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Illustration Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Les Écotopiales 2025, rencontre entre le scientifique et le créatif

Festival interdisciplinaire alliant science et créativité, Les Écotopiales est un événement ouvert à tous·tes qui met en avant l’imaginaire écologique et ses traces dans nos esprits et dans notre monde. Pendant deux jours, les 31 octobre et 1er novembre, le campus universitaire et la ville de Lausanne accueilleront de nombreux ateliers créatifs, projections de films et conférences scientifiques.

Texte et propos recueillis par Lucy Desarzens

Le festival propose des matinées scientifiques et des ateliers créatifs qui mettent en avant différents domaines artistiques tels que le cinéma, le dessin, le théâtre et l’Artivisme. Ces événements sont animés par des artistes et des scientifiques qui travaillent ensemble pour créer un espace accueillant et captivant permettant d’aborder l’écologie sous un angle nouveau.

Nous avons eu la chance de discuter avec Colin Pahlisch, chercheur à la Faculté des lettres et membre du Centre de Compétence en Durabilité (CDD). Il est le coordinateur général du festival les Écotopiales depuis sa première édition en 2024.

Nous lui avons posé quelques questions par rapport au festival, à l’importance des imaginaires écologiques ou encore sur la collaboration entre les scientifiques et les artistes.

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024

Lucy Desarzens, pour L’Agenda : Comment est née l’idée de créer un événement qui renforce le lien entre la science et le créatif au sein de l’UNIL » ?

Colin Pahlisch : L’événement fondamental a été la création du Centre de la Durabilité en 2019. La même année, une centaine de chercheurs et de chercheuses se sont rassemblé∙e∙s dans une grande salle pour identifier quels étaient les champs à travailler prioritaires. Et le champ qui est sorti sur l’ensemble de ces chercheur∙euse∙s était celui des imaginaires. C’est à partir de là que la question des imaginaires a commencé à devenir insistante du côté du Centre de la Durabilité. L’idée des Écotopiales est de démocratiser cette question, pour encourager le plus grand nombre à se l’approprier et à créer collectivement. C’est pour cela que nous proposons des conférences scientifiques le matin et des ateliers de créations collaboratives l’après-midi. Ces ateliers s’appuient sur différents médiums artistiques pour créer de nouveaux univers imaginaires. L’idée est de passer un après-midi à semer les graines de nouveaux types d’histoires, qui pourront ensuite être cultivées à plus grande échelle. C’est ça la signature du festival.

Comment se construit concrètement une collaboration entre un∙e chercheur∙euse et un∙e artiste ?

Ce que je constate aujourd’hui c’est qu’il y a une sensibilité des chercheur∙euse∙s à l’égard des enjeux de la création, et des créateur∙ice∙s à l’égard des enjeux de la recherche. C’est un festival qui est vraiment coconstruit par les chercheur∙euse∙s de l’UNIL, le CCD et le SCMS (Service Culture et Médiation Scientifique). En fait le CCD s’occupe de la coordination générale, mais tous les événements de recherche-création sont coconçus par les chercheurs et les chercheuses. Dans le cas de l’atelier « L’Art Vivant Carnavalesque » sur l’Artivisme, par exemple, nous avons approché Monika Salzbrunn, Léonore Vuissoz et Raphaela von Weichs, pour construire avec elles un événement qui fasse sens dans leur projet de recherche, et dans la thématique du festival. C’est ensuite d’elles-mêmes qu’elles ont pris l’initiative d’inviter le comédien et artiste drag LEON LOVER. 

L’idée est de tisser des collaborations au long cours, non seulement avec les services de médiation scientifique de l’UNIL, mais aussi avec la communauté de recherche de l’UNIL au sens large ! 

Illustrations: Louis Loup Collet – Écotopiales 2024 (2)

Quel est le rôle de l’imaginaire dans la transformation écologique — est-ce un outil, une forme de résistance, une manière plus attractive d’aborder le sujet ?

Un peu les trois, j’ai l’impression que ce sont un peu les trois. Une forme de résistance, ça c’est sûr. Je crois beaucoup à l’intuition de Castoriadis, un philosophe grec des années 70. Son livre L’institution Imaginaire de la Société montre à quel point les imaginaires sont incarnés par les personnes et les institutions, et peuvent constituer une force de changement. À condition qu’on laisse la place à ces imaginaires, mais surtout aux gens qui les cultivent. Qu’iels puissent découvrir d’autres formes possibles d’avenir écologique que celles que nous vendent actuellement le néolibéralisme et le capitalisme. Ensuite, les imaginaires sont un outil. On vit tous avec et par les imaginaires. Peut-être qu’un festival ayant pour but de mettre en lumière leur rôle aurait aussi pour fonction de nous conscientiser quant à la puissance de nos propres imaginaires et la place que ceux-ci occupent dans nos comportements.

Et est-ce que les imaginaires sont une manière plus facile d’accéder à la question écologique ? Oui, je pense. Mais évidemment, si on en reste aux imaginaires, on risque de ne pas pouvoir aller très loin. D’un côté, on a le pur imaginaire comme élan vers autre chose, et de l’autre côté l’exploitation des imaginaires comme maintien du statu quo. Les imaginaires sont un levier et une ressource, mais ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Je suis assez partisan de cette phrase de la sociologue Alice Canabate qui dit : « Pour transformer la société, il faut déjà être capable de l’imaginer ».

Que souhaitez-vous que les gens emportent avec eux après avoir participé à une journée du festival ou à un atelier ?

Des images, des expériences communes et peut-être l’étincelle d’un désir de changer le monde.

***

Pour finir, nous avons demandé à Colin Pahlisch ce qu’il conseillerait comme activités offertes lors du festival. Lors de la journée du vendredi, il recommande l’atelier d’écriture « L’allure des bêtes » ou l’atelier jeu de rôle « Rêver le vivant » qui ont eu des retours particulièrement positifs et transformateurs lors de la première édition. Le samedi, il attire l’attention des fans de bande-dessinées et d’arts graphiques sur l’atelier « Redessiner nos relations au vivant », offert par le dessinateur genevois Pierre Wazem, qui aura lieu à Plateforme 10.

La vingtaine de propositions qu’offrent les Écotopiales sur ces deux jours de festival seront autant d’espaces de créations et de réflexions collectives, nous ouvrant la porte vers un nouvel imaginaire écologique.

Les Écotopiales
Les 31 octobre et 1er novembre 2025
Campus universitaire et Ville de Lausanne
https://wp.unil.ch/ecotopiales/

écotopiales
Famille Festival

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Comic Market

La bande dessinée indépendante, l’alien des éditions

Pour sa deuxième édition, l’événement COMET, de son nom complet Comic Market, rassemble plus de 30 artistes indépendant.es suisses et internationauxales au cœur de Lausanne le samedi 18 octobre 2025. Un événement annuel qui célèbre un pan de l’édition encore trop peu connu.

Texte et propos recueillis par Géraldine Desarzens

Des visiteurse∙s enthousiastes sont regroupée∙s devant l’entrée de la Maison Pyxis à Lausanne, qui accueille la deuxième édition de l’événement COMET. Autant dire que ce dernier a du succès : sa première édition en 2024 accueillait déjà près de 400 personnes. Événement créé par le collectif Le Château Turbulent, COMET est dédié à l’auto et à la microédition des œuvres de bande dessinée. Des artistes qui sortent des sentiers battus et créent une alternative à l’édition « classique ».

Comic Market

Marché local et inclusivité

Le collectif du Château Turbulent a été créé en 2020 et œuvre depuis à la promotion des artistes indépendante∙s. « On est tous fans de bande dessinée et COMET était l’occasion de mettre en avant les artistes indépendants et les faire connaître auprès du public », décrit Julie Baechtold, membre du collectif. Être indépendant, c’est prendre en charge toute la chaîne de l’édition : imprimer et relier soi-même, mettre en vente, faire de la publicité. Toutes ces démarches chronophages permettent néanmoins une énorme liberté créative. La microédition est un bon entre-deux, car « dans un marché de la bande dessinée surchargé, dans lequel il est difficile d’obtenir un contrat chez un éditeur, elle accompagne l’artiste dans ses démarches tout en lui laissant sa liberté d’expression », confirme Julie Baechtold. Cette liberté réjouit beaucoup d’artistes dont les œuvres abordent des sujets tabous et adultes. C’est le cas de l’artiste Lia Kafka, qui vend ses bandes dessinées emplies de féminisme et de thèmes LGBTI. « L’édition est un marché impitoyable », confie-t-elle. Mais elle ajoute : « COMET est le genre d’événement qui sert à se démarquer et se mettre en valeur. C’est un petit boost à l’ego qui fait du bien »

Fichier PDF et fanzine : quand la bande dessinée se pérennise

Une exposition dédiée aux webcomics occupait le deuxième étage de la Maison Pyxis. Le webcomic est une autre couche de la bande dessinée indépendante, encore moins connue du public. L’exposition a le but de visibiliser les auteur∙trices qui vendent leurs œuvres en format PDF. Bien qu’il rompe avec l’impression sur papier, le webcomic devient un autre support créatif avec des possibilités interactives, en ajoutant par exemple des sons aux images ou en animant les dessins. Instagram est une plateforme privilégiée de diffusion de ce genre de bandes dessinées. Le réseau social permet d’atteindre un large public international. Mais une telle démarche a ses limites : « La notion d’original disparaît sur le digital, comme me disait un professeur de l’École de dessin et d’animation Emile Cohl à Lyon », se souvient Julie Baechtold. Elle poursuit : « Pour beaucoup d’auteures, la publication matérielle ramène la valeur de l’original et leur permet de reprendre contrôle de leur style ». Un sentiment partagé par Cédric Weidmann, étudiant à Ceruleum, école d’illustration et d’animation à Lausanne : « Le côté artisanal et matériel donne plus de valeur à l’objet ». Une valeur non seulement mercantile, mais également une clé de réussite. L’objet livre demeure un objectif pour les artistes : « Instagram est très fermé en termes d’algorithme, la politique Meta est compliquée alors que l’autoédition donne une plus grande liberté créatrice », confirme Lia Kafka. Il faut se soumettre aux règles de contenus jugés illicites et aux algorithmes, qui freinent la créativité de certaines artistes. Digitale ou pas, la bande dessinée indépendante se fait connaître. « COMET est un moyen de rendre les œuvres digitales plus tangibles aux yeux du grand public et de renforcer des contacts hors des réseaux », conclut Julie Baechtold.

Comic Market

En plus de l’exposition, trois ateliers sont venus rythmer le programme de la journée COMET : la reliure avec l’artiste Lydie Dramah, la risographie – technique d’impression japonaise qui donne à ses tirages un effet décalé et est favorisée tant par son prix abordable que par son style underground – avec le Bureau Culturel et la création de fanzine avec la Fanzinothèque Genevoise. De telles activités encouragent non seulement la promotion de la bande dessinée indépendante – digitale ou tangible – mais aussi sa pérennisation. COMET redonnera rendez-vous aux amateurice∙s de bande dessinée en 2026.

www.comet-comicmarket.ch

 

Festival Littérature

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Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay – Un oiseau de bonheur dans le Lavaux

Animée par l’ouverture d’esprit de la paroisse de Bourg-en-Lavaux, qui a choisi « une femme d’origine iranienne de confession non protestante en tant qu’organiste titulaire », la pianiste Layla Ramezan a fondé dans la région les Rencontres Musicales Homay. Après une première édition réussie en 2023, le festival rassemblera du 7 au 9 novembre prochain des musicien∙ne∙s de haut vol dans trois dialogues intimistes, qui traverseront les cultures et les siècles.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’ouverture comme une évidence

C’est un peu l’histoire de sa vie que joue Layla Ramezan dans ses projets artistiques. Assises à une terrasse à Ouchy, elle nous raconte que son parcours l’a poussée à s’ouvrir constamment à la découverte. « Quand j’étais petite, en Iran, il n’y avait pas de conservatoire, la musique s’étudiait en cachette. Mon professeur de piano était un compositeur et moi, en tant qu’enfant qui n’avait pas encore la culture de la musique classique, j’ai joué autant ses compositions à lui que Bach et Beethoven, sans préjugés. Sans m’en rendre compte, je baignais dès le départ dans une ambiance de création ». En 2000, à 17 ans, Layla Ramezan quitte Téhéran. Faute de visa pour les États-Unis, où s’en vont la plupart de ses connaissances, elle choisira d’étudier à l’École Normale de Musique de Paris, avant de venir s’établir en Suisse, huit ans plus tard. « J’ai vécu la première moitié de ma vie en Iran, et en arrivant en Europe, j’ai dû m’ouvrir, m’intéresser, m’adapter. Je suis un mélange de culture et j’ai été inspirée tant par l’une que par l’autre. »

Layla Ramezan

Layla Ramezan lors de notre rencontre à Lausanne, septembre 25

Façonnées à son image, les Rencontres Musicales Homay aspirent donc à faire dialoguer les traditions musicales, à laisser les artistes trouver leur espace de liberté et d’expression. « Le monde parait très grand, chaque culture a ses racines mais les limites sont fines. Je pense que l’on ne trouve vraiment son identité que lorsqu’on enlève les barrières, lorsqu’on parle une langue universelle. C’est à ce moment-là que nous sommes le plus proches de nous-mêmes. », prêche Layla de sa voix douce.

Des artistes en phase

Cette année, les trois concerts au programme, faisant la part belle à la création, seront liés par les thématiques de la terre et du folklore. Ils prendront place dans le cadre intimiste de différents lieux de culte de Cully et Villette, et offriront la possibilité au public de partager un verre de l’amitié au cœur des vignes avec des artistes de renommée internationale.

Rencontres musicales Homay 2023

Les Rencontres Musicales Homay 2023. Photo: Loan Nguyen

Le samedi 8 novembre à 20h au Temple de Cully, le compositeur Blaise Ubaldini, co-fondateur des Rencontres Musicales Homay, fera interagir en live ses improvisations électroniques et ses textes inspirés par la région au Lavaux avec des œuvres de Couperin, Bartók ou encore Liszt, jouées par Cédric Pescia au piano. Le dimanche 9 novembre à 17h à l’église Catholique de Cully, le contrebassiste Renaud Garcia‑Fons et la luthiste Claire Antonini, pointures du monde baroque, dialogueront entre musique du 17e siècle, jazz et musique orientale.

Untold Stories

Un rendez-vous très particulier sera celui du vendredi 7 novembre à 20h au Temple de Villette. Ce concert intitulé « Untold stories » propose un programme rarement  – voire jamais – entendu dans la région. Pour ce concert, Layla Ramezan s’est entourée de la compositrice et multi-instrumentiste américaine Kaley Lane Eaton et de son compagnon Rian Souleles, Grec d’origine et joueur de bouzouki. Leur programme, élaboré à trois, réunira la musique contemporaine expérimentale, celle de compositeurs afro-américains ainsi que la folk rurale de Kaley Lane Eaton, inspirée par Björk ou Kate Bush.

« Jai rencontré une Amérique extrêmement ouverte à dautres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques ».

Ce trio inattendu s’était rencontré en avril 2024, lors d’une tournée de Layla Ramezan aux États-Unis. « Ce voyage m’avait fait découvrir les USA », témoigne Layla. « Le public, la diversité musicale, les compositeurs : tout était pour moi une immense découverte. J’étais familiarisée avec la musique contemporaine américaine, avec les ‘extended techniques’ des compositeurs comme John Cage et George Crump, mais je ne connaissais pas du tout le répertoire afro-américain, par exemple. Il y a un tel amour dans ces traditions, un tel mysticisme ! » s’émerveille-t-elle à nous raconter. « Là-bas, j’ai aussi été très surprise par la réceptivité du public à ce que je proposais. J’ai rencontré une Amérique extrêmement ouverte sur d’autres cultures, que malheureusement on a tendance à oublier, en ces temps de troubles politiques. Ça fait partie de notre travail, nous les artistes, de montrer que d’autres réalités existent ». Ainsi, durant sa résidence, Layla rencontre Kaley Lane Eaton et l’idée d’un projet commun émerge. « Kaley elle a tout de suite été très enthousiaste à l’idée de venir en Suisse partager son amour pour son pays, au-delà des préjugés et d’une situation politique qui la fait souffrir ». À Villette, le duo folk formé par Kaley Lane Eaton et Rian Souleles partagera la scène avec Layla Ramezan, dans des arrangements créés spécialement pour voix, banjo, bouzouki et piano.

Comme un oiseau de bonne augure, le festival étendra ses ailes de paix sur le Lavaux.

Les Rencontres Musicales Homay
Du 7 au 9 novembre 2025
Cully et Villette, Bourg-en-Lavaux
www.homay.ch/festival

Billetterie: www.monbillet.ch

100 ans de musique iranienne pour piano

Un autre projet personnel qui occupe Layla Ramezan depuis maintenant 10 ans est sa recherche de répertoire perse inédit pour piano. Sur 4 albums de prévus au total, 2 sont déjà sortis. Le 3e opus, qu’elle enregistrera en décembre, présentera une commande à deux jeunes compositeur∙ice∙s d’après La Conférence des oiseaux, une œuvre de littérature mondiale du poète soufi Farid al-Din Attar. Pour enrichir le voyage, Layla a récolté des sons de Téhéran, leur ville natale à tous les trois, qui se feront entendre dans l’album.

www.laylaramezan.com

Classique et opéra Festival

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Les Créatives

Les Créatives 2025, entre déconstruction et reconstruction

Radicales et militantes, Les Créatives reviennent pour une 21e édition du 18 au 30 novembre prochain. Dans un climat au machisme croissant, le rendez-vous féministe impose sa place et son importance avec une programmation qui, comme depuis 20 ans, met en avant et valorise les créations et les luttes de minorités. Le dévoilement de cette édition était bien loin des conventions – à l’image du festival.

Catherine Rohrbach

Le 7 octobre dernier, Les Créatives ont invité journalistes et partenaires à se rassembler aux Bains des Pâquis, à Genève, pour annoncer la nouvelle programmation. Auprès d’une yourte, l’effervescence est palpable. C’est là, face au lac, que les organisatrices dévoileront leur manifeste 2025. À l’intérieur, une exposition a été créée pour l’occasion. On y déambule et découvre, sur des écrans et des affiches, les événements qui militeront dans le canton de Genève en novembre. Chaque panneau contient un code QR avec un coup de cœur de l’équipe. Chaque coup de cœur montre une direction résolument combative et pleine d’amour – au sens politique du terme, théorisé par la militante féministe Bell Hooks. Pour mettre en avant les artistes, un jeu participatif a également été créé : des cartes avec une description devant être reliées à l’artiste en question. Une belle façon de valoriser et de se familiariser avec les valeurs du festival. Sous la tente, une playlist se mêle aux échanges et fait résonner les artistes musicales qui joueront sur les scènes genevoises.

Bien que le lancement de la programmation ne soit pas une traditionnelle conférence de presse, les co-directrices Ermela Haile et Nevena Puljic ont tout de même donné un discours soulignant l’urgence des luttes féministes dans une société où fascisme et masculinisme prennent de plus en plus de place. La création artistique et culturelle devient ainsi une importante arme de déconstruction et la visibilité des voix minoritaires nécessaire à l’édification d’un monde plus juste. Rien de tel qu’un festival artistique et féministe pour bousculer le status quo. Le lancement de la programmation se termine avec un concert de l’artiste F月G qui incarne les valeurs du festival, avec une musique électronique douce et puissante à la fois, un thérémine et des textes multilingues engagés contre les violences sexuelles ou encore pour Gaza.

Au cœur de la programmation 2025, les thèmes de la construction – à l’image de leur affiche – du lien et de la collectivité tissent et rassemblent la quarantaine d’événements proposés : expositions, tables rondes, ateliers, performances, concerts et fêtes. En effet, si la culture permet la déconstruction de discours patriarcaux, elle est également au centre de la reconstruction collective. C’est la diversité des médiums et la pluridisciplinarité qui font la force du festival. Les conversations nécessaires qui s’entrelacent avec des performances artistiques et permettent ainsi de donner la parole aux identités délaissées par les politiques.

Le rugissement des Créatives se fera entendre tant qu’il le faudra, du 18 au 30 novembre 2025 et au-delà.

Parmi les noms à ne pas manquer, on retrouve notamment le collectif radical et punk Draga – Ô Guérillères, la poétesse états-unienne Aja Monet, les chanteuses Oklou, Nnavy, Uche Yara ou encore la journaliste Victoire Tuaillon, créatrice du podcast Le cœur sur la table, et le Kitsch Comedy.

La programmation complète est à découvrir sur www.lescreatives.ch

Aja Monet

Nnavy

Victoire Tuaillon

Festival

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Marcin Zdunik (2)

Marcin Zdunik – La beauté dans la simplicité

À quelques semaines de sa venue au Festival Chopin Genève, pour lequel il jouera en concert de clôture avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz, le violoncelliste Marcin Zdunik nous a accordé une interview en direct de Varsovie.

Propos recueillis et traduits par Katia Meylan

C’est un Marcin Zdunik en mouvement que nous rencontrons à l’autre bout du fil, mi-septembre. Arpentant la pièce, tout sourire, il nous confie qu’il vient de terminer la composition d’un oratorio de 45 minutes pour deux chœurs et orchestre, livré – juste à temps – à l’institution commanditaire. Avant sa venue à Genève, il devait penser ensuite au Concerto pour violoncelle en la mineur de Schumann, qu’il jouait deux jours plus tard avec le Cavatina Philharmonic Orchestra. Une vie remplie que celle de soliste ! Ouf : il finit par s’arrêter quelques minutes sur son balcon, au soleil.

Marcin Zdunik

↑ Marcin Zdunik en appel vidéo avec nous :)

L’Agenda : Le Festival Chopin sera votre premier concert à Genève, et également la première fois que vous jouerez avec Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz. Comment préparez-vous habituellement vos “première rencontre” ?

Marcin Zdunik : En musique de chambre, avant de se connaitre, on ne sait pas encore l’interprétation qui surgira d’une répétition. L’important est de se préparer à plusieurs options d’interprétation, d’être ouvert à ce que notre vision de certaines phrases se trouve changée. C’est ça qui est excitant ! Après avoir joué le répertoire de Chopin tant de fois dans ma vie, après l’avoir enregistré, j’en ai indéniablement une certaine vision. Mais jouer avec des musiciens que je n’ai jamais rencontrés me force à chercher d’autres solutions. C’est lorsque je me mets à la recherche de quelque chose de nouveau en moi que je me développe. Je me réjouis beaucoup de ce processus !

Le temps de répétition avant un concert est souvent plutôt court, est-ce que ça vous laisse le temps nécessaire ?

Par chance, Pawel sera bientôt à Varsovie quelques jours, ce qui nous donnera l’occasion de nous préparer plus longuement. On s’est dit qu’avec un répertoire si complexe, ce serait trop “tricky” de n’avoir qu’un seul jour de répétition. La Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano, particulièrement, serait presque impossible à jouer en un jour – ou alors, le résultat serait discutable. C’est une pièce qui, à son époque, était avant-gardiste ; quand Chopin l’a composée, il craignait de ne pas être compris par le public en France. Lui et son collègue violoncelliste Auguste Franchomme n’avaient d’ailleurs pas joué le premier mouvement en France pour cette raison. Ça en dit beaucoup sur la complexité de cette musique, sa singularité. Par conséquent, en tant qu’interprète, ça demande de trouver comment en raconter toutes les histoires. On prendra notre temps pour le faire ici à Varsovie, et ainsi on aura aussi plus de temps à Genève un jour avant le concert pour répéter le trio avec Olivia.

Quelles configurations privilégiez-vous dans vos collaborations ? Les collègues de longues dates ou les nouvelles rencontres ?

J’essaie de trouver l’équilibre. De rencontrer à la fois de nouvelles personnes sur certains projets, et en parallèle, de développer une vision sur le long terme. J’ai un trio avec lequel je joue depuis longtemps, nous nous connaissons par cœur, on improvise, on trouve un chemin sans avoir besoin de parler. Ce genre d’amitiés musicales sont fructueuses, elles sont ce qui nous permet de pousser plus loin notre vision du répertoire.

Et… êtes-vous bon équilibriste ?

Oui, je crois que pour moi ça se fait naturellement. Ma vie de musicien me plait, me permet de combiner mes activités de soliste, de musicien de chambre, de compositeur, d’improvisateur… Je n’aimerais pas être enfermé dans une case.

Vous êtes aussi enseignant à la Fryderyk Chopin Music University. Y a-t-il un sujet de discussion récurrent que vous abordez avec vos élèves à propos de Chopin ?

Oui, on a notamment des discussions inspirantes sur le rôle des instruments. Chopin n’était pas violoncelliste, et quand il composait pour piano et violoncelle, il bénéficiait de l’aide de son ami Auguste Franchomme. Personnellement je trouve les parties de violoncelle très bien écrites ! Leur particularité, si on les compare aux sonates allemandes de Beethoven ou Brahms, est de ne pas faire jouer la même structure, la même matière aux deux instruments, mais d’être attentif aux caractéristiques de chacun. Chopin les mène dans des directions complètement différentes. Le violoncelle est chantant, touchant, il n’a pas besoin de briller de façon virtuose comme le piano.

Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?

Beaucoup d’expérience, beaucoup d’écoute aussi. Même si j’ai entendu les pièces de Chopin un nombre incalculable de fois, à chaque fois que je les joue, je redécouvre en elles quelque chose de nouveau. Sa musique est profonde et complexe, elle comporte tant de détails… C’est ce qui fait son génie. Ce qui apporte beaucoup aussi est de se pencher sur le contexte, les inspirations du compositeur. Écoutez de la musique traditionnelle polonaise, mais pas uniquement : les sonates, par exemple, se réfèrent plus à Schumann et à Beethoven qu’à la musique folklorique. Chopin fréquentait les salons, les fêtes dans lesquelles les compositeurs s’amusaient à rivaliser en improvisant sur les airs d’opéras les plus connus. C’est tout un contexte qui enrichit la compréhension de son œuvre.

Le 12 octobre au Festival Chopin, vous allez jouer quatre pièces que vous avez enregistrées en 2021 dans votre album Chopin Chamber Music, avec Szymon Nehring et Ryszard Groblewski. Comment ces pièces évoluent-elles au fur et à mesure du temps ?

C’est difficile à dire précisément, car à chaque fois qu’on joue, la musique change avec nous. Mais je pense qu’une des constantes est que je tends à épurer. Au début, j’étais tout enthousiasmé par la musique de Chopin et je cherchais à faire des phrasés spéciaux, je cherchais des “solutions” originales. Plus je joue, plus je reviens à quelque chose de simple. Je découvre la beauté dans la simplicité.

***

Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve

Marcin Zdunik jouera avec la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

Classique et opéra Festival

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Olivia Jacobson

Olivia Vilmart-Jacobson: prédestinée à Chopin par une cassette audio

Vaste est le répertoire pour une musicienne qui se lance dans la musique de chambre, et nombreux sont les ensembles à cordes. Dans ce champ infini des possibles, le Quintette Éphémère, mené par la violoniste Olivia Vilmart-Jacobson, est l’un des très rares à se spécialiser dans l’accompagnement de la musique orchestrale de Chopin en version de chambre, dans des partitions écrites par le compositeur lui-même. Logique et inévitablement naturel, dira-t-on, car Olivia n’est autre que la fille d’Aldona Budrewicz-Jacobson, fondatrice du Festival Chopin Genève dont la 28e édition se tiendra du 2 au 12 octobre 2025. Interview d’une violoniste biberonnée à la musique polonaise.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

L’Agenda: Votre maman a fondé le Festival Chopin en 1997, alors que vous aviez douze ans. Est-ce qu’un∙e compositeur∙ice peut « rivaliser » avec Chopin dans votre cœur de musicienne ?

Olivia Vilmart-Jacobson : Comme j’ai été bercée depuis toujours par la musique polonaise, Chopin et le répertoire pianistique, c’était naturel de m’y intéresser. Mais ma passion première reste le répertoire pour violon, car je suis violoniste avant tout (sourire) ! Pour moi, ces mondes ne sont pas en « rivalité », ils se complètent. J’ai un plaisir fou autant à jouer les accompagnements pour cordes de Chopin que les grands concertos pour violon, la musique de chambre en sonate ou les sonates et partitas de Bach pour violon seul. J’aime aussi m’intéresser à d’autres manières, moins classiques, d’approcher les différents répertoires. C’est pour ça que j’ai fondé Les Archets du Léman en 2019 : on a donné des concerts en collaboration avec des écrivains, des comédiens, des chanteurs d’oiseaux, et même des mathématiciens.

Est-ce que vous vous souvenez de la première édition du Festival Chopin à laquelle vous avez participé ?

Je m’en souviens, car c’était la toute première ! J’étais là depuis le départ. D’abord pour distribuer des programmes, aider dans les coulisses… Au début, on fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a ! Ma maman est partie de très peu. Je suis en admiration devant ce qu’elle a su créer. Le Festival Chopin, c’est son troisième bébé, après ma sœur et moi (rire).

Toute jeune olivia

Une toute jeune Olivia Vilmart-Jacobson (à droite).

Et depuis dix ans, vous y jouez vous aussi en tant qu’artiste, à la tête du Quintette Éphémère.

L’expérience a même commencé en 2012, mais pas encore sous ce nom-là. J’avais monté un quintette pour accompagner les élèves des masterclasses. Au début, ça a été difficile de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. J’ai persévéré, et en 2015, j’ai trouvé Elsa Camille Sapin, mon « bras gauche » si je peux dire, et Giuseppe Russo Rossi à l’alto et Florestan Darbellay au violoncelle, qui sont là depuis le début aussi. Les contrebassistes Samuele Sciancalepore et Massimo Pinca s’alternent selon les projets, et l’altiste Sarah Chenaf nous a rejoints il y a peu. Chacun a une carrière bien remplie de son côté, mais on arrive toujours à se retrouver pour ce projet et avec tellement de plaisir à jouer ensemble.

Une belle longévité, comme si le nom du quintette avait conjuré le sort !

Oui, à l’époque, je ne savais pas combien de temps ça allait durer. En choisissant ce nom pour le quintette, j’ai surtout pensé au fait qu’on jouait ensemble à ce moment-là, ici et maintenant, dans l’instant présent – éphémère. Et pourtant, aujourd’hui, nous avons dix ans d’activité!

Dans ce contexte, vous vous êtes spécialisé∙e∙s dans l’accompagnement pour cordes de la musique concertante de Chopin. Quel est votre lien à ce répertoire ?

Quand j’étais enfant, je devais avoir 9-10 ans, j’allais à Sion prendre des cours chez Tibor Varga, on faisait le trajet tous les week-ends, soit avec ma mère, soit avec mon papa. Avec ma mère, pendant le trajet, on avait UNE cassette audio, un enregistrement des concertos de Chopin en version de chambre, joué par Marek Drewnowski et son quintette, qu’on écoutait en boucle. Il s’agissait du premier enregistrement au monde de ces concertos en version de chambre, et c’était d’ailleurs l’idée de Marek Drewnowski de les enregistrer. On n’arrivait pas à décider lequel on préférait, le n°1 ou le n°2, d’ailleurs on n’a jamais décidé. En réfléchissant, je crois que j’ai découvert ces concertos en version de chambre avant même d’entendre les versions orchestrales. C’est drôle de penser que par la suite, Marek Drewnowski a été le tout premier pianiste à jouer au Festival Chopin, qu’il est devenu un ami de la famille et que, presque trente ans plus tard, je joue régulièrement avec son fils Michal !

Est-ce qu’un∙e pianiste invité∙e au festival vous a laissé un souvenir particulièrement marquant ?

Plusieurs… Évidemment, certains musiciens nous touchent plus que d’autres. Il y a eu un récital de Krzysztof Jablonski pendant lequel j’ai été submergée, le souffle coupé.

Que faut-il selon vous pour comprendre Chopin ?

Une sensibilité au folklore polonais et – sans même forcément la parler – une sensibilité à la rythmique et à la mélodie de la langue polonaise. Ça aide à faire des phrasés qui ont du sens. Je l’entends, quand quelqu’un est sensible ou non à cette mélodie. 

En concert d’ouverture, votre quintette va interpréter avec Leonora Armellini la Grande fantaisie sur des airs polonais et le Rondo à la Krakowiak , que vous aviez joué avec François Dumont en 2021. J’imagine que le quintette s’adapte aux propositions des solistes ?

Exactement. On a hâte de rejouer pour la deuxième fois ce répertoire, qu’on joue beaucoup moins souvent que les concertos ! François Dumont nous avait proposé sa version qui, à mon sens, était magnifique, et on se réjouit de découvrir celle de Leonora. On se retrouve toujours face à d’autres interprétations, ça demande d’être à l’écoute les uns des autres, à l’écoute du soliste, beaucoup de souplesse de jeu et de réactivité. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet… (sourire mutin). Lorsqu’on a joué le Concerto en fa mineur l’année dernière avec Michal Drewnowski, il est arrivé à la répétition avec l’envie de proposer une interprétation différente de toutes celles qu’il avait jamais pu faire ou entendre. Il a joué presque sans aucun rubato, alors j’ai laissé de côté ma partition où j’avais noté les rubatos de tous les autres pianistes depuis dix ans et j’en ai repris une nouvelle, totalement vierge. On est arrivés le soir du concert… et là, avec l’adrénaline, le background de son père, le sien, le contexte de la musique polonaise je pense… il a commencé à jouer avec tous les rubatos possibles et imaginables ! On s’est regardés avec mes collègues du quintette, et on a tout de suite compris ce qu’il allait faire et ce qu’il fallait faire, même si cela n’avait rien à voir avec ce que l’on avait répété. À la fin du concert, on en a discuté avec Michal et on en a tellement ri. Ces rencontres, à travers le quintette éphémère et ses expériences musicales singulières, sont avant tout une véritable aventure humaine !

***

Festival Chopin Genève
Du 2 au 12 octobre 2025
www.societe-chopin.ch/fr/programme/festival-chopin-geneve

Le Quintette Éphémère jouera avec la pianiste Leonora Armellini lors du concert d’ouverture, le 2 octobre à 20h au Conservatoire de Genève.

Olivia Vilmart-Jacobson jouera avec le violoncelliste Marcin Zdunik et le pianiste Pawel Mazurkiewicz lors du concert de clôture, le 12 octobre à 17h au Conservatoire de Genève.

Classique et opéra

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Faire Troupeau

Faire troupeau – Un conte catastrophe plein d’amour au far° à Nyon

Ce soir, le festival far° à Nyon ouvre sa 41e édition. On pourra y découvrir notamment la pièce Faire troupeau, écrite, mise en scène et jouée par Marion Thomas. Un spectacle à mi-chemin entre enquête scientifique, stand-up, film d’action raconté par un enfant, discours politique et speech motivationnel sur beauté de nos espèces humaines et animales.

Texte de Katia Meylan

« Vous êtes là » ?, demande l’écran au public assis dans la pénombre. D’abord par texto et emojis interposés, puis en sortant timidement de derrière son buisson, Marion Thomas nous jauge, nous amadoue. Avec affection, elle s’adresse au « troupeau » face à elle. Elle aspire à le rejoindre. Elle le questionne, l’enjoint à écouter son instinct social, ses élans de solidarité.

Dans sa propre peau, dans celle d’un mouton ou dans celle de Bruce Willis, la comédienne raconte. Des scénarios catastrophes à la Armageddon, des résultats d’enquêtes zoologiques et sociologiques, des histoires vraies de pouvoir et d’amour. Face à l’attaque d’une meute de loups, face à un tremblement de terre, à un ouragan, à la montée des eaux… Comment réagit l’individu ?

La pièce est immersive, presque participative… mais pour les moutons les plus craintifs, pas d’inquiétude à avoir : la participation se fait à l’intérieur. Très fortement, par les questions qu’elle soulève, par la conscience qu’à tout moment, elle nous fait prendre de nous-même en tant que public, en tant qu’animal, en temps qu’humain∙e, Marion Thomas nous rend partie intégrante de l’instant.

Faire troupeau ©DR

Touchante comme une enfant sérieuse, cette claustrophobe au petit côté geek profite totalement du fait que des gens se soient assis là pour les prendre en otage durant une heure trente ! Et on se laisse bien volontiers embarquer dans ses passions et obsessions, ses recherches, ses questionnements et ses réflexions, livrées avec une bonne dose d’humour. On en ressort avec comme une fierté de faire partie du troupeau.

La pièce a pris sa source en 2023 grâce à une initiative du far°, dans le cadre de la toute première édition de Récits du futur, une résidence de recherche d’écriture et de création pour modifier nos imaginaires et réagir face aux crises environnementales. Elle a été coproduite par Le Grütli à Genève et La Grange à l’Université de Lausanne, ainsi que par plusieurs scènes françaises (de Nantes, Angers, Saint-Nazaire, Lyon et Paris).

Faire troupeau
Les 7 et 8 août 2025 à 21h
Festival far° – Usine à Gaz, Nyon
www.far-nyon.ch/spectacles/faire-troupeau

Tout le programme du far°, du 7 au 16 août: www.far-nyon.ch

Festival Théâtre

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BuskersÀMorges, photo STEPHANIE MONTESINOS

BuskersÀMorges – Voyage improvisé

Du 13 au 16 août, il fera bon vagabonder à Morges, oreilles au vent. Au bord du lac, dans la cour du Château ou en passant par une petite rue piétonne, on aura de fortes chances de tomber sur l’une des treize propositions artistiques du festival BuskersÀMorges.

Textes et propos recueillis par Katia Meylan

On repart en voyage ! Durant quatre jour, en cette dernière semaine de vacances, les musiques du monde répondront dans les rues de Morges. Griots percussionnistes du Sénégal, Son traditionnel mexicain, flamenco, ou swing hawaïen, la découverte sera au tournant, sans artifices, sans scène ni micro. Face à face, tout simplement. Ce concept de Buskers, déjà très connu dans d’autres villes du monde, fait gentiment son nid à Morges.(L’Agenda en parlait lors de la première édition, dans son numéro juillet-août 2022).

Le festival n’a pas de billet d’entrée, mais il est participatif : le public, en fonction de ses moyen, contribue à son existence en achetant le programme, vendu à 10 francs avec le badge de soutien, en mettant quelque chose dans le chapeau destiné aux artistes, et en passant faire un tour aux food trucks. La découverte culinaire fait également partie du voyage, avec des saveurs venues d’Italie, de Grèce, d’Iran, du Maroc, du Tibet, du Viêt-Nam ou encore du Pérou. Et au bar, les vins locaux de Villars-sous-Yens ont pour rivaux des cocktails d’inspirations un peu plus lointaines !

BuskersÀMorges édition 2024. Photo: Javier Badalona
Photo de haut de page: Stéphanie Montesinos

Nous avons eu l’occasion d’échanger par téléphone avec Sylvie Pasche, directrice artistique du BuskersÀMorges – en direct de République Dominicaine, où son amour pour les musiques du monde la mène très souvent. Elle s’est prêtée à l’exercice de notre petit Questionnaire de Proust.

Si le festival était une odeur ?
Caramel.

Un goût ?
Épicé.

Une phrase qu’on se hèle en passant ?
Eh salut ! Tu étais où, tu as écouté qui ?

Un slogan vaudois ?
Aux Buskers, vous serez déçus en bien !

Un secret bien gardé ?
La programmation. On connait les artistes, mais pas où ni quand ils vont jouer… sauf si on achète le programme.

Un émerveillement ?
Les enfants. Ils s’arrêtent partout avec un regard frais, n’ont pas d’a priori ni de barrière vis-à-vis des artistes. Chaque année je les vois écouter, danser sur des chants mongols, des chants yiddish… ça s’inscrit dans leur mémoire culturelle.

Un groupe à suivre partout si on a envie de danser ?
Papelucho Sound System : c’est de la rumba chamanique, tout un programme ! Mais il y en a d’autres aussi…

Un concert devant lequel s’allonger et fermer les yeux ?
Le duo de cordes et voix méditerranéennes, elles sont juste magnifiques. C’est un voyage entre jazz, opéra lyrique, chant traditionnel d’Italie du Sud… Je suis très contente qu’elles aient accepté de venir au Buskers. Quand elles jouent, on pose sa bière, on a juste envie d’écouter.

Un concert inattendu ?
L’altiste virtuose « fou furieux », Emil Hasala ! Lui, à l’âge de 9 ans, il jouait dans les orchestres les plus prestigieux de Slovénie. Quand je l’ai invité, je lui ai demandé s’il avait l’habitude de faire de la rue. Il m’a dit « Écoute, je commence. Ça me fait un changement, je m’amuse ! ». Il improvise avec sa bande son sur des thèmes connus, il prend tout le monde par surprise, ceux qui aiment la musique classique et ceux qui ne connaissent pas. Il montre que les instruments à cordes sortent des fosses d’orchestre.

[Ndlr : En réalité, Sylvie Pasche nous a parlé de tous les groupes, c’était trop difficile de n’en citer qu’un par question ! Alors… il ne tient qu’à vous d’aller découvrir la programmation]

Une anecdote des éditions passées ?
Comme les artistes sont là toute la semaine, ils ont le temps. Ils mangent ensemble, ils vont s’écouter les uns les autres, et comme ils n’ont pas de set-list imposée, tout est ouvert ! Des affinités se créent, on a souvent vu des artistes s’inviter à jouer et improviser ensemble. L’année passée… le festival a même vu naitre une histoire d’amour !

BuskersÀMorges, édition 2024. Photo: Gilbert Badaf

Festival BuskersÀMorges
Du 13 au 16 août 2025
Dans les rues de Morges
www.buskersamorges.com

Famille Festival Musique actuelle

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Festival de la Cité 2024 Nikita Thevoz

3 Grâââââââces au Festival de la Cité

Flâner, partager une bière et une gaufre (avant, elles étaient à 5 francs, tu te rappelles ?), compter le nombre de connaissances croisées en une soirée avec mon amie bibliothécaire (elle a gagné), danser devant la scène du Grand Canyon, attendre le prochain spectacle assise dans la paille sur le Pont Bessière, ou encore écouter bouche bée, sans voir le temps passer, le manifeste trans de Laurène Marx. La semaine prochaine, à mes souvenirs hétéroclites de festivalière s’ajouteront de drôles de personnages tout de carton vêtu∙e∙s.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Du 1er au 6 juillet à Lausanne, cette 53e édition du Festival de la Cité sera faite de musique, de performances et d’installations, mais aussi de propositions pour les tout jeunes. C’est notamment le cas du spectacle Les 3 Grâââââââces, accessible dès 3 ans, imaginé par évo mine lambillon et Judit Waeterschoot – avec qui j’ai échangé la semaine dernière en visio – et Filomé Robinson Starck.

Le trio, issu du Bachelor en Danse contemporaine de La Manufacture, me raconte s’être formé par amitié et par une envie commune de créer pour le jeune public. « Entre nous, on a une énergie enfantine… c’est pour ça qu’on a imaginé un spectacle à vivre et partager sur scène avec les enfants, comme s’ils étaient nos ami∙e∙s ! » rient Judit et évo. « Le spectacle s’adresse à tous les âges : on n’a pas voulu être simplistes, non seulement pour que les adultes aient du plaisir, mais aussi car les enfants ne sont pas bêtes ! Ils comprennent beaucoup de chose », affirme Judit. Et évo d’ajouter : « On s’est quand même posé beaucoup de question ; on a évidemment fait attention à la sécurité, mais aussi à l’intensité, pour ne pas trop les envahir ».

Les Trois Grâââââââces

Photo: Les Trois Grâââââââces
Haut de page: Festival de la Cité 2024 © Nikita Thevoz 

Sur les ruines d’un château en carton volé en éclats, une galerie de personnages, papillon, oiseau ou soldat fragile, prennent vie. Entre fashion-show, théâtre en mouvement et interactions, les artistes célèbrent la force de l’imagination et la possibilité de réinventer ses propres fêtes. Trois Grâces, au-delà des traditions et des mythes antiques, trois identités joyeuses, créatives et sociables se révèlent…

***

Le mercredi à 17h15, les trois artistes proposent un workshop durant lequel les enfants pourront créer leur propre costume en carton, puis, pourquoi pas, déambuler dans le festival avec !

Les 3 Grâââââââces

  • Le spectacle (~ 30 minutes)
    Mardi 1 juillet, jeudi 3 juillet et vendredi 4 juillet à 17h15 et 18h30     
    Pyxis, Lausanne          
  • Le workshop (~ 45 minutes)
    Mercredi 2 juillet de 17h15 à 18h
    Pyxis, Lausanne

Édition 2025, quelques nouveautés

  • Chorale participative menée par la contrebassiste Louise Knobil et la cheffe de chœur Johanna Hernandez. Après quelques répétitions en commun, des chœurs romands et des choristes volontaires se produiront ensemble le samedi 5 juillet à 17h à la Cathédrale
  • Concert de Model/Actriz, « meilleur groupe de rock au monde actuellement » selon Joe Frailich de la programmation Musique actuelle – faites-lui confiance
  • « Pass accessibilité » à obtenir aux stands info du Festival sous forme de badge, pour permettre aux bénévoles et au public d’identifier les personnes qui pourraient avoir besoin d’aide

Édition 2025 – recommandations de 2 des 3 Grâââââââces :

évo : le talu, rap belge queer et engagé
Mercredi 3 juillet à 20h15, Pont Bessières

Judit : Piñata Cake, performance de cirque de Gaël Santisteva
Jeudi et vendredi à 22h30 à La Perchée

Toute le programme sur : www.2025.festivalcite.ch/fr/

Famille Festival

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Pierre-Do Schubert: recettes, remixes et beautés

Schubert entre récital lyrique, conférence et stand-up

En se penchant sur la recette des « tubes » de Schubert, Pierre-Do Bourgknecht a peut-être trouvé la recette d’un spectacle qui marche ! En effet, depuis sa création pour les Schubertiades d’Espace 2 en 2022, son Schubert : recettes, remixes et beautés ne s’arrête plus, encouragé par le bouche-à-oreille d’un public conquis, de Givisiez à Marseille en passant – évidemment – par Avignon et nombres de villes et bourgades romandes.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Le concept est inspiré de « La Chronique de Pierre-Do », que le musicologue anime depuis 2017 dans l’émission Vertigo et pour laquelle il décortique des tubes. Sur scène, un Pierre-Do super-énergique en short et T-shirt joue du clavier tout en expliquant l’utilisation de l’ostinato chez Schubert. À ses côtés, le violoncelliste Sébastien Breguet se coiffe, impassiblement immergé dans son rôle de Marguerite, la soprano qui a inspiré à Schubert son lied Marguerite au rouet. Du Trio en mi bémol majeur à Dark Vador, de Erlkönig à Rammstein, de la Symphonie n°8 à Gargamel, les deux amis s’amusent à se mettre en scène dans des situations improbables pour illustrer ce que les œuvres d’un compositeur romantique peuvent avoir en commun avec la musique pop d’aujourd’hui.

Photo (et photo de haut de page): Johanna Bourgknecht

En bon jazzman-chroniqueur-enseignant, Pierre-Do nous dit avoir d’abord accumulé quelques instincts, avant de se mettre au boulot. « J’avais déjà des idées en tête – car ça m’arrive très souvent d’entendre des musiques dans d’autres musiques. J’ai écouté les pièces de Schubert, je les ai jouées, j’ai fait une liste avec les morceaux pour lesquels j’avais quelque chose à raconter. J’ai repris la partition du cycle des Winterreise, j’ai lu la biographie de Schubert par Brigitte Massin… Avec Sébastien, on a décidé de partir sur le sujet de l’accompagnement ». En résulte une conférence illustrée technique, biographique et drôle sur la façon dont Schubert a écrit huit de ses pièces en mineur.

Un public averti pourra jouer avec l’univers de Schubert, s’amuser à réunir des mondes inattendus. Mais un public ne connaissant pas Schubert du tout, ou même un très jeune public, peut y trouver son compte aussi, assure Pierre-Do. « On ne joue pas chaque œuvre très longtemps, et c’est de la belle musique – c’est Schubert, quoi ! – alors ça capte tout de suite ». De plus, le spectacle a été travaillé avec OrganiCité, une structure qui œuvre dans le but de mettre la médiation au cœur même du spectacle afin de mieux rencontrer le public.

Multi-talent, Pierre-Do avait déjà tous les éléments en main pour porter ses chroniques à la scène. Tous, sauf la danse. « Quelque chose que j’ai adoré faire, pour cette première conférence-spectacle, ça a été de travailler deux après-midis avec les chorégraphes Jasmine Morand et Fabio Bergamaschi, pour Flashdance notamment. Je ne suis pas danseur, donc je fais ce que je peux, mais c’était génial ! »

Un érudit drôle et un musicien virtuose qui s’aventurent hors de leur zone de confort pour nous raconter Schubert, que demander de plus !

***

Prochaines dates de Schubert: recettes, remixes et beautés

  • Vendredi 27 février 2026
    CPO, Lausanne (VD)

www.pierredo.com/schubert-tournee2025

Deux autres spectacles musicaux, basés sur le même concept, We are the Champions et Le Tube fribourgeois, continuent également leur petit bonhomme de chemin !  Toutes les dates sur :
www.pierredo.com/

 

Schubert et Dark Vador brunchent à Lucens

(Article du 18 juin 2025)

Du 27 au 29 juin 2025, le festival Lucens Classique fête ses cinq ans déjà : cinq ans de dolce vita châtelaine à la campagne, entre cocktails dînatoires, concerts aux étoiles livrés à la douceur de la nuit, yoga matinal et brunch musical en famille. On peut s’y rendre pour un concert seulement ou, selon ses plans en ce début d’été, y rester jusqu’au dimanche matin… pour le spectacle Schubert: recettes, remixes et beautés, par exemple ! L’Agenda a échangé avec Pierre-Do Bourgknecht, comédien-musicien à l’origine de ce spectacle qu’il mène tambour battant avec son acolyte violoncelliste.

Lucens Classique 2025

Le violoncelle, on l’a d’ailleurs noté, brillera tout au long du week-end, dans différentes configurations. Vendredi soir à 18h30, il résonnera au sein des United Strings of Europe dans un programme qui réunit Les Quatre Saisons de Vivaldi et celles de Piazzolla, puis s’exprimera en solo jazz-électro à 22h15 sous l’archet de la musicienne Lucie Göckel. Le lendemain, il sera tantôt membre du Trio Pantoum dans des pièces d’Arenski et Schubert, tantôt moitié d’un duo, celui formé par la violoncelliste Camille Thomas et le clarinettiste Yom dans un répertoire original de compositions de Yom et d’arrangements de pièces de Bach.

Le dimanche matin, le violoncelle se révèlera comédien, dans les bras – ou sur une épaule ! – de Sébastien Breguet, soliste de l’Orchestre de chambre de Fribourg, aux côtés de Pierre-Do Bourgknecht dans le spectacle musical humoristique Schubert: recettes, remixes et beautés. L’occasion de bruncher en famille devant ce spectacle tout public, dès 7 ans.

Festival Lucens Classique
Du 27 au 29 juin 2025
Château de Lucens
www.lucensclassique.ch

Château de Lucens

Classique et opéra Humour Musique actuelle

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Cherche et trouve OCG

Où est Char-lyre ?

Le 9 juin 2025, l’Alhambra de Genève accueillera un moment musical à la fois poétique et ludique avec Cherche et trouve autour du monde, un concert-spectacle conçu pour les enfants dès 5 ans et présenté dans le cadre du festival Les Athénéennes. Imaginé comme une véritable expédition sonore, cet événement invitera le jeune public à parcourir le globe en musique, guidé par la narration de Margot Alexandre et les illustrations en direct de Chloé Perarnau. Sur scène, l’Orchestre de Chambre de Genève sera placé sous la direction de Fiona Monbet, cheffe d’orchestre et violoniste reconnue pour son approche sensible et vivante du répertoire.

Texte de Mélissa Quinodoz

Cherche et trouve autour du monde – un voyage musical et visuel pour petit·e·s explorateur·ice·s

Conçu comme une œuvre immersive, Cherche et trouve autour du monde entraînera les enfants dans une aventure pleine de fantaisie: un concert doit avoir lieu, mais les musiciens et les musiciennes ont disparu ! Tout le monde est parti en vacances aux quatre coins du monde. Le maestro se lance alors dans une quête pour les retrouver: les violonistes à Tokyo, la harpiste à Porto, les trompettistes à Rio… À chaque escale, les enfants découvriront ainsi les différentes familles d’instruments, s’initieront à l’écoute active et laisseront libre court à leur imagination.

Les œuvres de Bizet, Poulenc ou encore Vaughan Williams accompagneront cette aventure, qui mêle narration, musique live et dessin en temps réel pour un moment de découverte à la fois sensorielle et artistique. Un spectacle conçu comme une invitation à voyager en famille, à écouter autrement et à s’émerveiller ensemble.

Les Athénéennes – une 14e édition pleine de surprises

Le spectacle Cherche et trouve autour du monde s’inscrit dans le cadre du festival Les Athénéennes qui démarre aujourd’hui même et court jusqu’au 14 juin 2025. Pour cette 14e édition, Audrey Vigoureux, Marc Perrenoud et Valentin Peiry ont imaginé 11 soirées mêlant musique classique, jazz, créations contemporaines et artistes de renom venu·e·s de Suisse et d’ailleurs. Surtout, grande nouveauté cette année: un mini-festival destiné au jeune public, qui se tiendra du 7 au 11 juin en parallèle de la programmation principale. En plus du concert Cherche et trouve, les enfants pourront ainsi découvrir un ciné-concert dirigé par Dimitri Soudoplatoff, une conférence musicale autour de Gershwin contée par Sabine Quindou (connue pour l’émission C’est pas Sorcier), ou encore le récit nordique Peer Gynt accompagné des célèbres musiques de Grieg, interprétées à quatre mains par l’Ensemble Variante.

Cherche et trouve autour du monde
Lundi 9 juin 2025 à 17h
Alhambra, Genève

les petites grandes athénéennes
Les 7, 8, 9 et 11 juin 2025
Alhambra et Temple de la Madeleine, Genève

Toutes les informations sur : www.lesatheennes.ch

Classique et opéra Famille

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Transylvania_Elie Hackel

Traversée des balkans à flanc de coteau

Dans son projet intitulé Transylvania, le jeune violoniste Elie Hackel met en miroir des musiques populaires d’Europe de l’Est et des pièces de compositeurs de la modernité hongroise – Bartok, Dohnányi, Kodaly et Rózsa – qui, au 20e siècle, avaient trouvé une nouvelle inspiration en étudiant ces traditions orales. Si le public de Lavaux Classic se révèle danseur, dimanche 22 juin, Grandvaux prendra peut-être de vrais airs de fête balkanique !

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

 

Tant Guillaume Hersperger à la direction artistique que Martin Jollet à la programmation OFF affirment avoir fait les choix du cœur, conviant à cette 22e édition de Lavaux Classic des artistes avec qui ils aiment passer du temps, des concerts qu’ils avaient « envie d’entendre et de faire entendre ». Simple et efficace ! Parmi celles et ceux qui feront vibrer Cully, Grandvaux et Vevey, on trouve des artistes-phare (Marina Viotti, Nelson Goerner, Grigory Sokolov, le Quatuor Modigliani, …) mais aussi des projets atypiques (le quatuor vocal féminin Les Barbiches, le duo chant/basse électrique Baix), ainsi que des jeunes talents, à l’image d’Elie Hackel et son projet Transylvania qu’il présentera entouré de Marc Crofts à l’alto, Zoli Kekenj à la contrebasse et Gaspard Thomas au piano.

Une passion

Elie Hackel, titulaire d’un Master de musique de chambre au CNSM de Paris et actuel étudiant en Master de concert à la Haute École de Musique de Lausanne, se passionne depuis l’enfance pour la musique klezmer. De rencontre en rencontre, de recherche en recherche, la musique traditionnelle s’impose dans son parcours et le violoniste se fixe pour objectif de développer sa connaissance de ces folklores, «au langage très exigeant et très spécifique à chaque région», en parallèle de ses activités de chambriste et de soliste. En articulant les deux, «le lien avec les compositeurs comme Kodaly, Rózsa et Dohnányi, qui se sont eux-mêmes inspirés de ces folklores, a été naturel», nous répond-il.

Son projet Transylvania, qu’il avait présenté sur Espace 2 dans l’émission Des masters sur les ondes en février 2024, explore trois zones géographiques, ethniques et stylistiques différentes, qu’il nous explique ainsi: «Le premier tiers du programme, avec l’Adagio et l’Intermezzo de Kodály, est influencé par  la musique tzigane de Budapest, également appelé « magyar nóta ». Ce style est assez proche dans ses codes esthétiques de la musique classique et constitue la première source d’inspiration chez les compositeurs hongrois du 20e siècle. Dans la deuxième partie, nous mettrons en regard Ruralia Hungarica de Dohnány avec une suite d’une sous-région de la Transylvanie, peuplée de beaucoup de communautés hongroises depuis la division des frontières après la Deuxième guerre mondiale. Le dernier tiers du programme est axé sur la musique tzigane roumaine, avec une suite folklorique et des pièces de Kodály et Rózsa».

Les arrangements des suites folkloriques sont le résultat d’un «collectage» réalisé par Elie lui-même lors de ses voyages en Roumanie et en Hongrie.

Des voyages et des rencontres

Le premier grand voyage d’Elie Hackel en Transylvanie dans le cadre de ce projet était il y a deux ans, nous raconte-t-il, et il y est retourné plusieurs fois depuis. Notamment en janvier 2025, lors d’un voyage de trois semaines commencé à Cluj-Napoca et les villages alentours, continué à Beica de Jos et terminé par Budapest. «La visite chez le violoniste Marcel Ramba, qui fait partie de la communauté tzigane roumaine, m’a beaucoup marqué. Il a fait de sa maison à Beica de Jos une école de musique, où il accueille une vingtaine de jeunes violonistes. J’y ai passé plusieurs semaines en tout. C’est une approche tellement différente de la manière qu’on a de faire de la musique classique aujourd’hui! On jouait de 14h à 3h du matin, c’était une manière joyeuse et quotidienne d’appréhender le folklore, qui m’a ouvert des perspectives musicales; j’ai pris conscience à quel point cette tradition est exigeante, du temps qu’il faut pour pouvoir la maitriser. Une autre rencontre marquante a été celle de Miklós Lakatos à Budapest. J’avais déjà entendu ses magnifiques enregistrements et ses concerts dans les restaurants de la capitale hongroise. En prenant cours avec lui, j’avais l’impression de revenir au début du 20e siècle et d’entendre dans son jeu les grands enregistrements de David Oistrakh, Jascha Heifetz ou Christian Ferras. C’est une communauté qui est fière de sa musique et qui a conservé un savoir-faire exceptionnel au fil des siècles. Ça m’a impressionné et donné l’envie d’en apprendre encore davantage.»

Lors de ce voyage, Elie Hackel est parti en compagnie d’un ami caméraman, Simon Stewart, avec qui il a filmé un documentaire en trois épisodes qui accompagnera la sortie de l’album courant 2025. Une façon de mettre en images ces contextes musicaux «qu’on ne se représente pas toujours facilement. Voir les enfants, les restaurants, les fêtes, les mariages, … ça donnera beaucoup de force à l’album» !

Le jeune homme ajoute, enthousiaste: « C’est un enjeu fort pour moi de pouvoir jouer ce programme en Suisse romande, dans la mesure où je n’ai pas encore eu beaucoup l’occasion d’y entendre ces musiques traditionnelles dans des festivals de musique classiques. C’est une musique magnifique, encore trop méconnue et je suis heureux de pouvoir la partager avec le public suisse.»

Transylvania
Dimanche 22 juin 2025 à 15h
Grande Salle, Grandvaux

Lavaux Classic
Du 19 au 29 juin 2025
www.lavauxclassic.chqu

Classique et opéra Festival

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Ophélie Baribaud, Clara Citron, et Clémentine Dupont Tissot © Eugénie Rousak

ATFU X SPIELACT : enchères de troc durant l’exposition du festival

Pour cette 7e édition, le festival Spielact a transformé son exposition en véritable salle aux enchères, où les œuvres ne sont pas à vendre, mais à échanger contre un service. Si l’artiste accepte une proposition, l’auteur de l’offre repart avec l’œuvre d’art; sinon, les enchères continuent.

Compte-rendu : Eugénie Rousak

Ce concept de troc d’art a été lancé par Atfu (pour « À toutes fins utiles »), une plateforme en ligne qui propose de swiper les œuvres et soumettre ses offres. Lancée il y a 3 ans pour favoriser le troc entre artistes, elle s’est ouverte au grand public au mois de novembre 2024. Aujourd’hui, il y a plus de 11 000 œuvres et 18 000 offres en attente sur le site, alors que 4 000 pièces ont déjà été échangées, ont confirmé les fondatrices lors de la conférence organisée à Spielact. Mais quelles idées de troc ? Finalement il y a vraiment de tout : « voyage tout frais payé à la foire d’Abu Dhabi pour rencontrer les collectionneurs, tours de magie à domicile, carte « sortie de prison » par une avocate pénaliste, relecture du portefeuille, accompagnement administratif ou juridique, offres de résidence ou même du temps… pour aider dans l’atelier par exemple » précise la cofondatrice Clémentine Dupont Tissot.

Exposition du festival avec les œuvres disponibles au troc © Eugénie Rousak
Photo de haut de page:
Ophélie Baribaud, Clara Citron, et Clémentine Dupont Tissot © Eugénie Rousak

Dans le cadre de Spielact, le concept a quitté l’online pour proposer le troc directement dans la salle d’exposition. La quarantaine d’œuvres affichées dans Le Commun, à Genève, était donc accompagnée d’un QR code permettant au public de faire son offre directement sur place.  « Ce concept permet aussi d’inverser les tendances sur le marché de l’art. Dans une galerie, la première personne qui met le prix emporte la pièce. ATFU, au contraire, donne à l’artiste le pouvoir de choisir selon ses besoins du moment. Cela dit, il faut encore un changement de mentalités pour comprendre qu’un service peut avoir autant de valeur qu’une œuvre » a expliqué Clara Citron, cofondatrice.

Bref, une nouvelle façon de voir le marché de l’art, où finalement chacun a quelque chose à offrir : collectionner devient donc accessible !

Spielact en bref

Le festival Spielact, dont la 7e édition a eu lieu du 13 au 25 mai 2025 à Genève, propose des expositions, des performances, des actions de médiation et des tables rondes, visant à échanger autour des enjeux du secteur culturel, des coulisses et des réalités des métiers concernés, ainsi qu’à s’interroger sur les représentations que nous nous faisons de l’art.

www.spielact.ch

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ATFU X SPIELACT : enchères de troc durant l’exposition du festival Lire la suite »

Explore Demain © Kim Schneider

Explore Demain – L’engagement citoyen genevois en fête

Partager un repas anti-gaspi sur le parvis d’Uni-Mail, ajouter son portrait chiffré à une fresque commune sur le Pont des Bergues, tourner des films à la Michel Gondry, en apprendre plus sur l’Arve ou l’IA, discuter démocratie et transition écologique puis faire une pause pour danser sur les sons de Bongo Joe : c’est ce que prévoit, entre autres rencontres passionnantes, le festival Explore Demain du 17 au 25 mai 2025 à Genève !

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

En 2019, face aux divers enjeux et défis présents sur son territoire, le Département du territoire (DT) du Canton de Genève lance Explore Demain, un festival gratuit ayant pour but de créer des espaces de rencontres entre pouvoirs publiques et citoyen·ne·s. Des espaces de réflexion collective, d’échange, de débat et d’action liés aux enjeux écologiques sur le territoire de Genève et sa région.

Imaginé dans un bureau, Explore Demain est depuis sorti dans les rues, a investi les quais et les maisons de quartier, a bourgeonné organiquement en embarquant les enthousiastes sur son passage. Aujourd’hui, le festival est porté par cinq départements du Canton, en collaboration avec la Ville de Genève et de nombreuses institutions et associations genevoises. « Sur ces questions de transition, qui sont d’une complexité inouïe, il n’y a pas de réponse simple », atteste Frédéric Josselin, responsable du service participation citoyenne au DT. « En revanche, il existe déjà plein de bribes de réponses présentes sur le territoire. Avec Explore Demain, le Canton propose de les découvrir, d’en échanger voire d’en débattre. C’est aussi le rôle de l’État de mettre en lumière, d’encourager et développer la capacité d’agir des habitantes et des habitants. »

Le pari de la culture

En abordant les questions de transition sous forme de festival, en faisant se côtoyer réflexion, création et récréation, Frédéric Josselin et son équipe ont placé leur foi en la force du culturel. « On a pris le parti de la joie, d’une certaine légèreté, parce que l’inspiration et l’engagement viennent aussi dans ce genre de moments partagés. Ce sont de vrais leviers d’action », affirme notre interlocuteur. Culturel par sa forme événementielle, le festival propose un contenu artistique : conférences, concerts, stand-up ou encore expositions. Cette approche sera thématisée en soi lors de la table ronde Art et transition, le 18 mai à 12h sur le Pont des Bergues, qui traitera de la place de la culture et de l’art en périodes de transition.

À vivre – Une programmation consciente

Le festival s’étend sur dix lieux du canton et, dès jeudi 22 mai, installe son QG à la Salle Communale de Plainpalais. Le programme se compose d’acteur·ice·s du territoire (même parfois d’habitant·e·s, qui proposent des visites guidées de leurs quartiers!) et de personnalités internationales inspirantes: l’enseignant britannique Rob Hopkins, la journaliste française Salomé Saqué, le pianiste Patrick Scheyder, l’humoriste Swann Perissé ou encore la photographe Mary-Lou Mauricio. Le projet de cette dernière, intitulé Born in PPM, a passionné Frédéric Josselin et son équipe. Dans son studio photo installé sur l’Île Rousseau à l’occasion de la journée Bergues en Fête le 18 mai, elle inscrira sur le corps des participant·e·s, au pinceau et à l’encre noire, le nombre de particules par million (PPM) responsables de l’effet de serre présentes dans l’atmosphère lors de leur année de naissance. Puis une exposition de tous les portraits sera montée à la Salle Communale de Plainpalais du jeudi 22 au dimanche 25 mai.

« On invite systématiquement des artistes engagé·e·s, qui mettent les réflexions sur les transitions au cœur de leur processus créatif », explique Frédéric Josselin. La graphiste Kim Schneider (LaGonz), l’une des quatre artistes mandaté·e·s pour réaliser des comptes-rendus illustrés du festival, ne déroge pas à la règle: « Dans ma vie personnelle et professionnelle, je me concentre sur les petits détails qui font la différence », nous confie celle qui se forme en ce moment dans l’accompagnement créa-thérapeutique. « Ce qu’on peut contrôler le mieux, c’est ce qu’on fait soi-même, dans son périmètre proche. Quand on rend service à la personne qui vit juste à côté, quand on change notre manière de consommer, c’est déjà une étape. Dans mon travail, je dessine beaucoup sur des posts-its – ce qui n’est pas une approche très coûteuse! – et même quand je fais des choses plus abouties, je fais attention à ne pas acheter sur internet mais dans des boutiques de Genève. Mon approche consciente se fait à 360° ».

Kim Schneider, alias LaGonz. Photo: Sebastien Arsenijevic

La jeune femme avait déjà réalisé des comptes-rendus des tables rondes l’an dernier, ainsi que des petites fresques humoristiques – ou non – résumant des thématiques abordées lors du festival. Elle réitérera l’expérience lors de cette édition 2025, aux côtés des artistes Pierre Schilling, Muriel Dégerine et Popy Matigot.

Se remémorer – Le concept de PV illustré

Si le festival tient à faire vivre à son public une expérience intense et rassembleuse, son but est également de laisser des traces et des ressources consultables. Notamment des podcasts, mais aussi  ces fameux PV illustrés, support inventif qui résume le contenu et rend accessible au plus grand nombre. « Le PV illustré, c’est assez challenging », nous dit Kim Schneider d’une voix dont l’énergie solaire traverse le combiné. « À mon sens, c’est de la traduction instantanée : ça nécessite une écoute active et une synthèse directe. D’une certaine manière, c’est toujours un peu comme ça j’ai travaillé, que ce soit dans mon métier de graphiste pour résumer ce qui se disait durant les briefings d’agence, ou sous mon nom d’artiste LaGonz, en faisant des petits dessins qui synthétisent des pensées, des moments de vie ». L’année dernière, l’illustratrice se plaçait tantôt en observatrice, tantôt sous les feux des projecteurs lorsque ses créations se déroulaient en « live sketching », rétro-projetées sur un écran en direct pendant la table ronde. La jeune femme nous raconte comment elle avait abordé le défi : « J’avais préparé un lexique inspirationnel de dessins sur le thème de l’écologie dans mon carnet de croquis, que j’ai gardé sous la main et dans lequel j’ai parfois puisé sur le moment. C’était une vraie gymnastique cérébrale! Il y a beaucoup d’informations à la fois, entre ce qui se dit, ce qui se passe dans ma tête au niveau de la création, le canevas auquel je dois penser pour articuler les informations de façon attractive et structurée. Ce qui me plaît le plus, c’est de trouver comment je vais mettre tout ça en forme pour raconter des histoires! ».

Des histoires auxquelles chacun·e est invité·e à prendre part, du 17 au 25 mai à Genève!

Explore Demain
Du 17 au 25 mai 2025
Divers lieux du Canton de Genève
QG à la Salle communale de Plainpalais du 22 au 24 mai

Tout le programme sur : www.exploregeneve.ch

Quatre questions à Frédéric Josselin et Kim Schneider

Une réflexion écologique qui vous suit au quotidien ?
Frédéric Josselin : La question de l’héritage, ce qu’on nous a donné et ce qu’on va laisser.
Kim Schneider : Je suis convaincue – c’est un peu mon mantra – que le changement se fait à l’intérieur.

Une chose que le festival vous a apprise ?
Frédéric Josselin : Qu’il y a une force vive à Genève extraordinaire, source d’inspiration et de mouvement. Il y a une dynamique collective qui montre qu’on a énormément de carte en mains pour agir.

Pendant le festival, où est-on sûre de vous trouver ?
Kim Schneider : Ah!  Je peux vous dire, car j’ai reçu mes horaires : Je serai le 17 mai à 14h à la Ferme de Budé pour la table ronde sur le prix de l’alimentation, et dimanche 18 mai à 12h pour la table ronde Art et transition.

Le demain du festival, vous serez…
Kim Schneider : À Coppet pour un projet de fresque collaborative dans une école. Et je prévois aussi la post-prod des dessins du festival sur cette semaine-là, bien sûr !
Frédéric Josselin : Heureux, et probablement fatigué.

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Keyvan Chemirani

Keyvan Chemirani – Un quête de l’identité dans l’altérité

Le Festival Agapé honore la musique et l’art sacré, alternativement une année sur deux Genève et à Reims. Sa 17e édition investit la Salle Frank-Martin du 28 mai au 1er juin 2025 avec six spectacles jeune public et douze concerts, rassemblant des artistes venu∙e∙s partager leur expérience et transmettre leur passion. Le percussionniste Keyvan Chemirani a partagé avec nous quelques réflexions autour de son art et de son concert intitulé Tales of new ancient rhythms, entre traditions et compositions originales.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Une grande famille

La voix de l’Irano-parisien Keyvan Chemirani nous parvient depuis le sud de la France, où il prend quelques jours de congé – ce qui ne l’a pas empêché d’accepter un rendez-vous téléphonique ! À évoquer la carte blanche que lui a confié le Festival Agapé, on le sent tout réjoui. Celle-ci lui a permis de constituer, spécialement pour l’occasion, un programme nouveau et un ensemble de treize solistes, parmi lesquels sa sœur Maryam au chant et son frère Bijan à la percussion. S’y retrouvent autant d’instrumentistes aux traditions orientales que de chambristes, maniant zarb, duduk oud, violoncelle ou clavecin. « Tous sont des amis avec qui je joue souvent. On fait partie d’une même grande famille. Pour moi, il y a différentes familles de musiciens : certains par exemple vont dédier toute leur vie et leur amour à un style, d’autres sont dépositaires d’une tradition qu’ils ont besoin d’ouvrir à d’autres répertoires. Les musiciens que j’ai réunis suivent cette quête de l’identité dans l’altérité », exprime Keyvan Chemirani. « Comme ils viennent de mondes musicaux différents, j’envoie des partitions à certains, alors que d’autres, issus de la tradition orale, auront plutôt besoin d’apprendre la musique par cœur pour pouvoir ensuite l’habiter. Ceux qui viennent du jazz sont un peu entre les deux, ils lisent la musique et ont besoin de plages d’improvisation. Ce patchwork, c’est un peu l’histoire de ma vie ! Je confronte mon savoir personnel, qui au départ est issu de la tradition de la musique savante persane, avec d’autres mondes musicaux. Mon instrument, le zarb, est un peu comme un sésame pour rencontrer les gens. C’est ça qu’on va essayer de faire à Agapé : une musique qui soit celle de la rencontre, de la curiosité, de l’ouverture à l’autre. »

Un monde troublé

Un projet qui semble parfois désespérément éloigné de l’actualité mondiale, des tensions, des polarisations exposées sur la toile et devant lesquelles le percussionniste admet, comme nombre d’entre nous, être effrayé. « Les réseaux nous permettent d’être en dialogue, oui, mais est-ce que ce dialogue est toujours fécond, est-ce qu’il nous rend des meilleures personnes ? Il y a une sorte d’urgence à proposer d’autre chose. De l’amour. De l’amour, pour les gens qu’on aime, pour nous-même, pour les autres. De l’amour pour tout le monde ! ». Il éclate alors de rire, de peur de tenir des propos bateau, puis se ravise. « Même si c’est bateau, ce ne sont pas des mots en l’air. Ce sont des choses que je vis. Je sens que le public est sensible à ça, au-delà des notes, il y a quelque chose de plus profond, une envie de communier, de donner ce qui nous appartient et inversement de s’inspirer de ce qui appartient aux autres, d’en faire son miel, de grandir et de murir avec. Pour moi, c’est presque une voie philosophique. »

Keyvan Chemirani

Keyvan Chemirani. Photo: Stéphanie Griguer

Carte blanche partagée

Les oeuvres au programme du concert Tales of new ancient rhythms racontent, elle-aussi, cette philosophie d’ouverture. Le titre est un hommage à un duo de kora qui a fortement marqué le percussionniste, New ancient strings, que jouaient Ballaké Sissoko et le regretté Toumani Diabaté. Mais il traduit également l’esprit du concert, qui est celui d’utiliser des éléments de langages rythmiques issus des traditions fortes de l’Iran et de L’Inde pour composer des thèmes originaux et contemporains. Des compositions écrites par les musiciens de l’ensemble côtoient un chant traditionnel italien et une chaconne de Purcell, témoignant du désir  de Keyvan Chemirani de partager ce qu’il aime. « Pourquoi se refuser le plaisir de donner les clés à ces musiciens géniaux pour quelques morceaux ! Quand à Purcell, j’en suis un grand amoureux. Il y a dans sa musique des cellules mélodicorythmiques  en boucles, sur lesquelles il construit tout un édifice. C’est quelque chose qu’on retrouve dans la musique orientale. Je trouve beaucoup de liens entre la musique baroque et la musique orientale : une douceur dans les timbres des instruments, le rapport à l’improvisation,… », explique le percussionniste.

Le sacré dans l’authenticité

Agapé honore la musique dans toutes les formes que prend le terme « sacré », religieux ou non. En plus de ses traditions musicales liées aux grands poètes mystiques persans des 12e et 13e siècles, Keyvan Chemirani croit surtout à l’authenticité. « L’expérience scénique est une expérience ou on se met à nu. L’abandon et la sincérité sont très importants. Si on essaie de montrer autre chose que ce qu’on est à l’intérieur, quelque chose ne sera pas à sa place. C’est une quête, qui passe par un travail intérieur important, et un échange extérieur avec les autres. C’est le fait que chacun joue profondément ce qu’il est qui va donner du sens à la musique ».

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2025 sera une année genevoise pour le percussionniste, qui y reviendra à plusieurs reprises cet été puis en automne. Quelques jours après, le concert Tales of new ancient rhythms du 31 mai, il sera à l’Alhambra parmi les ami·e·s de Thomas Dunford dans le cadre des Athénéennes, puis, en octobre, créera son nouveau projet Sufi Saraband à la Cité Bleue, un projet autour de Rûmi et de la poétesse contemporaine Forough Farrokhzad.

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Festival Agape
Du 28 mai au 1er juin 2025
Salle Frank-Martin, Genève
www.festivalagape.org

 

Anciens articles de L’Agenda au sujet d’Agapé :

« La musique sacrée saura-t-elle vous faire vibrer ? »
L’Agenda 79, Mai/juin 2019

 « Les Argonautes : cap sur leur troisième projet »
L’Agenda 90, Mai/juin 2021

« Les quêtes de Chouchane Siranossian »
L’Agenda 102, Mai/juin 2023

« La Passion selon Jordi Savall »
L’Agenda 107, Mai/juin 2024


Festival Portrait

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