#CatherineRohrbach

Les Créatives

Les Créatives 2025, entre déconstruction et reconstruction

Radicales et militantes, Les Créatives reviennent pour une 21e édition du 18 au 30 novembre prochain. Dans un climat au machisme croissant, le rendez-vous féministe impose sa place et son importance avec une programmation qui, comme depuis 20 ans, met en avant et valorise les créations et les luttes de minorités. Le dévoilement de cette édition était bien loin des conventions – à l’image du festival.

Catherine Rohrbach

Le 7 octobre dernier, Les Créatives ont invité journalistes et partenaires à se rassembler aux Bains des Pâquis, à Genève, pour annoncer la nouvelle programmation. Auprès d’une yourte, l’effervescence est palpable. C’est là, face au lac, que les organisatrices dévoileront leur manifeste 2025. À l’intérieur, une exposition a été créée pour l’occasion. On y déambule et découvre, sur des écrans et des affiches, les événements qui militeront dans le canton de Genève en novembre. Chaque panneau contient un code QR avec un coup de cœur de l’équipe. Chaque coup de cœur montre une direction résolument combative et pleine d’amour – au sens politique du terme, théorisé par la militante féministe Bell Hooks. Pour mettre en avant les artistes, un jeu participatif a également été créé : des cartes avec une description devant être reliées à l’artiste en question. Une belle façon de valoriser et de se familiariser avec les valeurs du festival. Sous la tente, une playlist se mêle aux échanges et fait résonner les artistes musicales qui joueront sur les scènes genevoises.

Bien que le lancement de la programmation ne soit pas une traditionnelle conférence de presse, les co-directrices Ermela Haile et Nevena Puljic ont tout de même donné un discours soulignant l’urgence des luttes féministes dans une société où fascisme et masculinisme prennent de plus en plus de place. La création artistique et culturelle devient ainsi une importante arme de déconstruction et la visibilité des voix minoritaires nécessaire à l’édification d’un monde plus juste. Rien de tel qu’un festival artistique et féministe pour bousculer le status quo. Le lancement de la programmation se termine avec un concert de l’artiste F月G qui incarne les valeurs du festival, avec une musique électronique douce et puissante à la fois, un thérémine et des textes multilingues engagés contre les violences sexuelles ou encore pour Gaza.

Au cœur de la programmation 2025, les thèmes de la construction – à l’image de leur affiche – du lien et de la collectivité tissent et rassemblent la quarantaine d’événements proposés : expositions, tables rondes, ateliers, performances, concerts et fêtes. En effet, si la culture permet la déconstruction de discours patriarcaux, elle est également au centre de la reconstruction collective. C’est la diversité des médiums et la pluridisciplinarité qui font la force du festival. Les conversations nécessaires qui s’entrelacent avec des performances artistiques et permettent ainsi de donner la parole aux identités délaissées par les politiques.

Le rugissement des Créatives se fera entendre tant qu’il le faudra, du 18 au 30 novembre 2025 et au-delà.

Parmi les noms à ne pas manquer, on retrouve notamment le collectif radical et punk Draga – Ô Guérillères, la poétesse états-unienne Aja Monet, les chanteuses Oklou, Nnavy, Uche Yara ou encore la journaliste Victoire Tuaillon, créatrice du podcast Le cœur sur la table, et le Kitsch Comedy.

La programmation complète est à découvrir sur www.lescreatives.ch

Aja Monet

Nnavy

Victoire Tuaillon

Festival

Les Créatives 2025, entre déconstruction et reconstruction Lire la suite »

CAMPER PierreDaendliker

Camping dystopien à St Gervais

Du 17 au 20 janvier, Le Théâtre St Gervais Genève accueille la compagnie You should meet my cousins from Tchernobyl avec leur nouvelle pièce Camper. Un spectacle particulier qui mêle science-fiction et camping dans une ambiance brumeuse et quelque peu absurde.

Texte de Catherine Rohrbach

La salle est dans le noir. On aperçoit sur scène de grands sapins et une tente illuminée par un télétexte. Une lampe plasma vient faiblement éclairer cette forêt et des bruits de radio se font entendre dans le théâtre. Tout à coup, une lumière rouge déclenche des stroboscopes et des lasers. On pourrait croire à un atterrissage extraterrestre, mais ce n’est pas ce genre de pièce – ou serait-ce? Les premières notes d’une chanson post-punk retentissent et deux danseuses venues d’un autre monde en habits de cowgirls roses délivrent une performance avant de disparaître. Cette introduction se termine quand une voix off vient placer l’action: après la disparition des ondes courtes de radio, elles commencent à se diffuser à nouveau depuis la forêt d’Aokigahara –  tristement surnommée « la forêt des pendus » – au Japon. Le Bureau des affaires spatiales prend alors la mission d’identifier et analyser ces ondes.

Nous découvrons alors nos deux protagonistes en pleine analyse d’une aiguille de sapin. Theler, radio-physicien (Christian Cordonnier) et Hara, chimio-botaniste (Isumi Grichting) ont déjà passé un certain temps dans cette mystérieuse forêt car même le sel, censé les protéger et les champignons, censés ne pas les laisser tomber dans la déprime, ne semblent plus faire effet. L’atmosphère qui règne sur scène est étrange. On entend le croassement des grenouilles, des grillons, de la forêt qui vit, pourtant nos personnages semblent déjà morts. On apprend que dans leur univers, la joie n’a pas fait partie de leur vie depuis longtemps; le peu de fois qu’elle a été ressentie, elle a effrayé. C’est une dystopie où le bonheur n’existe plus. À la place, il y a le travail: Analyser l’aiguille, écrire le rapport, aller chercher de l’eau, recommencer. Quand Theler réalise que le sel n’est pas salé, pris dans un élan de vie, les deux scientifiques décident de partir, mais préfèrent finalement remplir la destinée de la forêt et se suicider. En fin de compte, ce Bureau n’observerait-il pas plutôt ses équipes dans le contexte énigmatique de la forêt?

Camper traite de suicide certes, mais la pièce n’est pas sérieuse ou sombre. Le jeu des comédien, décalé et apathique rend la brume plus légère et les sujets de conversation des protagonistes, que ce soit l’intrigue d’un film de samouraï, des cours d’espéranto ou les règles du tchoukball, prouvent qu’il s’agit plutôt d’une comédie absurde que d’une tragédie.

Camper
Du 17 au 21 janvier 2023
Théâtre Saint-Gervais, Genève
saintgervais.ch

Photo de haut de page © Pierre Daendliker

Théâtre

Camping dystopien à St Gervais Lire la suite »

Foucault en Californie

Psyché foucaldienne à Vidy

Au Théâtre de Vidy à Lausanne, se joue en ce moment Foucault en Californie inspirée du livre éponyme de Simeon Wade. L’œuvre raconte une expérience improbable qu’aurait vécue Foucault en 1975: un trip au LSD dans la Vallée de la mort avec de jeunes américains. Cette comédie philosophique de Lionel Baier promet de faire voyager dans le temps, l’espace et les idéologies des années 70. Attachez vos ceintures, on embarque pour la Vallée de la mort.

Un texte de Catherine Rohrbach

Le premier acte s’ouvre avec le metteur en scène Lionel Baier racontant la genèse de la pièce. Simeon Wade, un universitaire admirateur du philosophe français Michel Foucault, et son compagnon, Michael Stoneman, profitent du voyage de ce dernier en Californie pour l’emmener dans la Vallée de la mort afin de prendre du LSD. Le but de « l’expérience »? En plus de rencontrer l’idole, voir ce qui peut jaillir de la tête du penseur. Très vite, Wade (Valerio Scamuffa) arrive sur scène, interrompt Baier pour reprendre la narration de l’histoire, qui est la sienne finalement. Quelques pas de claquettes plus tard, on est transporté∙e à Berkeley en 1975 et emmené∙e dans un road trip mélangeant discussions intellectuelles, substances hallucinogènes et plaisirs candides.

La scénographie est simple. Un drapeau de la Californie qui place l’action. Une rampe en bois qui devient tour à tour un arrière-plan de salle de conférence, un stop sur une longue autoroute, les dunes blanches de la Vallée de la mort ou encore un refuge en haut d’un arbre abritant sensualité. Et une Volvo verte qui emmènera les personnages à destination, que celle-ci soit physique ou métaphysique. Des sons de clochettes annoncent les changement d’acte – peut-être une référence à une certaine fée qui faisait halluciner les artistes et philosophe de la fin de siècle, à l’instar de l’acide des seventies.

Les discussions entre les personnages permettent de rendre compte de l’idéologie foucaldienne de manière simple et intrigante. On se demande qui peut bien être cet intellectuel qui parle d’Œdipe, de pouvoir et connaissance, et surtout pourquoi tant d’admiration? Il semble être un soleil pour Simeon, Michael et même David (Laura Den Hondt), protagoniste apparaissant dans les derniers actes qui pourrait être l’incarnation du désir. Michel Foucault, interprété par la comédienne Dominique Reymond, a des airs de rockstar avec ses lunettes de soleil à l’arrière de la Volvo.

Foucault en Californie

Photos: Nora Rupp

Le point culminant de la pièce est bien entendu le moment où Foucault accepte de prendre l’acide. Soigneusement préparées par Michael (Leon David Salazar), les doses sont distribuées, l’expérience peut commencer. Une fois le carton pris, le mur est brisé, Michel, Simeon et Michael remarquent ces visages qui les observent. Nous sommes « les morts qui [venons] réclamer [notre] dû ». Le psychédélisme monte et entraine le public dans un voyage au-delà des portes de la perception. La musique se fait de plus en plus forte jusqu’à étouffer nos oreilles et dans la salle, l’odeur du hash (pas celui de Chomsky, malheureusement) est bien présente. En pleine ascension, au détour d’une conversation sur Magritte, la voiture commence à vomir une substance argentée alors que la radio crache des extraits d’actualités contemporaines: Trump, le covid, le sida, les désastres qui arriveront après 1975. La société actuelle serait-elle surréaliste? La pièce se situe en effet dans le passé mais c’est des réflexions sur le présent qui semble jaillir de ce voyage.

Foucault en Californie est une utopie des seventies, une nostalgie d’une époque libre où la pensée était l’action. L’admiration de Simeon Wade pour Michel Foucault se ressent au point où le philosophe devient un attendrissant personnage un peu décalé, « un homme ordinaire » bien loin de l’image qu’on s’en fait à l’université.

Foucault en Californie
Jusqu’au 17 décembre 2022
Théâtre Vidy-Lausanne
vidy.ch

Théâtre

Psyché foucaldienne à Vidy Lire la suite »

Melissa Kassab

Les Créatives – Douceur et puissance à La Gravière

Hier, la première soirée du festival Les Créatives en collaboration avec La Gravière a eu lieu. La Genevoise Melissa Kassab et la Londonienne Gretel Hänlyn ont joué de leur guitare pour le plus grand plaisir du public. Une soirée aux sonorités contrastées qui nous a transportées dans deux univers bien propres à chacune.

Texte de Catherine Rohrbach

Il est 20h30, sur la scène de La Gravière, la chanteuse Melissa Kassab arrive avec sa guitare, son seul accompagnement. Avec sa voix et ses arpèges, elle nous transporte dans son univers. Un univers doux, bienveillant et attachant où seuls deux accords suffisent pour faire une belle chanson. Si on décèle une certaine timidité, qui est peut-être dûe au fait qu’elle joue à la maison, il n’y a aucun doute qu’elle appartient bien à la scène. Elle est naturelle et authentique, tout autant que son folk. Ses textes, ses quelques reprises (c’est plus facile d’être soi-même quand on chante quelqu’un d’autre, dit-elle) et ses anecdotes nous donne un aperçu de qui elle est, sans masque.

En deuxième partie de soirée, c’est Gretel Hänlyn qu’on découvre. Accompagnée de son groupe, celle-ci nous emmène dans un tout autre monde. Hänlyn, qui jouait en Suisse pour la première fois, pourrait sans problème prétendre appartenir à la scène grunge et alternative du Seatle des années 90 et pourtant, elle est anglaise et n’était pas encore née quand Kurt Cobain nous quittait. Ses notes sont brutes, sa voix est profonde, le tout est d’une puissance qui se marie bien avec la scène de la Gravière.

Gretel Hänlyn

Tout comme avec Kassab, la performance de Gretel Hänlyn est bien à l’image de sa personnalité. Sombre et gothique aux premiers abords, une certaine légèreté se laisse entrevoir au fil des chansons, avec notamment un nouveau titre, une ode à son chat, qui prend des sonorités pop punk.

À la fin des concerts, la présence de Melissa Kassab et Gretel Hänlyn sur une même affiche semble logique. La douceur de Kassab et la puissance de Hänlyn ont en commun leur authenticité. Elles n’ont pas peur d’être elles-même sur scène. Il n’y avait pas de prétention et aucun faux semblant à la Gravière hier soir.

Le festival continue!

Festival Musique actuelle

Les Créatives – Douceur et puissance à La Gravière Lire la suite »

Les créatives

Les Créatives, quand le politique rencontre l’artistique

Le festival Les Créatives a donné son coup d’envoi aujourd’hui.  Et quel coup d’envoi. Rien de moins qu’une conférence avec Gloria Steinem. Avec de nombreux spectacles, concerts, tables rondes et autres événements axés sur le genre et l’égalité, les treize prochains jours s’apprêtent à être culturellement féministes.

Texte de Catherine Rohrbach

C’est à la Salle de la Madeleine que le premier événement de la 18e édition du festival Les Créatives a eu lieu. Une conversation avec Gloria Steinem – ou plutôt un petit moment de « révolution féministe transcontinental », selon cette dernière. Après un discours d’introduction de Madame la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet rappelant l’importance d’une lutte constante pour les droits de la femme dans une société où ceux-ci ne sont jamais acquis, nous avons eu le droit à un instant de réflexion avec une icône du mouvement. La conversation, menée par Célia Héron, cheffe de la rubrique société du Temps, nous ramène à des questions encore trop d’actualité: le droit à l’avortement, l’intersectionalité entre genre, race et classe sociale, l’importance du mouvement #MeToo, etc. 

Si Gloria Steinem est une figure emblématique du mouvement féministe, Les Créatives en sont une en devenir. Le festival prône en effet la visibilisation et l’inclusion des femmes et des minorités de genre dans les domaines culturels et artistique et cherche à faire le lien entre création artistique et réflexion féministe. Ainsi, des tables rondes et conférences sont organisées aux côtés des spectacles et des concerts. Quoi de mieux que de se questionner sur une société plus égalitaire tout en profitant de créations artistiques pluridisciplinaires émancipées du patriarcat.

L’équipe de la rédaction de L’Agenda sera présente lors du festival – du 15 au 27 novembre, rappelons-le – pour vous offrir un bon plein d’articles, alors ne partez pas trop loin.

Festival

Les Créatives, quand le politique rencontre l’artistique Lire la suite »

Paillettes et Rock’n’roll

Let’s get ready to rock! Il y a deux semaines, le Théâtre du Grütli accueillait un championnat mondial de rock’n’roll acrobatique où le duo Dynamic Swingers avait toutes ses chances de gagner. Avec Kick Ball Change, Charlotte Dumartheray et Kiyan Khoshoie nous ont livré une performance haute en sueur et lycra. Et nous étions prêt∙e∙s. La pièce sera jouée ce soir au Spot à Sion.

Texte de Catherine Rohrbach

La salle est dans le noir. Les projecteurs s’allument pour laisser apercevoir rapidement une danseuse voltigeant autour de son partenaire. Le noir se fait à nouveau. Pendant quelques secondes, on ne voit plus rien sur la scène du Grütli, mais on entend des petits pas rapides résonner. Lumière. Le public découvre une salle de gym qui semble être le théâtre des entrainements de Charlène et Ryan, les Dynamic Swingers, quelques moments avant leur performance au championnat mondial de rock acrobatique.

L’acte s’ouvre avec nos deux personnages, face à face. Ils répètent presque avec frénésie les même pas, les mêmes routines, les uns après les autres. C’est tendu, les mouvements comme l’ambiance, on sent que quelque chose d’important se prépare et en effet! C’est la dernière ligne droite avant, on l’espère, leur ascension sur le podium. Déterminés à battre leur adversaire, ils s’entrainent, se challengent avec des interviews improvisées (tout en gardant le rythme), se voient livrés à leur stress et subissent l’excitation et la pression du championnat. Le public est essoufflé, alors que sur scène, les saltos, Céline Dions, kick ball changes et autres pas de danse n’ont aucun secret pour nos deux athlètes qui les exécutent à merveille et avec le sourire!

©Dorothée Thébert Filliger

Non seulement, on assiste aux prouesses techniques de Charlotte Dumartheray et Kiyan Khoshoie, mais en plus, on rit. Si vous pensiez n’assister qu’à une performance de danse, vous serez ravi∙e∙s de voir qu’ils intègrent aisément l’humour à leurs pirouettes. Ce n’est pas la première fois que les deux artistes collaborent et mélangent danse et humour. Il y a quelques années, le public découvrait Grand écart, un stand-up dansant interprété par Khoshoie et mis en scène par Dumartheray. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’ils dansent le rock’n’roll acrobatique ensemble non plus; les artistes sont rencontrés adolescents lors d’un cours de cette discipline. Le duo est proche et ça se sent sur scène.

À la sueur et l’humour, s’ajoute également le suspense. Vont-ils surmonter les aléas de leur collaboration? Vaincre les hongrois? Gagner le championnat? Tout semble indiquer que tout se finira bien pour les Dynamic Swingers, après une entrée en scène remarquée par leur cloche de vache, mais nous n’oserions vous gâcher la fin de la pièce – je vous laisserai la découvrir par vous-même lors de leur tournée de fin d’année. En tout cas, quel que soit le podium finale, Kick Ball Change a gagné le public du Grütli et saura certainement gagné celui du Spot à Sion, où la pièce sera jouée ce soir.

De manière générale, la pièce semble montrer, avec légèreté, humour et paillettes, les péripéties d’une création artistique (et finalement de tout projet qui tient à cœur): les heures d’entrainement et de répétition frénétique, les hauts et les bas liés à la collaboration, les moments d’espoir, de déception, de frustration, les liens tissés. On peut se demander à quoi bon cet acharnement à la perfection quand le résultat ne dure que quelques minutes et n’est jamais vraiment garanti. Une chose est sûre, le plaisir final – que ce soit des artistes ou du public – en a valu la peine. 

Et si vous voulez assister aux exploits rythmiques du duo, vous pourrez les retrouver aux lieux et dates suivants:

– 01.11.2022, Le Spot, Sion
– 10-11.11.2022, L’Usine à Gaz, Nyon
– 19.11.2022, L’Echandole, Yverdon
– 07-11.12.2022, La Grange de Dorigny, Lausanne
– 12.01.2023-13.01.2023, Le Pommier/ADN – Danse Neuchâtel, Neuchâtel

Photo de haut de page : © Dorothée Thébert Filliger

Danse

Paillettes et Rock’n’roll Lire la suite »

Kendrick Lamar

Kendrick Lamar, une légende à Lausanne

Mercredi 26 octobre, La Vaudoise Arena accueillait le très attendu concert de Kendrick Lamar. Tant par sa performance que son talent, le lauréat du prix Pullitzer 2018 n’a pas déçu ses fans.

Texte de Catherine Rohrbach

Le public est en effervescence. Un grand rideau blanc tombe sur la scène. Dans quelques minutes, un des rappeurs les plus influent de cette génération commencera sa performance. L’intro de United In Grief résonne dans l’Arena, des danseur·euse·s entrent sur scène par une passerelle qui divise le public en deux, le rideau se lève et révèle Kendrick Lamar au piano accompagné d’une marionnette à son image. Le show commence.

La formule est simple, Kendrick avec son flow percutant et infatigable, quelque figurant·e·s, une scénographie sobre mais saisissante, une interprétation de son dernier album Mr Morales & The Big Stepper entrecoupée de ses plus grands succès. Le rappeur arrive facilement à enflammer la fosse, à lever le public assis et à mettre le feu sur scène (littéralement).

Si le concert suit assez bien la tracklist de Mr Morales and the Big Steppers, Kendrick Lamar arrive sans aucune peine à insérer les chansons de ses précédents albums tout en gardant le fil narratif du dernier venu. Le public reste captivé du début à la fin. Même les featuring avec les premières partie Tanna Leone et Baby Keem gardent la cohésion de la performance. Musicalement, il n’y a rien à redire. On regrette peut-être l’absence de musicien·ne·s sur scène qui sont rélégué·e·s sur les côtés, comme lors de sa dernière tournée en 2018.

Kendrick Lamar2

Comme dans une pièce de théâtre, le rideau sur scène se lève et se baisse pour marquer les changements d’actes. La performance du génie de Compton se fait, en effet, sur plusieurs tableaux, chacun séparé par des interludes narrés par Dame Helen Mirren et encré dans l’actualité. En effet, s’il est facile de s’évader sur les sons de Lamar le temps de son concert, ce dernier reste fidèle à lui-même et ne nous fait pas oublier la réalité sociale dans laquelle il évolue. Ainsi, on le voit en ombre chinoise avec des flèches dans le dos pendant Count me Out, comme pour montrer les traumas de sa génération, ou encore dans une boite en plexi faisant référence à la pandémie actuelle: « it’s time to take your covid test », entend-on avant Alright. Tout ira bien, nous assure l’artiste et on veut le croire. Cette boite pourrait également faire référence aux règles du hip hop que Kendrick fait et défait avec chacun de ses albums. En s’élevant dans celle-ci plusieurs mètres au-dessus de la scène, l’artiste montre qu’il est au-dessus de tout dictat. La dernière citation du concert est d’ailleurs « you’ve made it out of the box. Now, can you stay out of it? ». Avec cette performance magistrale Lamar montre bien qu’il ne doit pas être casé dans une boite.

Le concert se termine comme il a commencé avec Kendrick Lamar seul. Sur son piano. Sur les notes de Savior le rappeur quitte la scène humblement. La fin abrupte de la performance en rajoute à sa puissance. La vaudoise Arena se vide de son public fier d’avoir assisté au show d’un géant du rap contemporain.

banner

Musique actuelle

Kendrick Lamar, une légende à Lausanne Lire la suite »