Comédie Musicale

Un américain a paris gtg-gregory_batardon

Un Américain à Paris – comme une envie de fredonner du Gershwin depuis le week-end dernier

Qui ne ressortirait pas du Grand Théâtre avec l’impression de pouvoir se lancer dans une série de cabrioles en pleine rue de la Corraterie ? Que cet Américain à Paris est gai!

Texte de Katia Meylan

Étant donné que j’ai vu le film plusieurs fois et qu’il me restait en tête quelques bribes de souvenirs de la comédie musicale, vue il y a 8 ans à Londres, je savais déjà ce que cette œuvre pouvait offrir. Mais même en sachant ce qui m’attendait, impossible de ne pas être bouche bée devant cette production. Les tableaux dansés sont renversants – et particulièrement exigeants. Quelques indices ne trompent pas, comme le fait que c’est un chorégraphe, Christopher Wheeldon, qui signe la mise en scène, ou que les deux interprètes des rôles titres, Robbie Fairchild et Anna Rose O’Sullivan, sont issu∙e∙s du milieu de la danse classique, respectivement ancien danseur principal du New York City Ballet et danseuse principale en titre du Royal Ballet de Londres.

Si la version scénique fait l’impasse sur la grande fresque dansée d’une quinzaine de minutes qu’on trouve dans le film ainsi que sur les géniaux solos de claquettes à la Gene Kelly et sur les exercices de styles de Leslie Caron, elle ne nous prive toutefois de rien, nous enchante en tout. Pas de deux romantique, chorégraphies d’ensemble narratives ou purement festives, pointes classiques et claquettes jazz, et on a même droit à la kick line avec plumes et paillettes sur Stairway to paradise. *Soupir*. C’était merveilleux.

Un Américain à Paris, Grand Théâtre de Genève.
Photos: Gregory Batardon

Mon enthousiasme m’a fait entrer dans le vif du sujet sans poser le contexte. Je reviens un peu en arrière : Un Américain à Paris, c’est d’abord un poème symphonique composé par George Gershwin qui, en 1951, inspire un film au réalisateur Vincente MinnelliMalgré l’immense succès du film (six Oscars et un Golden Globe), la comédie musicale a attendu 2014 pour être adaptée à la scène. Créée au Théâtre du Châtelet à Paris, elle s’installe à Broadway l’année suivante. En ce moment et jusqu’au 31 décembre, elle est au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène et les chorégraphies originales – et même avec une partie du cast original ! Aux côtés de cette distribution internationale, dans la fosse, on retrouve l’OSR en grand effectif (augmenté, par exemple, d’un accordéon).

Et ce beau monde raconte une histoire qui débute à la fin de la Seconde guerre mondiale, lorsque l’ex G.I. Jerry Mulligan décide de « rater » son train et de rester à Paris pour s’adonner à son métier de peintre. Il rencontre Milo, une riche héritière qui décide de devenir son imprésario, se fait des amis – le pianiste Adam et le chanteur de music-hall Henri – et tombe amoureux de Lise, sans savoir que celle-ci est pratiquement fiancée à Henri.

Là où le film de 1951 ne s’attarde pas sur le sujet de la guerre, peut-être parce qu’elle était encore bien assez présente dans les mémoires et qu’on voulait plutôt l’oublier à force d’amour, de rire et de fêtes, la version de Christopher Wheeldon revient plus explicitement sur le contexte de l’époque. Un tableau dansé montre la foule s’emparer d’une femme – a-t-elle eu une liaison avec un soldat allemand ? Les blessures de la guerre se voient sur Adam, à la fois physiquement et moralement. Les personnages des parents d’Henri, seulement évoqués dans le film pour avoir œuvré dans la résistance, apparaissent la pièce et prennent plus d’importance. C’est toujours une histoire d’amour, mais qui laisse un peu plus de place à chacun pour se raconter. Et à chacune ! Car si dans le film les hommes sont les seuls à chanter, la comédie musicale modifie un peu la playlist pour offrir des chants à Lise et Milo, notamment le pétillant Shall we dance de cette dernière.

J’ai aussi spécialement aimé ce que la mise en scène fait du personnage d’Adam, émouvant en amoureux éconduit, maladroit, intense, franc et lucide. « Qu’est-ce que tu fais dans ma chanson ? » lui demande Henri. Par des mouvements de scène fluides, Adam se retrouve en effet dans la chanson d’Henri, assis au café avec Lise ou dans la chambre de Milo. « I’m George Gershwin ! », lance-t-il du tac au tac pour fermer le clapet à l’un de ses amis. Premier et dernier sur scène, il est un discret fil rouge par son regard, tout comme Gershwin l’est par sa musique.

Tourbillons de couleur, romantisme et haute performance : le Grand Théâtre a bien choisi son cadeau de fin d’année au public !

Un Américain à Paris
Jusqu’au 31 décembre 2025
Grand Théâtre de Genève
www.gtg.ch/saison-25-26/un-americain-a-paris

Comédie Musicale

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Phantom of the Opera

Un nouveau chroniqueur a rejoint L’Agenda!  Retrouvez chaque mois les chroniques danse du journaliste neuchâtelois Idan Matary, danseur pro et chorégraphe. 
La chronique d’Idan Matary

Je préviens : si vous cherchez de l’objectivité dans cette chronique, c’est déjà mal parti. S’il y a bien une comédie musicale que j’affectionne le plus au monde, c’est Le Fantôme de l’Opéra. Lorsque l’opportunité m’a été donnée d’assister à l’une des représentations de la tournée actuelle au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, j’ai directement foncé.

Créé en 1986 par le génie d’Andrew Lloyd Webber, à qui l’on doit également Cats ou Jesus Christ Superstar, Le Fantôme de l’Opéra a conquis des millions de spectateur·ice·s dans le monde entier, battant les records de longévité à Broadway outre-Atlantique et dans le West End, au fameux His Majesty’s Theatre de Londres, son lieu de naissance. Ce mastodonte de la comédie musicale a donc posé ses valises pour la première fois en Suisse romande avec une production digne des grands théâtres new-yorkais : décors, effets spéciaux, orchestre et plus d’une vingtaine d’artistes sur scène.

L’histoire entre Le Fantôme de l’Opéra et moi-même ne date pas d’hier. En 2012, j’ai dansé dans une petite adaptation amateur en Suisse romande, ce qui m’a permis de découvrir cet univers tragique, alors que j’étais âgé de 17 ans. Plus tard, ce même fantôme m’a hanté lors de mon voyage à New York, marquant le dépucelage de ma relation avec Broadway, une de mes plus belles histoires d’amour (certes à distance). Autant vous dire que mon excitation était à son comble lors de mon entrée dans ce majestueux Théâtre de Beaulieu auquel un deuxième lustre a été ajouté, celui qui rythmera l’ensemble de la pièce (promis, pas de spoil).

À mes côtés, deux de mes proches, totalement incultes du Fantôme de l’Opéra, mais de vrais passionné-e-s de comédie musicale, m’ont accompagné pour (re)découvrir le spectacle qui sera entièrement en anglais sans surtitres. Pour les novices, la trame se situe à la fin du XIXe siècle. À l’Opéra Garnier de Paris, hanté par le fantôme d’un compositeur qui tombe amoureux de la chanteuse Christine Daaé. Entre admiration et peur, ils partagent une relation (plutôt toxique) autour de la musique. S’ensuivront un triangle amoureux, des morts, du grandiose, du drôle et de l’émouvant. Si vous tenez à garder la surprise, je conseille néanmoins de lire le prospectus d’avant-spectacle, car l’essentiel des dialogues se chante et même avec un niveau bilingue d’anglais, il reste difficile de se situer dans l’histoire.

Venons-en au spectacle lui-même: la claque, vous la ressentirez (métaphoriquement parlant). La mise en scène, les voix, les changements de décor, les déplacements de personnages: la production fait un quasi sans-faute. Seule la danse classique est un brin imprécise selon moi (je pinaille toujours beaucoup avec la danse), mais le spectacle en vaut la chandelle (ou plutôt le lustre).

En sortant du théâtre, j’ai repensé à cet ado de 17 ans qui découvrait cet univers pour la première fois. Treize ans plus tard, le fantôme me hante toujours, même en Suisse romande (qui l’eût cru). Et franchement, je ne demande qu’à être hanté encore longtemps.

Idan Matary

Phantom of the Opera
Du 23 septembre au 5 octobre 2025
Théâtre de Beaulieu
https://livemusic.ch/evenements/phantom-of-the-opera/

Chronique Comédie Musicale

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Sorcière le musical_©JulieMasson

Sorcière – le musical. Une tournée commence au Théâtre du Jorat

Sorcière – le musical, dans la douceur de sa musique, la violence des injustices historiques relatées, l’intensité des voix et des instrumentistes, avait résonné longtemps après avoir quitté le temple Saint-Vincent. Son écho toujours vibrant, le spectacle musical joué à guichet fermé l’année dernière à Montreux entamera une tournée qui débutera par le Théâtre du Jorat les 23 et 24 août 2025.

Texte de Katia Meylan

La nouvelle saison du Théâtre du Jorat affiche douze spectacles, un peu moins qu’à son habitude. En effet, les rénovations – qui permettront d’accueillir des spectacles de plus grande envergure et de recevoir le public dans un pavillon remplaçant la tente-cantine – seront tout juste terminées pour ouvrir le théâtre avec la première pièce, le 11 juin. Une programmation réduite donc, mais quelle programmation ! Ariane Moret, directrice du lieu, la dévoilait le 27 février dernier.

Alors qu’elle présentait les premiers spectacles, Alizé Oswald et Xavier Michel du groupe Aliose se glissent dans la salle. Se pourrait-il que… ? On tourne rapidement les pages du programme pour lever le suspense. Oui ! Sorcière – le musical viendra conter son histoire au cœur boisé du Jorat. Quel bonheur de savoir que l’aventure de cette création romande se poursuit !

Nathan Pannatier, Mané, Alizé Oswald, Tristan Giovanoli et Xavier Michel lors de la présentation de saison du Théâtre du Jorat.
Photo: ©Antoine Genoud
Photo de haut de page: ©Julie Massion

Un procès pour sorcellerie 

Sorcière, c’est l’histoire du procès de Louise, une femme accusée de sorcellerie au début du 17e siècle. Une femme ordinaire qui, comme tant d’autres à cette époque, se voit aliénée par les rouages d’une justice s’en remettant prétendument à Dieu, avec sa sœur pour seule alliée dans un paysage de protagonistes qui la condamnent par jalousie, par couardise ou par souhait de préserver sa position.

L’essence du projet

En visite au Château de Chillon il y a plusieurs années de cela, le compositeur romand Christophe Farin est saisi d’apprendre que des milliers de personnes – principalement des femmes – avaient été brûlées sur des bûchers pour sorcellerie dans le canton de Vaud entre le 15e et le 17e siècle. Alors qu’il se disait qu’il y avait là matière à créer un spectacle, il tombe sur la chanson Je n’suis pas folle d’Aliose, dont l’univers résonne avec ses projets. Ils se rencontrent et ensemble, composent une première chanson, Nos vies pendules. Elle leur portera bonheur, devant le conseil de fondation de la Saison Culturelle de Montreux qui, touché, décide pour la première fois de produire un spectacle.

La musique et la trame de l’histoire se tissent au fur et à mesure, s’adaptant en fonction des besoins l’une de l’autre. Les 14 chansons, empreintes d’une douceur magique, semblent contenir toute l’humanité qui déserte les périodes sombres de délation, aujourd’hui comme il y a des siècles. On reconnait tant la patte d’Aliose dans ces titres que, tout logiquement, Alizé (qui devait à l’origine n’être « que » compositrice et auteure) tient le rôle de Louise dans le spectacle. Une première en tant que comédienne pour la musicienne qui, guidée par la metteuse en scène Sophie Pasquet-Racine, livre une interprétation touchante. « J’ai accepté ce défi, car en fait, ce rôle, ce n’est pas une projection de l’esprit. Je suis née à une autre époque, mais j’aurais pu être Louise ».

Xavier, que sa formation d’historien avait tout désigné pour l’écriture du livret, raconte avoir tenu à respecter scrupuleusement les sources. « À chaque fois qu’on s’éloignait de ce qui était historique – lorsqu’on a tenté d’imaginer une histoire d’amour entre deux personnages, par exemple – on se rendait compte qu’on diluait l’essentiel ». Un choix artistique qui a probablement contribué à rendre l’histoire à la fois si juste, si injuste, si entêtante.

Le couple précise également avoir voulu se détacher de l’utilisation romancée de la figure de la sorcière, souvent dépeinte aujourd’hui comme une femme spéciale, libre, avec des pouvoirs propres à son essence. « Les sorcières, dans la plupart des cas, n’avaient rien de tout ça. C’était des simples histoires de voisinage, de jalousies, de bruits qui courent ».

Sorcière – le musical. Photo ©Julie Masson

Les artistes

L’une des grandes forces de ce spectacle est sa distribution. Pour donner la réplique à Alizé, on retrouve la magnifique Mané en petite sœur, Pascal Rinaldi en juge, Tristan Giovanoli en seigneur propriétaire de terres et Dominique Tille en médecin. Autour de Xavier Michel aux guitares, le batteur Félix Bergeron est un concentré d’intensité, et la violoncelliste Fanny Balestro est bouleversante lorsqu’elle interprète la douleur de Louise dans une danse torturée. Le chœur, frissons de la pièce tant les harmonies et les voix sont belles, est composé de huit solistes fort∙e∙s d’une belle renommée internationale, principalement venu∙e∙s du monde de la comédie musicale. C’est également le chœur, sous l’impulsion de Sophie Pasquet Racine, qui imprime une dimension contemporaine à la narration historique.

Sorcière – le musical. Photo ©Julie Masson

Ce spectacle immersif, qui réunit des artistes de la chanson francophone, du classique et de la comédie musicale, dont le sujet semble avoir touché une corde sensible, est l’évidence même que la scène romande n’a rien à envier ailleurs… et qui sait, Sorcière fera même peut-être son petit bout de chemin jusqu’à Broadway un jour ?

Sorcière – Le Musical
Les 23 et 24 août 2025
Théâtre du Jorat

Toute la programmation de saison du Théâtre du Jorat : www.theatredujorat.ch

Les dates de la tournée de Sorcière (à venir) : www.sorciere-lemusical.ch

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Oh my George! Gymnase de la Cité

Le Gymnase de la Cité joue, chante et danse Gershwin

Le cœur des gymnases vaudois bat pour Broadway! Il y a plusieurs années déjà, en 2018, les établissements de Marcellin (Morges) et de Beaulieu (Lausanne) avaient relevé un pari, celui de célébrer ensemble les 100 ans de la naissance de Bernstein en montant West Side Story. Ce week-end, le Gymnase de la Cité a vibré de jazz dans son spectacle original intitulé Oh my George!, mettant Gershwin à l’honneur. En six mois, profs et élèves ont élaboré un script, formé un orchestre et un chœur, élu des solistes, réalisé des décors, appris des textes et des chorégraphies (claquettes aux pieds!)… et finalement, présenté un spectacle devant les quelque 500 sièges du Casino de Montbenon, complet les deux soirs.

Texte de Katia Meylan

Ce projet, le Gymnase de la Cité le doit à la passion sans faille de la professeure de musique Charlotte Thibault-Moussouli qui, entourée de son collègue Pascal Millet à la direction musicale et de la metteuse en scène Anne-Sophie Rohr-Cettou, a su dénicher les talents et les enthousiastes au sein de l’établissement. Profs d’anglais, de français ou d’italien, élèves de toutes volées confondues étaient une soixantaine sur scène.

Oh my George!, c’est l’histoire d’une troupe amateur de Cossonay, invitée (par erreur) à Broadway afin de présenter un show en l’honneur des 150 ans du titre Rhapsody in Blue de Gerswhin. L’occasion pour les personnages de la pièce, tout comme pour les jeunes élèves du Gymnase de la Cité qui les ont interprétés, d’en apprendre plus sur le compositeur de génie et d’apprivoiser son répertoire alliant les musiques blues et le jazz du début du 20e siècle à l’univers classique.

Oh my George!, c’est aussi un peu l’histoire de tout spectacle amateur. L’idée folle de départ, les moments où l’on y croit mais aussi ceux où l’on a envie de partir en courant. Les égos et les amitiés, le trac, le travail, et finalement la sensation indescriptible de présenter la somme de tout cela devant un public. Alors comment mieux transmettre ce tourbillon d’émotions que par une mise en abyme aux teintée d’autofiction et d’autodérision? À les voir toutes et tous devant nous, on s’imagine aisément que les interprètes sont bel et bien passé·e·s par les émotions de leur personnage. La scène du casting prend là une double dimension pour ce qu’elle nous laisse entrevoir, derrière les personnages, des élèves et de la part d’artiste qu’ils·elles ont à révéler. À chaque candidat·e·s s’avançant, on ressent une pointe de vertige: quelle voix va sortir de ce corps? Quelles notes de ce saxophone? Est-ce que la magie sera rendez-vous?

Au-delà du côté comique de la scène du casting, la réponse est affirmative! Les quelques baisses de rythme dans les dialogues ici et là, dues à une articulation parfois imprécise, sont oubliées devant le plaisir communicatif de toute la bande, qui s’en donne à cœur joie. Les pièces chantées sont de belles surprises, tant en chœur – délicat Summertime aux voix se frottant et s’enlaçant sous la direction de Charlotte Thibault-Moussouli – que dans les solos, dans lesquels on témoigne d’un potentiel, d’une aisance de la scène ou déjà d’un travail amorcé il y a plusieurs années. Le naturel des un·e·s, la présence des autres, et l’énergie globale fut une vraie recharge de feel-good.

Et comme l’un des personnages le souligne: l’objectif n’est pas de présenter le meilleur spectacle, mais de le faire, et de le faire ensemble. Demain, les élèves retrouveront leur routine de gymnasien·ne·s, les profs leurs cours, presque comme si rien d’extraordinaire ne s’était produit… mais ce ne sera qu’en apparence car, la magie de l’art ayant opéré, tout sera un peu différent.

Oh my George!
Par le Gymnase de la Cité
23 et 24 février 2024
Casino de Montbenon, Lausanne

Retrouvez-les sur Instagram : ohmygeorge_lacite

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Blanche-Neige-ou-Presque-Marius-Mattioni

Quand Blanche-Neige taquine les conventions théâtrales

Coup d’envoi pour la compagnie Kick-Off. Leur première création Blanche-Neige… Ou presque!, jouée au CPO du jeudi 27 au dimanche 30 avril, tourne en dérision le théâtre dans ses ressorts scéniques, dans ses grandes aspirations à l’inédit, dans ses coulisses émotionnelles. Alors que l’auteure emmêle les ficelles de la narration et que la régie prend quelques libertés, Prof, Joyeuse, Simplet et Atchoum abattent le 4e mur à coups de pioches. Le tout en danse et en chanson.

Texte de Katia Meylan
Photos de Marius Mattioni

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Une auteure prometteuse

Le comédien Gilles Guenat, directeur artistique de la Cie Kick-Off, co-signe le scénario de sa toute première production avec l’auteure Roxane Gray. Après la comédie musicale Toutes pour Une en 2021 (boursière de la Société Suisse des Auteurs pour l’écriture de cette pièce), cette historienne spécialiste des questions de genre s’essaie avec succès au « Goes Wrong » musical avec Blanche-Neige… Ou presque!. Sous sa plume, l’humour de répétition côtoie des jeux de mots fins et jubilatoires, les personnages sont tantôt caricaturés, tantôt ciselés pour laisser apparaître ce qu’ils ont d’attachant. Les dialogues et les situations cocasses de ses scènes sentent le vécu, dans les tensions, la lassitude qui peuvent résulter des aventures théâtrales en amateur ou en professionnel… et à la fois – à un autre niveau de ce théâtre dans le théâtre – une joie d’être sur scène entre ami∙e∙s rayonne tout au long du script et au sein de la troupe réelle.

Roxane - Marius

Roxane Gray. Photo: Marius Mattioni

Une troupe fictive de bras cassés 

Il n’en est pas de même des membres de la troupe fictive, qui ont quant à eux chacun leurs raisons pour s’être réunis autour de Jacques (Frank Michaux), metteur en scène intense, névrosé par l’envie de bien faire et par les rouages du système. Aude (Giliane Béguin), l’interprète du rôle-titre, a envie de faire passer des messages engagés à travers cette relecture de Blanche-Neige, mais ne voit pas le concept de « contemporain » sous le même prisme. Eva (Jenny Lorant) se focalise plus sur l’apparence que sur la crédibilité de sa Méchante Reine; en résulte une scène hilarante où elle fait la surprise de son nouveau costume à ses partenaires de jeu. Le Chasseur (Gilles Guenat) et la stagiaire dans le rôle du miroir et du buisson (Zoé Klopfenstein), peut-être réels amoureux du théâtre mais gauches et dont le jeu laisse délibérément à désirer, sont irrésistibles dans leurs expressions et gestuelle comiques.

Blanche-Neige-ou-Presque-Marius-Mattioni

On l’aura deviné, entre texte oublié, lumières décousues et disputes en direct, c’est bien le « Ou presque » qui mène la trame. Et non pas qui mène la danse, car celle-ci fait partie des éléments qui, tout comme le chant, échappent au désastre ambiant de la fiction pour offrir au public une occasion de plus d’acclamer l’équipe de choc.

Parmi le public, maintenu hilare durant toute la pièce, le petit jeu à la sortie semblait être de deviner si tout était vraiment « fait exprès ». Et cette tenue débraillée? et cet accessoire qui s’est fait la malle? et cette chute quand-même très réaliste? Juste pour être sûres, on ne va surtout pas leur souhaiter de « se casser une jambe », comme cela serait de coutume à Broadway, mais plutôt… bonne chance (!), pour les quatre représentations de cette première production pleine de fraicheur, et toutes celles à venir. De toute façon, la superstition n’est qu’une convention de plus dont se moquer, non?

Blanche-Neige… Ou presque!
Du 27 au 30 avril 2023
CPO, Lausanne
www.cpo-ouchy.ch

 

*

(L’Agenda pourrait-il décréter 2023 « année de la comédie musicale »? D’ici à en faire une règle, il n’oserait pas, car ce serait arbitraire, mais il serait bien tenté d’en faire son année de la comédie musicale, par extension au dossier de son numéro 100 qui y était consacré. Comme une exhaustivité était impossible, il n’avait pas abordé toutes ses déclinaisons; notamment le « Goes Wrong », ce sous-genre théâtral qui, à grands renforts d’autodérision et de mise en abîme, expose ses personnages à leur triste sort, leur faisant subir tout ce dont pourrait cauchemarder un artiste lors d’une première.)

Fermée, la parenthèse ci-dessus nous dépose donc sur un siège du CPO lors la représentation presse, dimanche dernier, de Blanche-Neige… Ou presque!.

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Frou-Frou les Bains1

Nous avons fait un beau voyage 🎶

Au sortir d’une pièce de théâtre, on est toujours accompagné par une impression. De près ou de loin, et pour plus ou moins longtemps. Après la représentation de Frou-Frou les Bains, vaudeville musical avec lequel la compagnie TJP part en tournée romande, cette impression a été celle d’une joyeuse énergie pleinement dépensée.

Texte de Katia Meylan

C’est une joie toute entière d’être sur scène, d’y chanter, d’y danser et d’y interagir qui irradiait des neuf comédiens et comédiennes de la troupe du TJP hier soir, au Café-Théâtre de l’Odéon. Loin de se regarder dispenser au public les pitreries de leur cru ou écrites par l’auteur du texte, Patrick Haudecœur, toutes et tous semblaient les vivre avec une intensité et un plaisir d’autant plus communicatif.

L’histoire, d’abord simple, d’un directeur de cure thermale et de son équipe accueillant leur clientèle à l’heure de la réouverture saisonnière, se complique rapidement lorsque l’eau ne veut plus couler, que l’un des clients est pris pour le plombier et que des histoires amoureuses ou familiales s’entremêlent. Dans un beau décor tout de bleu et de blanc – seul élément paisible de la pièce –, le directeur (Fabrice Guillaume) râle et houspille son monde à qui mieux mieux tout en affichant un bagout de commerçant. Sa fille (Julie Schafer, rayonnante dans les parties musicales comme dans ses répliques) n’y va pas de main morte pour convaincre son amoureux Baptistin de demander sa main à son père. Ledit Baptistin (Jean-Gaël Diserens), bien qu’étant cabotin et spontané, essaie de surpasser son trac. Chez les curistes, la dépression de la lunatique Mathilde Moulin (Gisèle Balet, expressive à souhait) se frotte aux attitudes conquérantes du faux plombier Ferdinand Gronsard (Sylvain Dias, qui porte très bien la moustache et le costume des années 1910) et aux sourires renversants de la baronne (Léa Budaudi). Baronne enthousiaste mais qui reste lucide quant aux capacités intellectuelles et physiques son fils Charles (Pierre Saturnin), vieux garçon pas très dégourdi épris de Madeleine (Lucille Favre), une employée multitâche et vénale. Et, circulant là au milieu, un « Saturnin-Duguet-premier-chasseur-à-votre-service! » (Alexandre Juillet, danseur formé à l’école Rudra-Béjart), candide, adorable, décalé, qui répète tout sourire ce qu’on lui dit et ponctue gracieusement les imbroglios de grands battements et de pirouettes.

Photos: Arnaud Curchaud

Sur l’heure et demie que dure le spectacle, on rit beaucoup. Et si l’humour de répétition vaudevillesque n’est pas votre kiki – euh, votre dada –, pas le temps de s’en lasser, en voilà un autre qui rapplique: humour absurde, humour visuel, quiproquos, coups d’œil par le judas du 4e mur et petits imprévus du direct… Sans oublier une frénésie dans les répliques et un talent général pour la gestuelle – mention spéciale à la chanson Mon homme où Baptistin se fait malmener par une Juliette en pleine forme.

Les chorégraphies sont signées Alexandre Juillet, et la mise en scène est de Sara Gazzola. La metteuse en scène, formée à l’art de la comédie musicale et habituée aux productions de plus grande envergure, emmène cette fois un comité réduit de sa compagnie en tournée. Ayant obtenu les droits du vaudeville français pour une année, la troupe compte bien en profiter, avec 33 dates romandes décrochées. Débutée le 18 février au Théâtre de Colombier, la cure est actuellement à suivre au Café-Théâtre de l’Odéon jusqu’au 25 février, et se poursuivra à Morges, Pully, Fribourg, Cheseaux, Cossonay, Vevey ou encore Genève.

Sara Gazzola nous confie que ce début de tournée comporte déjà plusieurs défis, notamment celui d’adapter la mise en scène tant au petit espace de l’Odéon qu’au plateau de 100m2  de l’Octogone de Pully. Le contraste touche également le public, qui sera, selon le lieu, chaleureusement intercalé au plus près des comédien·ne·s ou confortablement installés sur les sièges rouges et rembourrés d’une grande salle de spectacle.

À chaque salle ses avantages, on aurait presque envie de toutes les essayer!

Frou-Frou les Bains
Jusqu’au 25 février
Café-Théâtre de l’Odéon, Villeneuve

Prochaines dates:

Jeudi 16 mars
Casino-Théâtre de Morges

Samedi 25 mars
Théâtre de l’Octogone, Pully

31 mars et 1er avril
Café-Théâtre du Bilboquet, Fribourg

compagnie.tjp.ch

Photos: Arnaud Curchaud

Comédie Musicale Théâtre

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Cocotte Minute. Photos de Jimmy Zanone

Râpes à fromage, courriers des lectrices et barbershop

LA VIE DES MÉNAGÈRES VAUDOISES DANS LES ANNÉES 50

On n’imagine parfois pas, ou l’on a oublié, comment les perceptions bien ancrées du travail, de l’éducation et du dévouement que l’on avait il y a soixante ans modelaient alors la vie des femmes romandes. The Postiche est remonté aux sources pour nous le rappeler, articles de journaux et chansons originales a cappella à l’appui!

Texte de Katia Meylan 

Il y a huit ans, The Postiche chantait des reprises d’airs fifties en demi-cercle choral, dévoilant déjà des voix maitrisées dans des harmonies serrées style barbershop. Année après année, les impertinentes et rayonnantes chanteuses ont conquis l’espace scénique, non seulement par leur présence mais aussi par des petites mises en mouvement d’abord, des esquisses théâtrales, puis des chorégraphies entières, pour finalement arriver à la véritable comédie musicale originale qu’est Cocotte-Minute.

Postiche

Photos de Jimmy Zanone

Le spectacle ramène le public en 1959, lorsque les Vaudoises obtiennent le droit de vote – une première pour la Suisse. La trame et ses textes sont le résultat d’un travail de recherche de la librettiste et metteuse en scène Stéfanie Mango dans les archives de « La jeune ménagère, journal destiné aux jeunes filles ». Les perles qu’elle y pioche éveillent un mélange de sentiments; une certaine admiration pour celles qui à l’époque ont endossé courageusement ce rôle de ménagère pas toujours choisi; un amusement d’entendre ce qui aujourd’hui nous paraît des sermons venus d’un autre monde; un soulagement de constater que sur certains plans les choses ont évolué, et une inquiétude quant à celles qui sont restées engluées. Finalement peut-être, une détermination rieuse pour le chemin qui reste à parcourir.

Les compositions croustillantes a capella de Joséphine Maillefer permettent aux chanteuses de s’accompagner au rythme des râpes à fromages et autres ustensiles de cuisine, et dans les mouvements, quelle fierté de voir défiler ces douze femmes, présentées comme « les silhouettes d’aujourd’hui ». Des silhouettes oui, mais incarnées par des voix, et quelles voix!

Cocotte-Minute, le musical 50s des ménagères romandes
Du 6 au 10 avril 2022
Centre culturel des Terreaux

Concours

Le concours est terminé! Le délai était au 20 mars à minuit.

Pour un aperçu vidéo du spectacle:

https://fb.watch/bOEO99JIFO/

 

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Fiasco. Photo de Louis Choisy

Road-trip vocal en Deux-Chevaux

Les quatre artistes de la troupe Provox, Dominique Tille, Faustine Jenny, Constance Jaermann et Jérémie Zwahlen, se lancent dans un road-trip sur des routes peu empruntées. Leur comédie musicale a cappella, qui n’aura du Fiasco que le titre, se joue dès ce mardi 8 mars et jusqu’au 20 mars au Théâtre 2.21 à Lausanne.

Texte: Katia Meylan
Propos recueillis auprès de Dominique Tille et Faustine Jenny

La trame

Alors que l’air n’est plus à la fête depuis longtemps, un quatuor se met en route aux aurores pour aller animer une noce à Chrüterchraft – une bourgade de plus sur leur routine de chanteurs de mariage. Quand l’incident se produit, les quatre ami·e·s se retrouvent à la croisée des chemins. Que devenir?

Des sketches à la comédie musicale narrative

En 2014, Provox se formait pour monter un premier spectacle intitulé Par les pouvoirs qui nous sont conférés, patchwork satirique de reprises sur le thème du mariage arrangées a cappella. « À l’époque, en chantant La Chenille ou Tourner les serviettes dans ce qu’on appelait notre Medley beauf, on s’imaginait déjà qu’on aurait pu être des chanteurs de mariage et certains sketch mettaient en scène les engueulades en coulisses, les moments de ras-le-bol », nous racontent Faustine Jenny et Dominique Tille.

Avec Fiasco, le groupe parcourt une borne de plus. En gardant l’identité légère, humoristique et bien sûr a cappella de Provox, ils imaginent cette fois un spectacle entièrement original.

Pour la trame, ils se tournent vers la scénariste Stéphanie Mango. « Elle nous connait bien et l’histoire de Fiasco est liée à la nôtre, mais un peu décalée », révèlent les membres du groupe. En se basant sur des types de personnalités proches des leurs, l’histoire tissée par Stéphanie propose à chacun·e un personnage approfondi. Un changement majeur par rapport aux sketchs interprétés jusque là.

C’est là une des spécificités de la pièce. « Chanter a cappella nous donne la contrainte théâtrale de ne pas pouvoir sortir du plateau, car à quatre voix, on est dans le minimum de l’harmonie. On doit trouver des astuces de mise en scène pour justifier le fait qu’on chante tout le temps; comme chaque personnage a sa volonté propre, si les quatre disent la même chose ce n’est pas cohérent », partage Dominique. « C’est une contrainte nouvelle pour nous, qui peut créer un nouveau savoir-faire! », ajoute-t-il encore, enthousiaste.

Fiasco. Photo Louis Choisy

Photos: Louis Choisy

Des compositions inédites

Qui dit spectacle original dit morceaux inédits. Lorsqu’on leur demande quel sera  le style musical de Fiasco, Faustine et Dominique répondent d’une seule voix: Lee Maddeford. La marque de fabrique du compositeur est en effet l’absence d’un style défini. « On lui a donné carte blanche. On pourra avoir un morceau purement comédie musicale avec des voix envoyées, un autre plus jazz avec des harmonies serrées, et tout à coup quelque chose qui ressemble à de la country ».

Bien placé en sa qualité de membre du quatuor, Jérémie Zwahlen réalise les arrangements vocaux pour un spectacle sur mesure. Et nos interlocuteurs de préciser: « Il connait nos voix, nos forces et nos faiblesses ».

Dominique Tille sent que la prise de risque et le côté intime du chant a cappella créent une communion avec le public. « On est nous-mêmes, à nu, c’est notre voix sans micro qui résonne. Je crois que cette sincérité plaît de plus en plus ».

Fiasco réunit ainsi les expériences de ces quatre artistes touchant à l’art choral, au chant classique, au théâtre ou encore à l’harmonisation. « On est dans notre zone de
confort, mais on en repousse les limites au maximum! », résume le musicien.

Fiasco
Du 8 au 20 mars 2022
Théâtre 2.21, Lausanne
www.theatre221.ch

Article paru dans L'Agenda papier Comédie Musicale

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François Wavre

Mercury, un charisme pour enflammer les esprits et calmer le thermomètre

Des chansons de Queen et des réflexions sur le thème du réchauffement climatique. Quel rapport? D’un seul mot, comme un cotillon, la compagnie Calmez-vous! souffle et le fil se déroule: Mercury. Freddie Mercury, chanteur charismatique condamné par le SIDA. Mercure, dieu messager de potentielles mauvaises nouvelles. Mercure, planète inhabitable du fait de ses températures extrêmes ou élément chimique d’un thermomètre qui monte, qui monte…

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Quelques jours avant le début de la première de Mercury qui se tenait en mars  2022 à l’Échandole, deux compagnies en pleines répétitions se croisaient entre les pierres du théâtre, à la pause de midi. « Vous faites quoi, vous ? » – « On sauve le monde ! » , répondait malicieusement la metteuse en scène Sophie Pasquet-Racine. Une boutade, mais qui reflète l’axe engagé avec lequel les esprits rêveurs de la Cie Calmez-vous! montent leur pièce. 

Ce que l’on ne trouve pas dans Mercury (puisque l’on parle de décroissance)

Parmi les problèmes de ce monde en peine, c’est celui du climat que la pièce empoigne à bras-le-corps, non seulement par sa thématique mais aussi dans les différentes étapes de sa création. Pas d’achats: 95% de la production est du recyclage – ce qui a surtout donné du travail à la costumière et au scénographe! nous répond Yvan Richardet, auteur de la pièce. Quant à la troupe, elle vit de nourriture locale végétarienne et de déplacements en train, dans la mesure du possible. « Comme dans le monde qu’on rêve! », résume Yvan.

Ce dernier n’en est pas à son coup d’essai sur le thème de la décroissance, puisqu’il s’était déjà intéressé de près à ce courant de pensée cinquantenaire dans son seul en scène L’Émeute, en 2018. L’écologie a toujours été un élément central de la vie d’Yvan Richardet. Le comédien nous confie que pour le tout jeune fils d’agriculteur qu’il était au début des années 90, « les écolos, c’étaient ceux qui empêchent, les extrémistes qui voulaient toujours faire opposition à un projet ». Mais ce combat pour un idéal l’intrigue. Il se documente et prend conscience que l’échéance de notre système se rapproche… jusqu’à devenir l’urgence n°1. 

Mercury François Wavre

Passer l’étape de l’anxiété

Aborder une thématique si complexe demandait bien une rhapsodie.
C’est lors d’un laboratoire de création qu’Yvan Richardet constate qu’un morceau de Queen, passé juste après avoir parlé d’un sujet grave, avait comme allégé la tension et fait prendre au thème une dimension poétique. Dans l’écriture de sa pièce, il aménage donc des alternances entre les faits – que l’on n’a pas toujours envie d’écouter – et la musique qui fédère spontanément. Ni covers ni parodies, leurs adaptations sont tantôt tranches de vie du groupe ou traductions lyriques qui servent la trame.
Aude Gilliéron, comédienne, confirme : « Tout comme le personnage de Cassandre que je joue dans la pièce, je suis moi-même angoissée par la question climatique. Chanter du Queen me sort de toute sensation négative. C’est une énergie pour la révolution! ». 

L’énergie débridée

Ainsi, dans l’histoire de Mercury, la création théâtrale est mise en abîme, tout comme les enjeux du discours écologique. Cassandre, doctorante dans le domaine des sciences, sèche sur la préparation de sa conférence TED au sujet de l’effondrement climatique. Comment en parler sans être culpabilisante, moralisatrice, sans tomber dans une suite de chiffres assommants mais au contraire la susciter, cette envie de révolution? Dans leur petit appartement, Cassandre et son amoureux mettent alors leurs idées en commun pour imaginer une conférence à la manière d’un théâtre de marionnettes pour enfants, d’une scène shakespearienne, d’un vaudeville du siècle dernier ou… d’une comédie musicale rock se basant sur la vie du plus charismatique des chanteurs. En parallèle de l’histoire de ces jeunes gens, on suit l’histoire d’autres jeunes gens, quarante ans plus tôt, qui apprennent que l’un entre eux a le SIDA…

Sur scène, Yvan Richardet, Aude Gilliéron, Simon Pellaux et Renaud Delay endossent tous les costumes et donnent de la voix. Quand certain∙e∙s dansent, les autres passent de la trompette au clavier électronique ou se font techniciens. Les flight cases tournoient en guise de décor et le public assiste à la création du tube We are the champions en même temps qu’il apprend le volume d’eau du lac de Morat et le pourcentage d’énergie renouvelable en Europe, qu’il se demande s’il veut faire naître des enfants dans ce monde ou qu’il se remémore ses jeunes années sur Bicycle Race, lorsqu’on lui avait dit que c’était ok d’être gay.

Mercury
Créé à L’Échandole en mars 2022

Prochaines dates:

Comédie Musicale La Semaine de L'Agenda

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Hollywood - Scène d'ouverture

Hollywood – rencontres éphémères avec les personnages du 7e art

From now onEverybody, need somebody… déboulés… jetés… mashed potatoes… Ma tête pleine de musique et mes pieds jaloux parcourent, sous la pluie, la distance de la Sallaz aux bas de Lausanne. On ne regrette même pas d’avoir raté le bus de 23h39 à Servion qui nous aurait assuré la correspondance. Le Théâtre Barnabé et la Compagnie Broadway ont le don de nous faire rêver, le temps d’un retour à la maison, d’un week-end, et de nous laisser les réminiscences pailletées de ce rêve jusqu’au lundi au bureau.

Texte de Katia Meylan

Décidément un petit air de Hugh Jackman chez Noam Perakis lorsqu’il ouvre le spectacle, en veston de cirque entre les rideaux rouges, entonnant le titre The Greatest Show. Autour, les chœurs-coulisses annoncent déjà tout le potentiel vocal de la troupe. Le directeur de la Compagnie Broadway et metteur en scène du spectacle est rapidement rejoint par les douze artistes qui composent Hollywood, dans un tourbillon de chant, de danse et de personnages différents. Si les rôles sont répartis selon les domaines de prédilection (on est notamment scotché par la voix de Tania Zoppi ou par le jeu de jambes de Gilles Guenat, plusieurs fois champion du monde de claquettes), toutes et tous offrent une performance complète – comme le veut l’art exigeant de la comédie musicale.
À l’étage, le Vincent Kessi’s Free Fellowship Band (VKFFB) les accompagne en live. Ce samedi-là, trois musiciens sont absents, d’autres ont dû prendre leur place au pied levé: « Remplacer trois musiciens sur huit quelques jours avant la représentation était un challenge. Il a fallu expliquer les enchaînements rapides et les interactions avec les comédiens, en plus de toute la partie purement musicale! », atteste Vincent Kessi, qui a assuré avec brio que le show n’en pâtisse pas.

Hollywood - Scène far west et DeLorean

Hollywood n’a pas de trame narrative, mais est composé d’une suite de sketches permettant de placer un maximum de références au 7e art (en débordant un peu de la pellicule, car on a cru y repérer Fort Boyard, Qui veut gagner des millions et peut-être Kaamelott). Impossible de toutes les citer, on en a sûrement raté quelques-unes et cela semble malicieusement fait exprès de leur part: Une DeLorean, un T-Rex, un Stormtrooper, Gollum-Dobby, Dumbledalf le Blanc discutant avec Katniss Everdeen, toutes et tous passent en un instant, éphémères, entrainé∙e∙s par le décor tournant du Théâtre Barnabé. D’autres références encore sont réservées au public fidèle de Servion, qui relèvera par exemple que Loren Muñoz et Giliane Béguin, véritables triple threat, retrouvent un instant leurs rôles respectifs de sœur Marie-Robert et Sœur Marie-Patrick de la production Sister Act en 2019. …Et cela juste après avoir campé la Petite Sirène ou Rose dans Titanic, et juste avant de redevenir des artistes de cirque pour clôturer le spectacle avec le titre From now on, à nouveau tiré de la comédie musicale The Greatest Showman. Après les blagues et le cinéma, retour au rêve, retour à ce que sont les artistes sur scène.

Oui, on a un peu la tête qui tourne de toutes ces rencontres. Et c’est ça qu’on aime!

Hollywood
Jusqu’au 19 février 2022
Théâtre Barnabé, Servion
barnabe.ch/spectacles/hollywood/

Comédie Musicale

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Voilà la vie parisienne

Voilà la Vie Parisienne

Les énergiques Raphaëlle Farman et Jacques Gay de la Comédie Lyrique sont de retour en ce moment à Genève, avec une création de leur crû, intitulée Voilà la Vie Parisienne, librement adaptée de l’opéra bouffe d’Offenbach (1866). Le livret, signé Raphaëlle Farman, est tissé autour d’airs lyriques et de chansons françaises familières à la troupe, qui en modifie les paroles aux besoins de sa trame humoristique.

Texte de Katia Meylan

Le décor est posé: un petit couvent, abritant cinq Sœurs et un Frère, décide de se transformer pour une nuit en maison des plaisirs afin d’entourlouper un riche baron, le faire dépenser son argent et ainsi éviter la ruine et la fermeture.

Si on dit que l’humour est personnel et que son sens varie d’une personne à l’autre… il est aussi sans aucun doute influencé par les fréquentations et par les discours qui nous nourrissent. Intéressée par les mouvances qui tendent à fluidifier plutôt qu’à exacerber les différences, je suis sceptique lorsque qu’un spectacle tire sur des ficelles genrées pour faire rire, mettant en scène hommes et femmes dans des rôles clichés bien définis. Si le rire passe en partie par la surprise, de voir un baron veuf à l’accent belge voulant s’en « fourrer jusque-là » de jeunes filles parisiennes, les reluquant, les consolant sur ses genoux, ne me surprend (malheureusement) pas plus que ça, ni de voir des filles se faire juger constamment sur leur beauté ou leur âge et toutes risquer de passer à la casserole contre leur gré.
(Un petit twist final dans les couples constitués a tout de même été inattendu, mais je ne vous le révélerai pas!)

Comme le chante le personnage du Frère dans une reprise en duo de Vous les femmes, travesti pour l’occasion et poursuivi par le baron« Je comprends si bien les femmes qui balancent leur porc!« . Quelques clins d’œil de ce type rappellent que le tout est à prendre au second degré, et que ces personnages aux traits grossiers sont surtout là pour chanter, danser et faire rire d’eux.

Jacques Gay nous confie à la fin du spectacle: « tout aseptiser, tout aplatir, et il serait difficile de rigoler! ». Les opérettes ou les vaudevilles, jupes courtes, paillettes, perruques et léopard à l’appui, ont de tout temps joué sur ces clichés. La Comédie Lyrique reprend ces codes, et le public est réceptif, tant sur les blagues que sur les chansons qu’il lui arrive d’entonner en chœur. À la fin de la pièce, de façon sympathique et familiale, les artistes présentent les jeunes de leur troupe et discutent volontiers avec la salle.

C’est très personnel, mais je me dis que, couplé à cette bonne humeur et à ce talent, plutôt qu’une trame pastiche, on aimerait une fois voir une proposition plus actuelle!

 

Voilà la Vie Parisienne
Du 13 au 16 décembre à 20h
Salle Centrale Madeleine
www.comedielyrique.com/voila-la-vie-parisienne-2

 

Classique et opéra Comédie Musicale Humour

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La grande parodie genevoise

Pour fêter la fin d’année, Genève se met sur son 31 en rire, danse et chanson. La Revue genevoise reprend le style désormais classique du cabaret-théâtre et plusieurs comédien-ne-s et danseur-euse-s reviennent sur les éléments marquants de 2021 avec humour et talent.

Texte: Alexandre Romi 

C’était la première fois en deux ans que je me rendais dans une salle aussi pleine. Je retrouvais la bonne vieille salle du Casino-Théâtre, avec ses sièges de velours rouge, ses balcons et ses moulures décoratives. Bien que le public n’ait été prévenu, la salle était apparemment en travaux, à en croire la première scénette. Nous avons ainsi assisté à la presque rénovation du théâtre, du moins au nettoyage, aussi peu efficace que possible, mais aussi drôle que nécessaire. Nettoyage effectué par nulle autre que Claude-Inga Barbey, qui interprète son fameux rôle de Manuela, femme de ménage à la langue bien pendue qui tente simplement de nettoyer le “bordel” laissé par les neuf acteur·trice·s et les six danseur·euse·s entre plusieurs scènes.  

Et du bordel ils en font! Les nombreux décors, effets lumineux, costumes et accessoires nous nous ébahissent, tant par leur variété que par leur qualité. Les scènes sont tout autant variées, allant de la politique genevoise tumultueuse à la finale de l’euro en passant par le covid. Le public autour de moi, moi inclus d’ailleurs, riait à gorge déployée devant l’incarnation somme toute fidèlement parodique de Vladimir Poutine par Jean-Philippe Meyer, ou lors du “One man Circus” de Laurent Deshusses. La qualité des intermèdes musicaux n’est pas en reste, car, même si la plupart des interprètes ne ferait pas se retourner un seul siège à The Voice, l’ensemble était très réussi, sublimé par des chorégraphies de qualité. 

Photo: Igor Kromov

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié les parties sur la politique, sur la culture et sur la médecine, qui étaient à la fois criantes de vérité par certains aspects tout en demeurant totalement satirique. Les interventions d’Alain Berset, nous enjoignant expressément à ne pas rire pour des raisons sanitaires et de médiocrité du spectacle, n’ont heureusement pas été respectées, tandis que Guy Parmelin nous montrait son fameux talent de polyglotte. 

Quelques rares scénettes étaient moins à mon goût; j’ai notamment trouvé que le propos du sketch sur le harcèlement en magasin, seul sketch où je n’ai pas saisi la référence d’ailleurs, était gênante, car il suggérait que les jeunes vendeuses étaient responsables de l’attitude machiste et harcelante de leur patron. En outre, j’ai constaté que certains éléments abordés dans le spectacle ont été tellement omniprésents cette année que les gens n’étaient pas forcément content·e·s de les aborder à nouveau, notamment sur le vote des femmes, et, d’un point de vue plus personnel, la victoire sur la France au football, bien que la scène constitue une très belle conclusion au spectacle. 

Photo: Igor Kromov

En guise de conclusion, j’ai été émerveillé par le brio du jeu et la diversité des pièces, entre théâtre, danse et concert, qui valent à mon avis le détour. C’était même un véritable feu d’artifice consacré à l’humour, j’entends

La Revue genevoise 
Du 14 octobre au 31 décembre 2021 
Casino-Théâtre, Genève 
www.larevue.ch  

Comédie Musicale Humour Théâtre

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Sugar, butter, flour

Ou « sucre, beurre, farine » – ce qui ne perd rien de son charme, c’est officiel. Mercredi soir au CPO, des artistes de comédie musicale de Paris et d’ici ont joué, en première mondiale, Waitress en français.

Texte: Katia Meylan

Écrite et composée d’après le film du même nom par la chanteuse pop Sara Bareilles, la comédie musicale Waitress a débuté en 2015 et se joue depuis à Broadway et dans le West End à Londres. La version française est toute fraîche puisqu’elle s’est créée – en version concert – pour la première fois sur scène avant-hier soir, à Lausanne!

Deux énergies ont convergé pour ce faire: celle des Parisiens Jérôme Bortaud et Laurent Stachnick, qui ont obtenu les droits pour devenir directeurs artistiques et co-auteurs/traducteurs de l’œuvre en français, et celle de l’équipe lausannoise de l’OPEN MIC & CO, qui travaillent passionnément à faire vivre la comédie musicale dans la région, notamment en organisant des workshop ainsi que des soirées concert suivi de scènes ouvertes au CPO.

Hier, la deuxième partie scène ouverte n’a pas pu avoir lieu pour cause de mesures sanitaires, mais personne parmi le public ne semblait déçu∙e. L’ambiance générale était plutôt à l’émotion d’avoir entendu Waitress sur scène, offerte par onze voix toutes plus généreuses les unes que les autres.

La troupe éphémère a pris le parti de présenter les chansons de Waitress en étant disposée en chœur, les solistes s’avançant pour chanter leurs solos, duos ou trios, accompagné∙e∙s en live par deux musiciens, au piano et à la basse électrique. Entre les différents morceaux, Laurent Stachnick narrait la trame de l’histoire, tragicomique, nous permettant de suivre pas à pas l’histoire de Jenna. Serveuse dans un « diner », enceinte de son mari violent, elle qui fait de si bonnes tartes, elle qui vient de rencontrer l’amour mais n’ose pas le vivre, rêve de refaire sa vie ailleurs…

Même sans avoir vu une version théâtrale, on découvrait chacun des personnages dans les attitudes des chanteur∙euse∙s. Aude Gilliéron, qui interprétait le rôle principal, était formidablement touchante. Elle était bien entourée, et les regards qui se lançaient sur scène, en plus d’être ceux de Jenna, Dawn, Becky ou du Dr. Pomatter, disaient aussi le plaisir d’être là.

Monter cette comédie musicale serait un travail titanesque, la version concert était donc un premier pas vers ce qui pourrait se faire dans le futur… On a hâte!

www.concert-openmic.com

Comédie Musicale

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La Cuisine saupoudre Dickens de neige et de burlesque

Jusqu’au dimanche 22 décembre, le théâtre éphémère La Cuisine (qui remplace provisoirement le Théâtre de Carouge, en rénovation) présente Un conte de Noël de Charles Dickens. Ce grand classique de la prose victorienne est adapté au théâtre par Claude-Inga Barbey, comédienne et metteuse en scène réputée dans la sphère culturelle francophone.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Photo: Carole Parodi

L’histoire est bien connue: Ebenezer Scrooge, vieil avare au cœur de pierre, n’aime rien ni personne. Il méprise tout contact amical, rudoie son employé et refuse de venir en aide aux pauvres gens qu’il croise quotidiennement, malgré tous ses moyens. Sa vie bascule lorsque, dans la nuit de Noël, il reçoit la visite de trois fantômes, l’Esprit des Noëls passés, l’Esprit du Noël Présent et l’Esprit des Noëls à venir, qui lui ouvrent les yeux sur ses choix de vie et l’incitent à devenir un homme meilleur.

Fable émouvante sur le thème de la rédemption, l’œuvre se prête également très bien à une adaptation scénique, et Claude-Inga Barbey ne s’y trompe pas. Optant pour une approche ouvertement festive et familiale, la metteuse en scène monte un spectacle à mi-chemin entre la farce et la comédie musicale. Si la pièce accuse un certain manque de rythme et souffre d’un humour un peu répétitif, on retiendra la très bonne performance de Claude Vuillemin en Scrooge bougon et misanthrope, ainsi que le charme facétieux de Pierric Tenthorey, qui campe un jeune clerc débordant de jovialité (en distillant par-ci par-là quelques habiles tours de passe-passe dont le comédien et magicien a le secret).

Photo: Carole Parodi

Là où la version de Claude-Inga Barbey se démarque particulièrement, comparée à des adaptations plus traditionnelles du conte, c’est dans l’ajout d’un personnage qui, bien qu’il ne figure pas dans l’œuvre originale, paraît si « dickensien » dans son essence qu’on n’y voit que du feu. Il s’agit de la vieille Arabella, tante de Scrooge, interprétée par la metteuse en scène elle-même avec un délicieux accent britannique tout en subtilité. Acariâtre jusqu’à l’archétype, le personnage d’Arabella est inspiré par une longue lignée de figures dickensiennes irrésistiblement antipathiques, et son influence la plus probable est sans doute à chercher du côté de la sadique Miss Havisham des Grandes Espérances.

Arabella aurait élevé son neveu orphelin avec tant de dureté qu’elle lui aurait transmis son amertume et sa haine de l’humain: tel est le parti pris de cette adaptation-ci, qui cherche, sinon à excuser Scrooge, du moins à offrir une explication à sa légendaire insensibilité. « Je reste persuadée que tout le mal commis par des individus sur cette terre, vient en grande partie du mal subi par ces mêmes individus auparavant » affirme ainsi avec chaleur Claude-Inga Barbey. Une thèse puissante, qui permet d’offrir au méchant Scrooge la plus belle des rédemptions, celle qui passe par le pardon envers celles et ceux qui nous ont fait du tort.

Un conte de Noël
Jusqu’au 22 décembre

Théâtre de Carouge – La Cuisine

www.theatredecarouge.ch

Comédie Musicale Théâtre

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Il était une fois Hollywood à la cinémathèque suisse

Pour notre plus grand plaisir en ces temps de compétition cannoise, la Cinémathèque suisse mise sur le glamour et les paillettes avec un cycle sur Hollywood. Retour sur quatre films à l’affiche, à découvrir ou à redécouvrir, jusqu’au 16 juin.

Texte: Marion Besençon

« Singin’ in the Rain » de Stanley Donen (1952)

Classique universel du cinéma, « Chantons sous la pluie » enchante son public depuis bientôt 70 ans. Cette comédie musicale nous parle d’amour en période de transition du cinéma muet au cinéma parlant. Avec humour et à grand renfort de situations burlesques, l’histoire des studios d’Hollywood est abordée dans l’esprit des meilleurs divertissements. Alors que les numéros dansés et chantés d’anthologie se succèdent, la bonne humeur est contagieuse. C’est le feel good movie de la rétrospective avec l’inoubliable Gene Kelly en as des claquettes!

« A Star is Born » de Frank Pierson (1976)

« Une étoile est née » est un remake à la signature musicale forte grâce à une bande son originale interprétée par Barbra Streisand qui tient d’ailleurs le premier rôle féminin. C’est l’histoire d’une passion entre un rockeur alcoolique sur le déclin et une chanteuse talentueuse sur le point d’être révélée au public. Dans cette version post-Woodstock de la naissance d’une star, préserver le couple des conséquences néfastes du succès consiste à adopter un mode de vie en autarcie dans les grands espaces américains. Malgré les garde-fous, l’utopie restera sans effet sur les pulsions destructrices du chanteur… Les rançons de la gloire et son lot d’émotions fortes: le tout façon hippie et en chanson.

« The Anniversary Party » de Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (2001)

Une actrice et un écrivain sélects réunissent leurs proches dans leur très chic villa hollywodienne pour célébrer leur sixième anniversaire de mariage. Les intentions sont pures: dire la longévité d’un amour, les réussites professionnelles de chacun et l’importance de l’amitié. Pourtant, la consommation d’alcool et de drogue autour de la piscine va faire surgir des vérités d’abord pour pimenter la soirée avant de la transformer en véritable cauchemar. Quels liens survivront aux nombreuses révélations explosives?

« Maps to the Stars » de David Cronenberg (2014)

Le retour inopiné d’une jeune psychopathe dans les quartiers huppés de Los Angeles va pousser au drame deux acteurs en quête d’une renaissance. Benjie est un enfant-star toxicomane sous pression sur le tournage d’une grosse production qui doit lui permettre de renouer avec le succès; Havana est une actrice dépressive qui vit dans l’ombre de sa célèbre mère et place tous ses espoirs dans l’obtention d’un rôle pour lequel elle n’a plus l’âge. Malgré un désir partagé d’affranchissement, ils seront rattrapés par leurs addictions et leurs démons – ceux-ci étant exacerbés par l’arrivée d’un personnage déviant à la casquette double de sœur et d’assistante personnelle. De cette vision radicale et morbide de l’industrie du cinéma ressortent les manies des stars et les pièges de la célébrité. Dirigée par Cronenberg, Julianne Moore crève l’écran (Prix d’interprétation à Cannes) et justifie en soi de voir le film.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur https://live.cinematheque.ch/films

 

 

Cinéma Comédie Musicale

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