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La Grosse déprime Photo Aurelia Thys

Les coupes budgétaires chantées en harmonie

Le Collectif moitié moitié moitié, dans sa pièce La Grosse déprime, s’attaque à un sujet d’angoisse pour nombre d’entre nous : la dette publique. Pendant une heure trente, les quatre comédien∙ne∙s rient de leurs peurs en chantant les coupes budgétaires dans la santé et la culture sur du répertoire barbershop, dans une narration éclatée entre publique et intime. Conclusion : « La finance, c’est pas si chiant ».

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Personnellement, la dette publique, je n’y connais pas grand-chose, ça me fait un peu peur, et d’ailleurs, je me dis que même dans ce spectacle humoristique qui a pour but de vulgariser le sujet, il y a probablement des références que je n’ai pas saisies. Quelques jours après avoir vu la pièce au Casino Théâtre de Rolle, en rencontrant Matteo Prandi et Adrien Mani, deux des quatre membres du Collectif moitié moitié moitié, je leur demande : Est-ce qu’au départ, en choisissant de faire une pièce sur le thème des finances, vous aussi, vous avez été intimidé∙e∙s ? « Oui, et c’est précisément pour ça qu’on voulait faire ce spectacle », répond Matteo Prandi. 

Après avoir abordé la montagne et le monde de l’entreprise dans ses deux premières pièces, le collectif formé de quatre comédien∙ne∙s diplômé∙e∙s de La Manufacture (Cécile Goussard, Adrien Mani, Matteo Prandi  et Marie Ripoll) prend le prétexte de son art pour se plonger dans la finance. Et c’est précisément ça aussi que raconte le spectacle : comment des gens normaux, en se renseignant, se débrouillent avec une matière dont on est parfois tenu∙e à l’écart par des discours technocratiques.

Les guides

Parmi les chaînes YouTube de vulgarisation, les ouvrages techniques, sociologiques ou littéraires potassés, le collectif choisit ses inspirations. « Le ministère des contes publiques de Sandra Lucbert, qui s’intéresse à ces questionnements du point de vue de la littérature, nous a conduit dans cette création », raconte Adrien Mani. « D’autres lectures nous ont influencé en termes de dramaturgie, par exemple Grandeur et Décadence de Liv Strömquist. Dans sa posture d’autrice de BD qui enquête sur des questions économiques, on a trouvé des correspondances avec ce qu’on avait envie de faire: une narration éclatée, qui glisse d’une situation à l’autre, d’un personnage à l’autre ». Et parmi ces personnages, le public croise souvent, ici ou là, les interprètes eux-mêmes.

Chœur ouvert

On témoigne notamment de leur penchant pour le chant, déjà adopté dans les créations précédentes. Si les deux premières empruntaient des morceaux existant, cette fois, les artistes se sont adressé∙e∙s au compositeur Lucien Rouiller et au chef de chœur François Renou, afin d’aborder un répertoire barbershop amusant et exigeant. « Chanter nous met dans une posture de fragilité, d’honnêteté constante avec le public : on peut pas tricher sur le fait que c’est pas notre métier de base », nous surprend Matteo. Rien ne nous l’aurait laissé deviner, et bien que l’on sente, en tant que spectatrice, un petit danger permanent qui guette le quatuor dans les harmonies serrées a cappella, l’écoute est très plaisante. Adrien confirme : « Moi, à chaque fois avant de commencer, je me dis « mais pourquoi est-ce qu’on chante dans ces spectacles ? Ça me stresse tellement ! Et en même temps, il y a un truc inexplicable qui se passe dans le fait de chanter à quatre, ça parle très fort de collaboration. Il faut s’écouter, se soutenir. C’est une mini-loupe sur notre manière collective de travailler. Et puis, c’est une manière de nous garder en jeu, ne jamais être supérieur à la pièce ».

La Grosse déprime. Photos: ©Aurelia Thys

Un souhait d’honnêteté maximale, d’humilité, comme si les quatre artistes prenaient une sorte de malin plaisir au risque de pouvoir rater leur coup, tant dans le chant que dans leur travail d’artiste. Ils s’amusent d’une mauvaise réception imaginaire dans la presse, de leur situation à la fois précaire de comédien∙ne∙s, à la fois privilégiée de troupe soutenue par le système qu’elle remet en cause. « On ne peut pas – et on ne veut pas – s’extraire de la critique. On se prend comme partie du problème ».

L’effet escompté

Et quelle a été la tendance de ces réflexions politiques et économiques sur leur moral ? « En tout cas, ça n’a pas agravé notre déprime », sourit Adrien. « Cécile [Goussard] parle souvent du fait que oui, on est désespéré∙e∙s, mais dans le désespoir il y a de l’énergie ». Une énergie à la fois railleuse et joyeuse, mise au service de plusieurs francs moments de rigolade pour le public. « On espère que la pièce soit une sorte de gros shaker émotionnel. Pendant 1h30, on a une catharsis au sens premier du terme. On se moque, on rit de notre désespoir, et si à la fin, ça encourage certaines personnes à trouver légitime de s’intéresser à la vie publique comme ça nous a encouragé∙e∙s nous, ce sera gagné. »

La Grosse déprime
Par le Collectif moitié moitié moitié

Création au Casino Théâtre de Rolle du 26 février au 2 mars 2025

Tournée:

  • Du 26 au 27 septembre 2025
    ABC, La Chaux-de-Fonds
  • Le 3 octobre 2025
    L’Échandole, Yverdon-les-Bains

  • Le 16 avril 2026
    Les Alambics, Martigny

Site web du collectif : moitiemoitiemoitie.ch

Théâtre

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PAG - Morning woods

PÅG – Quatre beaux gosses c’est assez, huit c’est trop

J’ai toujours eu un sérieux doute sur ma capacité à saisir le second degré. C’est comme ça, on a tous nos forces et nos faiblesses. Mercredi soir au Théâtre 2.21, devant le spectacle PÅG – Morning Wood, j’ai passé une bonne partie de la pièce à me demander si les quatre comédiens avaient vraiment appris leurs dialogues en suédois, et où ils voulaient en venir. Les rires dans la salle m’ont donné un indice.

Texte de Katia Meylan

PÅG, j’ai donc découvert, est un groupe de reprises a cappella de tubes des années 80, formé par Pierrick Destraz, Pascal Schopfer, Greg Guhl et Christian Denisart, qui existait avant même que ce spectacle soit créé pour la première fois en 2017. Il s’est produit en concert à diverses occasions depuis 2007, jouant même sur la grande scène de Paléo avec Philippe Katerine en 2011! (Ca, c’est vrai, je crois). Leurs personnages de Tåg, Bra, Preben et Morten, quatre beaux gosses suédois mélancoliques ayant survécu à 19 ans de congélation au fond d’une gougère, ont fini par prendre autant d’importance que la musique elle-même. Christian Denisart a donc imaginé, en 2017, une pièce qui raconterait leur histoire plus personnelle, dans l’intimité de leur chalet suédois boisé (très beau décor réalisé par Léo Piccirelli de l’Atelier Antilope).

Entre les scènes contemplatives aux dialogues absurdes surtitrés et les rétrospectives TV, PÅG interprète ses tubes.

Photos ©Daniel Balmat et ©Jonas Lacote

Si les guitares électriques de Kiss manquent peut-être pour que décolle I was made for loving you, leurs arrangements ont du panache : sous l’éclairage, la chanson Fade to Grey devient une sorte de mécanisme hypnotisant. Pascal Schopfer, en lead sur Words don’t come easy, fait beaucoup rire le public par le sérieux avec lequel il réitère le refrain de son accent faussement suédois… et par ailleurs, sa voix en jette, il faut bien le dire.

Pour ne pas dévoiler toutes les chansons du spectacle, je ne dirai pas sur quel titre ma perplexité se dissipe tout à fait. Les musiciens s’assoient par terre près de l’âtre, Christian Denisart empoigne sa guitare, Pierrick Destraz son banjo. Faire de la musique entre amis, et en imaginer un spectacle où se côtoient l’humour, la nostalgie et les désillusion que nous jette ce monde à la figure, ça a beaucoup de sens, non?

Pour redynamiser le tout après ce beau moment, tel un vrai final de concert de stars du pop-rock, leur mashup final pose Living on a prayer sur un tapis rythmique de Billie Jean : c’est joyeux, le public applaudit, certaines s’enflamment et rejoignent en chœur les notes de jeunesse de Bon Jovi.

**

Lors du deuxième épisode de PÅG, une création inédite 2024 qui se jouera dès mardi 10 décembre, le groupe des Suédois sera menacé dans sa popularité par un quatuor de latin lovers Italiens, Rocco, Enzo, Carlo et Più, interprétés par Blaise Bersinger, Vincent David, Domenico Carli et Salvatore Orlando.

Les Spag

Hâte d’assister aux dissonances d’ego et aux harmonies que généreront ces huit hommes sur scène !

PÅG – Morning Wood

PÅG – Il Bosco dell’alba

Les deux épisodes, avec un repas en intermède

Humour Musique actuelle Théâtre

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La Légende

Une semaine à Grand-Champ

Cette semaine est animée au Théâtre de Grand-Champ! On peut y voir une création théâtrale et musicale romande, un spectacle de danse contemporaine et une exposition en lien, un conte musical pour les enfants dès 3 ans, ainsi qu’un concert classique. Zoom:

Le Secret du rocher noir

Tous les mois, la violoniste Clémentine Leblanc, accompagnée d’une comédienne (Aurelia Loriol ou Diana Fontanaz, en alternance) initient les enfants dès 3 ans à la musique et au spectacle, au travers de leur projet « Il était une fois le violon… ». Les histoire et les musiques sont renouvelées chaque fois. Ce mercredi, elles raconteront l’histoire d’un rocher accusé de faire s’échouer les bateaux et d’une petite fille courageuse qui veut en avoir le coeur net.

La Légende

Elisabeth Blumenfeld, gloire oubliée du jazz vocal, revient pour une interview radio exceptionnelle. L’action se déroule dans un seul et même lieu – un studio d’enregistrement – sur deux plans temporels et géographiques différents: les années 2010 en Suisse romande, et les années 70 aux États-Unis. Deux comédiennent, Sophie Noir et Claudine Berthet  et Sophie Noir, incarnent respectivement le passé et le présent de cette chanteuse. 

En musique live, la Cie 5/4 raconte la naissance d’une artiste, les blessures de la mémoire et de l’identité.

Lift

Les chorégraphes de la compagnie Pettit*Rochet abordent l’acte de porter, sur leRequiem de Fauré. Leur pièce se fonde sur l’idée de force et de vulnérabilité, sur la façon dont ces deux états apparemment contradictoires peuvent coexister. Les danseur·euse·s utilisent leur corps pour se soutenir et se connecter les uns aux autres.

Cette pièce se déroule dans le cadre de l’exposition Eau-delà d’Héloïse Pocry, lauréate de la bourse 2022 d’aide à la création de la ville de Gland. Dans ses recherches pour peindre la danse, l’artiste a collaboré avec la Cie Marchepied.

Lift

Les Variations Goldberg

Composées par Jean-Sébastien Bach au 18e siècle, les Variations Goldberg sont composée à l’origine pour clavecin et ont été par la suite l’objet de nombreuses interprétations, inspirations, reprises et arrangements, dans divers styles et pour divers instruments.

La version présentée par le Trio 21 est un arrangement de Dmitry Sitkovetsky pour violon, alto et violoncelle.

Avec Thomas Ravez (violoncelle), Gaëlle-Anne Michel (violon) et
Marie-Barbara Berlaud (alto)

Variations Goldberg

Informations pratiques:

  • Le Secret du rocher noir (conte musical, dès 3 ans)
    Mercredi 30 octobre 2024 à 10h30 et 16h
  • La Légende (théâtre musical)
    Jeudi 31 octobre et vendredi 1er novembre 2024 à 20h
  • Lift (danse)
    Dimanche 3 novembre à 16h
  • Eau-delà (exposition)
    Jusqu’au 24 novembre 2024
  • Les Variations Goldberg (concert)
    Dimanche 3 novembre à 17h

Théâtre de Grand-Champ, Gland
www.grand-champ.ch

La Semaine de L'Agenda

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La Curieuse Histoire de l'homme Charbon

La curieuse histoire de l’Homme Charbon

Chers esprits, asseyez-vous et tenez-vous tranquille, la troupe de monstres qui a trouvé refuge en ce théâtre va, ce soir encore, vous raconter une histoire. La curieuse histoire de l’Homme-Charbon.

Texte de Katia Meylan

Un vendredi soir d’octobre 2024, nous avons fait partie des esprits qui étaient venus hanter le Café-Théâtre de la Voirie de Pully. Afin qu’on les laisse tranquille jusqu’au lendemain, une troupe de monstres y racontait des histoires, musique live et bruitages à l’appui.

Cette trame, sortie de l’esprit d’un amoureux fou du théâtre et de ses comparses, pose le théâtre comme une seconde demeure, un refuge un peu magique où les monstres se sentent bien. Et aussi, il faut bien l’avouer, où il leur est possible de faire n’importe quoi ! Crier, se chamailler, mentir ou dire la vérité, se moquer un peu du public, le mettre dans sa poche, le faire rire ou le faire rêver.

Tout de même… cet homme dont on nous narre l’histoire, enfermé des années dans sa mine jusqu’à devenir charbon, adulé comme une magnifique curiosité à sa sortie puis délaissé par le monde, ayant cheminé par hasard un jour, seul et désœuvré, jusqu’au théâtre… qu’est-il devenu ?

On ne connait pas grand-chose de l’histoire des personnages qui se tiennent là devant nous, pourtant tout nous les rend attachants et uniques : leurs commentaires proférés à la ronde ou dans leur barbe, leurs mimiques et leurs drôles de démarches, leur forte complicité. Et le talent des comédien·ne·s, à n’en pas douter

Le fait que chacun·e des membres de la troupe ait pu apporter son coup de pioche à la construction de la pièce y est peut-être pour quelque chose. En effet La Curieuse histoire de l’Homme-Charbon, jouée pour la première fois en octobre 2024 à Pully et vouée à évoluer, est une création collective.

Il y a quelques temps, la compositrice-musicienne Jimena Marazzi et le comédien-improvisateur Yohann Thenaisie avaient évoqué ensemble leur envie de monter une pièce inspirée de l’univers de Tim Burton. Ni une ni deux, la première se met à l’ouvrage et, entre deux cours de solfège dispensés à ses élèves, compose la bande son de la pièce. Elle envoie les morceaux au second qui, inspiré par les différentes ambiances, crée les bases de la trame. Une fois sa troupe réunie, Yohann forme des binômes et leur donne pour mission de créer chaque scène au travers de petites improvisations. Ainsi, l’histoire racontée par les monstres est un patchwork d’idées plus folles les unes que les autres, liées par une musique, des accessoires et des costumes à fortes personnalités. Selon les tableaux, l’Homme-Charbon prendra tantôt la forme d’un comédien, tantôt d’un dessin volant animé par des fils et des bruitages, d’une marionnette de papier ou… en charbon.

La curieuse histoire de l'homme charbon

Milles idées fourmillent, jeux de mots, images, hommages. Tels des enfants au discours plus ou moins décousu, ils racontent l’histoire d’un amour qui a fait apparaitre les étoiles dans le ciel ; ils deviennent Monsieur Capital assis sur son trône d’affaires, gigotent sur des jingles de pub ou des bandes annonces de cinéma et rendent hommage à Boris Vian et sa Complainte du progrès et au chercheur d’or de Chaplin qui avait dû manger ses chaussures en cuir.

C’est un magnifique moment en compagnie de ces créatures créatives, et on serait toute fière d’en être, lorsque leur morceau final s’adresse à nous : « On est tous le monstre de quelqu’un, si t’es ici c’est qu’t’en es un ! ».

La curieuse histoire de l’Homme Charbon
Du 23 au 26 avril 2026
Théâtre 2.21, Lausanne
www.instagram.com/hommecharbon/

Famille Théâtre

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Tilleul Festival

Tilleul Festival

Un petit festival local et rassembleur, sans prétentions de taille mais avec une programmation si joyeuse! On y écoute autant de la musique folklorique festive que de la chanson, on participe à des animations, on découvre des spectacles rigolos portés par des chorégraphies déjantées (Les Allumettes) ou par des voix a cappella (La Soirée). L’Agenda a d’ailleurs vu ce spectacle il y a quelques années et en est ressorti avec des courbatures aux courbatures aux abdos, tellement on a ri. Il s’adresse tout particulièrement aux personnes faisant ou ayant fait partie d’une chorale de village… ;)

Informations pratiques:
Du 29 au 31 août 2024
Domaine du Cotrable, Villars-sous-Yens
www.tilleulfestival.com

La Semaine de L'Agenda

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Blanche-Neige-ou-Presque-Marius-Mattioni

Quand Blanche-Neige taquine les conventions théâtrales

Coup d’envoi pour la compagnie Kick-Off. Leur première création Blanche-Neige… Ou presque!, jouée au CPO du jeudi 27 au dimanche 30 avril, tourne en dérision le théâtre dans ses ressorts scéniques, dans ses grandes aspirations à l’inédit, dans ses coulisses émotionnelles. Alors que l’auteure emmêle les ficelles de la narration et que la régie prend quelques libertés, Prof, Joyeuse, Simplet et Atchoum abattent le 4e mur à coups de pioches. Le tout en danse et en chanson.

Texte de Katia Meylan
Photos de Marius Mattioni

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Une auteure prometteuse

Le comédien Gilles Guenat, directeur artistique de la Cie Kick-Off, co-signe le scénario de sa toute première production avec l’auteure Roxane Gray. Après la comédie musicale Toutes pour Une en 2021 (boursière de la Société Suisse des Auteurs pour l’écriture de cette pièce), cette historienne spécialiste des questions de genre s’essaie avec succès au « Goes Wrong » musical avec Blanche-Neige… Ou presque!. Sous sa plume, l’humour de répétition côtoie des jeux de mots fins et jubilatoires, les personnages sont tantôt caricaturés, tantôt ciselés pour laisser apparaître ce qu’ils ont d’attachant. Les dialogues et les situations cocasses de ses scènes sentent le vécu, dans les tensions, la lassitude qui peuvent résulter des aventures théâtrales en amateur ou en professionnel… et à la fois – à un autre niveau de ce théâtre dans le théâtre – une joie d’être sur scène entre ami∙e∙s rayonne tout au long du script et au sein de la troupe réelle.

Roxane - Marius

Roxane Gray. Photo: Marius Mattioni

Une troupe fictive de bras cassés 

Il n’en est pas de même des membres de la troupe fictive, qui ont quant à eux chacun leurs raisons pour s’être réunis autour de Jacques (Frank Michaux), metteur en scène intense, névrosé par l’envie de bien faire et par les rouages du système. Aude (Giliane Béguin), l’interprète du rôle-titre, a envie de faire passer des messages engagés à travers cette relecture de Blanche-Neige, mais ne voit pas le concept de « contemporain » sous le même prisme. Eva (Jenny Lorant) se focalise plus sur l’apparence que sur la crédibilité de sa Méchante Reine; en résulte une scène hilarante où elle fait la surprise de son nouveau costume à ses partenaires de jeu. Le Chasseur (Gilles Guenat) et la stagiaire dans le rôle du miroir et du buisson (Zoé Klopfenstein), peut-être réels amoureux du théâtre mais gauches et dont le jeu laisse délibérément à désirer, sont irrésistibles dans leurs expressions et gestuelle comiques.

Blanche-Neige-ou-Presque-Marius-Mattioni

On l’aura deviné, entre texte oublié, lumières décousues et disputes en direct, c’est bien le « Ou presque » qui mène la trame. Et non pas qui mène la danse, car celle-ci fait partie des éléments qui, tout comme le chant, échappent au désastre ambiant de la fiction pour offrir au public une occasion de plus d’acclamer l’équipe de choc.

Parmi le public, maintenu hilare durant toute la pièce, le petit jeu à la sortie semblait être de deviner si tout était vraiment « fait exprès ». Et cette tenue débraillée? et cet accessoire qui s’est fait la malle? et cette chute quand-même très réaliste? Juste pour être sûres, on ne va surtout pas leur souhaiter de « se casser une jambe », comme cela serait de coutume à Broadway, mais plutôt… bonne chance (!), pour les quatre représentations de cette première production pleine de fraicheur, et toutes celles à venir. De toute façon, la superstition n’est qu’une convention de plus dont se moquer, non?

Blanche-Neige… Ou presque!
Du 27 au 30 avril 2023
CPO, Lausanne
www.cpo-ouchy.ch

 

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(L’Agenda pourrait-il décréter 2023 « année de la comédie musicale »? D’ici à en faire une règle, il n’oserait pas, car ce serait arbitraire, mais il serait bien tenté d’en faire son année de la comédie musicale, par extension au dossier de son numéro 100 qui y était consacré. Comme une exhaustivité était impossible, il n’avait pas abordé toutes ses déclinaisons; notamment le « Goes Wrong », ce sous-genre théâtral qui, à grands renforts d’autodérision et de mise en abîme, expose ses personnages à leur triste sort, leur faisant subir tout ce dont pourrait cauchemarder un artiste lors d’une première.)

Fermée, la parenthèse ci-dessus nous dépose donc sur un siège du CPO lors la représentation presse, dimanche dernier, de Blanche-Neige… Ou presque!.

Comédie Musicale

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Frou-Frou les Bains1

Nous avons fait un beau voyage 🎶

Au sortir d’une pièce de théâtre, on est toujours accompagné par une impression. De près ou de loin, et pour plus ou moins longtemps. Après la représentation de Frou-Frou les Bains, vaudeville musical avec lequel la compagnie TJP part en tournée romande, cette impression a été celle d’une joyeuse énergie pleinement dépensée.

Texte de Katia Meylan

C’est une joie toute entière d’être sur scène, d’y chanter, d’y danser et d’y interagir qui irradiait des neuf comédiens et comédiennes de la troupe du TJP hier soir, au Café-Théâtre de l’Odéon. Loin de se regarder dispenser au public les pitreries de leur cru ou écrites par l’auteur du texte, Patrick Haudecœur, toutes et tous semblaient les vivre avec une intensité et un plaisir d’autant plus communicatif.

L’histoire, d’abord simple, d’un directeur de cure thermale et de son équipe accueillant leur clientèle à l’heure de la réouverture saisonnière, se complique rapidement lorsque l’eau ne veut plus couler, que l’un des clients est pris pour le plombier et que des histoires amoureuses ou familiales s’entremêlent. Dans un beau décor tout de bleu et de blanc – seul élément paisible de la pièce –, le directeur (Fabrice Guillaume) râle et houspille son monde à qui mieux mieux tout en affichant un bagout de commerçant. Sa fille (Julie Schafer, rayonnante dans les parties musicales comme dans ses répliques) n’y va pas de main morte pour convaincre son amoureux Baptistin de demander sa main à son père. Ledit Baptistin (Jean-Gaël Diserens), bien qu’étant cabotin et spontané, essaie de surpasser son trac. Chez les curistes, la dépression de la lunatique Mathilde Moulin (Gisèle Balet, expressive à souhait) se frotte aux attitudes conquérantes du faux plombier Ferdinand Gronsard (Sylvain Dias, qui porte très bien la moustache et le costume des années 1910) et aux sourires renversants de la baronne (Léa Budaudi). Baronne enthousiaste mais qui reste lucide quant aux capacités intellectuelles et physiques son fils Charles (Pierre Saturnin), vieux garçon pas très dégourdi épris de Madeleine (Lucille Favre), une employée multitâche et vénale. Et, circulant là au milieu, un « Saturnin-Duguet-premier-chasseur-à-votre-service! » (Alexandre Juillet, danseur formé à l’école Rudra-Béjart), candide, adorable, décalé, qui répète tout sourire ce qu’on lui dit et ponctue gracieusement les imbroglios de grands battements et de pirouettes.

Photos: Arnaud Curchaud

Sur l’heure et demie que dure le spectacle, on rit beaucoup. Et si l’humour de répétition vaudevillesque n’est pas votre kiki – euh, votre dada –, pas le temps de s’en lasser, en voilà un autre qui rapplique: humour absurde, humour visuel, quiproquos, coups d’œil par le judas du 4e mur et petits imprévus du direct… Sans oublier une frénésie dans les répliques et un talent général pour la gestuelle – mention spéciale à la chanson Mon homme où Baptistin se fait malmener par une Juliette en pleine forme.

Les chorégraphies sont signées Alexandre Juillet, et la mise en scène est de Sara Gazzola. La metteuse en scène, formée à l’art de la comédie musicale et habituée aux productions de plus grande envergure, emmène cette fois un comité réduit de sa compagnie en tournée. Ayant obtenu les droits du vaudeville français pour une année, la troupe compte bien en profiter, avec 33 dates romandes décrochées. Débutée le 18 février au Théâtre de Colombier, la cure est actuellement à suivre au Café-Théâtre de l’Odéon jusqu’au 25 février, et se poursuivra à Morges, Pully, Fribourg, Cheseaux, Cossonay, Vevey ou encore Genève.

Sara Gazzola nous confie que ce début de tournée comporte déjà plusieurs défis, notamment celui d’adapter la mise en scène tant au petit espace de l’Odéon qu’au plateau de 100m2  de l’Octogone de Pully. Le contraste touche également le public, qui sera, selon le lieu, chaleureusement intercalé au plus près des comédien·ne·s ou confortablement installés sur les sièges rouges et rembourrés d’une grande salle de spectacle.

À chaque salle ses avantages, on aurait presque envie de toutes les essayer!

Frou-Frou les Bains
Jusqu’au 25 février
Café-Théâtre de l’Odéon, Villeneuve

Prochaines dates:

Jeudi 16 mars
Casino-Théâtre de Morges

Samedi 25 mars
Théâtre de l’Octogone, Pully

31 mars et 1er avril
Café-Théâtre du Bilboquet, Fribourg

compagnie.tjp.ch

Photos: Arnaud Curchaud

Comédie Musicale Théâtre

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Volver

Piazzolla raconté

Le concert théâtral Volver, le tango de l’exil joué cette semaine à la Salle Centrale Madeleine à Genève mène à la rencontre d’Astor Piazzolla au travers de ses propres compositions et de celles des artistes qui l’ont inspiré. Son essence prend vie dans des textes racontés à plusieurs voix – dont la sienne – et dans les gestes du metteur en scène Philippe Cohen, qui incarne le compositeur et bandonéoniste argentin du début du 21e siècle.

Texte de Katia Meylan

Piazzolla aura « façonné le tango en profondeur pour les siècles à venir ». C’est le postulat que la compagnie Les muses Nomades raconte dans cette histoire d’exil. Car en effet, l’amour du compositeur pour le tango et son désir de le faire évoluer est d’abord passé par l’éloignement, tant de son pays que de cette musique populaire nationale, de quelques dizaines d’années son aînée.

Réminiscences spatiales et temporelles

Volver, le tango de l’exil narre donc, dans un doux désordre chronologique, les étapes de la vie de Piazzolla. Sa collaboration plus ou moins fluide avec l’écrivain Jorge Luis Borges; sa fascination pour le bandit Jacinto Chiclan pour qui il compose un air; son enfance, lorsque sa famille quitte Buenos Aires pour s’installer à New-York; ses insolents 18 ans, lorsqu’il tape à la porte du compositeur Juan José Castro, qui le redirige vers Ginastera; sa vingtaine, qui le voit s’identifier à la musique européenne… sa trentaine et le bouleversement de la rencontre avec la célèbre Nadia Boulanger, qui lui conseille de revenir à ses racines.

Les conteur∙euse∙s

Le public découvre ainsi l’évolution des sonorités et de la réflexion du compositeur, cheminant aux côtés des muses Nomades et de la Compagnie Confiture en la personne de Philippe Cohen. En 2021, le comédien genevois d’adoption avait déjà eu l’occasion d’écrire et d’interpréter pour la scène un autre pan de l’histoire de la musique, dans la pièce La bonne soupe de Ludwig van B. imaginée par les sœurs Joubert. Aujourd’hui, Volver réunit à nouveau le talent de Philippe Cohen et d’Oriane Joubert, ainsi que des deux musiciens avec lesquels la jeune pianiste compose le Latin Trio, Tomas Hernandez-Bages au violon et Mario Nader Castaneda au violoncelle. Pour compléter l’orchestre, ils s’entourent de la bandonéoniste Gaëlle Poirier et du guitariste Narcisso Saùl, qui signe également les arrangements du spectacle. 

Piazzolla

Photo © Gilbert Badaf

Une histoire à plusieurs voix et plusieurs gestes

Le concert est raconté de bien des façons autour du noyau de musicien∙e∙s, dans des configurations de quintettes, trios ou solo selon les morceaux choisis.
Philippe Cohen mime un premier air de tango traditionnel. Comme il frétille, on aurait presque envie de voir en lui la silhouette du chef d’orchestre Juan D’Arienzo, qui guette les notes, marque le rythme, apostrophe les musicien∙ne∙s. Puis, le tango traditionnel laisse la parole aux influences classiques, de Bach à Ginastera en passant par Gershwin, pour mieux revenir, se transformer, et devenir du Piazzolla.

L’aspect scénique du concert passe par les gestes, des mimes et des jeux de marionnettes, et même par quelques moments qui avoisinent le stand-up dont Philippe Cohen a le secret, comme lorsqu’il sort de la narration au beau milieu du spectacle pour présenter les artistes avec l’accent italo-latino-new-yorkais.

Le texte accompagne la musique et les mouvements tout au long du spectacle, à travers ce grand cahier noir qui circule de mains en main sur scène. Chacun∙e des musicien∙ne∙s en lit une partie à sa façon, comédien, pédagogue ou même interprète lorsqu’il faut traduire la voix de Piazzolla que l’on entend grâce à des archives audio.

On comprend avec émotion que toutes et tous ont une histoire forte avec cette musique, et que c’est elle qui transcende leur intensité concentrée.

Volver, le tango de l’exil
Du 18 au 21 janvier 2023
Salle Centrale Madeleine
theatre-confiture.ch


Classique et opéra Musique actuelle Théâtre

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Charroi de la michée, Eric DEBONNEVILLE;

Des contes et des vignobles

La légende raconte que dans la campagne genevoise circulerait une drôle de troupe de comédien∙ne∙s. De gai∙e∙s luron∙ne∙s qui, à la nuit tombée, s’installeraient au cœur des vignobles pour raconter histoires et contes d’autrefois et qui, une fois la fin de l’été venue, disparaîtraient au détour d’un chemin…

Texte de Mélissa Quinodoz

Durant tout l’été, la Compagnie La Mouette propose, en collaboration avec plusieurs vigneron∙ne∙s genevois∙es, une œuvre un peu à part, présentée au cœur même des différents domaines. Dans la plus pure tradition du théâtre ambulant, les comédien∙ne∙s se produiront ainsi aux quatre coins du canton pour présenter La Charroi de la Michée, une pièce mêlant petite et grande histoire. Un spectacle inédit et populaire avec en guise de scène un simple chariot de bois et pour toile de fond la beauté du ciel nocturne.

Pour construire ce spectacle, la Compagnie La Mouette a choisi comme fil conducteur l’histoire de Michée Chauderon, dernière sorcière brûlée à Genève en 1652. Une histoire tragique, reflet d’une époque, à laquelle elle entremêle des contes et des légendes bien connus des Genevois∙es. Sont ainsi contées l’histoire de la Pierre aux Dames de Troinex, celle des pierres du Niton ou encore de Madeleine la fileuse. L’occasion de (re)découvrir ces légendes qui font partie intégrante de l’histoire genevoise.

Organisée en plein air, la pièce a aussi été imaginée pour mettre en valeur les domaines viticoles ayant accepté d’accueillir la troupe. À chaque lieu son décor et ses spécificités, le public découvre ainsi une œuvre un peu différente à chaque représentation. De village en village et de domaine en domaine les soirées seront par ailleurs l’occasion de goûter aux produits du terroir proposés par les vigneron∙ne∙s. Un moment convivial et festif en perspective, pour profiter pleinement de la chaleur de l’été.

Eric DEBONNEVILLE;

Photos: Eric Debonneville

En mêlant chansons, musique, mimes, comédie et danse, la nouvelle production de la Compagnie La Mouette a sans aucun doute de quoi plaire aux petit∙e∙s et aux grand∙e∙s. La pièce est drôle, pleine d’entrain et incroyablement chaleureuse. Pensée comme une œuvre de partage entre artistes, vigneron∙n∙es et spectateur∙ice∙s, La Charroi de la Michée évoque forcément la Commedia dell’Arte ou les théâtres itinérants si chers, par exemple, à Molière. Un format réussi qui convient parfaitement aux chaudes nuits d’été. Pour les amoureux∙ses de théâtre, de contes, d’histoires au coin du feu ou de nuits à la belle étoile, La Charroi de la Michée est sans conteste la pièce à ne pas rater cet été. Un moment suspendu hors du temps à partager entre ami-es ou en famille, un verre de vin à la main!

La Charroi de la Michée
Jusqu’au 28 août 2022
Divers lieux, Genève
Attention, certaines représentations sont déjà complètes.

Toutes les informations sur: www.cielamouette.ch

 

Théâtre

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if...une odyssée verte

If… Une Odyssée Verte – Avec des arbres on refait le monde

La tournée romande de If… une Odyssée verte s’est terminée hier à Fribourg, sous le chapiteau des arTpenteurs établi pour l’occasion dans le jardin de l’Espace Nuithonie. Par son théâtre dans lequel se mêlent organiquement danse, musique et chant, la troupe nous parle d’héroïsme, de liens, de passé, de présent et du futur de la planète.

Texte de Katia Meylan
Photos: Félix Imhof

Lorsque l’on entre sous un chapiteau tout entouré de roulottes… on a envie de se faire raconter des histoires. On a les yeux écarquillés, les oreilles grandes ouvertes, on s’attend à croiser des regards, des chemins, des esprits qui ont voyagé loin. Et en effet, les artistes qui habitent ce beau lieu ont bien bourlingué. Depuis vingt ans, le théâtre itinérant des arTpenteurs partage ses créations au-delà de sa terre natale d’Yverdon-les-Bains. Pour sa trilogie consacrée à Homère, dont If… une Odyssée verte est le dernier volet, la compagnie a traversé l’Adriatique à la rencontre de publics et d’artistes de Grèce et de Bulgarie. Après Odysseus Fantasy (2018), voyage tout en songeries sur le thème de l’exil, et Odysséia (2019) qui se penchait sur l’hospitalité et l’hostilité, If… une Odyssée verte se préoccupe d’écologie en s’inspirant du passage d’Ulysse aux enfers, de façon un brin futuriste.

Le public est accueilli sur une musique électro par des personnages affublés de casques de silent party, réunis pour l’anniversaire de Télémaque. L’esprit peu à la fête, l’intéressée, inquiète, cherche à comprendre. Pourquoi son père a-t-il fait abattre l’if dans la cour? Pourquoi les membres de sa famille n’arrivent-ils pas à communiquer, pourquoi les liens semblent-ils coupés? Pourquoi manque-t-elle d’air? Quel est cet arbre dont elle rêve?
Son père arrive et chasse les fêtards. Il est le personnage pressé, agacé, qui a oublié l’anniversaire de sa fille, qui a autre chose à faire que se soucier d’un arbre coupé. Il parle fort, il se saoule. Il délaisse sa femme, Pénélope, passionnée de mathématiques. Est-il le méchant du conte? Non, il doit en être le héros, puisqu’il est Ulysse. Qui est cet Ulysse? Un homme de notre époque, engoncé dans les habitudes de sa vie confortable et qui ne comprend plus sa famille, qui aimerait jouir de la vie avant d’être vieux. Mais il est aussi le héros grec qui a voyagé et combattu victorieux, puisqu’il se souvient encore de cette vie-là, comme si son âme avait traversé les siècles… Ce personnage, le public veut le voir changer; il faut qu’il se réveille, qu’il écoute sa fille qui tire la sonnette d’alarme. Les dieux – qui n’ont pas été oubliés dans cette adaptation de l’Odyssée – veulent eux-aussi le voir changer… un peu de divertissement, que diable!

les arTpenteurs

Photo: Félix Imhof

De leurs hauteurs invisibles, ces derniers envoient alors sur terre leurs sirènes gesticulantes et hypnotiques, dont le langage saccadé est entremêlé de termes marketing, et les laissent planifier pour Ulysse un voyage dans les endroits les plus “hot” de la planète, tout au long duquel il devra se faire remarquer sur les réseaux sociaux. Arrivé dans l’espace, en plein doute, Ulysse, seul, observe la planète Terre à feu et à sang. Il veut alors redescendre, retrouver sa fille, prévenir la société.

Tout file dans ce texte de Domenico Carli, publié aux Editions d’En-bas et commandé spécialement par les arTpenteurs. Il faut dire que l’Odyssée est un sacré morceau à adapter, raison pour laquelle celui qui en 2014 s’était déjà attaqué à l’Iliade pour le metteur en scène Michel Voita, a choisi de se concentrer sur l’épisode de la descente aux enfers. “Me replonger dans L’Iliade et L’Odyssée a changé ma vie”, nous confie-t-il, alors que nous le croisions vendredi dernier à l’issue du spectacle. De la même manière qu’il a dû régulièrement le faire lors de représentations scolaires qui ont jalonnée l’année 2020, Domenico Carli nous partage son admiration pour Homère, heureux si sa pièce donne envie de retourner aux sources.

Dans ces scènes qui s’alternent rapidement, la mise en scène de Chantal Bianchi, co-fondatrice de la troupe, donne de nombreuses choses à voir, à entendre et à interpréter. Les rencontres, décisives dans l’action des personnages, sont évoquées en mouvement, en musique et en quelques paroles énigmatiques. Le superbe costume de l’arbre dont rêve Télémaque n’apparaît que quelques instants, qui nous laissent toutefois témoigner de l’étendue de la tessiture du comédien – et deuxième co-fondateur de la troupe – Thierry Crozat. Les artistes, dans la moiteur de ce mois de mai, changent de costumes, montent le long des poutres en bois, dansent, courent et sautent, accompagnés tantôt par une bande-son, tantôt par une pianiste et une violoncelliste en live.

if...une odyssée verte

Photo: Félix Imhof

Toutes et tous sont superbement justes dans leurs interprétations; les sirènes, à la fois drôles et effrayantes dans leur soumission au pouvoir, croisent leurs regards surnaturels avec ceux du public, tout proche. Mathilde Soutter, qui interprète Télémaque, fait preuve de coffre et de sensibilité, emplissant l’espace d’une énergie particulière – en plus de jouer du violon!

Le chapiteau, plus perméable aux éléments extérieurs qu’une scène de théâtre, a même permis certains moment de grâce inattendus, comme lorsque le vent a accompagné la dernière traversée de scène de Pénélope, dans un port d’héroïne, en venant soulever ses cheveux…

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Pour en savoir plus sur les volets 1 et 2 de la trilogie, où comment les arTpenteurs ont voyagé à travers l’Europe: l’article d’Aurélia Babey dans L’Agenda 80 

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Les arTpenteurs ont plusieurs actualités dans la région cet été, retrouvez leur programme sur www.lesartpenteurs.ch

Théâtre

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François Wavre

Mercury, un charisme pour enflammer les esprits et calmer le thermomètre

Des chansons de Queen et des réflexions sur le thème du réchauffement climatique. Quel rapport? D’un seul mot, comme un cotillon, la compagnie Calmez-vous! souffle et le fil se déroule: Mercury. Freddie Mercury, chanteur charismatique condamné par le SIDA. Mercure, dieu messager de potentielles mauvaises nouvelles. Mercure, planète inhabitable du fait de ses températures extrêmes ou élément chimique d’un thermomètre qui monte, qui monte…

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Quelques jours avant le début de la première de Mercury qui se tenait en mars  2022 à l’Échandole, deux compagnies en pleines répétitions se croisaient entre les pierres du théâtre, à la pause de midi. « Vous faites quoi, vous ? » – « On sauve le monde ! » , répondait malicieusement la metteuse en scène Sophie Pasquet-Racine. Une boutade, mais qui reflète l’axe engagé avec lequel les esprits rêveurs de la Cie Calmez-vous! montent leur pièce. 

Ce que l’on ne trouve pas dans Mercury (puisque l’on parle de décroissance)

Parmi les problèmes de ce monde en peine, c’est celui du climat que la pièce empoigne à bras-le-corps, non seulement par sa thématique mais aussi dans les différentes étapes de sa création. Pas d’achats: 95% de la production est du recyclage – ce qui a surtout donné du travail à la costumière et au scénographe! nous répond Yvan Richardet, auteur de la pièce. Quant à la troupe, elle vit de nourriture locale végétarienne et de déplacements en train, dans la mesure du possible. « Comme dans le monde qu’on rêve! », résume Yvan.

Ce dernier n’en est pas à son coup d’essai sur le thème de la décroissance, puisqu’il s’était déjà intéressé de près à ce courant de pensée cinquantenaire dans son seul en scène L’Émeute, en 2018. L’écologie a toujours été un élément central de la vie d’Yvan Richardet. Le comédien nous confie que pour le tout jeune fils d’agriculteur qu’il était au début des années 90, « les écolos, c’étaient ceux qui empêchent, les extrémistes qui voulaient toujours faire opposition à un projet ». Mais ce combat pour un idéal l’intrigue. Il se documente et prend conscience que l’échéance de notre système se rapproche… jusqu’à devenir l’urgence n°1. 

Mercury François Wavre

Passer l’étape de l’anxiété

Aborder une thématique si complexe demandait bien une rhapsodie.
C’est lors d’un laboratoire de création qu’Yvan Richardet constate qu’un morceau de Queen, passé juste après avoir parlé d’un sujet grave, avait comme allégé la tension et fait prendre au thème une dimension poétique. Dans l’écriture de sa pièce, il aménage donc des alternances entre les faits – que l’on n’a pas toujours envie d’écouter – et la musique qui fédère spontanément. Ni covers ni parodies, leurs adaptations sont tantôt tranches de vie du groupe ou traductions lyriques qui servent la trame.
Aude Gilliéron, comédienne, confirme : « Tout comme le personnage de Cassandre que je joue dans la pièce, je suis moi-même angoissée par la question climatique. Chanter du Queen me sort de toute sensation négative. C’est une énergie pour la révolution! ». 

L’énergie débridée

Ainsi, dans l’histoire de Mercury, la création théâtrale est mise en abîme, tout comme les enjeux du discours écologique. Cassandre, doctorante dans le domaine des sciences, sèche sur la préparation de sa conférence TED au sujet de l’effondrement climatique. Comment en parler sans être culpabilisante, moralisatrice, sans tomber dans une suite de chiffres assommants mais au contraire la susciter, cette envie de révolution? Dans leur petit appartement, Cassandre et son amoureux mettent alors leurs idées en commun pour imaginer une conférence à la manière d’un théâtre de marionnettes pour enfants, d’une scène shakespearienne, d’un vaudeville du siècle dernier ou… d’une comédie musicale rock se basant sur la vie du plus charismatique des chanteurs. En parallèle de l’histoire de ces jeunes gens, on suit l’histoire d’autres jeunes gens, quarante ans plus tôt, qui apprennent que l’un entre eux a le SIDA…

Sur scène, Yvan Richardet, Aude Gilliéron, Simon Pellaux et Renaud Delay endossent tous les costumes et donnent de la voix. Quand certain∙e∙s dansent, les autres passent de la trompette au clavier électronique ou se font techniciens. Les flight cases tournoient en guise de décor et le public assiste à la création du tube We are the champions en même temps qu’il apprend le volume d’eau du lac de Morat et le pourcentage d’énergie renouvelable en Europe, qu’il se demande s’il veut faire naître des enfants dans ce monde ou qu’il se remémore ses jeunes années sur Bicycle Race, lorsqu’on lui avait dit que c’était ok d’être gay.

Mercury
Créé à L’Échandole en mars 2022

Prochaines dates:

Comédie Musicale La Semaine de L'Agenda

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Je Suis Grecque

Chanter la liberté

En incarnant Melina Mercouri dans son nouveau spectacle musical, Nathalie Pfeiffer nous invite à savourer bien plus qu’un parfum de légèreté sur les rives du Léman. Je suis Grecque nous emmène au tournant d’une carrière sacrifiée afin de porter la voix d’un peuple réduit au silence.

Texte et propos recueillis par Coralie Hornung

Le 21 avril 1967, l’armée prend le pouvoir en Grèce alors que la chanteuse et actrice Melina Mercouri, reconnue internationalement comme meilleure actrice pour le film Never on Sunday au Festival de Cannes de 1960, continue à susciter un engouement pour la Grèce et domine la scène de Broadway. Melina fait face à un dilemme cornélien: poursuivre sa brillante carrière internationale ou profiter de la visibilité que lui offre sa notoriété afin de porter la voix de son pays réduite au silence par l’armée. C’est sur ce dilemme que s’ouvrira la pièce mise en scène par Jean Chollet et interprétée par Nathalie Pfeiffer, Christophe Gorlier et Raphaël Tschudi.

Pour Nathalie Pfeiffer qui porte le projet, la genèse de la pièce remonte au 33 tours qui tourne en boucle dans la maison de son enfance à la Tour-de-Peilz et fait résonner le cri du cœur de Melina Mercouri contre les colonels, à des kilomètres du conflit. D’abord touchée par la voix et l’énergie qui se dégage de cette musique, Nathalie connaîtra rapidement par cœur les chansons de Melina. Elle comprendra ensuite la puissance et la profondeur de ce qu’elle exprime en écoutant les récits d’une proche amie de sa mère, épouse du réalisateur grec Robert Manthoulis. C’est donc naturellement que Nathalie Pfeiffer choisira de porter un projet sur Melina Mercouri, à l’occasion du centenaire de la naissance de cette dernière.

En mars 2020, alors que la Suisse est confinée et que le monde de la culture semble être mis sur pause, on s’affaire dans le studio SUBA CFS sous la direction du percussionniste Robin Vassy qui crée les arrangements musicaux à l’oreille en écoutant les chansons de Melina. Chaque instrument sera enregistré individuellement avant d’être mixé pour que Nathalie Pfeiffer puisse finalement poser sa voix, dans le respect des arrangements musicaux originaux de 1970 et des contraintes sanitaires de 2020. Le résultat est époustouflant et deux extraits sont disponibles sur le site de la Compagnie Paradoxe. Le spectacle donne une importance toute particulière aux chansons qui sont un cri de guerre plutôt qu’une mélodie d’accompagnement. L’auteur et metteur en scène Jean Chollet nous offre bien plus qu’une rétrospective nostalgique et mélodieuse de la carrière de Melina Mercouri. Spectateurs et spectatrices sont invité∙e∙s à découvrir la puissance et l’allégresse avec laquelle une femme brise le silence imposé à son peuple et sacrifie sa carrière pour chanter la liberté.

Article paru dans L'Agenda papier Musique actuelle Théâtre

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Hollywood - Scène d'ouverture

Hollywood – rencontres éphémères avec les personnages du 7e art

From now onEverybody, need somebody… déboulés… jetés… mashed potatoes… Ma tête pleine de musique et mes pieds jaloux parcourent, sous la pluie, la distance de la Sallaz aux bas de Lausanne. On ne regrette même pas d’avoir raté le bus de 23h39 à Servion qui nous aurait assuré la correspondance. Le Théâtre Barnabé et la Compagnie Broadway ont le don de nous faire rêver, le temps d’un retour à la maison, d’un week-end, et de nous laisser les réminiscences pailletées de ce rêve jusqu’au lundi au bureau.

Texte de Katia Meylan

Décidément un petit air de Hugh Jackman chez Noam Perakis lorsqu’il ouvre le spectacle, en veston de cirque entre les rideaux rouges, entonnant le titre The Greatest Show. Autour, les chœurs-coulisses annoncent déjà tout le potentiel vocal de la troupe. Le directeur de la Compagnie Broadway et metteur en scène du spectacle est rapidement rejoint par les douze artistes qui composent Hollywood, dans un tourbillon de chant, de danse et de personnages différents. Si les rôles sont répartis selon les domaines de prédilection (on est notamment scotché par la voix de Tania Zoppi ou par le jeu de jambes de Gilles Guenat, plusieurs fois champion du monde de claquettes), toutes et tous offrent une performance complète – comme le veut l’art exigeant de la comédie musicale.
À l’étage, le Vincent Kessi’s Free Fellowship Band (VKFFB) les accompagne en live. Ce samedi-là, trois musiciens sont absents, d’autres ont dû prendre leur place au pied levé: « Remplacer trois musiciens sur huit quelques jours avant la représentation était un challenge. Il a fallu expliquer les enchaînements rapides et les interactions avec les comédiens, en plus de toute la partie purement musicale! », atteste Vincent Kessi, qui a assuré avec brio que le show n’en pâtisse pas.

Hollywood - Scène far west et DeLorean

Hollywood n’a pas de trame narrative, mais est composé d’une suite de sketches permettant de placer un maximum de références au 7e art (en débordant un peu de la pellicule, car on a cru y repérer Fort Boyard, Qui veut gagner des millions et peut-être Kaamelott). Impossible de toutes les citer, on en a sûrement raté quelques-unes et cela semble malicieusement fait exprès de leur part: Une DeLorean, un T-Rex, un Stormtrooper, Gollum-Dobby, Dumbledalf le Blanc discutant avec Katniss Everdeen, toutes et tous passent en un instant, éphémères, entrainé∙e∙s par le décor tournant du Théâtre Barnabé. D’autres références encore sont réservées au public fidèle de Servion, qui relèvera par exemple que Loren Muñoz et Giliane Béguin, véritables triple threat, retrouvent un instant leurs rôles respectifs de sœur Marie-Robert et Sœur Marie-Patrick de la production Sister Act en 2019. …Et cela juste après avoir campé la Petite Sirène ou Rose dans Titanic, et juste avant de redevenir des artistes de cirque pour clôturer le spectacle avec le titre From now on, à nouveau tiré de la comédie musicale The Greatest Showman. Après les blagues et le cinéma, retour au rêve, retour à ce que sont les artistes sur scène.

Oui, on a un peu la tête qui tourne de toutes ces rencontres. Et c’est ça qu’on aime!

Hollywood
Jusqu’au 19 février 2022
Théâtre Barnabé, Servion
barnabe.ch/spectacles/hollywood/

Comédie Musicale

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Voilà la vie parisienne

Voilà la Vie Parisienne

Les énergiques Raphaëlle Farman et Jacques Gay de la Comédie Lyrique sont de retour en ce moment à Genève, avec une création de leur crû, intitulée Voilà la Vie Parisienne, librement adaptée de l’opéra bouffe d’Offenbach (1866). Le livret, signé Raphaëlle Farman, est tissé autour d’airs lyriques et de chansons françaises familières à la troupe, qui en modifie les paroles aux besoins de sa trame humoristique.

Texte de Katia Meylan

Le décor est posé: un petit couvent, abritant cinq Sœurs et un Frère, décide de se transformer pour une nuit en maison des plaisirs afin d’entourlouper un riche baron, le faire dépenser son argent et ainsi éviter la ruine et la fermeture.

Si on dit que l’humour est personnel et que son sens varie d’une personne à l’autre… il est aussi sans aucun doute influencé par les fréquentations et par les discours qui nous nourrissent. Intéressée par les mouvances qui tendent à fluidifier plutôt qu’à exacerber les différences, je suis sceptique lorsque qu’un spectacle tire sur des ficelles genrées pour faire rire, mettant en scène hommes et femmes dans des rôles clichés bien définis. Si le rire passe en partie par la surprise, de voir un baron veuf à l’accent belge voulant s’en « fourrer jusque-là » de jeunes filles parisiennes, les reluquant, les consolant sur ses genoux, ne me surprend (malheureusement) pas plus que ça, ni de voir des filles se faire juger constamment sur leur beauté ou leur âge et toutes risquer de passer à la casserole contre leur gré.
(Un petit twist final dans les couples constitués a tout de même été inattendu, mais je ne vous le révélerai pas!)

Comme le chante le personnage du Frère dans une reprise en duo de Vous les femmes, travesti pour l’occasion et poursuivi par le baron« Je comprends si bien les femmes qui balancent leur porc!« . Quelques clins d’œil de ce type rappellent que le tout est à prendre au second degré, et que ces personnages aux traits grossiers sont surtout là pour chanter, danser et faire rire d’eux.

Jacques Gay nous confie à la fin du spectacle: « tout aseptiser, tout aplatir, et il serait difficile de rigoler! ». Les opérettes ou les vaudevilles, jupes courtes, paillettes, perruques et léopard à l’appui, ont de tout temps joué sur ces clichés. La Comédie Lyrique reprend ces codes, et le public est réceptif, tant sur les blagues que sur les chansons qu’il lui arrive d’entonner en chœur. À la fin de la pièce, de façon sympathique et familiale, les artistes présentent les jeunes de leur troupe et discutent volontiers avec la salle.

C’est très personnel, mais je me dis que, couplé à cette bonne humeur et à ce talent, plutôt qu’une trame pastiche, on aimerait une fois voir une proposition plus actuelle!

 

Voilà la Vie Parisienne
Du 13 au 16 décembre à 20h
Salle Centrale Madeleine
www.comedielyrique.com/voila-la-vie-parisienne-2

 

Classique et opéra Comédie Musicale Humour

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La grande parodie genevoise

Pour fêter la fin d’année, Genève se met sur son 31 en rire, danse et chanson. La Revue genevoise reprend le style désormais classique du cabaret-théâtre et plusieurs comédien-ne-s et danseur-euse-s reviennent sur les éléments marquants de 2021 avec humour et talent.

Texte: Alexandre Romi 

C’était la première fois en deux ans que je me rendais dans une salle aussi pleine. Je retrouvais la bonne vieille salle du Casino-Théâtre, avec ses sièges de velours rouge, ses balcons et ses moulures décoratives. Bien que le public n’ait été prévenu, la salle était apparemment en travaux, à en croire la première scénette. Nous avons ainsi assisté à la presque rénovation du théâtre, du moins au nettoyage, aussi peu efficace que possible, mais aussi drôle que nécessaire. Nettoyage effectué par nulle autre que Claude-Inga Barbey, qui interprète son fameux rôle de Manuela, femme de ménage à la langue bien pendue qui tente simplement de nettoyer le “bordel” laissé par les neuf acteur·trice·s et les six danseur·euse·s entre plusieurs scènes.  

Et du bordel ils en font! Les nombreux décors, effets lumineux, costumes et accessoires nous nous ébahissent, tant par leur variété que par leur qualité. Les scènes sont tout autant variées, allant de la politique genevoise tumultueuse à la finale de l’euro en passant par le covid. Le public autour de moi, moi inclus d’ailleurs, riait à gorge déployée devant l’incarnation somme toute fidèlement parodique de Vladimir Poutine par Jean-Philippe Meyer, ou lors du “One man Circus” de Laurent Deshusses. La qualité des intermèdes musicaux n’est pas en reste, car, même si la plupart des interprètes ne ferait pas se retourner un seul siège à The Voice, l’ensemble était très réussi, sublimé par des chorégraphies de qualité. 

Photo: Igor Kromov

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié les parties sur la politique, sur la culture et sur la médecine, qui étaient à la fois criantes de vérité par certains aspects tout en demeurant totalement satirique. Les interventions d’Alain Berset, nous enjoignant expressément à ne pas rire pour des raisons sanitaires et de médiocrité du spectacle, n’ont heureusement pas été respectées, tandis que Guy Parmelin nous montrait son fameux talent de polyglotte. 

Quelques rares scénettes étaient moins à mon goût; j’ai notamment trouvé que le propos du sketch sur le harcèlement en magasin, seul sketch où je n’ai pas saisi la référence d’ailleurs, était gênante, car il suggérait que les jeunes vendeuses étaient responsables de l’attitude machiste et harcelante de leur patron. En outre, j’ai constaté que certains éléments abordés dans le spectacle ont été tellement omniprésents cette année que les gens n’étaient pas forcément content·e·s de les aborder à nouveau, notamment sur le vote des femmes, et, d’un point de vue plus personnel, la victoire sur la France au football, bien que la scène constitue une très belle conclusion au spectacle. 

Photo: Igor Kromov

En guise de conclusion, j’ai été émerveillé par le brio du jeu et la diversité des pièces, entre théâtre, danse et concert, qui valent à mon avis le détour. C’était même un véritable feu d’artifice consacré à l’humour, j’entends

La Revue genevoise 
Du 14 octobre au 31 décembre 2021 
Casino-Théâtre, Genève 
www.larevue.ch  

Comédie Musicale Humour Théâtre

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