Qui ne ressortirait pas du Grand Théâtre avec l’impression de pouvoir se lancer dans une série de cabrioles en pleine rue de la Corraterie ? Que cet Américain à Paris est gai!
Texte de Katia Meylan
Étant donné que j’ai vu le film plusieurs fois et qu’il me restait en tête quelques bribes de souvenirs de la comédie musicale, vue il y a 8 ans à Londres, je savais déjà ce que cette œuvre pouvait offrir. Mais même en sachant ce qui m’attendait, impossible de ne pas être bouche bée devant cette production. Les tableaux dansés sont renversants – et particulièrement exigeants. Quelques indices ne trompent pas, comme le fait que c’est un chorégraphe, Christopher Wheeldon, qui signe la mise en scène, ou que les deux interprètes des rôles titres, Robbie Fairchild et Anna Rose O’Sullivan, sont issu∙e∙s du milieu de la danse classique, respectivement ancien danseur principal du New York City Ballet et danseuse principale en titre du Royal Ballet de Londres.
Si la version scénique fait l’impasse sur la grande fresque dansée d’une quinzaine de minutes qu’on trouve dans le film ainsi que sur les géniaux solos de claquettes à la Gene Kelly et sur les exercices de styles de Leslie Caron, elle ne nous prive toutefois de rien, nous enchante en tout. Pas de deux romantique, chorégraphies d’ensemble narratives ou purement festives, pointes classiques et claquettes jazz, et on a même droit à la kick line avec plumes et paillettes sur Stairway to paradise. *Soupir*. C’était merveilleux.
Un Américain à Paris, Grand Théâtre de Genève.
Photos: Gregory Batardon
Mon enthousiasme m’a fait entrer dans le vif du sujet sans poser le contexte. Je reviens un peu en arrière : Un Américain à Paris, c’est d’abord un poème symphonique composé par George Gershwin qui, en 1951, inspire un film au réalisateur Vincente Minnelli. Malgré l’immense succès du film (six Oscars et un Golden Globe), la comédie musicale a attendu 2014 pour être adaptée à la scène. Créée au Théâtre du Châtelet à Paris, elle s’installe à Broadway l’année suivante. En ce moment et jusqu’au 31 décembre, elle est au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène et les chorégraphies originales – et même avec une partie du cast original ! Aux côtés de cette distribution internationale, dans la fosse, on retrouve l’OSR en grand effectif (augmenté, par exemple, d’un accordéon).
Et ce beau monde raconte une histoire qui débute à la fin de la Seconde guerre mondiale, lorsque l’ex G.I. Jerry Mulligan décide de « rater » son train et de rester à Paris pour s’adonner à son métier de peintre. Il rencontre Milo, une riche héritière qui décide de devenir son imprésario, se fait des amis – le pianiste Adam et le chanteur de music-hall Henri – et tombe amoureux de Lise, sans savoir que celle-ci est pratiquement fiancée à Henri.
Là où le film de 1951 ne s’attarde pas sur le sujet de la guerre, peut-être parce qu’elle était encore bien assez présente dans les mémoires et qu’on voulait plutôt l’oublier à force d’amour, de rire et de fêtes, la version de Christopher Wheeldon revient plus explicitement sur le contexte de l’époque. Un tableau dansé montre la foule s’emparer d’une femme – a-t-elle eu une liaison avec un soldat allemand ? Les blessures de la guerre se voient sur Adam, à la fois physiquement et moralement. Les personnages des parents d’Henri, seulement évoqués dans le film pour avoir œuvré dans la résistance, apparaissent la pièce et prennent plus d’importance. C’est toujours une histoire d’amour, mais qui laisse un peu plus de place à chacun pour se raconter. Et à chacune ! Car si dans le film les hommes sont les seuls à chanter, la comédie musicale modifie un peu la playlist pour offrir des chants à Lise et Milo, notamment le pétillant Shall we dance de cette dernière.
J’ai aussi spécialement aimé ce que la mise en scène fait du personnage d’Adam, émouvant en amoureux éconduit, maladroit, intense, franc et lucide. « Qu’est-ce que tu fais dans ma chanson ? » lui demande Henri. Par des mouvements de scène fluides, Adam se retrouve en effet dans la chanson d’Henri, assis au café avec Lise ou dans la chambre de Milo. « I’m George Gershwin ! », lance-t-il du tac au tac pour fermer le clapet à l’un de ses amis. Premier et dernier sur scène, il est un discret fil rouge par son regard, tout comme Gershwin l’est par sa musique.
Tourbillons de couleur, romantisme et haute performance : le Grand Théâtre a bien choisi son cadeau de fin d’année au public !
Un Américain à Paris
Jusqu’au 31 décembre 2025
Grand Théâtre de Genève
www.gtg.ch/saison-25-26/un-americain-a-paris


Quelle jolie écriture tu as Katia! Je me réjouis de partager ces instants de oie et d’admiration ce dimanche. Joyeuses Fetes des lumières!