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Soleil·s au mudac : une exposition brillante

En 2025, Lausanne accueille la deuxième édition de la Solar Biennale avec deux expositions: From Solar to Nocturnal à EPFL Pavillons (qui s’est à notre grand dam déjà terminée) et Soleil·s au mudac qui se poursuit jusqu’au 21 septembre 2025. L’Agenda a eu l’opportunité de visiter celle-ci et vous recommande vivement d’emboiter le pas.

Texte de Margarita Makarova

La Solar Biennale a été conçue et lancée en 2022 aux Pays-Bas par les designers Pauline Van Dongen et Marjan Van Aubel dans le but d’explorer l’application pratique de l’énergie solaire, d’une part, et d’étudier le Soleil en tant que source d’énergie, de beauté et de créativité, d’autre part. Sa première édition a eu lieu à Rotterdam et comprenait différents événements, avec au centre du programme l’exposition The Energy Show – Sun, solar and Human Power au Het Nieuwe Instituut.

L’exposition Soleil·s à Lausanne se distingue par une multitude de mérites. Pour en citer quelques-uns, elle est avant tout riche en informations. Quelle est la meilleure manière de prendre des bains de soleil aux 20e et 21e siècles ? En quelle année apparaît la notion de vacances et combien de jours durent-elles ? Quel est le lien entre les événements historiques et l’activité solaire ? Ce sont quelques questions auxquelles vous trouverez des réponses durant la visite.

Pour vous spoiler la réponse à la dernière question, parlons d’Alexandre Tchijevski (1897–1964), un poète, peintre et scientifique soviétique qui a étudié, entre autres, la littérature russe, l’histoire, la biologie, la physique et les mathématiques. Il a soutenu plusieurs thèses et a obtenu le titre de docteur à l’âge de vingt-et-un ans. Fondateur et directeur de plusieurs centres de recherche, il a été démis de ses fonctions à la suite d’accusations d’incompétence, puis arrêté en 1942. Il a passé huit ans au goulag avant d’être réhabilité en 1962. Dans la section de l’exposition consacrée aux mythes liés au Soleil, on apprend qu’Alexandre Tchijevski avait une théorie selon laquelle les périodes d’activité solaire accrue influençaient le cours de l’Histoire. Par exemple, de 1905 à 1917, le Soleil traversait une période très active. Ce n’est donc pas un hasard, selon lui, que deux révolutions russes de 1905 et 1917 ont eu lieu au même moment. Sur son schéma, d’autres exemples de guerres et de révolutions, ainsi que leur lien avec l’activité solaire, sont indiqués.

Alexandre Tchijevski,
« Selected revolutions that overlapped with solar maximums »

Un autre mérite de l’exposition consiste à s’adapter aux goûts de tout public et à éveiller la curiosité de chacun∙e. Que vous vous intéressiez aux systèmes photovoltaïques et à la transition énergétique, aux mythes autour du Soleil dans l’art et le design, à l’héliotropisme, aux éditions du magazine Vogue des années 1930 ou encore à la musique et à la danse, vous y retrouverez votre sujet de prédilection.

mudac, Solar Biennale, Soleil·s. © Cynthia Ammann

L’exposition se divise en sections et il existe plusieurs parcours possibles en fonction de vos intérêts et de votre disponibilité. À l’entrée de chaque section, des vidéos des commissaires d’exposition résument les enjeux et les points clé. Les dépliants en papier (réutilisables) ne s’avèrent pas indispensables, puisqu’ils semblent répéter le contenu des inscriptions, des vidéos et du site. Vous pouvez également consulter le site de l’expo pour découvrir ses thématiques et projets pour mieux préparer votre visite.

Non seulement les mérites évoqués, mais aussi ceux qui sont restés non-dits, nous amènent à dire que l’exposition Soleil·s est le coup de cœur de L’Agenda. C’est une expo incontournable de ce bel été qui va bientôt fondre comme neige au soleil !

Soleil·s
Du 21 mars au 21 septembre 2025
mudac, Lausanne
www.mudac.ch/expositions/solar-biennale/

Site de la Solar Biennale : www.thesolarbiennale.com/the-solar-biennale

Photo de haut de page:
Francis Traunig, sans titre, de la série Benidorm, 1990.
Collection Photo Elysée, Lausanne

Exposition

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JoungJae Park. Photo Gregory Batardon

Prix de Lausanne 2025 : quand beauté rime avec diversité

Les larmes de bonheur aux yeux, YounJae Park de Corée du Sud remporte la première bourse et la médaille dor au Prix de Lausanne 2025. Son interprétation des Flammes de Paris, avec ses pas de ciseaux et ses fouettés dune difficulté extrêmement élevée, a laissé présager sa victoire dès le début.

Texte de Margarita Makarova

YounJae Park n’était pas le seul Coréen à faire preuve de talent. Sa compatriote Bogyeong Kim a gagné la 8e bourse. Parmi les autres finalistes, favoris de L’Agenda ayant obtenu une bourse, figurent Eric Poor (États-Unis), Shinnosuke Yasuumi (Japon), Hector Jain (États-Unis) et Ryan Handa (États-Unis). Dans les semaines à venir, les lauréat·e·s annonceront l’école ou la compagnie qu’ils ont choisie pour poursuivre leur formation ou débuter leur carrière. C’est sur cette page que vous pourrez consulter leur choix:
www.prixdelausanne.org/prize-winners/page/3/  

La finale du 8 février 2025 s’est déroulée en toute beauté. Dans les variations classiques, nous avons beaucoup apprécié les grands jetés, les pirouettes, l’élan émotionnel et les costumes de Ryan Handa, de YounJae Park et de Yuanjin Liu. Celle-ci n’a pas obtenu de bourse mais bénéficié d’une récompense s’élevant à 1000.-, de même que toutes et tous les finalistes. Parmi les chorégraphies contemporaines, l’interprétation de la nouvelle variation de Quinn Bates par Hector Jain et Shinnosuke Yasuumi nous a particulièrement marqué. Le lauréat japonais a même quitté la scène en reproduisant les mouvements de début, ce qui a ajouté une touche ludique et désinvolte.

Hector Jain photo-gregory-batardon

Hector Jain. 
Photo de haut de page: YounJae Park.
PDL 2025 © Photo: Gregory Batardon.

Durant l’intermède, Margarita Fernandes et António Casalinho, étoiles montantes du Bayerisches Staatsballett de Munich, ont dansé le pas de deux du ballet Le Corsaire et le pas de deux du Balcon, tiré de Roméo et Juliette de John Cranko. L’union de ces jeunes artistes, qui a surpris le public par la beauté et la complexité du programme, était une véritable merveille.

Pas de Suisses à la finale cette fois. L’Australo-suisse Yve-Noelle Bollinger, que nous avions rencontrée quelques jours avant le Prix (lire l’article ici), n’a pas été sélectionnée, mais semblait toutefois ravie de l’expérience passée à Lausanne, en témoignaient ses réseaux sociaux. Quatorze finalistes représentaient des pays asiatiques, tandis que quatre étaient originaires des États-Unis. Les autres finalistes provenaient de pays européens et du Royaume-Uni. Comme l’a souligné Olivier Glauser, président du Conseil, alors que le monde tend à se refermer, le Prix de Lausanne adopte une approche inverse : chacun∙e est bienvenu∙e à cet événement international, qui a réuni cette année 86 candidat∙e∙s de 23 pays différents.

PDL 2025 © Photo: Gregory Batardon

Certain∙e∙s participant∙e∙s semblent néanmoins rester dans les coulisses. Depuis quelques années, aucun∙e étudiant∙e de l’Académie de ballet Vaganova de Saint-Pétersbourg ou d’autres écoles de l’Est ne figure parmi les finalistes. En 2022, en raison de la situation en Ukraine, le Prix de Lausanne a suspendu ses partenariats institutionnels avec les écoles russes. Cette suspension signifie que les lauréats du Prix ne peuvent pas utiliser leur bourse pour étudier dans ces institutions, et ces dernières ne participent pas non plus au Prix de Lausanne. Cependant, cette mesure n’empêche pas les danseurs russes, y compris les étudiant·e·s de ces écoles, de postuler et de participer au concours. Ainsi, en 2023 et en 2024, cinq représentants de Russie et d’Ukraine ont envoyé leur vidéo.

En l’occurrence, la danse classique et contemporaine et la finale 2025 du Prix, semblent témoigner d’une nouvelle tendance : les hauts standards du ballet se forgent actuellement encore plus à l’Est, avec un niveau technique et artistique non moins élevé des jeunes étoiles coréennes, japonaises et chinoises.

L’édition 2025 du Prix de Lausanne a une fois de plus démontré la richesse et la diversité de la danse classique et contemporaine, tout en célébrant l’excellence artistique et technique des participant·e·s. Nous attendons avec impatience les futures étoiles qui émergeront de ce concours emblématique, servant de plateforme prestigieuse pour les danseurs et danseuses en devenir.

Pour revivre le Prix de Lausanne 2025 en images: www.prixdelausanne.org

Danse

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Mikhail Olin

Mémoires croisées du Goulag

Le 30 mai, à la Fondation Jan Michalski, a eu lieu la conférence d’Elena Zhemkova intitulée La mémoire du Goulag. Elle fait partie du cycle de conférences consacrées au Goulag en Russie et en Chine. Margarita Makarova, rédactrice à L’Agenda, a eu l’occasion d’assister à cette avant-dernière conférence du cycle. Elle relate dans le présent article un contexte historique de la Grande Terreur, s’appuyant sur des éléments abordés par les intervenant∙e∙s durant la conférence ainsi que sur un exemple tiré de sa propre histoire familiale.

Texte et photos de Margarita Makarova

Elena Zhemkova commence sa carrière dans un monde académique. En 1985, au début de la perestroïka (période des réformes de Gorbatchev), elle a 24 ans. Elle fait son doctorat en mathématiques. Sa vie est stable, tranquille. Pourtant, comme tout le monde en URSS, Elena sait que, sur un plan global, elle est entourée de mensonges. Le peuple soviétique y est habitué. Lors de la perestroïka, où les journaux n’étaient plus soumis à la stricte censure soviétique, Elena apprend que des millions de personnes ont subi la répression dans les années 1930. Elle raconte s’être sentie mal à l’aise. Nombreux sont celles et ceux qui veulent alors agir, dont Elena elle-même. Ainsi, en 1987, Arseni Roguinski, Sergeï Kovalev, Lioudmila Alexeeva et d’autres, à l’aide du physicien et prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, fondent l’ONG Memorial. Elena Zhemkova adhère d’abord à son comité puis devient sa directrice. Elle est à la tête de l’organisation de 1995 à 2022. Le 28 février 2022, Memorial est définitivement « liquidé », après des années d’attaques de la part des autorités russes. Le bâtiment où se situaient les bureaux de Memorial de Moscou, acquis grâce aux donateur∙ice∙s du monde entier, a été confisqué par l’état. En 2022, Memorial remporte le prix Nobel de la paix. Les attaques n’ont néanmoins pas cessé. Par exemple, en 2024, Oleg Orlov, militant pour les droits de l’homme et membre du comité de Memorial, âgé de 71 ans, est désigné « agent étranger » et condamné à 2,5 ans de prison pour la diffusion de fausses informations sur l’armée russe.

Elena Zhemkova à la Fondation Jan Michalski, 30 mai 2024

D’après les calculs de Memorial, le nombre de victimes de la Grande Terreur s’élève à 12 millions de personnes au moins. Il s’agit des victimes directes, sans prendre en compte celles qui étaient déportées ni qui souffraient de la famine. En 18 mois, plus de 700 000 personnes sont fusillées. La répression touche aux représentant∙e∙s de toutes les couches de la société (intelligentsia, paysans, militaires…) d’âges différents. Il n’existe guère un∙e Russe aujourd’hui dont la famille n’a pas été concernée. L’arrière-grand-père de l’auteure de l’article a été fusillé le 26 août 1937. Il était paysan plus aisé que les autres, un « koulak ». Contrairement aux autres, il travaillait comme tailleur indépendant, il avait une maison, une vache et une brebis. Paysan à peine alphabète vivant à 1000 km de Moscou, il a été accusé d’intentions terroristes contre Staline. Sa famille a été déportée et leur maison confisquée par l’état. Après la mort de Staline en 1953, vers la fin des années 1950, les « koulaks » fusillés ont été réhabilités. En 1991, l’état a promis des allocations à leurs descendant∙e∙s. Pourtant, en 2005, les allocations ont été remplacées par une compensation équivalant à 10 francs. Dans les années 1990, il était encore possible de vivre avec cet argent plusieurs mois. Il était néanmoins insuffisant pour récupérer des biens immobiliers confisqués.

Mikhail Olin et la condamnation reçue

La Grande Terreur en Russie a eu trois conséquences majeures qui perdurent encore aujourd’hui: la peur, l’abscence de confiance en la justice et l’usage de penser une chose mais en dire une autre. Peu nombreux∙ses sont celles et ceux qui sont prêt∙e∙s à partager leurs archives familiales ou à évoquer la répression dans leur famille. Les archives d’état sont difficilement accessibles. Les traces du Goulag à Magadan, à Kolyma et ailleurs en Extrême-Orient s’effacent : la taïga recouvre tout. Memorial est un des acteurs de premier plan qui œuvrent à la préservation de cette mémoire. Parmi les résultats du travail de Memorial, 3,5 millions de noms sur 12 millions insérés dans la base de données en ligne ; 44 000 biographies détaillées de personnes condamnées recueillies ; plus de 5 000 objets dans le musée à Moscou ; 38 000 ouvrages rares sur des sujets en lien avec le travail de Memorial à la bibliothèque. La liste n’est pas exhaustive. Le but principal de Memorial est de comprendre le passé pour bien vivre aujourd’hui. Pour Elena Zhemkova, il est extrêmement important de soumettre les assassins ayant exécuté des millions de personnes à la lustration. Par « lustration », elle entend tout simplement la divulgation de leurs noms, opposée à l’idée de recourir à la violence.

Malgré sa liquidation en 2022, Memorial continue son travail tant en Russie qu’à l’échelle internationale. Depuis l’été 2022, Elena Zhemkova, prévenue par son avocat qu’il lui vaut mieux ne pas retourner en Russie, dirige Zukunft Memorial à Berlin (zukunft-memorial.org). Depuis à peu près une année, il existe également l’association Memiorial Suisse dirigée par Patrick Sériot, professeur honoraire de la section SLAS de l’UNIL. Elle vise à préserver la mémoire et à soutenir les recherches relatives aux violations des droits humains dans l’ex-URSS. L’association publie régulièrement des bulletins d’information Memorial-Russie traduits vers le français, organise des projections de films, des conférences et des ateliers (memorial-suisse.ch)

Patrick Sériot à la Fondation Jan Michalski, 30 mai 2024

Le Goulag: histoire et traces écrites
Cycle de conférences
Du 20 janvier au 26 septembre 2024
Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature, Montricher
fondation-janmichalski.com 

 

Déroulement de la soirée du 30 mai:

  • Vidéo À Magadan, sur les dernières traces des goulags russes, 2015, France 24
  • Intervention d’Elena Zhemkova modérée par Thierry Wolton
  • Diaporama avec des témoignages de survivant∙e∙s et des lieux d’enterrements de prisonnier∙ère∙s. Source des images du diaporama: La Grande Terreur en URSS 1937-1938 de Thomas Kizny, en coopération avec Dominique Roynette, Les Editions Noir sur Blanc, Lausanne, 2013. La projection a été suivie de la musique de Vsevolod Zaderatsky. Il a composé 24 préludes et fugues au Goulag, les a retenues et notées par la suite après sa libération.
  • Vidéo Comment Poutine se débarrasse de ses opposants?, 2021, Le Monde
  • Questions de Thierry Wolton à Elena Zhemkova
  • Extrait du film Le cas de Vladimir Kara-Mourza par David Rich, 03.05.2024, France 24
  • Questions de Thierry Wolton à Elena Zhemkova
  • Extrait du film « L’archipel du Goulag », le courage de la vérité, (2023, 60 min.) de Jean Crépu et Nicolas Miletitch.
Conférence

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Prix de Lausanne

Prix de Lausanne 2024

Assises à côté de jeunes candidat·e·s, au Théâtre de Beaulieu, nous avons assisté samedi 3 février 2024 à la Finale du Prix de Lausanne et partageons nos émotions et nos impressions de cette 52e édition.

Texte de Margarita Makarova

Arabesque, chaîné, piqué… les finalistes semblent absorbé·e·s par le cours de danse classique donné par Elisabeth Platel. Ils ne remarquent pas le public, impatient de voir la Finale, entrer dans la salle de Beaulieu. Parmi les spectateur·ice·s, nous retrouvons des candidat·e·s qui n’ont malheureusement pas été sélectionné·e·s pour se présenter devant le jury aujourd’hui. Nadia Corboud, participante suisse et élève de la Danse Académie Vevey, est assise juste à côté de nous. Nous avons saisi l’occasion pour la féliciter de sa belle apparition sur la scène du Prix de Lausanne. Tout sourire, elle se dit ravie d’avoir participé à l’édition 2024 du Prix. Derrière est assise une représentante de la Zurich Danse Academy d’origine ukrainienne, Yelyzaveta Lazovska, entourée par d’autres candidates.

Le cours de danse terminé, les finalistes attaquent la danse classique. Nous les voyons légèrement nerveux·ses. Ils sont pourtant de petites vedettes qui fascinent le public et le jury non seulement par leurs variations mais aussi par leurs tenues. Les costumes de João Pedro Dos Santos (Harlequinade) et de Martinho Lima Santos (Le Corsaire, boy variation) ainsi que les tutus de Crystal Huang (Le Corsaire, Gulnara) et de Jioh Kim (Coppelia, girl variation, act III) nous ont particulièrement marqué.

Prix de Lausanne Gregory Batardon

Martinho Lima Santos. Photo: Gregory Batardon

Prix de Lausanne Gregory Batardon

Jioh Kim. Photo: Gregory Batardon

Prix de Lausanne Gregory Batardon

João Pedro Dos Santos. Photo: Gregory Batardon

Prix de Lausanne Gregory Batardon

Crystal Huang. Photo: Gregory Batardon

Du point de vue technique, une multitude de sauts et de pirouettes font tourner la tête, notons par exemple les exécutions de Martinho Lima Santos, Carson Willey (Sleeping Beauty, Prince Désiré, act III), Crystal Huang et Takafumi Hori (Grand Pas Classique, boy variation). Jioh Kim nous impressionne par son côté artistique. C’est aussi le cas de João Pedro Dos Santos, devenu notre favori après la première partie du concours. Il fait preuve d’aisance technique, d’aptitude physique et d’une indéniable capacité de s’affirmer.

Wongyeom Lee, avec une sensible et tendre interprétation de la chorégraphie Do you care? par Aleisha Walker (lauréate du Young Creation Award 2023), entame la deuxième partie du Prix, consacrée à la danse contemporaine. Les finalistes semblent bien plus rassuré·e·s. En particulier, João Pedro Dos Santos qui danse Plan to B d’une façon extrêmement énergique, sûr de lui. Yelyzaveta, assise derrière, confie à son amie que João serait en tête du classement, à son sens. Gardons le mystère pour l’instant (pour celles et ceux qui ne sont pas encore au courant) et poursuivons nos observations!

La chorégraphie Do you care? s’avère la plus populaire parmi les candidat·e·s et chacun·e l’interprète à sa guise. Crystal Huang est très gracieuse et souple. Martinho Lima Santos s’investit pleinement dans l’exercice: dans la salle, on entend ses souffles remplis d’émotions et d’efforts. Giuseppe Schillaci s’empare de l’attention du public et nous laisse deviner un prix pour sa variation contemporaine. Il recevra, en effet, le Best Swiss Candidate Award, offert par un donateur anonyme.

E-Eun Park et Paloma Livellara Vidart choisissent la chorégraphie You Turn Me on I’m a Radio par Christopher Wheeldon, qui a fait sa première apparition à cette 52e édition du Prix. Les deux finalistes se font applaudir par le public pour leur élégance et leur allure coquette. Les spectateur·ice·s sont, d’ailleurs, généreux et applaudissent beaucoup ce soir.

Après un petit entracte, les variations contemporaines sont suivies de l’Intermède de la Finale. Il comprend une présentation de deux chorégraphies gagnantes, Groovin par Quinn Bates (États-Unis) et Under Glass, par Kseniya Kosava (Bélarus). Le public du Prix a également la chance d’accueillir Madison Young et Julian Mackay, deux ancien·ne·s lauréat·e·s du Prix de Lausanne, qui dansent le pas de deux Le Parc d’Angelin Preljocaj ainsi que le pas de deux de Don Quichotte durant l’Intermède, avec un professionnalisme exceptionnel. Comme chaque année, le Projet chorégraphique, réunissant 25 danseuses et danseurs du monde entier, est une merveille. Créé par le chorégraphe et designer helvético-canadien Kinsun Chan, le projet SCHRäääG est non seulement une danse mais un jeu géométrique et, somme toute, une véritable œuvre d’art contemporain en mouvement.

Prix de Lausanne

Le spectacle de Kinsun Chan nous fait presque oublier que le moment de vérité approche! Les discours prononcés, les candidat·e·s et les finalistes félicité·e·s, les noms des gagnant·e·s sont annoncés. Comme l’a prédit Yelyzaveta Lazovska, une des bourses est effectivement attribuée à João Pedro Dos Santos du Brésil. C’est même la première bourse, « Jeune espoir ». Ému et heureux, il perd le don de la parole pour quelques instants, puis remercie (en portugais et sous les applaudissements) toutes les personnes qui ont contribué à sa victoire.

Prix de Lausanne Gregory Batardon

João Pedro Dos Santos lors de la remise de son prix. Photo: Gregory Batardon

Les autres finalistes ayant bénéficié d’une bourse sont Martinho Lima Santos (Portugal), Paloma Livellara Vidart (Argentine), Crystal Huang (États-Unis), Airi Kobayashi (Japon), Jenson Blight (Australie), Juliann Fedele-Malard (France), Natalie Steele (États-Unis) et Taichi Toshida (Japon).

Liste complète des lauréat-e-s

Bien que ce soit la fin, pour les candidat·e·s, les finalistes et les lauréat·e·s, ce n’est qu’un début. Le début de leur épanouissement personnel et professionnel. L’Agenda leur souhaite tout de bon et plein de succès dans leur future carrière d’artiste de ballet!

www.prixdelausanne.org/fr/

Danse

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Data Blossom

L’exposition Data Blossom, ayant eu lieu à L’Arboretum du Vallon de l’Aubonne du 16 octobre au 7 novembre, a rassemblé les œuvres de trois artistes: Refik Anadol, Dr. Kirell Benzi et Florent Lavergne. La rédaction de L’Agenda l’a visitée le weekend passé et, à présent, vous partage avec plaisir ses impressions.

Texte: Margarita Makarova

Plongée dans le cadre idyllique du parc de L’Arboretum, un samedi matin, je m’approche de la salle d’exposition. À l’entrée, je deviens tout de suite fascinée par une explosion de couleurs. L’installation Quantum Memories (2020) de Refik Anadol, jeune artiste de Los Angeles originaire de Turquie, est au centre de l’exposition. C’est un écran LED de 5 x 5 mètres visualisant en 3D une expérience immersive basée sur un corpus d’environ 200 millions de photographies de la nature. Des recherches sur l’utilisation de l’ordinateur quantique menées par Google, l’apprentissage automatique et la statistique ont rendu possible la naissance de cette œuvre.

Le titre de l’exposition, Data Blossom, renvoie d’une part à la nature et à l’épanouissement des fleurs, par le jeu de mot avec l’expression Cherry Blossom, et d’autre part, à la beauté cachée de l’abondance des données.

L’ordinateur de travail habituel n’est pas suffisamment rapide pour traiter une vaste collection de données, et le superordinateur est déjà plus puissant pour le faire, bien qu’il soit difficile pour un non-chercheur d’y avoir accès. L’ordinateur quantique (qui n’est pourtant pas encore utilisé à large échelle même par les chercheurs) est quant à lui parfait: il effectue une tâche donnée en environ trois minutes, tandis que le superordinateur y aurait passé 10 000 ans! C’est donc à cette technologie-là que l’artiste a confié l’apprentissage automatique basé sur son corpus de 200 millions de photographies. Non seulement le processus de création est novateur et inédit, mais le résultat n’en est pas moins impressionnant!

Refik Anadol s’est déjà fait remarquer sur la scène artistique romande. En 2020, son installation Melting Memories, basée sur le traitement des électroencéphalogrammes, en collaboration avec un laboratoire de neurosciences de Stanford, avait été présentée au Festival Images de Vevey. Son futur projet, dont on peut avoir un aperçu sur son site, semble être encore plus immersif.

Dr. Kirell Benzi, chercheur et artiste de l’EPFL travaille également sur le traitement et la représentation des données par des algorithmes d’intelligence artificielle. C’est son œuvre Connaissance secrète (Secret Knowledge, 2016) qui a attiré mon attention. Au premier abord, l’œil est confronté à une fleur de forme inhabituelle, mais en l’observant de plus près, on remarque une multitude de lignes créant une structure bien définie. Ce sont plus de 300 millions de liens hypertextes de Wikipédia regroupés en fonction des visites d’utilisatrices et utilisateurs. Chaque nœud représente un groupe de pages visitées. Les nœuds sont liés les uns aux autres, s’ils ont au moins une page en commun, et forment des pétales. Une vraie floraison des données!

Les œuvres de Florent Lavergne invitent à réfléchir aux sujets écologiques et se marient avec l’ambiance de l’Arboretum. L’artiste offre par exemple une visualisation par continent des pays les plus pollués au monde. Il fonde son travail sur des travaux de recherche publiés.

Toute l’énergie électrique utilisée dans le cadre de l’exposition est 100% renouvelable et provient du barrage de l’Arboretum du vallon de l’Aubonne. Les organisateurs souhaitant accueillir Data Blossom peuvent se manifester auprès de l’équipe de l’AI Transparency Institute (contact@aitransparencyinstitute.com).

Pour découvrir ces différents univers:
Arboretum du Vallon de l’Aubonne: www.arboretum.ch/
Refik Anadol: refikanadol.com/works/machine-memoirs-space/
Kirell Benzi: www.kirellbenzi.com/
Florent Lavergne: www.behance.net/florentlavergne
AI Transparency Institute: aitransparencyinstitute.com

Image en haut de la page: Kirell Benzi

Exposition

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