Devant l’adaptation de Phèdre au théâtre, l’enthousiasme nous a saisi. En effet, l’accompagnement de la 2b company à travers le chef-d’œuvre français du XVIIe s’impose comme pédagogique, généreux et joyeux.
Texte de Marion Besençon
Minimaliste par sa forme, la pièce met en scène l’acteur Romain Daroles en jeans et t-shirt qui accessoirise astucieusement un livre (le texte imprimé du spectacle) afin qu’alternativement celui-ci serve de barbe, de couronne ou de drapé à son personnage de conférencier, lequel va servir d’interprète à tous les protagonistes du drame de Racine. Cette mise en abîme contemporaine est l’occasion de digressions enjouées sur le théâtre classique; servies avec gaieté et chaleur, les paroles enflammées font ainsi surgir l’émerveillant.
Avec des airs de burlesque, le spectacle débute par le récit des origines mythlogiques – extravagantes donc – des protagonistes de la pièce classique à venir. Dans un second temps, se déploient les ressorts de la tragédie de Racine – en crescendo jusqu’à la bascule tragique (l’aveu de la passion incestueuse de la reine Phèdre pour son beau-fils, Hippolyte) puis sa résolution. Ainsi, la représentation ne décline par l’action par la déclamation des alexandrins mais convoque l’esprit de la tragédie racinienne; parce qu’il s’agit de donner à sentir le génie, de le faire raisonner en chacun·e.
Phèdre: « Quand tu sauras mon crime et le sort qui m’accable, Je n’en mourrai pas moins; j’en mourrai plus coupable. »
v.241-242
À travers cette célébration de la joie d’être au monde, nous tendons à l’art vivant dans son essence.
Phèdre ! Adaptation par François Gremaud, d’après Jean Racine En tournée depuis 2018
Ce soir, la chorégraphe et danseuse japonaise Kaori Ito présente sa création CHERS au théâtre L’Octogone à Pully, dans les cadre des Printemps de Sévelin. Une pièce interprétée par cinq danseur·euse·s et une actrice qui revisitent, par la danse, notre lien aux absent·e·s et aux disparu·e·s. Un voyage poétique qui saisit par le mouvement les gestes désespérés de celles et ceux qui n’ont pas pu rester dans nos vies.
Texte et propos recueillis par Marion Besençon
En 2020, alors que la création CHERS était attendue à L’Octogone mais avait par la suite dû être reportée, la chorégraphe avait échangé quelques impression avec L’Agenda, par téléphone depuis Marseille.
Au départ de l’inspiration, il y a l’existence d’une cabine téléphonique au milieu d’un jardin dans son Japon natal servant à qui voulait continuer à communiquer avec les défunt·e·s. Avec la crise sanitaire, quand il était parfois impossible de rendre un dernier hommage aux personnes disparues et alors qu’elle se demandait à quoi servait le théâtre, Kaori Ito s’est souvenue avoir adressé « des questions lumineuses » aux gens et qu’en réponse elle avait reçu « d’énormes cadeaux », c’est-à-dire des témoignages écrits extrêmement touchants à l’adresse des disparu·e·s, orientant sa création CHERS vers le genre épistolaire. Et puis comme s’il fallait « faire disparaître les mots par la danse » et parce qu’en tant que chorégraphe elle trouve des réponses ainsi, elle a choisi de mettre en scène cinq danseur·euse·s et une actrice qu’elle fait à leur tour écrire puis danser.
Kaori Ito précise que les histoires poignantes des interprètes de sa chorégraphie ont irrigué son travail de création; ce qui a fait de sa rencontre avec l’équipe une rencontre très forte. Le lien vital au mouvement qu’entretient le jeune danseur Louis Gillard, lequel « cherche à comprendre par la danse le geste de son frère qui s’est donné la mort en sautant d’un pont » en est un exemple. Ainsi tous et toutes dansent tant le mouvement leur est nécessaire, et si l’écrit se mêle à la création et que la danseuse chorégraphe sait que « les mots existent pour s’unir », c’est par la danse que s’exprime ce « quelque chose de très très sincère ». À ce sujet, l’échange entre les danseur·euse·s professionnel·le·s et l’actrice Delphine Lanson pour qui le mouvement est moins technique qu’émotif a constitué un enchantement pour la troupe qui s’est trouvée énergisée par cette double approche.
Avec CHERS, Kaori Ito rend un hommage vibrant à la vie malgré l’absence ou l’indépassable perte des êtres aimés.
CHERS Samedi 5 mars 2022 à 20h30 L’Octogone, Théâtre de Pully theatresevelin36.ch
Le moins que l’on puisse dire c’est que Mental Circus nous pousse dans nos retranchements. En effet, dans ce show non conventionnel, Viktor Vincent fait la démonstration de ses talents de mentaliste, c’est-à-dire de sa capacité à deviner ce à quoi vous pensez. Oui, il s’agit d’un fait étonnant, cet homme est en mesure de dire ce que vous avez précisément en tête. Manie-t-il des puissances surnaturelles, est-il un magicien ou un fin psychologue? Vous êtes piqué·e·s de curiosité? Parfait! Rendez-vous ce soir à la Salle Métropole de Lausanne.
Texte de Marion Besençon
Si vous avez déjà vu Viktor Vincent à la télévision, vous vous souvenez probablement de ses yeux bleus perçants et de sa moustache façon 19e siècle. Vous devez vous rappeler aussi qu’il fait un usage spécifique de son intuition révélant au public médusé le nombre, l’objet ou encore la personne à laquelle pensent des stars invitées sur le plateau. Perspicace, le mentaliste parvient à chaque fois à la réponse juste pour le plus grand plaisir des spectacteur·trice·s qui pâlissent et dans un même temps s’amusent de cette étrange capacité…
Sur les planches, les performances du showman sont soigneusement scénarisées. En effet celui-ci aime créer des spectacles à l’identité visuelle forte où il peut allier le cinéma à son amour du théâtre. Avec son nouveau spectacle Mental Circus, le mentaliste nous embarque dans le New York des années 30 et fait le choix d’un visuel très luhrmannien. Et pour nous montrer l’étendue de son étonnant talent, il utilise le ressort de la narration. Ainsi il nous raconte l’histoire véritable et passionnante d’un couple de télépathes qui produisait un intrigant numéro de musichall dans les rues new-yorkaises.
Dans ses shows, Viktor Vincent se plaît à croiser les parcours individuels avec la grande Histoire. C’est pourquoi il est aussi question de Charlie Chaplin, de Lindbergh, ou encore du débarquement de 44 dans sa nouvelle production. Ces destins incroyables auxquels il redonne vie sous nos yeux préparent et accompagnent agréablement des performances mentales dont on se souvient longtemps. Pour ajouter à la magie du moment, une musique envoûtante composée par Romain Trouillet accompagne les démonstrations.
Le mentaliste laisse difficilement indifférent·e: que la pensée du surnaturel nous inquiète, que ses astuces de magicien pique notre curiosité ou que nous souhaitions simplement connaître sa méthode de lecture du langage corporel, c’est à une découverte passionnante sur les capacités de l’esprit que nous sommes convié·e·s. Comme l’artiste l’analyse lui-même, le mentalisme offre la sensation que l’esprit n’a aucune limite; et c’est probablement ce frisson-là que nous affectionnons tant.
Peut-être oserez-vous monter sur scène pour vous découvrir un pouvoir insoupçonné?
Viktor Vincent – Mental Circus Jeudi 3 février à 20h Salle Métropole, Lausanne Billets sur www.prestoprod.ch
Les représentations au Théâtre du Léman à Genève sont reportées au 29 octobre 2022.
Le festival JazzOnze+ était de retour la semaine dernière, et L’Agenda a eu l’immense plaisir d’occuper un siège de la salle Paderewski et d’être ainsi baigné dans l’astmosphère envoûtante et bienfaisante du jazz pour deux moments très distincts et rassasiants. En effet, vendredi soir, après le guitariste suisse Louis Matute Quartet en première partie, c’est le saxophoniste canado-haïtien Jowee Omicil qui a joué, sublime et impétueux, mettant le feu à la scène lausannoise de Montbenon pour une édition avancée dans ses dates.
Texte: Marion Besençon
Louis Matute Quartet, dans l’intimité d’un créateur suisse Profondément ancrée dans l’ADN du festival, la musique classique sera mise à l’honneur au travers d’une sélection d’œuvres phares. Pour cette édition retour après l’annulation du festival en 2020, la soirée jazz du vendredi avait programmé Louis Matute et le quartet qu’il forme avec Léon Phal, Virgile Rosselet et Nathan Vandenbulcke. Une première partie foisonnante pour un public de salle hélas encore clairsemé ce qui n’aura pas suffi à désenflammer ou débrancher le guitariste trend et chouchou du festival (en showcase d’ailleurs lors de la conférence de presse), qui a rapidement partagé avec la salle Paderewski qu’il était encore la tête dans ses polyphonies de la Renaissance, de retour de la Bâtie–Festival de Genève… Et c’est tant mieux! puisque les festivalier∙ère∙s ont eu le privilège de voir un musicien-compositeur à la recherche de mélodies et peut-être de paroles, avec simplicité et aisance, ce qui aura aussi permis de mettre le doigt sur ce que l’artiste porte du contemporain et sans doute de suisse par cette accessibilité gentille et sans manière d’inclure ceux qui l’écoutent.
Une performance livrée avec brio par un quartet qui participe aux grandes rencontres musicales de l’année et qui aura su faire le spectacle crescendo pour un final feux-d’artifice à la Whiplash.
photo: Thea Moser
Jowee Omicil, du saxo et les registres du crime En musicien confirmé quand il entre en scène, le très prisé (The Eddy, Netflix) Jowee Omicil ouvre le show en sortant ses nombreux instruments d’un cabas bien que ce soit du saxophone dont il jouera. Très stylé, il ôtera ses couches de t-shirts successives comme à Montreux pour en débardeur nous laisser voir ses bras fins et musclés – ndlr il faudrait lui demander s’il fait du yoga. Une prestation rocambolesque pour une narration enlevée où les racines du jazz seront détournées pour ne pas dire moquées, une attention de tous les instants qu’il exige dans un face-à-face avec son public qu’il excite jusqu’à la réaction. Et c’est à propos qu’il cherche une interface à sa hauteur, s’affirmant très frontal dès ses premières foulées, taquinant l’audimat suisse réputé frileux. Après avoir écumé quelques clichés lausannois, et en sorcier, il convoquera le mythe Nina Simone et mettra tout en oeuvre pour que nous donnions de la voix, portant éventuellement jusqu’à nos conscience une large question: aime-t-on plutôt oui ou non participer aux festivités?
Photo: Yann Laubscher
Et c’est ce qu’il obtiendra des réactions vives et contrastées révélant que personne n’est indifférent. Démontrant s’il le fallait qu’il est un performeur hors-pair, il parviendra ensuite à faire se lever et se trémousser un public conquis après qu’avec classe il nous ait ramené à sa réalité d’être un jazzman complet, jouant quelques notes de piano, instrument qui, il l’apprendra tard, était l’instrument d’une mère qu’il n’a pas connu longtemps.
Dans une salle presque pleine, il nous a été donné de voir un grand nom se déchaîner puis sortir de scène et s’asseoir l’espace d’un instant sur les marches à nos côtés. L’intention sans doute d’une performance musclée dont nous n’avons pas fini de reconstituer le fil rouge puisqu’elle s’impose en dialogue avec les tribulations qui toutes et tous nous secouent présentement.
JazzOnze+ Du 8 au 12 septembre 2021 Casino de Montbenon, Lausanne www.jazzonzeplus.ch
Lancement des résidences numériques saisonnières de la Ville de Lausanne
En ces temps contrariés de rencontres en chair et en os émergent à point nommé les résidences littéraires virtuelles de la Ville de Lausanne. À chaque saison, son artiste et la proximité de votre écran pour des incursions au sein d’univers variés. Et c’est avec toute la souplesse et le confort d’un contenu accessible en ligne sur un temps étiré que vous décidez des plages libres que vous dévouez à la culture en train de s’élaborer. Alors que la 6e édition du Printemps de la poésie est sur le point de démarrer (faites donc un détour par son édito mordant!), c’est le poète, musicien et chanteur vaudois Stéphane Blok qui inaugure le cycle mars-avril débarquant du côté de chez vous avec sa poétique urbaine et à n’en point douter une guitare sous le bras. Faites-lui bon accueil!
Texte et propos recueillis par Marion Besençon
Photo: JP Fonjallaz
Un printemps lausannois poétique
Deux mois en connexion virtuelle avec un artiste donc et le partage de sa bibliothèque idéale constituée de ses lectures formatrices, la visite des bibliothèques municipales comme témoignage du lien précieux aux livres, des interviews filmées et écrites qui révèlent le travail artistique ainsi que des photographies privées nous dévoilant les rencontres marquantes de ces vies riches.
Autant de rituels de découvertes de ces artistes lausannois∙es que nous aurons vite fait d’intégrer quotidiennement, ainsi que des surprises… En effet, comme nous l’expliquait Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre à Lausanne et en charge du projet: « Pas de maisons physiques mais virtuelles qui s’adaptent à l’univers d’un auteur: internet et ses nouvelles habitudes permettent de présenter un auteur dans toute sa variété ».
Aussi, le poète et musicien Stéphane Blok – également président du jury du concours Écris tes lignes de vie! (dont les meilleurs poèmes seront diffusés sur le réseau tl du 20 mars au 3 avril) – livrera une performance en forme de lecture musicale de son recueil Autres poèmes le 1er avril prochain. Un live depuis la Bibliotheca du Lausanne Palace à suivre dès 19h sur la page Facebook « Lire à Lausanne ».
Et cet été?
Après un printemps résolument tourné vers la poésie, c’est l’écrivaine, peintre et présidente de l’association vaudoise des écrivains (AVE) Marie-José Imsand qui nous ouvrira les portes de son univers créatif. En juin et juillet, il sera ainsi spécifiquement question des métiers de l’écriture et du statut de l’écrivain∙e à l’époque qui est la nôtre. « Un regard large sur les écrivains, le métier, et la réalité d’écrire » promis par Isabelle Falconnier et que L’Agenda suivra avec passion et intérêt.
Les résidences littéraires de la Ville de Lausanne, un nouveau rendez-vous culturel chaleureux et intimiste à rejoindre dès à présent depuis le site de la Ville et la page Facebook.
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