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Cherche et trouve OCG

Où est Char-lyre ?

Le 9 juin 2025, l’Alhambra de Genève accueillera un moment musical à la fois poétique et ludique avec Cherche et trouve autour du monde, un concert-spectacle conçu pour les enfants dès 5 ans et présenté dans le cadre du festival Les Athénéennes. Imaginé comme une véritable expédition sonore, cet événement invitera le jeune public à parcourir le globe en musique, guidé par la narration de Margot Alexandre et les illustrations en direct de Chloé Perarnau. Sur scène, l’Orchestre de Chambre de Genève sera placé sous la direction de Fiona Monbet, cheffe d’orchestre et violoniste reconnue pour son approche sensible et vivante du répertoire.

Texte de Mélissa Quinodoz

Cherche et trouve autour du monde – un voyage musical et visuel pour petit·e·s explorateur·ice·s

Conçu comme une œuvre immersive, Cherche et trouve autour du monde entraînera les enfants dans une aventure pleine de fantaisie: un concert doit avoir lieu, mais les musiciens et les musiciennes ont disparu ! Tout le monde est parti en vacances aux quatre coins du monde. Le maestro se lance alors dans une quête pour les retrouver: les violonistes à Tokyo, la harpiste à Porto, les trompettistes à Rio… À chaque escale, les enfants découvriront ainsi les différentes familles d’instruments, s’initieront à l’écoute active et laisseront libre court à leur imagination.

Les œuvres de Bizet, Poulenc ou encore Vaughan Williams accompagneront cette aventure, qui mêle narration, musique live et dessin en temps réel pour un moment de découverte à la fois sensorielle et artistique. Un spectacle conçu comme une invitation à voyager en famille, à écouter autrement et à s’émerveiller ensemble.

Les Athénéennes – une 14e édition pleine de surprises

Le spectacle Cherche et trouve autour du monde s’inscrit dans le cadre du festival Les Athénéennes qui démarre aujourd’hui même et court jusqu’au 14 juin 2025. Pour cette 14e édition, Audrey Vigoureux, Marc Perrenoud et Valentin Peiry ont imaginé 11 soirées mêlant musique classique, jazz, créations contemporaines et artistes de renom venu·e·s de Suisse et d’ailleurs. Surtout, grande nouveauté cette année: un mini-festival destiné au jeune public, qui se tiendra du 7 au 11 juin en parallèle de la programmation principale. En plus du concert Cherche et trouve, les enfants pourront ainsi découvrir un ciné-concert dirigé par Dimitri Soudoplatoff, une conférence musicale autour de Gershwin contée par Sabine Quindou (connue pour l’émission C’est pas Sorcier), ou encore le récit nordique Peer Gynt accompagné des célèbres musiques de Grieg, interprétées à quatre mains par l’Ensemble Variante.

Cherche et trouve autour du monde
Lundi 9 juin 2025 à 17h
Alhambra, Genève

les petites grandes athénéennes
Les 7, 8, 9 et 11 juin 2025
Alhambra et Temple de la Madeleine, Genève

Toutes les informations sur : www.lesatheennes.ch

Classique et opéra Famille

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Adrien Philipp

Le clarinettiste Adrien Philipp nous raconte le dernier concerto de Mozart et les « Adieux » de Haydn

Sous la direction de son fondateur Nikolay Khozyainov, l’Orchestre Philharmonique de la Paix interprètera le Concerto pour clarinette de Mozart et la Symphonie « Les Adieux » de Haydn, vendredi 11 avril au Victoria Hall de Genève. Le clarinettiste soliste, Adrien Philipp, est encore peu connu dans nos contrées ; pourtant, il est le seul Suisse à avoir été sélectionné au Concours Tchaïkovski de St-Pétersbourg en 2019, lors de la première édition du concours à intégrer des instruments à vent.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Dans le petit café du quartier des Pâquis où nous avons fixé rendez-vous, la conversation, influencée par sa modestie ou par déformation professionnelle d’enseignant, se dirige rapidement sur l’histoire des œuvres plutôt que sur lui-même. En écoutant Adrien Philipp, on regrette que notre médium ne soit pas le podcast, tant le clarinettiste se révèle plaisant conteur. Sa réserve, qui d’abord joue des coudes avec son enthousiasme, s’envole après quelques minutes à évoquer Mozart et Haydn, laissant l’amour de la musique seul en pole position.

L’Agenda : Vous avez déjà joué dans l’Orchestre Philharmonique de la Paix lors du concert inaugural en janvier 2025. Comment décririez-vous la « personnalité » de l’orchestre ?

Adrien Philipp : Jeune, avec un grand enthousiasme et une volonté de bien faire. L’atmosphère de travail est idéale ! Moi qui ai fait beaucoup de remplacements ici et là, surtout à l’étranger, j’ai pu remarquer que ce n’est pas toujours le cas : quand les gens sont assis dans le même orchestre toute l’année depuis des années, un climat de lassitude peut parfois se faire sentir. Pendant le concert inaugural, tout le monde était très attentif. Non seulement car ce projet est unique, mais aussi car Nikolay a pris des initiatives musicales personnelles, inhabituelles par rapport aux enregistrements qu’on connait de ces œuvres.

Au cours de différentes interviews, on a souvent pu entendre Nikolay Khozyainov dire que ce n’est qu’à travers le partage de la musique que nous sommes sont véritablement uni·e·s. Dans votre parcours de musicien, quelles expériences vous l’ont confirmé ?

En 2016 au Schleswig-Holstein Musik Festival en Allemagne puis en 2019 à Sapporo au Japon, j’ai eu la chance de participer à deux académies d’orchestre, fondées à l’origine par Léonard Bernstein pour favoriser la paix et le dialogue entre les peuples. La musique est le véhicule idéal pour ce genre d’initiatives car elle est le même langage pour tout le monde. C’est ça que font Nikolay Khozyainov et Bozena Schmidt [ndrl, la présidente de l’association des Amis de Nikolay Khozyainov] avec l’Orchestre Philharmonique de la Paix : rassembler des personnes de différentes nationalités, qui parlent la même langue universelle qu’est la musique. Un contrebassiste américain partage le même pupitre qu’une contrebassiste russe, et chez les violons, le Konzertmeister russe joue côte à côte avec des Urkainiens, malgré les contextes politiques qu’il peut y avoir dans le monde.

Le Concerto pour clarinette de Mozart, que vous jouerez le 11 avril, est une pièce centrale pour les clarinettistes : que représente-t-il pour vous ?

Évidemment, je l’ai beaucoup travaillé – c’est un peu notre Everest à nous – mais c’est la première fois que je le jouerai en entier en concert. D’ailleurs, est-ce que vous connaissez l’histoire de ce concerto ? [Non. Non?] Il a été composé en 1791, dans un climat bouillonnant en Europe, deux ans après la Révolution française, l’année de la mort de Mozart. Quand on écoute ce concerto, on a l’impression qu’il nous embrasse, qu’il nous prend dans les bras… et dans certains passages, qu’il nous dit même aurevoir. À 35 ans, Mozart est débordé de travail. Il écrit en même temps La Clémence de Titus, une commande pour le couronnement de l’empereur, et La Flûte enchantée, un opéra populaire en allemand qui doit faire du chiffre – et qui va être le succès qu’on connait. Alors qu’il a déjà deux opéras sur le feu, il écrit un concerto inhabituellement long pour l’époque, qui apparait de nulle part en quelque sorte, à une période où il n’écrivait presque plus que des œuvres vocales. Ce concerto ressemble à un petit opéra d’une demi-heure, où l’instrument est traité comme un chanteur. Comme deux chanteurs, même ! Car Mozart joue avec les caractéristiques de la clarinette en la, qui a un côté sombre dans les graves, et un côté plus aigu. On entend deux voix qui se répondent, comme une prima donna et une basse qui lui donnerait la réplique.

Mozart compose cette œuvre pour le clarinettiste Anton Stadler, son frère franc-maçon avec qui il jouait beaucoup, dans les cérémonies maçonniques ou pour récolter des fonds pour des frères dans le besoin. La fraternité est une valeur centrale chez les francs-maçons, et elle est un fondement pour la paix, par ce qu’elle implique de solidarité, d’amitié, de bienveillance envers ses congénères humains.

Je ne connais pas non plus l’histoire de la Symphonie de Haydn ! [Non? Non…]

À l’époque de cette œuvre, en 1772, Haydn est au service du prince autrichien Esterházy. Ce prince, qui vit à Eisenstadt, au sud de Vienne, a une résidence secondaire en Hongrie actuelle. Il s’y rend chaque été quelques mois avec tout son orchestre, qui compte une trentaine de musiciens et pour lequel Haydn compose. Cette année-là, le prince n’a apparemment pas l’intention de rentrer à Vienne, deux mois passent, puis trois, puis dix… Les musiciens, des jeunes gens pour certains fraichement mariés, commencent à se plaindre à Haydn de ce séjour qui s’éternise. Haydn réfléchit, et par solidarité avec ses musiciens, compose une espèce de « grève musicale ». Dans le dernier mouvement de cette Symphonie « Les Adieux », les musiciens arrêtent de jouer, éteignent la bougie et sortent de scène, les uns après les autres. Seuls deux violons – l’un était Haydn – terminent la symphonie. Le lendemain, sans même en avoir parlé car tout le monde avait compris, l’orchestre rentre à Eisenstadt.

***

On quitte Adrien Philipp avec l’impression d’avoir voyagé une petite heure au 18e siècle, reconnaissante aux musicien·ne·s d’aujourd’hui de porter, par leur passion et leur talent, les voix des compositeurs de génie d’hier. Nul doute que le Victoria Hall s’emplira d’un esprit pacifique en ce prochain 11 avril.

Orchestre Philharmonique de la Paix
Vendredi 11 avril à 19h30
Victoria Hall, Genève
www.peacephilharmonic.org/fr/concerts

Classique et opéra

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Peacephil Photo Antonio Gambuzza

Nikolay Khozyainov, saisir ce qui peut l’être

Pianiste virtuose, chef d’orchestre, compositeur, improvisateur, il construit ses interprétations en étudiant les manuscrits originaux, parle onze langues, discute poésie avec l’empereur du Japon et porte le titre de Chevalier Commandeur, décerné en 2022 par la famille royale d’Espagne. En 2010, il était le plus jeune lauréat à remporter le Concours Chopin à Varsovie. À l’approche du second concert que donnera son Orchestre Philharmonique de la Paix, le 11 avril au Victoria Hall, Nikolay Khozyainov s’est rendu disponible pour L’Agenda.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan
Photo: Antonio Gambuzza

L’Agenda : Vous avez fondé l’Orchestre Philharmonique de la Paix à Genève en tout début 2025. Qu’est-ce qui vous a mené à le faire ?

Nikolay Khozyainov : En tant que pianiste, j’ai donné beaucoup de récitals pour la paix, notamment lors de la première mondiale de ma composition « Pétales de la Paix » commandée par les Nations Unies en 2022, ou lors d’un concert en hommage à Mandela à l’Université de Genève en 2023. J’ai toujours cru au pouvoir pacificateur de la musique. Je dirais même que ce n’est que pendant les moments de musique que nous sommes véritablement unis. Avec l’orchestre, ça prend une nouvelle ampleur : malgré les religions, les nationalités et les ethnies différentes, les musiciens et le public sont réunis par la musique.

Selon vous, toute musique est-elle porteuse de paix, ou doit-elle avoir des caractéristiques spécifiques ?

… C’est une bonne question. La musique, en général, nous réunit. Je parle bien sûr de la haute musique, de la musique classique. Je respecte qu’on aime d’autres musiques, mais après avoir entendu Mozart, Chostakovitch et Rachmaninov, je ne peux plus revenir à quelque chose de plus simple. Dans la salle de concert, j’apprécie aussi le silence. C’est le silence qui fait l’union.

Vous consultez régulièrement les manuscrits originaux des œuvres que vous interprétez. Qu’est-ce qui vous interpelle le plus dans ce processus ?

C’est surtout l’atmosphère. En touchant un manuscrit, on touche au compositeur. Je vous donne un exemple avec la dernière composition de Chopin, la Mazurka en fa mineur, qu’il a écrite à Paris dans son dernier appartement. À l’époque, Chopin ne pouvait même pas marcher, il était trop faible pour se mettre au piano, alors il écrivait cette Mazurka dans son lit. La partition imprimée ne nous dit pas ça. Mais en regardant son écriture est cassée dans le manuscrit original, on saisit à quel point il a souffert physiquement. Après avoir vu ce manuscrit, on ne joue plus jamais de la même façon.

Avez-vous pu consulter le manuscrit de la Symphonie « Les Adieux » de Haydn que vous allez jouer le 11 avril ?

Oui – je consulte toujours les manuscrits lorsqu’ils existent et n’ont pas été perdus – et là c’est le cas, il se trouve à Budapest. On apprend beaucoup des petites phrases notées à la main, des parties que le compositeur a modifiées, etc. Là, tout est bien précisé et indiqué, comment chaque musicien sort de scène, par exemple. Quelle idée géniale, d’inventer une œuvre où les musiciens partent l’un après l’autre ! On ressent tout le génie de Haydn.

Comment intégrez-vous ce que vous avez vu à votre interprétation ?

Quand je découvre un manuscrit, la musique commence à sonner dans ma tête, et ce que je n’oublie jamais, c’est l’esprit de l’œuvre. Je note des idées pour l’interprétation, et si je veux vérifier un détail technique plus tard, je peux consulter des copies. Assez souvent, ces choses sont imprimées, mais pas toujours. Une fois que le compositeur a transmis son manuscrit, c’est l’éditeur qui décide. Très souvent, il fait des fautes. Sur les premières éditions, lorsque le compositeur était encore vivant et avait en avait l’occasion, il faisait les corrections à la main – c’était par exemple le cas de Liszt ou Schumann, dont il existe des éditions imprimées corrigées de la main du compositeur. Ça aussi, c’est très intéressant à regarder, car on y voit non seulement des corrections mais aussi des nouvelles idées ajoutées après-coup. Tout ça enrichit l’interprétation.

Est-ce qu’il y a eu des fautes dans l’édition de votre pièce « Pétales de la Paix » ? (Clin d’œil)
Non ! (Rire). J’ai passé beaucoup de temps à vérifier !

À quels éléments avez-vous pensé en composant cette pièce ?

J’ai été inspirée de l’image des pétales pour parler de quelque chose qu’on a du mal à saisir. Je crois que j’avais en tête les fleurs de cerisiers, qui ne sont là qu’un instant, presque comme un mirage. Quand je compose, j’ai des idées qui viennent, je m’assois au piano, je commence à improviser, et je choisis les parties qui me plaisent pour mettre sur papier. J’écris à la main, jamais à l’ordinateur. Si je simplifie, c’est à peu près ça.

C’est peut-être une question un peu personnelle, mais est-ce que le temps se distend différemment pour vous, qui réussissez à apprendre onze langues et tant de choses au sujet de la musique ?

Comme vous dites, le temps n’est pas toujours suffisant pour faire tout ce que nous voulons. Mais j’essaie quand même, alors je dors moins (sourire). Je prépare mes programmes de concert, je lis, je garde une vie sociale, je prends toujours le temps d’apprendre de nouvelles choses : des nouvelles œuvres au piano ou à la direction, des nouvelles langues… Je voyage beaucoup pour mes concerts, et je profite de parler avec mes ami·e·s dans leur propre langue. Cette recherche de l’original est liée à ma passion pour les manuscrits ! Pour moi, lire des haïku, Baudelaire ou de la poésie chinoise en langue originale me procure un plaisir incroyable. La musique et la poésie sont des sœurs : la sonorité originale tient une grande part dans l’intention du poète, et sans elle, la traduction n’est jamais vraiment exacte.

Quelle sera votre douzième langue ?

Le coréen. Et la treizième, le turc.

Que vous réjouissez-vous de faire écouter au public le 11 avril ?

Le Concerto pour clarinette de Mozart a été composé dans la dernière année de sa vie, la plus mûre. Une grande profondeur musicale est attendue du soliste, et le clarinettiste Adrien Philipp a cette qualité. C’est un musicien extraordinaire qui ressent la musique au fond de lui. Ce qui me frappe chez lui, c’est sa sonorité très douce, très sensible.
[L’Agenda a interviewé Adrien Philipp: lire l’interview ici]

Nous jouerons aussi l’ouverture d’Apollo et Hyacinthus, un opéra de Mozart très peu joué qu’il a écrit lorsqu’il avait 13 ans. Je voulais le faire connaitre au public !

***

Prochaines dates de concert :

  • Orchestre Philharmonique de la Paix
    Mozart :
    Apollo et Hyacinthus, K. 38 – Ouverture
    Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622
    Haydn :
    Symphonie n° 45 en fa dièse mineur, « Les Adieux »
    Vendredi 11 avril 2025 à 19h30
    Victoria Hall, Genève
    www.peacephilharmonic.org
Classique et opéra

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OSR Seul Horizontale_Credit Niels Ackermann

OSR, saison 2025-2026 – L’apport humain

En dévoilant hier la saison 2025-2026 de l’Orchestre de la Suisse Romande ainsi que les coulisses de sa réflexion, le directeur général Steve Roger et la déléguée artistique Inès de Saussure nous ont permis de mieux comprendre certains enjeux auxquels fait face l’orchestre, tout en mettant en avant le facteur humain derrière la « machine », et bien-sûr, en faisant rêver avec une trépidante programmation musicale qui panache classique et contemporain, stars et jeunes talents, salles de concert et plage.

Texte de Katia Meylan

Les grands, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent ! Eh bien non, depuis le temps, on sait qu’être grand ne nous empêche pas de faire face à des contraintes et des compromis. Dans la culture, c’est pareil : on peut être une institution installée comme l’Orchestre de la Suisse Romande, et ne pas pouvoir réaliser tous ses désirs artistiques en un claquement de doigts.

Pour cause de déficit budgétaire (qui reste maitrisé, rassure Steve Roger), l’OSR a dû renoncer à une belle idée, celle de centrer la résidence artistique annuelle sur le Victoria Hall en invitant un∙e concepteur∙ice lumière à réinventer l’espace. Personne ne succédera donc, cette année, à la saxophoniste Valentine Michaud, en résidence dans la saison actuelle 2024-2025. Qu’à cela ne tienne, l’orchestre peut être fier d’une saison qui s’annonce magnifique !

OSR conférence de presse Magali_Dougados

Le journaliste Julian Sykes, la présidente du conseil de fondation Charlotte de Senarclens, Inès de Saussure et Steve Roger lors de la conférence de presse du 10 mars 2025.  Photo: Magali Dougados.
Photo de haut de page: Niels Ackermann

Jonathan Nott, l’esprit insufflé

Cette saison, la dernière de Jonathan Nott clôturant un mandat de huit ans, contient toute l’expression de sa patte. Les derniers concerts que le chef dirigera en ses qualités de directeur musical et artistique sont d’ailleurs représentatifs de l’esprit qu’il a insufflé à l’orchestre. Les 3 et 4 septembre, il dirigera notamment Harold en Italie de Berlioz, une œuvre qui fait la part belle à l’alto, et qu’il attribue à Elçim Özdemir, première altiste et membre de l’orchestre depuis 1998, traduisant son souhait de mettre en avant les solistes de l’OSR. Les concerts des 17 et 18 décembre, quant à eux, le verront interpréter un programme de 2h40 mêlant contemporain et classique, avec la pièce pour guitare et groupes instrumentaux dispersés dans l’espace Grabstein für Stephan de Kurtág, le Concerto pour violon et orchestre N° 1 en sol mineur de Bruch et le Requiem de Mozart. Il y met également à l’honneur la jeunesse, en invitant un tout jeune talent, la violoniste japonaise Himari, quatorze ans.

Chef∙fe∙s invité∙e∙s

Si l’OSR n’a pas encore élu celui ou celle qui reprendra la direction artistique, les discussions sont en cours et il y a actuellement plusieurs candidat∙e∙s en lice. Un tel choix ne peut pas se presser, note Steve Roger, et en attendant, le fonctionnement de l’orchestre permet de voguer sans crainte sous la direction des chef∙fe∙s invité∙e∙s de la saison 2025-2026. Pour désigner un∙e chef∙fe attitré∙e comme pour en convier ponctuellement, l’OSR est en concurrence avec les plus grands orchestres du monde et souvent, les chef∙fe∙s les plus prisé∙e∙s partagent leurs saisons entre New York, Vienne, Chicago ou encore Genève. C’est le cas notamment de Karina Canellakis, qui vient tout juste de diriger le New York Philharmonic, et que l’OSR se targue d’avoir pu inviter pour les concerts des 3 et 4 décembre 2025, malgré son planning chargé.

L’OSR, qui tend de plus en plus vers la parité homme/femme dans ses invitations, accueillera également la chef Mirga Gražinyte-Tyla. Les 20 et 21 mai 2026, elle dirigera notamment Les Quatre Éléments du compositeur suisse Frank Martin, écrit à l’occasion du 80e anniversaire d’Ansermet et créé par l’OSR lui-même, en 1964.

Mirga Grazinyte-Tyla

Mirga Grazinyte-Tyla. Photo: Frans Jansen

Karina Canellakis. Photo: Mathias Bothor

S’amuser

En plus des programmes pour les mélomanes aguerri∙e∙s, l’OSR développe également des propositions plus grand public. La saison à venir verra notamment l’avènement des Doudou-Concerts, des programmes d’une trentaine de minutes destinés aux enfants de six mois à trois ans et à leurs parents, durant lesquels les bébés peuvent déambuler librement autour de deux instrumentistes de l’OSR.

Les Tableaux d’une Nouvelle Exposition, les 17 et 18 janvier 2026, seront l’occasion de projeter des créations réalisées par les étudiant∙e∙s du Bachelor Illustration de la HEAD, sur les compositions de Moussorgski, Hans Zimmer et la compositrice suisse Sandrine Rudaz. (L’Agenda avait rencontré Sandrine Rudaz en novembre 2024. Voir l’article.)

Sans oublier le festival Genève-Plage et son trio de soirées open-air au bord du lac les 21, 22, 23 août, avec un concert classique, un concert jazz avec des arrangements de tubes de Frank Sinatra, et un ciné-concert sur le film Un Américain à Paris, dont la musique est signée Georges Gershwin.

La suite de la saison actuelle ainsi que la saison 2025-2026 sont à retrouver sur :

www.osr.ch

 

Classique et opéra Présentation de saison

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La Danse du Soleil

La Danse du Soleil – Un cadeau différent

Plus qu’un concert, La Danse du Soleil est un cadeau, échangé entre le Geneva Camerata, son chef d’orchestre David Greilsammer, les danseurs et le public. Dans ce spectacle, les instrumentistes jouent par cœur la Symphonie N°40 de Mozart tout en dansant sur scène.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Depuis sa création en 2017, La Danse du Soleil a contribué à la renommée internationale du Geneva Camerata. S’il est très rare dans le monde symphonique de voir un orchestre au complet, chef compris, jouer sans partitions, l’émotion qui émane du spectacle n’est pas uniquement due à l’originalité de la performance. Les regards, les sourires et les gestes qu’échangent les instrumentistes semblent leur conférer une présence rayonnante.

À l’occasion de la prochaine reprise du spectacle le 21 mars au Victoria Hall à Genève, L’Agenda a posé quelques questions à deux musicien∙ne∙s du Geneva Camerata, le clarinettiste Mathieu Steffanus et à la violoniste Albane Genat.

L’Agenda : Quel instrumentiste projetiez-vous d’être, lorsque vous avez commencé votre carrière?

Albane Genat : Je ne sais pas si j’avais une image très précise de ce que je voulais être, mais actuellement je peux dire que je suis contente de ce que j’ai réussi à créer. Dans les études, on est amenée à suivre les voies évidentes : passer les concours d’orchestre pour avoir un poste fixe quelque part. C’est ce que j’ai fait, ça a marché, j’ai eu un poste fixe il y a huit ans, et suis partie après quatre ans parce que ce n’était pas la manière dont je préférais faire mon métier. J’ai démissionné pour pouvoir avoir un maximum de projets variés et atypiques.

Mathieu Steffanus : J’étais quelqu’un d’assez curieux – je pense que c’est le dénominateur commun de tous les musicien·ne·s du Geneva Camerata ! Avant ça, j’avais fait des mathématiques. À partir du moment où j’ai découvert la musique, j’ai eu besoin viscéral d’en faire sous des formes extrêmement différentes : de l’orchestre classique, de la création contemporaine, des spectacles jeune public… Je ne crois pas avoir eu un rêve précis, mais c’est un peu comme un enfant : tant que je m’amuse, ça me va !

Mathieu Steffanus, vous êtes dans l’orchestre depuis ses débuts, comment êtes-vous arrivé au Geneva Camerata ?

Mathieu Steffanus : Quand j’étais au Conservatoire à Paris, mon meilleur copain est devenu un très bon ami de David [Greilsammer]. C’est lui qui lui a donné mon nom. Dans le tout premier projet, il n’y avait pas de clarinette, mais j’ai rejoint l’orchestre dès le deuxième, avec mon collègue Benoît [Savin] qui est toujours là lui aussi. On a un peu grandi avec l’orchestre. On n’aurait pas imaginé un jour jouer des symphonies par cœur !

Albane Genat, vous avez rejoint l’orchestre un peu plus tard, par quel biais ?

Albane Genat : C’est une amie altiste du GECA, Caroline Donin, qui avait donné mon nom. Le premier projet que j’ai fait en tant qu’artiste invitée, en mai 2021, était d’ailleurs aussi un projet chorégraphié, sur la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak avec Marie-Claude Pietragalla. De fil en aiguille, ils m’ont proposé de plus en plus de concerts. À la fin de la saison dernière, David m’a proposé de devenir membre titulaire de l’orchestre. En plus de participer aux concerts, ça consiste, entre autres, à assister aux réunions pour faire évoluer les choses, proposer des idées pour la suite de l’aventure, que ce soit dans l’organisation ou dans l’artistique. Tout le monde a la parole de manière horizontale, ce qui est assez chouette !

Albane Genat avant de monter sur scène crédit ©Yannick Perrin
Photo de haut de page: ©Michael Priest Photography

Quelle est la plus grande difficulté dans la préparation d’un concert comme La Danse du Soleil ?

Albane Genat : Pour moi, ça a été d’arriver dans quelque chose qui existait déjà. Avec la vidéo que j’avais pour travailler, il a fallu que je comprenne où me placer, que je sois là où il faut quand il faut, pour ne pas faire perdre de temps au groupe. Je me rappelle de ma première répétition : Juan [Kruz Díaz de Garaio Esnaola], le chorégraphe, a commencé par lancer un filage, en disant « on verra ce qui se passe ». J’ai dû le faire de but en blanc, sans avoir répété une seule fois avec eux ! C’était un challenge.

Mathieu Steffanus : L’étape la plus difficile pour moi est d’être à l’aise avec le par cœur. Ça arrive de le faire dans des concertos, en tant que clarinette solo – mais c’est presque plus facile à apprendre qu’une symphonie, où il y a beaucoup de passages d’accompagnements, parfois un peu tarabiscotés. C’est beaucoup une question d’organisation. Moi je m’y mets environ deux mois à l’avance, et j’essaie de vivre avec la partition. Plutôt que d’y consacrer deux heures d’affilée, j’essaie de faire 3 minutes dix fois par jour, quand je suis dans le métro, quand je me balade.

L’apprentissage par cœur vous challenge donc plus que la danse ?

Mathieu Steffanus : Le chorégraphe sait qu’on n’est pas des danseurs, je ne vais pas devoir faire des entrechats ! Le travail consiste surtout à savoir se placer, à avoir la bonne attitude sur scène. Tout ça se construit avec une logique de troupe et un temps de répétition plus long, qu’on ne connait pas habituellement en tant que musicien. Au mois de mai, on va faire une création sur la Symphonie N°1 « Titan » de Mahler avec la chorégraphe Marion Motin, et là on a carrément 12 jours de répétitions. C’est énorme ! En général, pour monter un concert symphonique, c’est quatre jours. Là, on a le luxe de pouvoir tâtonner, chercher, potentiellement se planter… Mais la condition sine qua non, c’est qu’on connaisse la musique par cœur en arrivant.

À votre avis, la mise en scène peut-elle distraire de la musique ?

Albane Genat : À la fois oui et non. Dans le processus de travail, il y a des choses qui sont perturbantes corporellement et qui nous écartent de la musique dans un premier temps. Puis quand on commence à mieux comprendre ce qu’on est en train d’incarner, je trouve que le mouvement nous rapproche encore plus de la musique. Les deux deviennent intrinsèquement liés.

Mathieu Steffanus : Quand on est en mouvement, il y a des passages où on est complètement mélangés sur scène, ça arrive que tout à coup on soit à côté d’une contrebasse et d’un cor. Alors bien sûr, c’est plus difficile. Mais le but n’est pas d’arriver à faire une version aussi parfaite que le Philharmonique de Berlin. On cherche autre chose. C’est une question de contexte : imaginons que vous faites une soirée à la maison et qu’un de vos amis pianiste joue Chopin avec un petit coup dans le nez. Il fait quelques fautes, mais l’expérience sera peut-être plus forte qu’en écoutant la même œuvre dans une salle par le meilleur pianiste du monde.

La Danse du Soleil, ©Iván Martínez

Comment vivez-vous un concert comme La Danse du Soleil ?

Mathieu Steffanus : Le chorégraphe, Juan, a une approche très profonde et extrêmement honnête. Il est comme un enfant affairé à son jeu, qui donne envie de le suivre et nous met à notre tour dans cet état-là. C’est un vrai voyage. Je ne connais personne dans l’orchestre qui se lasse de cette pièce. Le fait de s’exprimer physiquement sur scène est plus immersif que lorsqu’on est assis au pupitre. Une autre chose agréable, c’est qu’on a toujours un très bon accueil du public. À la chaleur des applaudissements, on sent qu’il s’est passé un truc, qu’on a vécu quelque chose de fort.

Albane Genat : Quand je suis arrivée dans l’aventure, mes collègues m’ont dit « Tu verras, après la première représentation, ça va te faire quelque chose ». Ça l’a fait à tout le monde… et ça a été mon cas aussi.

***

Migros-Pour-cent-culturel-Classics

Il n’est pas surprenant que La Danse du Soleil, dans son essence extraordinaire, ait charmé le Migros-Pour-cent-culturel-Classics. En effet, cette saison 2024-2025, sa programmation a changé d’angle et regarde désormais à 180°. Elle ne tombe pas sur la tête, mais souhaite renverser la façon dont est transmise et perçue la musique classique. Notamment, par des concerts dansés comme celui du Geneva Camerata en avril 2025, ou encore des concerts de très grande envergure tels que celui du Budapest Festival Orchestra à venir en mai.

Instaurée déjà en 1948 dans le cadre du Pour-cent culturel par le fondateur de Migros, cette saison de concerts a su évoluer pour que perdure sa mission. Aujourd’hui, elle invite chaque année six orchestres de renommée internationale à se produire à Genève, Berne, Lucerne et Zürich.

Prendre l’abonnement permet d’assister à six concerts pour un tarif avantageux de 16.50 à 66.50 la place, selon la catégorie. Les jeunes bénéficient d’un tarif réduit, et les plus spontané∙e∙s peuvent même acheter des billets « last minute » à 10 francs.

Étant donné que le nombre d’abonnements vendus est limité… guettez l’annonce de la saison 2025-2026, qui se fera le 19 mai 2025 ici !

Infos pratiques :
Pour assister aux prochains concerts, les places peuvent se réserver via la billetterie en ligne, ou auprès de différents points de vente: Migros Change Rive / Migros Change MParc La Praille / Stand Info Balexert. Vous pouvez également réserver par e-mail à scmbilletterie@migrosgeneve.ch ou par téléphone au +41 58 568 29 00.

www.engagement.migros.ch/fr/organisation/migros-geneve/billetterie

La Danse du Soleil
Geneva Camerata
Oeuvres de Mozart, de Lully et de la compositrice suisse Barblina Meierhans

Autres dates, hors de la tournée Migros-Pour-cent-culturel-Classics :

Classique et opéra Danse

La Danse du Soleil – Un cadeau différent Lire la suite »