2025
Maison Pulliérane et alentours

 

Anciens articles de L’Agenda au sujet du WEMP :

« Week-End Musical de Pully – Vocation de transmission »
L’Agenda 96 – Mai/juin 2022
 

« Le Week-End Musical de Pully a 10 ans ! »
L’Agenda 101 – Mai/juin 2023

« Week-End Musical de Pully – Si belles dualités »
L’Agenda 107 – Mai/juin 2024

Classique et opéra Festival Portrait

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Sandrine Rudaz

Festival les Créatives : les compositrices mises à l’honneur par l’OSR

Les Créatives fêtent leurs 20 ans ! Du 12 au 25 novembre, le festival féministe et artistique propose un programme riche en rencontres, expositions, performances et spectacles. Et même un concert inédit de l’OSR.

Texte et propos recueillis par Mélissa Henry

Cette première collaboration avec l’OSR est l’occasion de mettre à l’honneur cinq compositrices du 20e siècle à nos jours, dont la carrière et les œuvres restent bien souvent méconnues. Ce concert est issu d’une prise de conscience quant à un manque de représentativité des compositrices dans les programmes. Pour Inès de Saussure, déléguée artistique de l’OSR, “la musique des compositrices, moins familière et peu jouée, ne vient pas encore automatiquement à l’esprit de ceux qui l’interprètent, la programment ou l’écoutent, ce qui devra être le cas dans un futur, nous l’espérons, proche . »

Ce que confirme Sandrine Rudaz, compositrice suisse basée à Los Angeles : “j’ai beaucoup étudié la musique, et je n’ai eu que des livres avec des hommes compositeurs, jamais des femmes. C’est triste de voir qu’on aurait pu découvrir tant de belles musiques de femmes, et qui auraient pu apporter des exemples de compositrices.” Membre du comité Europe de l’Alliance for Women Film Composers, Sandrine Rudaz souhaite développer ce réseau en Europe et notamment en Suisse, afin de promouvoir et soutenir les compositrices de musiques de films.

Selon Inès de Saussure, “il faut inciter les professionnels et le public à la curiosité et au courage. Le manque d’accessibilité est un autre écueil : les partitions ne sont pas toujours éditées et disponibles, les œuvres rarement inscrites dans les programmes des conservatoires, des maisons symphoniques et lyriques. C’est justement en les rendant plus visibles – et audibles ! – qu’elles entreront dans le répertoire dit “standard” et que l’inégalité des genres sera lissée, dans un domaine où elle est encore loin de l’être.” 

Ainsi, interprètes, programmateur·ice·s, éditeur·ice·s, professeurs, maisons de disques… Chacun· e peut faire sa part(ition) en valorisant le répertoire de compositrices, ou en faisant appel à celles-ci lors de commandes d’œuvres. Sur le programme du concert de l’OSR, intitulé Classique et engagé.e.x!, on peut lire que, petit à petit, les compositrices d’hier ont ouvert “la brèche aux compositrices d’aujourd’hui qui brillent sur les scènes internationales.” (texte de HorsPortée). 

Parmi elles, Sandrine Rudaz performe sous les projecteurs hollywoodiens. Mêlant sa passion du piano classique aux influences orchestrales des productions outre-Atlantique, la Valaisanne a enregistré les musiques de plus de 40 films et a été lauréate de plusieurs prix prestigieux comme le Hollywood Music in Media Awards, pour son œuvre Aurore boréale, “danse colorée dans l’obscurité” comme le souligne avec poésie la compositrice. Le premier morceau qu’elle a composé au programme de ce concert, The Golden Phœnix, évoque lui aussi une métaphore de la vie. Sandrine Rudaz se réjouit de retourner dans sa région natale : “j’ai l’impression que c’est un bol d’air à chaque fois que je reviens. Ici, je profite pleinement du fruit de mon travail.” La Valaisanne se dit par ailleurs impatiente de découvrir l’interprétation que l’OSR fera de ses deux musiques.

ZOFIA KINIORSKA Credit Bartek Barczyk

Zofia Kiniorska. Crédit photo: Bartek Barczyk

Interprétation 100% féminine pour ce concert programmé par Les Créatives : à la direction,  la cheffe assistante de l’OSR, Zofia Kiniorska est la deuxième à occuper ce poste. Ouvert uniquement aux femmes, il s’agit pour l’OSR d’apporter “une contribution primordiale à la formation des interprètes de demain”. Une initiative “qui porte déjà ses fruits” se félicite la déléguée artistique de l’orchestre : “Ana María Patiño-Osorio, première cheffe à avoir occupé cette position, a brillamment remporté en avril dernier le deuxième prix, le prix du public et le prix spécial du jury des jeunes du Concours Malko à Copenhague. L’OSR a d’ailleurs invité la cheffe à diriger dans ses séries d’abonnement de la saison 2024-25.

Le 13 novembre, la nouvelle cheffe assistante Zofia Kiniorska sera accompagnée de l’artiste en résidence de la saison 2024-2025, la saxophoniste Valentine Michaud, “deux ambassadrices de choix dont il a “tout de suite été évident pour l’orchestre qu’elles seraient les défenseuses idéales de ce projet auprès du public” conclut Inès de Saussure. 

C’est la première fois que les Créatives et l’OSR collaborent, permettant de croiser leurs publics. Chacune des œuvres de cette première soirée 100% féminine est donnée en première audition à l’OSR. L’œuvre de la compositrice Anna Clyne sera quant à elle jouée en première suisse. 

Informations pratiques:
Mercredi 13 novembre 2024 à 19h30
Victoria Hall, Genève

Photo de haut de page: Sandrine Rudaz. Crédit: Olivier Lovey

Classique et opéra Festival La Semaine de L'Agenda

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Rave

Emmener sa mère dans une Rave

Fidèle à lui-même, le programme de la 30e édition du Geneva International Film Festival (GIFF) est foisonnant. Films, séries, compétitions, événements, rencontres ou encore expériences immersives composent son univers. Pionnier dans l’intérêt qu’il porte aux nouvelles expériences cinématographiques, il nous conduit notamment à explorer sept Territoires Virtuels, abritant plusieurs œuvres de VR interactive. Parmi celles-ci, Rave, du réalisateur vaudois Patrick Muroni. L’Agenda l’a rencontré hier autour d’un café à Lausanne, à trois jours du début du festival.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Son premier long-métrage documentaire, Ardente.x.s, sorti en 2022, suivait un collectif lausannois de films pornographiques engagés. En côtoyant l’intimité de ces personnalités fortes et inspirantes, son point de vue nous laissait la douce impression d’avoir rendu certains liens tangibles pour un instant. Les liens, au sein d’un groupe amical ou familial, sont des thématiques récurrentes dans le travail du jeune trentenaire formé à l’ECAL, qui nous confie s’intéresser surtout à la période charnière entre la fin de la jeunesse et le début de la vie d’adulte. « Pour mon premier court-métrage, je m’était posé la question du souvenir que je voulais garder de mon adolescence. C’était une fête, le moment où le soleil se lève et que je continue à danser avec des ami·e·s », se rappelle-t-il. C’est là l’atmosphère des 7 minutes d’Un matin d’été, tourné en 16mm, autoproduit et projeté en 2019 au Festival de Locarno. « Dans la salle, en entendant la musique de mon film, je me suis demandé comment rendre ça encore plus immersif… C’est là qu’est née l’idée de Rave. »

Rave, docu-fiction de 20 minutes en réalité virtuelle, met la spectatrice et le spectateur à contribution, casque sur la tête VR sur les yeux et manettes aux mains. Racontant la soirée d’une jeune fille de 17 ans invitée par sa sœur et des ami·e·s à sa première rave, l’œuvre propose de l’accompagner dans l’expérience, des préparatifs à la maison jusqu’à la fête elle-même.

Passer de la réalisation de film à la réalisation d’œuvres VR – un rêve de gosse qui a beaucoup joué aux jeux-vidéos, sourit Patrick Muroni – a été un vrai défi. « Le tout est d’être bien entouré. Avec Stéphane Goël, le producteur qui me suit depuis le début, on s’est lancés avec l’envie d’expérimenter. Mélanie Courtinat, une artiste numérique et amie avec qui j’ai fait l’ECAL, et Arnaud Gomis, le développeur en chef, ont apporté leur savoir-faire artistiques et techniques. C’est grâce à ce trio que tout a été possible ». Photogrammétrie, capture volumétrique, Point Cloud, avatars 3D appliquées sur des prises de vues réelles, vision à 360° : une complexité technique mise au service de l’accessibilité de l’œuvre. « Le gros avantage avec ce format, c’est que tout est possible, encore plus qu’au cinéma. Par exemple, j’ai choisi de représenter les souvenirs comme fragmentés, estompés dans un nuage de particules. Une fois que l’idée avait été posée sur le papier, pas besoin d’amener 60 figurant·e·s sur un plateau de tournage ! Le développeur a pu tout créer. C’est un choix, non pas plus simple, mais plus adéquat à ce que je voulais exprimer. »

Patrick Muroni. Photo: Augustin Losserand

Le travail du son a également été un élément indispensable à l’identité de l’œuvre. Non seulement par sa création musicale originale, dont la montée en puissance est pensée pour immerger pleinement et donner envie de danser, mais aussi par les voix des personnages, enregistrées dans deux versions différentes, en français et en anglais par des comédien·ne·s bilingues. Le but étant d’avoir une version très locale et une autre pensée pour une diffusion à l’international. La version anglophone veille toutefois à garder son ancrage romand. « On cite même la Coop à un moment donné, s’amuse le réalisateur. Pour moi, on ne doit pas effacer ce genre de petits éléments qui nous appartiennent et dans lesquels les gens d’ici peuvent se retrouver. »

« Mes souvenirs de rave sont plutôt campagnards, très ancrés entre la France et la Suisse. J’ai fréquenté les raves de mes 15 à mes 30 ans, et je voulais simplement partager ces souvenirs extrêmement forts et qu’on est des centaines, des milliers de jeunes à avoir vécus. J’emmène les spectateurs dans une exploration d’endroits qui sont à la fois populaires et un peu invisibles. Par exemple… j’aurais toujours voulu que ma mère découvre ce genre de soirées ! Grâce à la réalité virtuelle, elle pourra se rendre compte de ce que c’est, qu’il y a des choses extrêmement belles et d’autres plus dures qui peuvent s’y passer ». Accessible, Rave aborde aussi les violences policières, le rapport à la drogue ou au danger, car « parler au plus grand nombre ne veut pas dire édulcorer ce qui fait l’essence de ces moments », complète Patrick Muroni.

Ainsi, accompagné de sa mère, de sa grande sœur, d’un cousin ou d’un ami, on s’assoira sur un bout de trottoir de la scénographie de Rave, imaginée spécialement pour l’espace du GIFF, le temps de vivre l’expérience.

Rave
Dans le cadre de Virtual Territories II
Tous les jours du GIFF, du 1er au 10 novembre 2024
Divers horaires
Salle communale de Plainpalais, Genève
2024.giff.c

Patrick Muroni
Petit questionnaire de Proust

Une rave est réussie si…
Si on y a pris du plaisir, si au petit matin on est avec ses ami∙e∙s encore un peu langoureux de la soirée qu’on vient de passer, qu’on rentre doucement tous sain et sauf pour aller dormir.

Y a-t-il une œuvre dans laquelle tu aimerais vivre ?
Ça serait spécial, mais dans une œuvre de Leos Carax, qui a une poésie dingue. Peut-être Holy Motors, qui est le film qui m’a amené au cinéma assez tard, quand j’avais 20 ans. Ça a été une découverte par accident, mais ça a changé beaucoup de choses. Il y a des voitures qui parlent, des personnages qui changent d’apparence… j’aimerais y vivre car c’est une île de cinéma, et je crois que je m’y sentirais bien.

Qu’est-ce que tu as prévu d’aller voir au GIFF ?
Évidemment les œuvres immersives qui sont aussi en compétition internationales, comme Oto’s Planet, et plusieurs œuvres qui sont allées à Venise que j’ai hâte de découvrir. Des films français, Planète B de Aude Léa Rapin ou Diamant Brut de Agathe Riedinger, ou la série Dune qui me donne très envie. Le GIFF arrive à avoir une programmation avant-gardiste très pointue tout en étant éclectique, j’aurai la curiosité d’aller voir beaucoup de chose !

Festival La Semaine de L'Agenda Portrait Vidéo

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