#pluridisciplinaire

Les Créatives

Les Créatives 2025, entre déconstruction et reconstruction

Radicales et militantes, Les Créatives reviennent pour une 21e édition du 18 au 30 novembre prochain. Dans un climat au machisme croissant, le rendez-vous féministe impose sa place et son importance avec une programmation qui, comme depuis 20 ans, met en avant et valorise les créations et les luttes de minorités. Le dévoilement de cette édition était bien loin des conventions – à l’image du festival.

Catherine Rohrbach

Le 7 octobre dernier, Les Créatives ont invité journalistes et partenaires à se rassembler aux Bains des Pâquis, à Genève, pour annoncer la nouvelle programmation. Auprès d’une yourte, l’effervescence est palpable. C’est là, face au lac, que les organisatrices dévoileront leur manifeste 2025. À l’intérieur, une exposition a été créée pour l’occasion. On y déambule et découvre, sur des écrans et des affiches, les événements qui militeront dans le canton de Genève en novembre. Chaque panneau contient un code QR avec un coup de cœur de l’équipe. Chaque coup de cœur montre une direction résolument combative et pleine d’amour – au sens politique du terme, théorisé par la militante féministe Bell Hooks. Pour mettre en avant les artistes, un jeu participatif a également été créé : des cartes avec une description devant être reliées à l’artiste en question. Une belle façon de valoriser et de se familiariser avec les valeurs du festival. Sous la tente, une playlist se mêle aux échanges et fait résonner les artistes musicales qui joueront sur les scènes genevoises.

Bien que le lancement de la programmation ne soit pas une traditionnelle conférence de presse, les co-directrices Ermela Haile et Nevena Puljic ont tout de même donné un discours soulignant l’urgence des luttes féministes dans une société où fascisme et masculinisme prennent de plus en plus de place. La création artistique et culturelle devient ainsi une importante arme de déconstruction et la visibilité des voix minoritaires nécessaire à l’édification d’un monde plus juste. Rien de tel qu’un festival artistique et féministe pour bousculer le status quo. Le lancement de la programmation se termine avec un concert de l’artiste F月G qui incarne les valeurs du festival, avec une musique électronique douce et puissante à la fois, un thérémine et des textes multilingues engagés contre les violences sexuelles ou encore pour Gaza.

Au cœur de la programmation 2025, les thèmes de la construction – à l’image de leur affiche – du lien et de la collectivité tissent et rassemblent la quarantaine d’événements proposés : expositions, tables rondes, ateliers, performances, concerts et fêtes. En effet, si la culture permet la déconstruction de discours patriarcaux, elle est également au centre de la reconstruction collective. C’est la diversité des médiums et la pluridisciplinarité qui font la force du festival. Les conversations nécessaires qui s’entrelacent avec des performances artistiques et permettent ainsi de donner la parole aux identités délaissées par les politiques.

Le rugissement des Créatives se fera entendre tant qu’il le faudra, du 18 au 30 novembre 2025 et au-delà.

Parmi les noms à ne pas manquer, on retrouve notamment le collectif radical et punk Draga – Ô Guérillères, la poétesse états-unienne Aja Monet, les chanteuses Oklou, Nnavy, Uche Yara ou encore la journaliste Victoire Tuaillon, créatrice du podcast Le cœur sur la table, et le Kitsch Comedy.

La programmation complète est à découvrir sur www.lescreatives.ch

Aja Monet

Nnavy

Victoire Tuaillon

Festival

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Madame Fraize

Festival Assemblage’S

Depuis 2012, plus d’une centaine de musicien⸱ne⸱s, comédien⸱ne⸱s, acrobates, poètes, magicien⸱ne⸱s, danseur⸱euse⸱s et humoristes sont passé⸱e⸱s par le Festival Assemlage’S. L’édition 2024, première sous la houlette de la nouvelle directrice Léa Déchamboux, propose un programme sous la thématique de la métamorphose.

Aux côtés de célébrités comme André Manoukian, qui viendra présenter sa conférence musicale Les notes qui s’aiment, d’autres artistes moins connus à Genève mais à la réputation internationale, nous embarquent à la découverte d’histoires oubliées, à la rencontre de nous-mêmes et de l’autre, à sympathiser pour mieux se comprendre et se respecter.

La soirée d’ouverture compte deux spectacles: Little Garden du jongleur Fabrizio Solinas, qui incarne avec une expressivité folle toutes sortes d’animaux – du T-Rex à l’otarie – aux problématiques sociales rigolotes et essentielles; L’art d’accomoder les restes, de la compagnie Rocking Chair, un hommage burlesque à la vieillesse, au travers de marionnettes et de chants populaires siciliens.

Le lendemain, Marc Fraize – un chouchou du festival puisqu’il était déjà venu en 2019 – revient transformé. Au lieu d’un humour mutique empreint de gestes et de non-dits, il embrasse sa féminité et incarne Madame Fraize qui elle, pour partager sa joie et ses tracas, parle: elle parle de l’amour, du manque et du temps.

Le samedi laissera place à André Manoukian, et le dimanche à la journée famille avec Basile Narcy et son univers d’acrobaties, de cirque, et de magie.

Informations pratiques:
Festival Assemblage’S
Musique | Cirque | Danse | Théâtre
Du 3 au 6 octobre 2024
Salle des Fêtes de Troinex
www.assemblages.ch

 

 

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Francis Baudevin

Bourses et Prix Leenaards 2024 – Singularité et collectif

Hier soir a eu lieu, sur la scène de la Comédie de Genève, la remise du Prix et des huit Bourses culturelles de la Fondations Leenaards. Un rendez-vous avec autant d’univers, témoins de la vivacité, de la pluridisciplinarité et du besoin viscéral de collaboration de la culture romande.

Ce sont des voix contemporaines qui rythment la soirée : d’abord celle de la compositrice américaine Eve Beglarian, jouée pour la première fois en Suisse par des élèves de l’HEMU puis celle de Steve Reich dans son œuvre 1+1, interprétée par le saxophoniste Laurent Estoppey et la flûtiste Anne Gillot. Un programme musical choisi – en collaboration avec Laurent Estoppey – par Francis Baudevin, Prix culturel Leenaards 2024.

Le plasticien raconte sa découverte adolescente des grands noms de la musique contemporaine, durant son apprentissage de graphiste. Immédiatement, il avait apprécié cette musique qui répondait à son art, qui lui en donnait même parfois la clé, se souvient-il. Francis Baudevin a passé sa vie à réaliser un art bien à lui sur lequel ni la mode, ni l’inspiration n’a de prise. Il l’a simplement fait ainsi, « car c’est ce qu’on sait faire », avec pour bande-son les titres de son impressionnante collection lausannoise de 10’000 disques.

Découvrir le portrait vidéo de l’artiste ↓

Sur scène, ému et d’une modestie confondante, il nous convainc sans peine lorsqu’il dit en souriant qu’il avait choisi la peinture car ça, on peut le faire « tout seul dans son coin ». Un aveu qui vient en réponse contrastée aux discours des jeunes lauréat∙e∙s des Bourses culturelles 2024, qui soulignent que se frotter à d’autres regards et collaborer avec d’autres savoir-faire est indispensable à leur pratique.

L’équilibre collectif est dosé et abordé différemment dans chacun des projets ; l’altiste Noémie Bialobroda apprécie le rôle indispensable de « liant » de son instrument au sein d’un ensemble, mais désire également valoriser la voix unique de l’alto au travers d’arrangements personnels de lieder de Schubert ; La plasticienne Anjesa Dellova peint ce qui la dérange chez l’autre, pour à son tour mettre le ou la spectateur∙ice dans une position parfois inconfortable ; La costumière Dora Gomez Rosay voit ses créations prendre vie grâce aux comédien∙ne∙s qui les portent ; L’autrice Alice Bottarelli s’entoure de scientifiques dans son projet d’écriture…

Ainsi la singularité, chez ces huit artistes, n’est pas une fin en soi mais une qualité qui tantôt fait naître des inspirations, tantôt nait ou s’épanouit du rapport à l’autre – que ce rapport soit synonyme de doute, de perte de repères, d’amitié, de connivence artistique.

Katia Meylan

Portrait

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Nayra

La Bâtie

Partant de la Fonderie Kugler comme lieu central, la programmation de cette 48e édition de La Bâtie rayonne comme d’habitude dans quarante lieux du Grand Genève avec près de 80 propositions (musique, danse, théâtre et performance) révélant les tendances actuelles de la scène vivante.

Focus sur un concert

Nayra
Jeudi 5 septembre à 21h, Chat Noir, Carouge 
 
Symbolisée par le trait qui relie son cœur à sa bouche, la sincérité et la vulnérabilité de la rappeuse décrit urgemment ses réflexions sur le monde. Le flow de l’auteure-compositrice-interprète se plaque sur une musique urbaine et tribale faisant écho à ses racines; l’artiste revendique ses identités multiples, française, marocaine et égyptienne.

Informations pratiques:
Du 29 août au 15 septembre 2024
Divers lieux, Grand Genève
www.batie.ch

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far° – 40e anniversaire

Le far° festival et fabrique des arts vivants présente les projets d’artistes de la scène contemporaine de Suisse et d’ailleurs. La programmation propose des projets de cirque, de danse, de théâtre, de musique, des performances ou encore des expositions. Elle valorise les créations in situ, soit en interaction avec les réalités concrètes d’un lieu.

Cette 40e édition s’ouvre jeudi sur le thème Bivouacs, abordant de façon poétique le campement éphémère, et de façon bienveillante et attentive ce qui nous entoure.

Parmi la trentaine de projets artistiques, l’équipe a pensé à des « parcours » recommandés selon les envies: parcours famille, Relax (accessible), festif ou encore cohabitation.

La rédaction s’y rendra jeudi soir pour l’ouverture :)!
Revenez sur notre site découvrir l’article vendredi!

Informations pratiques:
Du 8 au 18 août 2024
Divers lieux, Nyon
www.far-nyon.ch

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Théâtre de l'Orangerie

La saison TO! au Théâtre de l’Orangerie

13 spectacles, 18 concerts, 14 sessions DJ, 9 ateliers et 140 artistes et intervenant∙e∙s sont au programme de la nouvelle saison du Théâtre de l’Orangerie. Dirigée désormais par le duo Céline Nidegger et Bastien Semenzato, cette institution genevoise au cœur du parc de La Grange ouvrira ses portes avec un focus sur la création locale et la célébration d’audacieux mariages artistiques. La joueuse programmation du 12 juin au 8 septembre 2024 sera également jalonnée par des rendez-vous festifs et culinaires aussi bien dans le potager que dans la buvette.

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

L’Agenda: Un duo à la tête d’une programmation n’est pas chose habituelle, même si Genève en a déjà connu quelques-uns. Pourquoi avoir voulu se lancer à deux avec votre conjoint Bastien Semenzato?

Céline Nidegger: Nous sommes en couple depuis 17 ans et très rapidement après notre rencontre nous avons commencé à travailler ensemble. En 2009, nous avons fondé la compagnie Superprod, avec laquelle nous avons mené différents projets de collaboration avec d’autres artistes et associations, toujours dans cette volonté de célébrer des mariages audacieux en mettant nos compétences en commun. Durant ces années, nous avons également eu la chance de jouer à plusieurs reprises au Théâtre de l’Orangerie et avions toujours été séduits par ce lieu exceptionnel, niché au cœur du parc. Et parfois, dans les discussions en fin de soirée sous les étoiles, nous disions en plaisantant vouloir faire une saison au TO. Donc en voyant la mise en concours de la
direction, nous avons immédiatement été intéressés, non pas pour une ambition de gestion, mais surtout pour accentuer notre lien fort avec ce lieu unique!

En comparaison avec le fil directeur suivi par votre prédécesseur Andrea Novicov, quelles thématiques voulez-vous apporter à cette saison?

Nous avons envie de regrouper des projets très ludiques, avec pas mal de fraîcheur, tout en provoquant des réflexions et des échanges, sans pour autant suivre une thématique spécifique, contrairement à Andrea qui avait cet attachement à l’écologie. Bien entendu, l’écologie est également au cœur de nos réflexions, mais avec un impact pratique et logistique dans le fonctionnement interne du théâtre plutôt qu’en véritable axe artistique.

Et sans parler de thématique, quels nouveaux éléments avez-vous voulu intégrer dans la programmation?

Nous avons décidé de mettre l’accent sur les ateliers, toujours dans l’idée de se concentrer un peu plus sur du concret. Ainsi, cette saison compte 9 ateliers, aussi bien de vie pratique, qu’en lien avec les métiers qui font le théâtre. Nous avons, par exemple, plusieurs rendez-vous pour réparer son vélo, des cours de couture, des sessions de fabrication de lampes solaires en partenariat avec la MACO ou encore des sessions cueillette/cuisine des produits du potager avec La Libellule. Côté artistique, Serge Lowrider, qui a créé les logos, donnera un cours de sign painting, alors que l’illustratrice Sarah André animera un atelier autour du slogan. Ainsi, les liens entre le public et les artistes, le public et le public, les artistes et les artistes se créeront naturellement.

Vous avez centré cette saison autour de la création locale. Comment avez-vous construit la programmation?

Bien ancrés dans le terreau local depuis 20 ans, nous avons puisé dans cette richesse. Globalement, nous nous sommes tournés vers des artistes qui accordent une grande importance à l’humain et mènent des réflexions essentielles sur des thématiques de société, tout en gardant cette légèreté esthétique. Sur les 13 spectacles proposés principalement par des compagnies genevoises et quelques lausannoises, nous avons 7 créations et 6 accueils.

En parlant des créations, vous avez également organisé un concours, remporté par la pièce écrite par Wave Bonardi et Julia Portier de la Compagnie des Plaisantes.

Oui, nous avons fait une mise en concours pour une création inspirée d’une œuvre classique. Au total, nous avions reçu 22 dossiers, classés ensuite par les élèves du conservatoire préprofessionnel de Genève. Finalement, c’est une proposition malicieuse et réjouissante autour de Betty Bossi qui a été choisie!

Signé Betty

Signé Betty, Compagnie des Plaisantes ©Aline Zandona

Quels sont les autres rendez-vous un peu atypiques et particuliers de cette saison?
Nous allons accueillir Le Cabaret Bon et Tonifiant (B.E.T) pour cinq représentations à l’air libre autour de l’humour alternatif, et trois spectacles destinés au jeune public sont à l’affiche. Comme les années précédentes, Maël Chalard proposera une programmation musicale, mettant en avant une diversité locale.

Le théâtre est également apprécié pour ses activités en dehors de la programmation, comme la buvette du TO et le potager. Des changements?

Pour la création du potager, nous continuons de collaborer avec La Libellule, qui fait un travail incroyable pour créer ce cadre végétalisé. Et pour la buvette, nous
avons une nouvelle équipe qui proposera encore de la nourriture locale avec des options végétariennes. Nous allons installer un kiosque au cœur du potager et un nouvel espace sera aménagé en partenariat avec l’Hepia – Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève. Bref, quelques changements dans le cadre à découvrir!

Saison estivale TO!
Du 12 juin au 8 septembre 2024
Théâtre de l’Orangerie, Genève
theatreorangerie.ch

Article paru dans L'Agenda papier Présentation de saison

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Festival de la Cité

La Cité bousculée, chantée et dansée

La Cité, juillet 2023. Les dédales de rues, escaliers et esplanades de la Vieille Ville de Lausanne résonneront sous les pas de danse, les notes de musique et les applaudissements du public. Le Festival de la Cité déploie sa 51e édition du 4 au 9 juillet, avec un programme riche en spectacles atypiques et en performances surprenantes… de quoi offrir aux estivalier∙ère∙s un début d’été inoubliable!

Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler

De l’énergie de la préparation au plaisir de la contemplation

Joyeuse et colorée, l’affiche annonce l’ambiance qui teindra le festival: des formes d’arts diverses et inattendues offerte à un public très varié, gratuitement. À un mois du festival, le rythme s’accélérait pour l’équipe chargée de l’organisation de cet événement annuel, fermement ancré dans le paysage culturel lausannois. « C’est beaucoup d’excitation, on est en train de finir la programmation dont on est très fiers », raconte Martine Chalverat, nouvelle directrice à la tête du festival pour la genèse de cette nouvelle décennie qui s’annonce, « le bureau est une vraie fourmilière, c’est très enthousiasmant ». Cette année, le public aura la chance de se promener entre 112 propositions artistiques, qui s’inscrivent dans deux promesses que tient l’événement: la variété et la gratuité. « On revendique la pluralité des arts, et beaucoup de spectacles se trouvent à la frontière, il y a des danseurs et danseuses qui chantent et des chanteuses chanteurs qui dansent », explique la directrice. « Pour imaginer la programmation, on voit énormément de spectacle et concerts – tout comme un nombre croissant de programmateurs et programmatrices sont au rendez-vous au festival, de plus en plus reconnu à l’étranger – et des compagnies viennent à présent d’elles-mêmes présenter leurs projets », explique-t-elle. Des projets parfois déjà existants, parfois créés pour le festival, mais qui prendront dans tous les cas vie sous une forme inédite.

Martine Chevalerat

Martine Chalverat. Photo © Nikita Thévoz

Le chant du pont et les paroles de la piscine

Voilà l’une des singularités du Festival de la Cité: faire bouger des lieux dans lesquels on passe normalement sans s’arrêter. « Ce qui m’anime dans le milieu culturel », confie la jeune directrice, « c’est la rencontre entre les projets artistiques et le public. On a un cadre magnifique, et c’est essentiel de trouver les bons lieux pour les bonnes formes d’arts ». La diversité des lieux et, parfois, leurs contraintes ouvrent à diverses possibilités artistiques: « la place St-Maur est un espace confiné, c’est un cadre plus intime, alors que la place du château est un grand plateau, elle ouvre donc à de plus grands projets. » Sur la première, le public pourra plonger dans l’ambiance des vacances à la mer… ou à la piscine. Basé∙e∙s avec leur parasol et machine à écrire au bord du bassin des piscines de quartier, des écrivain∙e∙s du collectif Caractères mobiles récolteront les récits des baigneurs et baigneuses sous forme de carte postale et liront ensuit leurs textes à la Place St-Maur. Pour donner forme à la réflexion du festival sur l’architecture des lieux, le collectif lausannois La-Clique, carte blanche en poche, a jeté son dévolu sur le Pont Bessières et des étudiant∙e∙s en architecture de toute la Suisse. De nombreux workshops interdisciplinaires entre mars et juillet ont permis de repenser une scénographie de ce fameux pont, comme lieu de concerts, de rencontres et de partage. Deux autres événements à ne pas manquer: dans le quartier des Faverges, le duo Joëlle et Vincent Fontannaz emmènera les spectateur∙ice∙s redécouvrir les lieux à la hauteur d’un enfant, en mêlant leurs souvenirs aux vies des habitant∙e∙s actuel∙le∙s du quartier. Dans la cathédrale, la chorale lausannoise Hot Bodies, queer et féministe, fera résonner ses chants, composés à partir d’idées qui ont émergé lors de lectures collectives dans des ateliers d’écriture féministe.

Festival de la cité

Dans ton Cirque, Festival de la Cité 2022. Photo © Nikita Thevoz

Festival de la cité

Festival de la Cité, édition 2022. Photo © Nikita Thevoz

Ainsi, des créations d’ici et d’ailleurs se déploieront: « On souhaite aussi faire la part belle à la création suisse qui est foisonnante », témoigne Martine Chalverat. Dans Hark! Luísa Saraiva, du Portugal, et Senem Ogultekin, d’Allemagne, interprètent la musique de Purcell… et même plus que ça, elles la montrent. Donnant corps à la musique baroque à travers leurs gestes, elles explorent la relation entre son, visuel et mouvement. Autre spectacle qui promet d’être mouvementé, c’est Impact d’une course, qui mêle cirque, parkour, escalade pyschobloc, danse contemporaine, toy music et afro-beat psychaedelic. Le collectif franco-suisse La Horde dans les pavés va justement quitter le sol pour arpenter des lieux en hauteur et leur donner une fonction inédite.

« Au final, les 112 propositions artistiques illustrent toutes très bien ce qu’est le festival car on revendique la pluralité des pratiques artistiques », se réjouit Martine Chalverat.

Un dernier mot de la part de la jeune directrice? « Venez, soyez curieux, laissezvous surprendre… osez! »

Festival de la Cité
Du 4 au 9 juillet 2023
Vieille Ville de Lausanne

2023.festivalcite.ch

Article paru dans L'Agenda papier Divers Festival

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Mapping Festival – Quand technologies, médias et artivisme se rencontrent 

Le Mapping Festival, qui se déroule à Genève du 18 au 28 mai 2023, fête cette année sa 19e édition. Faisant la part belle aux mondes de l’audio, du visuel et de l’électronique et ses déviantes, le festival retrace les liens que nous entretenons tou·te·s (ou presque) avec la technologie en nous invitant à aller regarder au-delà de ce qui nous est donné à voir habituellement. On trouvera différentes animations telles que des tables-rondes, des workshops, des performances et des soirées. Dans une ambiance festive et décontractée, les professionnel·le·s et amateur·ice·s des technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que des artistes se retrouvent pour explorer et partager leurs connaissances et leurs visions de ces domaines. 

Texte par Allan Kevin Bruni et Steve Weisshaupt

Photo de couverture: Recombination, de Julius Horsthuis

Art, technologie et information

Rythmé dans toute sa longueur par l’exposition Art, technologie et information , curatée par Sarah Ducret et Boris Edelstein, le Mapping rassemble des artistes locaux·les et internationaux·les, nous aidant à interroger notre relation à la technologie et à l’information. C’est notamment par des œuvres créées par les étudiant·e·s en Media & Interaction Design de l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL) qu’un projet nommé Fantastic Smartphones dénonce l’utilisation abusive, chronophage et égocentrée que nous faisons de ces objets omniprésents dans nos vies. Au travers d’une utilisation dérivée des applications de rencontres ou des innombrables traceurs de mouvements de nos corps, de notre sommeil et même de notre rythme cardiaque, ces installations nous rendent attentif·ve·s à l’autorisation tacite que nous leur donnons de monitorer nos vies et de transmettre nos informations personnelles. 

Biobots de Aurélien Pellegrini, Bastien Claessens et Evan Kelly – ECAL. © pecorini.net

Nous avons été, aussi, tout particulièrement interpellés par l’interactivité de Don’t Answer Be Happy par laquelle Simon Müller et Jonas Wolter – accompagnés de Saïd Boulahcen pour le sound design – remettent en question l’ambivalence de la réalité numérique en nous confrontant à une Intelligence Artificielle qui sollicite notre moralité et nous met face à des questions auxquelles les réponses ne peuvent être que oui ou non. Ces questions nous obligent à prendre conscience des déboires, voire du malheur, qui pèsent sur les populations moins privilégiées qui sont à la merci et au service de notre consommation technologique occidentale. On soulignera notamment la révélation de faits tels que le néo-esclavagisme exercé par les GAFAM.

Dont Answer Be Happy de Simon Müller, Jonas Wolter et Saïd Boulahcen. © pecornir.net

Workshops

Parmi les trois workshops proposés pendant la durée du festival, nous avons eu la chance de participer à Les radioamateurs: intro, explication, démo animé par Mathias Coinchon (CH), ingénieur EPFL et passionné des ondes radios. Une opportunité unique pour tout un chacun d’avoir pu découvrir l’envers, mais surtout l’origine, de ce qui nous permet aujourd’hui de communiquer instantanément avec les quatre coins du globe. Nous avons pu retracer, par exemple, l’utilisation des ondes radio à travers l’histoire dans une dimension technique, mais aussi expérimentale: Mathias, par l’utilisation d’une échelle faisant office d’antenne, elle-même connectée à un émetteur, a réussi à envoyer un signal radio en Russie, à Hong-Kong et en Turquie, inter alia.

Tables-rondes

D’entre les trois tables-rondes présentes au programme du festival, nous nous sommes rendus à Plateformes d’information, journalisme et post-vérité qui a remis en perspective les plateformes d’information ainsi que le(s) rôle(s) du journaliste dans une société hyper connectée et condamnante. Cette discussion a soulevé un vif débat sur la réelle signification de l’application de la démocratie à l’intérieur même de cette discipline. En abordant des postures telles que celles des lanceurs d’alerte, du citoyen curieux et engagé (concept amené par Antoine André) et du journaliste (posture représentée par Olivier Tesquet, Joseph Farrel et Juan Passarelli), nous avons pu voir débattre plusieurs professionnels de la branche. Ils ont ainsi élevé les questionnements à un niveau qui nous touche tou·te·s dans notre ère de plus en plus confrontée aux nouvelles technologies mais également à la réprimande quand il s’agit de la divulgation d’informations jugées sensibles par un gouvernement donné. Le désormais célèbre cas de Julian Assange a été utilisé pour exemplifier les répercussions et les débordements que peuvent subir certains acteur·rice·s lors de la récolte et la diffusion d’informations brutes.

Petit plus! Les tables-rondes sont couronnées par des rencontres entre intervenant·e·s et public au Cryptobar, réel espace d’échange et de discussion, où il est même possible de prendre un petit verre.

Continuant son déroulement à l’espace Le Commun, le festival se poursuit dans le Jardin des Nations et est à découvrir jusqu’au 28 mai. Diverses associations telles que La Barje côtoieront notamment l’installation de Syllepse, dispositif ultra-technologique, qui offrira aux visiteur·euse·s des concerts, des mappings low-tech et des expériences immersives.

Mapping Festival
Du 18 au 28 mai 2023
Le Commun,
Jardins des Nations, Syllepse,
Scène de la Barje,
Genève

www.mappingfestival.com/

Festival

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Les créatives

Les Créatives, quand le politique rencontre l’artistique

Le festival Les Créatives a donné son coup d’envoi aujourd’hui.  Et quel coup d’envoi. Rien de moins qu’une conférence avec Gloria Steinem. Avec de nombreux spectacles, concerts, tables rondes et autres événements axés sur le genre et l’égalité, les treize prochains jours s’apprêtent à être culturellement féministes.

Texte de Catherine Rohrbach

C’est à la Salle de la Madeleine que le premier événement de la 18e édition du festival Les Créatives a eu lieu. Une conversation avec Gloria Steinem – ou plutôt un petit moment de « révolution féministe transcontinental », selon cette dernière. Après un discours d’introduction de Madame la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet rappelant l’importance d’une lutte constante pour les droits de la femme dans une société où ceux-ci ne sont jamais acquis, nous avons eu le droit à un instant de réflexion avec une icône du mouvement. La conversation, menée par Célia Héron, cheffe de la rubrique société du Temps, nous ramène à des questions encore trop d’actualité: le droit à l’avortement, l’intersectionalité entre genre, race et classe sociale, l’importance du mouvement #MeToo, etc. 

Si Gloria Steinem est une figure emblématique du mouvement féministe, Les Créatives en sont une en devenir. Le festival prône en effet la visibilisation et l’inclusion des femmes et des minorités de genre dans les domaines culturels et artistique et cherche à faire le lien entre création artistique et réflexion féministe. Ainsi, des tables rondes et conférences sont organisées aux côtés des spectacles et des concerts. Quoi de mieux que de se questionner sur une société plus égalitaire tout en profitant de créations artistiques pluridisciplinaires émancipées du patriarcat.

L’équipe de la rédaction de L’Agenda sera présente lors du festival – du 15 au 27 novembre, rappelons-le – pour vous offrir un bon plein d’articles, alors ne partez pas trop loin.

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Un mois de juin aux couleurs grecques à Lausanne

« Nous sommes tous des Grecs » (Percy Shelley, dans la préface de son poème Hellas: A Lyrical Drama)

Durant le mois de juin, Lausanne et Ouchy fêtent l’indépendance de la Grèce en mettant en vedette l’un de ses principaux artisans, Ioannis Capodistrias. 200 ans après que la Grèce a retrouvé son indépendance politique, une exposition se penche sur les liens entre la Grèce moderne et la Suisse durant le 19e siècle au Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne.

Texte: Marc Duret

Né à Corfou en 1776, premier Bourgois d’honneur de la Ville de Lausanne, Citoyen d’honneur de Genève, Capodistrias a connu plusieurs vies: il fut ambassadeur puis ministre des Affaires étrangères pour le Tsar Alexandre Ier, organisateur du philhellénisme depuis la Suisse et à travers l’Europe, architecte du Pacte fédéral suisse signé en 1815 et enfin gouverneur de la Grèce dès 1827. Il est assassiné en 1831 à Nauplie, capitale grecque de l’époque, après avoir ouvré une grande partie de sa vie à l’indépendance grecque.

Ce personnage, dont on découvrira la vie en détails à la Place de la Palud, est le fil rouge de l’exposition, qui fait aussi la part belle au contexte européen et suisse durant ces années révolutionnaires en Grèce. Relativement discret dans l’exposition malgré sa présence dans le titre, le canton de Vaud, qui a alors connu sa propre révolution quelques années auparavant, a été l’un des lieux ou le philhellénisme a pu prendre son envol – notamment grâce à des personnages comme Benjamin Constant ou Frédéric-César de la Harpe. Au bout du lac, c’est notamment Jean-Gabriel Eynard et sa femme Anna ou Charles Pictet de Rochemond qui sont les moteurs de cet effort financier et politique pour soutenir la Grèce.

L’exposition se compose principalement de grands panneaux, joliment organisés et illustrés, ce qui allège le côté forcément très didactique et historique d’un tel sujet. Plusieurs livres anciens, des monnaies (antique et du 19e siècle) ainsi qu’une maquette de bateau construite par des réfugiés grecs donnent une matérialité intéressante aux thématiques abordées. On prend un plaisir certain à lire les nombreux textes, littéraires ou officiels, qui donnent une bonne image de l’ambiance de l’époque, durant laquelle une grande partie de la population européenne prend fait et cause pour les Grecs, au rythme des quêtes, des congrès et, pour plus d’un millier de personnes (dont une trentaine de Suisses), d’un engagement militaire sur le terrain.

D’autres événements en lien avec ce personnage et la Grèce se tiendront dans les prochains jours: Une allée homonyme a été inaugurée de manière festive le samedi 5 juin sur les quais d’Ouchy; le Théâtre grec de Genève présente une pièce de théâtre le 11 juin au Casino de Montbenon; enfin, deux conférences et une table ronde sur Capodistrias et le philhellénisme se dérouleront les 10, 14 et 18 juin au même endroit que la pièce.

Si vous n’avez pas encore l’opportunité de voyager vers les rivages grecs, ces divers événements vous permettront de glisser quelques touches d’hellénisme et de culture grecque dans votre programme des prochains jours!

www.lausanne.ch

En lien:

Ioannis Capodistrias: Chronologie
Théâtre: Vendredi 11 juin à 19h30: Jean Capodistrias – Gloire et solitude
Conférence: Lundi 14 juin à 19h: Ioannis Capodistrias, héros grec ou vaudois?

Exposition

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