Littérature

Jeanne Chevalier, Éditions Zoé

Hé, tu viens au 50 ans de Zoé ?

Nicolas Bouvier, Corinna Bille, Aude Seigne, Elisa Shua Dusapin… En 50 ans et près de 400 auteurs et autrices publié∙e∙s, les éditions Zoé font désormais partie des valeurs sûres du paysage littéraire romand. Mais le pari était-il gagné d’avance, lorsqu’en 1975, Marlyse Pietri achète une machine offset d’occasion ? La très jolie exposition de la Bibliothèque de Genève (BGE) – où sont gardées les archives de Zoé – retrace les débuts et les succès de cette grande aventure. À voir jusqu’au 4 octobre 2025.

Texte de Marie-Sophie Péclard

Un conseil, ne prenez pas peur devant les barricades qui enserrent l’université du parc des Bastions et montez au premier étage de la BGE qui a ouvert son couloir à l’exposition Zoé ou l’aventure. Vous pouvez l’arpenter seul∙e, ou profiter de l’une des trois visites encore proposées d’ici la fin de l’événement. C’est le parti que j’ai pris et profite ainsi des explications de Paule Hochuli Dubuis et Nicolas Schaetti, commissaires d’exposition.

Les archives des éditions Zoé

Dans un premier temps, il est intéressant de se rappeler que la préservation d’archives des maisons d’édition n’est pas habituelle, la plupart des documents légués à la bibliothèque provenant plutôt de collections privées. Mais, dans le sillage du dépôt légal et du récit de l’histoire de la littérature suisse (deux missions essentielles de la BGE), la conservation des éditions Zoé fait tout son sens. Entre 2014 et 2024, ce sont plus de 30 mètres linéaires qui sont ainsi versés à la Bibliothèque. Des archives numériques sont même intégrées: une première pour la BGE qui doit ainsi mettre en place un nouveau système d’archivage pour ces nouveaux formats (vidéo, audio, word ou pdf !).

À ce moment l’histoire, la lourde porte de l’étage, devant laquelle le groupe est amassé, s’ouvre en force. Et une petite silhouette apparaît, tout en énergie et en sourire : c’est Marlyse Pietri, la co-fondatrice des éditions avec Xavier Comtesse. Elle suivra de loin notre visite, répondant avec enthousiaste à nos sollicitations.

Marlyse Pietri, editions Zoé, P. Pie:
Photo de haut de page: Jeanne Chevalier, Éditions Zoé

« Dans ce qui reste »

Dans ses débuts, Zoé conjugue le travail d’édition et d’impression. « J’avais un principe, c’est qu’on s’engage physiquement », explique Marlyse Pietri. Xavier Comtesse quitte l’aventure après un an, et Marlyse s’entoure de trois nouvelles partenaires, Sabine Engel, Arlette Avidor et Michèle Zurcher. En 2011, la fondatrice remet les clés de Zoé à Caroline Coutau qui amène une nouvelle génération de plumes au catalogue, comme le jeune collectif de l’AJAR, dont font partie Aude Seigne et Bruno Pellegrino.

L’exposition met en évidence les ouvrages qui ont marqué l’histoire des éditions, à commencer par De la misère en milieu étudiant, une brochure distribuée à la fin de l’année 66 à Strasbourg et largement diffusée en France. Le document est ainsi réimprimé en 1975, sur les presses de leur atelier de l’avenue Peschier. Zoé affiche un ADN militant et engagé, qui s’incarnera de différentes manières au travers de ses publications qui font la part belle aux récits singuliers et aux styles marqués, toujours avec l’idée de défendre les écrivain∙e∙s suisses.

Le couloir du premier étage de la BGE n’était pas extensible, les concepteur∙ice∙s de l’exposition ont dû se limiter à 11 moments de la longue histoire littéraire de Zoé, invitant à s’interroger sur le traitement et le tri des archives d’une manière plus globale. « Quand on édite, on devient public. On pousse les choses dans les bibliothèques et dans l’éternité. On est dans ce qui reste », commente Marlyse Pietri.

Surtout, cette exposition donne furieusement envie de lire. Et si le catalogue de Zoé ne vous suffit pas, un panneau recouvert de post-it pour y laisser ses recommandations ou chiper celles des autres lecteur∙ice∙s…

Vue d’exposition. Photo: Stephane Pecorini

Trois questions à Marlyse Pietri, co-fondatrice des éditions Zoé

Qu’est-ce qui était important pour vous, au moment de fonder les éditions Zoé ?

Je n’avais aucune idée de ce qu’était une maison d’édition, mais je savais qu’être éditeur, c’était choisir des textes et les rendre public. À ce moment-là, je travaillais en Histoire à l’Université, et je voulais quelque chose de vivant, qui ait à faire avec les mots, avec les phrases. Parce que ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les phrases.

Pourquoi Zoé ?

Je ne voulais pas d’un nom de famille, je voulais un prénom de femme. Zoé est arrivé comme une révélation et ça a bien fonctionné parce que ce prénom vient du grec ancien et signifie « La vie ».

Quel livre a marqué votre vie ?

À chaque moment, c’est un autre livre. Mais je vais répondre Le Dehors et le Dedans de Nicolas Bouvier.

 

Informations pratiques :
Zoé ou l’aventure
Exposition à la Bibliothèque de Genève, Bastions
Du 10 février ou 4 octobre 2025
Lu-ve 9h-18h ; sa 9h-12h
www.bge-geneve.ch/agenda/zoe-ou-laventure

Exposition Littérature

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Zoé Borbely

Les pattes de mouches de Zoé Borbély

« Je m’élève au-dessus de la ville qui dort. »  De son canapé aux ruelles de Bienne, Les Moucherons de Zoé Borbély nous font envisager les petits détails de l’expérience de tous les jours comme une invitation à la poésie. Originaire de Bienne, formée à l’Institut Littéraire Suisse, la jeune autrice s’est volontiers prêtée au jeu de l’interview.

Texte et propos recueillis par Alexia Valzino

Article en collaboration avec le Master de spécialisation en analyse des discours et de la communication publics, UNIL

Premiers pas drosophiles

C’est par le jeu du hasard que je me suis rendue compte qu’une de mes camarades discrètes des bancs de l’amphithéâtre venait de publier, en mars 2024, un récit qui, selon les mots de l’autrice, empreinte sa forme à la poésie. Entre une vieille femme mystérieuse, baba, qui semble vivre perchée sur une colline, une jeune personne, Axel, qui partage avec elle la machine à café et les questionnements d’une génération, et Biarritz qui apparaît comme l’horizon d’une échappée belle, ces lignes racontent aussi l’expérience du chez-soi et de la ville. Diplômée de l’Institut Littéraire Suisse en 2021, Zoé Borbély a grandi parmi les livres, chanceuse d’avoir eu « (…) des parents qui m’achètent des livres et m’emmènent à la bibliothèque. » En 2022, elle rencontre Augustin Rebetez, l’éditeur du Label Rapace, qui l’encourage à continuer le projet d’écriture des Moucherons et lui propose une publication dans sa maison d’édition.

Battre le pavé biennois

Dans les ruelles pavées de la ville bernoise, l’autrice raconte l’histoire personnelle et familiale qui résonne entre ces murs: « Sur mes papiers d’identité, il est écrit que mon lieu d’origine est Bienne. Pourtant, j’ai des grands-parents aux origines hongroise, suisse-allemande, italienne, française et franc-montagnarde. Bienne est le lieu de naturalisation de certains d’entre elleux (…) Aujourd’hui, Bienne est une ville qui est façonnée par l’immigration, et elle l’était aussi d’une certaine manière à la génération de mes grands-parents, c’est ce que disent mes papiers d’identité et c’est la symbolique que je lui accorde. » Cette ville où le destin des exilé∙e∙s se mêle, c’est aussi pour la jeune autrice la possibilité de faire l’expérience de l’autre, expérience qui constitue un moteur important de son processus d’écriture. « C’est un espace où les corps s’entrechoquent, les gens avec qui je parle, que ce soit le jour ou la nuit, ne sont pas fait·e·s des mêmes expériences que moi. Ces rencontres sont aussi importantes, à titre personnel et pour l’écriture. » La ville, c’est ce lieu où l’on observe la rencontre hasardeuse de soi-même et de l’autre.  Dans ces espaces où notre expérience résonne avec le titre du livre, c’est notre rapport aux autres qui ne cesse de se réinventer. Pour Zoé, cette place n’est jamais donnée en soi, et c’est par l’écriture qu’elle raconte être avec sa génération : « Je vois dans ma génération une multitude de groupes, et je n’ai pas un attachement exclusif envers l’un d’eux. Je crois que nous avons chacun·e une manière de “prendre part” au monde, et je ne cherche pas à me donner une autre place que celle de l’écriture (…) En tant qu’autrice, j’essaie de participer à une littérature qui n’est pas seulement pour les “cheveux blancs”, et cette réflexion intervient souvent dans mon travail. Dans ce sens, je pense que j’essaie d’être avec ma génération. »

Raubazine

Raubazine: jeter l’encre.

Dans cette ville où elle déambule, l’autrice ne fait pas que tirer son inspiration. En 2020, elle se forme aux bases de l’impression typographique et intègre l’association Officina Helvetica, une imprimerie associative où l’on peut suivre des cours pour apprendre la composition et le fonctionnement de presses pour venir y faire ses propres projets. Tout de suite, cette expérience plaît à Zoé. « J’ai tout de suite aimé le contact avec la matière, moi qui avais toujours aimé dessiner, bricoler,… J’avais besoin de ce rapport matériel au texte. Ça ouvrait mon horizon littéraire à de nouvelles questions : Comment est l’objet dans lequel le texte se présente ? Qu’est-ce que ça change à la lecture, un beau livre ? » En 2021, elle commence des nouveaux projets à l’atelier typographique Le Cadratin, où elle termine l’été dernier de réaliser un livre intitulé Portrait des prochains disparus, exposé durant Tirage Limité, les rencontres romandes du livre d’artiste. À Officina Helvetica, elle cofonde avec une amie, Camille Leyvraz, une micro maison d’édition nommée Raubazine, qui se concentre sur la forme courte et la poésie. Les livres y sont entièrement composés en caractères en plomb et imprimés de manière artisanale. Une troisième publication est actuellement proche de paraître.

À la fois avec Raubazine et l’écriture, on espère que les petites pattes des Moucherons deviendront grandes.

Les Moucherons
De Zoé Borbély, Ed. Label Rapace, 2024
www.abelrapace.com/Les-moucherons-Zoe-Borbely

Littérature Portrait

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Théâtre diplomatique à Lausanne

Lancé en 2017, le Lausanne Project a pour but de mettre en lumière les conséquences du traité qui prit place dans la capitale vaudoise il y a un siècle, en 1923, et qui régla une partie des conséquences de la Première Guerre mondiale. La bande dessinée De la lumière à l’ombre s’infiltre dans les coulisses de ce traité en compagnie de deux personnages issus du théâtre d’ombre traditionnel turc, Hacivat et Karagöz. Scénarisée par trois chercheur∙euse∙s du Lausanne Project, cette aventure est mise en images par l’artiste Gökçe Erverdi, qui dessine au passage un joli portrait de quelques hauts lieux lausannois.

Texte de Marc Duret

Après avoir décidé de fuir leur condition de pantins, Hacivat et Karagöz quittent leur village d’Erzin en Turquie avec des intentions plus ou moins nobles, à savoir libérer leur région du pouvoir français, mais aussi faire fortune dans le pétrole. Ils se rendent alors à Lausanne, où l’un des plus grands rendez-vous diplomatiques de l’histoire du 20e siècle a pour but d’établir une paix durable au Proche-Orient et de dessiner l’avenir des populations de la région autrefois ottomane, notamment grecque, turque, kurde ou arménienne. Le traité entérine en particulier des déplacements de populations forcés et colossaux aux conséquences funestes qui perdurent aujourd’hui.

Les deux marionnettes ayant pris vie croisent à Lausanne des diplomates et des représentants des plus grandes puissances mondiales, un chat grec chassé d’Asie Mineure et même un certain Ernest Hemingway, alors correspondant du Toronto Star, sans oublier Clare Sheridan, seule journaliste femme présente lors de la conférence. Cela donne lieu à des scènes cocasses et souvent amusantes, puisqu’elles mêlent des plaisanteries théâtrales à d’autres davantage liées à la grande Histoire. Celle-ci est présentée sous forme de saynètes qui constituent une sorte de who’s who du Traité de Lausanne, que l’on gagnera sans doute à lire smartphone à la main, afin de compléter par quelques recherches les présentations des personnages et forces en présence. En cela, cette bande dessinée réussit ce qui est sans doute un de ses objectifs, à savoir rendre curieux∙ses ses lectrices et lecteurs, leur donner envie d’en savoir plus sur cette importante étape de l’histoire mondiale. On regrettera peut-être que l’aspect didactique de l’ouvrage, dont le corollaire est de viser une forme d’exhaustivité, affaiblisse un peu le récit en partant dans de nombreuses directions. En mêlant fiction et Histoire, ce dernier compose toutefois une jolie métaphore, en ligne claire, de ce qu’est l’obscur théâtre diplomatique.

De la lumière à l’ombre
L. Conlin, O. Özavci, J. Secklehner, G. Erverdi
Editions Antipodes
www.antipodes.ch

Article paru dans L'Agenda papier Littérature

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HispanÁfrica : un lieu de connexion culturelle entre deux continents

Les 12 et 13 septembre prochains, l’Université de Lausanne accueillera le colloque international HispanÁfrica, un événement majeur dédié à l’exploration des relations entre l’Afrique et l’Espagne à travers le prisme littéraire.

Texte et propos recueillis par Catia Afonso

La littérature comme pont entre deux continents

Parler de relations entre l’Espagne et l’Afrique permet d’amorcer une discussion sur la littérature africaine, trop peu représentée en Suisse et en Europe. L’Université de Lausanne agit en faveur du développement culturel et du renforcement de liens internationaux : elle accueille notamment le Pôle pour les Études Africaines (PEALL) dirigé par Christine Le Quellec Cottier, ayant pour but de visibiliser les travaux portant sur l’Afrique et ses diasporas. Rappeler l’abondance des relations littéraires entre le monde hispanique et africain au cours du 20e et 21e siècle, voici l’objectif de cet événement organisé par des chercheurs de l’institution.

Un regard croisé sur la littérature et les arts afro-hispaniques

Quatre conférencier∙ère∙s se joindront au colloque lors de conférences plénières : Mohamed Abrighach de l’Université Ibn Zohr à Agadir s’intéressera à la littérature marocaine en langue espagnol. Joanna Boampong de l’Université du Ghana exposera sur la notion d’appartenance dans la narrative contemporaine de la diaspora africaine hispanique. Stuart Green de l’Université de Leeds présentera l’histoire du rap afro-espagnol depuis les années 90. Christine Le Quellec Cottier, Professeure à l’Université de Lausanne, explorera la place de l’Afrique dans le monde et les nouveaux réseaux atlantiques pour rappeler les liens qui unissent le continent africain à l’Amérique Latine.

D’autres conférences à choix s’inscriront au cœur de ces journées. Celles et ceux dont l’intérêt se porte sur la littérature pourront assister à des discussions sur l’importance de l’Afrique dans la littérature hispanique. Celles et ceux chez qui la curiosité culturelle et artistique domine pourront assister à des conférences autour du cinéma, du théâtre, de la musique et de l’activisme afro-descendants. 

Le Professeur Marco Kunz, spécialiste de littérature espagnole et latino-américaine à l’Université de Lausanne et co-organisateur du colloque avec Sara Bernechea Navarro, a rappelé lors de notre entretien en juin dernier à l’UNIL qu’il existe « beaucoup de zones de contacts entre l’Afrique et le monde hispanophone, d’une part en Amérique Latine de par l’histoire et l’esclavage, d’autre part dans plusieurs pays en Afrique, notamment le Maroc et la Guinée Équatoriale, où il existe une littérature écrite en langue espagnole. »  Marco Kunz souligne également que pour gagner en visibilité, la littérature africaine doit inévitablement passer par l’Europe. Les espaces de discussions agissent en ce sens.

Un zoom sur une conférence : le cas de la Guinée Équatoriale

Lors du colloque, Sandra Schlumpf, Professeure à l’Université de Bâle, apportera une perspective précieuse en présentant une analyse du regard des Équato-Guinéens sur l’Espagne, mettant en lumière les liens culturels et historiques entre ces deux régions. Schlumpf a également collaboré à un projet dirigé par Monica Castillo Lluch, Professeure à l’Université de Lausanne, visant à faire connaître la Guinée Équatoriale, ancienne colonie espagnole. Ce projet, réalisé dans le cadre d’un séminaire de Master à l’Université de Lausanne, a permis aux étudiantes de Castillo Lluch de rencontrer des membres de la communauté équato-guinéenne vivant en Suisse. Les portraits réalisés retracent les parcours de vie de ces ressortissant·e·s, incluant leur passage par l’Espagne, tout en mettant en évidence la diversité linguistique qu’ils et elles représentent. Les données récoltées seront bientôt disponibles sur www.mapaespanolsuiza.org, une plateforme dédiée à la langue espagnole en Suisse.

Vers une collaboration accrue

Le colloque vise ainsi à renforcer les liens culturels et littéraires entre l’Europe et l’Afrique en ouvrant des espaces de dialogues. Les conclusions de ces deux jours serviront de base pour de futures collaborations.  Les deux organisateurs du colloque maintiennent leur volonté de publier une collection d’articles scientifiques au terme de ces journées, assurant ainsi une trace écrite.

HispanÁfrica s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour tous les hispanophones curieux∙ses, universitaires mais également auditeur∙trice∙s libres, offrant un lieu d’échanges pour la célébration de la diversité culturelle.

Colloque international HispanÁfrica

Les 12 et 13 septembre 2024
Université de Lausanne, bâtiment Anthropole, salle 4030
www.unil.ch/esp 

Pôle pour les Études Africaines, Université de Lausanne: www.unil.ch/fra/pole-etudes-africaines

Conférence La Semaine de L'Agenda Littérature

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Gabriella Zalapi

Ilaria, une enfance volée ?

Après son premier roman Antonia, Journal 1965-1966 (2019) récompensé par deux prix et Willibald (2022), Gabriella Zalapì publie Ilaria ou la conquête de la désobéissance aux éditions Zoé. L’Agenda a assisté à une discussion avec l’auteure, organisée lors du Livre sur les quais à Morges.

Texte et propos recueillis par Frida

L’idée de cet ouvrage est née lors d’une nuit d’insomnie alors que l’auteure écoutait un podcast proposant une lecture de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Un passage la marque, le fait qu’un individu doit écrire des histoires que seul lui peut raconter, et lui donne envie d’écrire sur la figure du père. Gabriella Zalapì imagine donc l’histoire d’Ilaria en entrecroisant fiction et réalité. Afin de trouver la bonne distance avec les événements, l’écrivaine écrit d’abord le récit à la troisième personne avant de la remplacer par le « je » de l’enfant, qui donne au texte davantage de profondeur.

Ilaria ou la conquête de la désobéissance porte sur l’enlèvement d’une enfant de huit ans, Ilaria, par son père, à la sortie de l’école. Les parents de la petite fille sont séparés. Fulvio, le père, est toujours épris de sa femme. En enlevant sa fille, il en fait un objet de chantage auprès de son épouse. Il est finalement pris à son propre piège. Il part pendant deux ans avec Ilaria sur les routes d’Italie. Ces années constituent une véritable fuite en avant dans laquelle il perd pied. Le récit est ponctué des télégrammes envoyés par le père à sa femme, mais ne contient pas les réponses de celle-ci. L’auteure explique qu’elles n’étaient pas nécessaires à la construction du texte et que l’épouse peut, en outre, ne pas avoir répondu. Ce qui importait à Gabriella Zalapì était de faire entendre la voix du père sans le filtre de l’enfant. Pour éclairer la figure de Fulvio, l’écrivaine convoque la mère de ce dernier (la grand-mère d’Ilaria), et superpose ainsi à la figure du père celle du fils. Cela permet aussi de contextualiser le passé : Fulvio a soutenu sa mère lors du décès de son mari. Celle-ci est fantasque, toujours occupée et laisse peu de place à son fils. Pourtant, ils ont un lien très fort. Le but est de dépasser l’image du bourreau que pourrait renvoyer le père d’Ilaria, en lui apportant des failles et de la lumière. Il a enlevé sa fille et ne s’en occupe guère. Cependant, il est plus qu’un homme irresponsable et malveillant.

Ilaria perçoit la grande solitude de son père ainsi que sa honte de boire parfois. La relation entre les deux personnages se révèle complexe. Il s’agit d’un amour défectueux. Ilaria aime son père tout en le détestant. Il la délaisse la plupart du temps mais ils partagent quelques moments joyeux à travers le jeu et la musique. Il lui apprend à mentir mais également à conduire. Cet espace de jeu crée une complicité entre l’enfant et le père. Tous deux partagent aussi un sentiment de peur. Fulvio a peur de perdre sa femme et Ilaria a peur de son père et de ses réactions imprévisibles liées à son alcoolisme. Le contexte historique de l’Italie des années 80 résonne aussi avec la vie des protagonistes.

L’auteure désirait comprendre comment une fillette peut survivre à une telle situation. La petite fille est aux prises avec la loyauté qu’elle ressent pour ses deux parents. Même au milieu du chaos, les enfants parviennent à trouver de la joie. Ilaria se construit en décalage avec les autres enfants. Elle se retrouve dans une situation instable mais crée sa propre stabilité dans les endroits où elle habite provisoirement. Elle reste curieuse et assoiffée d’un contact avec le monde. L’enfant cherche une place à côté de son père qui reste accaparé par sa douleur. Elle la trouve dans la désobéissance.

L’écriture de Gabriella Zalapì est sobre, minimaliste et laisse pourtant voir aux lecteur∙ice∙s les différents personnages et les lieux variés qui constituent ce périple. Étant également plasticienne, l’écrivaine s’imprègne d’images pour donner à son écriture plus de précision. Son sens de la retenue permet une exploration en clair-obscur d’une enfance malmenée et du poids des relations filiales.

Ilaria

Rencontres avec l’auteure :

La page de l’auteure sur les Éditions Zoé :
www.editionszoe.ch/auteur/gabriella-zalapi

La Semaine de L'Agenda Littérature

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Karin Suini

Karin Suini, l’écriture pour exprimer son monde et celui des autres

Son texte La femme qui marche a fait l’unanimité auprès du jury du concours d’écriture de L’Agenda, proposé cette année sur le thème L’Homme qui marche. Coup de cœur de la première édition en 2021 avec son texte Déjeuner sur l’herbe, Karin Suini avait pris l’habitude de participer à notre concours comme à un « rendez-vous de printemps ». Autrice publiée en parallèle de son travail de rédactrice au DFAE, cette journaliste de formation est également bénévole au service de causes qui lui tiennent à cœur et maman. Pas étonnant que parmi ses inspirations, elle cite Corinna Bille, qui « écrivait dans un petit carnet sur un coin de table, une casserole dans une main, un enfant sous le bras » !

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

Une passion, un lien qui voulait se passer de mots, un vide… et un clin d’œil à Giacometti. La femme qui marche est un contraste des matières, bulle fragile d’émotions s’élevant dangereusement parmi les pierres impénétrables. Et la collision ne produit pas l’effet attendu…

Lire la nouvelle: L’Agenda 109

Contraintes et inspiration

Ce qui a poussé Karin Suini à participer aux quatre éditions du concours d’écriture de L’Agenda, c’est le défi: court délai, nombre de signe limités et thématique imposée. Si la contrainte est son alliée, pour le reste, l’autrice affirme que son inspiration ne suit pas de règle. « En lisant le thème, je n’étais pas sûre de participer… mais, inconsciemment, il a tourné dans ma tête et fait apparaitre des images. Pour L’Homme qui marche, j’ai visualisé cette statue dans le jardin d’un sculpteur – le père d’une amie, décédé il y a peu – et l’envie de raconter m’est venue. Je pars souvent d’un souvenir, d’une personne que j’ai rencontrée puis j’invente sans savoir où ça va me mener. Cette histoire me tenait à cœur, et j’en étais assez fière… Pas fière d’avoir gagné le concours, mais d’avoir écrit, en pensant à ceux qui pourraient la lire et être touchés ».

Celle chez qui l’on décèle une grande modestie et les signes d’une constante remise en question confie que l’écriture est pour elle une façon de rassurer, de se ressourcer. « Je n’aime pas ce genre de grands termes, « se ressourcer »… mais c’est vrai: l’écriture me donne plus d’énergie qu’elle ne m’en prend – sauf les jours où je suis au désespoir car tout ce que j’écris me semble nul! », rit-elle. « Au fond, sans parler de qualité, l’écriture, c’est quelque-chose que je peux faire. Concrètement, je sais que c’est un moyen que j’ai à ma disposition pour m’exprimer. »

L’écriture au quotidien

En 2022, alors que la Lausannoise apprivoise encore son nouveau travail au DFAE à Berne tout en étant maman d’une fille de 7 ans, elle décide de s’engager pour ses valeurs féministes. Elle commence à donner des cours d’écriture et de prise de parole en public – une peur qu’elle a surmontée lors de ses années de journaliste radio – dans le cadre de l’association Politiciennes.ch. « Je fais peu de politique active mais j’aime l’idée que des femmes se lancent. Alors j’essaie de leur transmettre, à mon niveau, des choses qui peuvent leur être utiles ».

Son travail de communicante est également un terrain de pratique quotidienne. Mettant à profit son empathie et son habileté intellectuelle ludique, elle écrit pour les autres, appréciant se mettre dans la peau tant de la personne qui s’exprime que de celle qui recevra le texte. Ce qu’elle préfère, nous glisse-t-elle, c’est transmettre à la fois de la joie et des messages pleins de sens, comme lors des discours du 1er août et des fêtes populaires.

L’écriture créative – un roman édité

Lors d’un atelier d’écriture suivi juste après la première vague de covid à La Maison du Récit, Karin Suini se voit proposer de travailler sur un texte existant. La quarantaine, elle se replonge dans de la matière écrite à 29 ans, du temps des matinales sur Couleur 3. « À cette époque, je commençais à travailler à 4h du matin, terminais vers 11h, et avais tout l’après-midi pour moi. Dans un petit carnet, à la main, j’écrivais des souvenirs. Des souvenirs qui n’ont rien d’extraordinaire dans le premier sens du terme, mais ils sont uniques, car il n’y a que moi qui les ai vécus. Annie Ernaux écrit « Sauver quelque chose du temps où on ne sera plus jamais ». C’est cette idée qui m’a inspirée dans l’histoire que je raconte, celle de mon personnage qui a un Alzheimer précoce ».

Après une réécriture, le manuscrit est bouclé, envoyé… et publié par les Éditions Mon Village sous le titre La promesse de l’Ogre. « C’était en plein covid malheureusement, mais j’ai adoré l’expérience d’être publiée! Je me rappelle ce moment à Payot, devant une petite affichette avec ma photo et une pile de mes livres… Aux Estivales du livre de Montreux, j’ai eu une petite place à côté d’autres auteurs et autrices, j’ai été invitée dans des tables rondes. J’avais à la fois le syndrome de l’imposteur, l’inquiétude du regard des autres, mais aussi la fierté d’être là. J’ai souvent du mal à être contente de moi, mais là, je me suis dit… C’est ton moment, profite. J’ai aussi adoré rencontrer et nouer des liens avec d’autres nouvelles autrices durant la promotion de mon roman. Certaines ont déjà publié un deuxième roman, ça me met une petite pression! »

trouvé! On va l’emporter en vacances…

L’autofiction comme marque de fabrique

Nullement à la traîne, elle avance actuellement sur plusieurs projets en parallèle: pièce de théâtre amorcée, recueil de textes à retravailler, et premier jet d’un second roman auquel elle vient de mettre le point final. Elle y raconte l’histoire d’une femme qui revient d’une expérience catastrophique à l’étranger, qui n’a plus ni appartement ni compagnon et qui va cohabiter avec son grand-père, un ancien bon-vivant rabougri par le temps. Là encore, l’autrice part d’une base personnelle. « Dans ce que j’écris, il y a toujours environ 20% de vrai », sourit Karin Suini.

Karin Suini

Karin Suini. Photo: Sébastien Agnetti

Petit questionnaire de Proust

Plutôt comfort-book ou découverte?
Découverte. Je suis une acheteuse compulsive de livres! Un temps, je me sentais coupable d’avoir plus de livre à lire que de livres lus dans ma bibliothèque, jusqu’au jour où on m’a dit: votre bibliothèque, c’est comme une cave à vin, le but n’est pas de tout consommer rapidement mais d’y descendre et de choisir selon les occasions.

Un personnage auquel vous vous êtes déjà identifiée?
Martine! Je réfléchirai si j’ai une réponse plus intelligente… Mais allez, on peut dire Martine!

Une phrase dont vous vous êtes dit « j’aurais aimé qu’elle soit de moi » ?
Corinna Bille a écrit « Sur la vitre, la buée me sépare du monde ». C’est une image que je trouve très jolie, sans avoir besoin de beaucoup de mots.

Un festival de l’été?
Je ne suis pas très festival – à chaque fois que j’y vais, il pleut. (Mais je suis allée au Festival de la Cité l’autre jour. Et il n’a pas plu!).

Un lieu culturel de prédilection?
Habitant près de Plateforme 10, j’y vais moins que ce que je pourrais… mais j’y vais quand même régulièrement.

Littérature

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Salon du Livre

Le paradis du livre

Depuis hier et jusqu’au 26 mars se tient le Salon du Livre à Genève. Tous les genres sont à l’honneur: le roman, la bande-dessinée et même le manga. Chacun∙e trouvera son bonheur dans cet immense espace dédié au livre.

Texte et propos recueillis par Frida

À l’occasion de l’inauguration de cet événement, diverses personnalités ont pris la parole. Claude Membrez, directeur de Palexpo, est revenu sur la période covid qui a perturbé l’organisation du salon trois années de suite. En 2022, il avait trouvé pour ses rencontres une alternative citadine, prenant place dans divers lieux culturels en ville de Genève. Ce n’est véritablement qu’en 2023 que le salon reprend sa forme originelle avec d’agréables innovations. Trois nouvelles scènes ont en effet été créées:

  • Le Forum, consacré à des thématiques actuelles
  • Les Loges, qui nous font pénétrer dans les coulisses de la préparation d’un livre
  • Le Salon Africain, élaboré autour de plumes connues et émergentes

Plusieurs rencontres et animations sont organisées dans chacun de ces nouveaux espaces.

Pierre Albouy

Photo: Pierre Albouy

Cette édition réserve également une très belle surprise pour les passionné∙e∙s des lettres car, pour la première fois, l’accès au Salon sera entièrement gratuit! Cette démarche permet une démocratisation de la littérature francophone.

Thierry Apothéloz, Conseiller d’Etat, a rappelé que l’ensemble des acteur∙ice∙s du livre ont été convié∙e∙s à cet évènement: les écrivain∙e∙s, les éditeur∙ice∙s, les libraires, les lecteur∙ice∙s et les médias. Ce monde semble en plein essor, comme le montre l’ouverture prochaine du Musée de la Bande-Dessinée à la Villa Sarasin au Grand Saconnex. La Suisse confirme sa place importante dans la création littéraire et la liberté artistique. Certaines plumes ont pu faire paraître leurs œuvres seulement grâce à cette ouverture et cet esprit de tolérance; sans Genève, nous n’aurions jamais pu lire L’esprit des Lois de Montesquieu.
L’homme politique explique que le Parlement continue dans cette voie en soutenant les acteur∙ice∙s du secteur et en apportant des aides aux professionnel∙le∙s trop souvent oublié∙e∙es tels que les scénaristes de bande-dessinée ou les traducteur∙ice∙s.

Pierre_Albouy

Photo: Pierre Albouy

Pour terminer cette inauguration avec brio, deux auteures se sont interrogées sur ce que signifiait le fait d’écrire. Deux auteures qui, comme l’a si bien déclaré Claude Membrez, « portent loin et fort la vitalité de la littérature ».

  • Pour la romancière suisse Céline Zufferey, qui revient au Salon pour présenter son deuxième ouvrage Nitrate, écrire est synonyme de recherche mais aussi d’égoïsme et d’obsession. En écrivant, nous apportons au monde un objet qui n’est a priori pas nécessaire, quelque chose dont personne n’a besoin. Se plonger dans cette activité c’est se lancer dans un monde incertain, ignorer si nous parviendrons à terminer notre phrase, notre roman et si nous le verrons publier un jour. Cette entreprise solitaire peut devenir un échange dès lors qu’un public se manifeste.
  • Ernis, poétesse, écrivaine et slameuse, a déclamé quant à elle une véritable ode à l’écriture. « Ecrire pour apprendre à vivre, vivre pour écrire, écrire pour ne pas périr. » Elle lie cette passion au mouvement, à la liberté et au voyage. Aucune frontière ne se dresse quand nous rédigeons un texte. Nous devenons des enfants du monde et non d’une culture précise ou d’un pays spécifique. Toutes les barrières s’effondrent. Elle a partagé une création puissante, un poème vibrant d’émotion et d’une rage profonde qui nous remue et nous parle.

Jusqu’à dimanche se déroulent à Palexpo des débats, des conférences, des séances de dédicaces et des expositions. Le Salon n’oublie pas non plus les enfants: comme chaque année, ces derniers retrouveront l’Ilot Jeunesse ainsi que des ateliers bande-dessinée. Un coin est également réservé aux aides pouvant être apportées aux personnes ayant des difficultés d’apprentissage et touchées par exemple par la dyslexie.

Vous l’aurez compris, le partage et la diversité seront au cœur de ce Salon du Livre 2023.

Le Salon du Livre
Du 22 au 26 mars 2023
Palexpo, Le Grand-Saconnex

salondulivre.ch/

Littérature

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Une fenêtre virtuelle sur l’espace créatif d’un∙e artiste

Lancement des résidences numériques saisonnières de la Ville de Lausanne

En ces temps contrariés de rencontres en chair et en os émergent à point nommé les résidences littéraires virtuelles de la Ville de Lausanne. À chaque saison, son artiste et la proximité de votre écran pour des incursions au sein d’univers variés. Et c’est avec toute la souplesse et le confort d’un contenu accessible en ligne sur un temps étiré que vous décidez des plages libres que vous dévouez à la culture en train de s’élaborer.
Alors que la 6e édition du Printemps de la poésie est sur le point de démarrer (faites donc un détour par son édito mordant!), c’est le poète, musicien et chanteur vaudois Stéphane Blok qui inaugure le cycle mars-avril débarquant du côté de chez vous avec sa poétique urbaine et à n’en point douter une guitare sous le bras. Faites-lui bon accueil!

Texte et propos recueillis par Marion Besençon

Photo: JP Fonjallaz

Un printemps lausannois poétique

Deux mois en connexion virtuelle avec un artiste donc et le partage de sa bibliothèque idéale constituée de ses lectures formatrices, la visite des bibliothèques municipales comme témoignage du lien précieux aux livres, des interviews filmées et écrites qui révèlent le travail artistique ainsi que des photographies privées nous dévoilant les rencontres marquantes de ces vies riches.

« Devant notre local en 1996, avec Arthur Besson, Marcket Besson et Grégoire Guhl, à la création de l’album Les Hérétiques qui sera plus tard signé par Boucherie Production à Paris. © Stéphane Blok

Autant de rituels de découvertes de ces artistes lausannois∙es que nous aurons vite fait d’intégrer quotidiennement, ainsi que des surprises… En effet, comme nous l’expliquait Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre à Lausanne et en charge du projet: « Pas de maisons physiques mais virtuelles qui s’adaptent à l’univers d’un auteur: internet et ses nouvelles habitudes permettent de présenter un auteur dans toute sa variété ».

Aussi, le poète et musicien Stéphane Blok – également président du jury du concours Écris tes lignes de vie! (dont les meilleurs poèmes seront diffusés sur le réseau tl du 20 mars au 3 avril) – livrera une performance en forme de lecture musicale de son recueil Autres poèmes le 1er avril prochain. Un live depuis la Bibliotheca du Lausanne Palace à suivre dès 19h sur la page Facebook « Lire à Lausanne ».

Et cet été?

Après un printemps résolument tourné vers la poésie, c’est l’écrivaine, peintre et présidente de l’association vaudoise des écrivains (AVE) Marie-José Imsand qui nous ouvrira les portes de son univers créatif. En juin et juillet, il sera ainsi spécifiquement question des métiers de l’écriture et du statut de l’écrivain∙e à l’époque qui est la nôtre. « Un regard large sur les écrivains, le métier, et la réalité d’écrire » promis par Isabelle Falconnier et que L’Agenda suivra avec passion et intérêt.

Les résidences littéraires de la Ville de Lausanne, un nouveau rendez-vous culturel chaleureux et intimiste à rejoindre dès à présent depuis le site de la Ville et la page Facebook.

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Lectures estivales

Lectures estivales

Polar, feel-good ou encore fantastique, les romans à emmener en vacances se déclinent dans tous les genres. Les plumes romandes ont toujours beaucoup à offrir et il y en a pour tous les goûts. Voici un échantillon parmi les coups de cœur de L’Agenda.

Texte : Inès Fernandes

Parmi le nombre toujours plus conséquent des parutions littéraires romandes, la rédactrice de ces lignes a choisi de s’arrêter sur les livres de Nicolas Feuz, Marie Javet et Catherine Rolland, respectivement publiés par Slatkine & Cie, les Éditions Solar et les Éditions OKAMA. Ce choix repose essentiellement sur un désir de présenter la diversité des genres et des styles : un polar rythmé à l’écriture aiguisée, un feel-good lumineux d’une plume exigeante et un roman fantastique au goût d’aventure.

L’engrenage du mal de Nicolas Feuz

L'engrenage du mal
Nicolas Feuz, L’engrenage du mal, Slatkine & Cie, 2020

Troisième opus des aventures de Tanja Stojkaj, Norbert Jemsen et Flavie Keller, ce nouveau polar se concentre principalement sur le personnage de Tanja pour en souligner le caractère fort et indépendant déjà esquissé dans les tomes précédents. L’intrigue est construite en allers-retours entre un procès et les actes qui y ont conduit. Le suspense réside justement dans cette structure à la dualité bien familière de l’auteur. Dès les premiers chapitres, on se demande quel est l’enjeu du procès, qui sont les victimes, qui sont les témoins, et l’on doute même de l’identité de l’accusée. Dans L’engrenage du mal, Nicolas Feuz retrouve un style tranchant et précis, sans se départir du sens du rythme qui fait sa signature. Haletant et intriguant, ce polar se lit rapidement et, pour une fois, sans trop retourner les estomacs fragiles ou choquer les âmes sensibles.

Toute la mer dans un coquillage de Marie Javet

Toute la mer dans un coquillage
Marie Javet, Toute la mer dans un coquillage, Éditions Solar, 2020

Ce roman lumineux qui fait du bien à l’âme est le premier du genre pour Marie Javet. On y retrouve Claire, une femme inspirante qui, suite à une déconvenue professionnelle, décide de changer radicalement de vie. Elle nous emmène alors dans ses bagages jusqu’au sud de la France où elle se réinvente en suivant une pensée minimaliste. Avec une plume qui n’a d’égale qu’elle-même, Marie Javet nous propose ici une véritable ode au minimalisme et à la recherche de soi, tout en douceur et en sincérité. Humour, amour et découverte se côtoient dans ce roman, et l’on se prend à rêver de laisser nos traces de pas sur une plage du Midi, à l’image de Claire. La protagoniste apparaît comme une « Madame tout le monde » à qui il est facile de s’identifier. Déterminée à profiter de la vie plutôt qu’à la subir, elle ne se laisse pas démonter par les déceptions qui tentent de lui barrer la route. Son caractère humble ne laissera personne de marbre dans un roman qui sent bon le bien-être.

La Dormeuse de Catherine Rolland

La Dormeuse
Catherine Rolland, La Dormeuse, Éditions OKAMA, 2020

Cette aventure fantastique au cœur de la cité antique de Pompéi est portée par des personnages marquants. La protagoniste paraît de prime abord détestable, mais on finit par s’attacher à elle et on ne veut plus la quitter lorsqu’elle nous emmène à travers le temps pour vivre les derniers jours de Pompéi à sa manière. Adepte du réalisme magique, Catherine Rolland parvient à donner vie à des personnages historiques en leur prêtant des failles et des défauts que tout humain peut reconnaître en dépit des époques différentes. Ainsi, on s’identifie sans peine à une jeune fille pompéienne, autant qu’à une vielle femme française. La Dormeuse, bien que long, se lit sans accrocs car son rythme est bien mené, passant d’une période historique à une autre avec une aisance et un naturel déroutant. Une aventure plaisante à lire, avec des protagonistes attachants et des rebondissements surprenants.


Bonus : le coup de cœur importé avec Nuuk de Mo Malø

Nuuk
Mo Malø, Nuuk, Éditions de La Martinière, 2020

Un polar glacé pour un été caniculaire : Nuuk nous emporte dans la neige et la nuit groenlandaises. Malouin d’origine comme son nom l’indique, l’auteur manie une écriture entre suspense et ethnographie pour ce troisième volet des aventures du commandant Qaanaaq Adriensen. Moins violent que les deux précédents, Nuuk se veut plus proche des réalités sociales du pays qu’il prend pour décor. Mo Malø s’est notamment inspiré de son voyage sur place pour décrire les lieux avec une précision à faire froid dans le dos. Il invite son protagoniste à visiter les quatre coins de l’île alors qu’une série de suicides frappe la jeunesse groenlandaise. À cela s’ajoute les paquets macabres reçus par le policier à chacun de ses déplacements pour qu’un puzzle haletant se mette en place. Bien écrit et intelligent, Nuuk n’en perd pas pour autant la touche d’émotion et d’amour propre à l’auteur qui parvient à nous faire rêver tout en racontant des atrocités dans un polar.

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Tombent les anges par Marlène Charine

Marlène Charine, lauréate du Prix du polar romand 2020

Ce lundi 29 juin 2020, le jury du Prix du polar romand a élu la lausannoise Marlène Charine avec son roman Tombent les anges. Le cachet de 3’000 francs ainsi que la renommée accordée par le prix reviennent pour la première fois de leur histoire à une femme, après avoir couronné Joseph Incardona (Chaleur, 2017), Nicolas Verdan (La coach, 2018) et Frédéric Jaccaud (Glory Hole, 2019). Le jury – composé de Stéphanie Berg, Valérie Dätwyler, Isabelle Falconnier, Jean-Luc Gremaud, Cécile Lecoultre et Michel Sauser – a souhaité récompenser les qualités d’écriture ainsi que la construction du récit dans Tombent les anges.

Texte: Inès Fernandes

Tombent les anges – premier roman du genre pour Marlène Charine – met en scène le personnage de Cécile Rivière qui, lors d’un contrôle de police à l’apparence banale, expérimente des sensations hors normes qu’elle ne comprend pas. Ses agissements surprenants l’aliènent aux yeux de ses collègues. Mise à pied, elle part se réfugier chez sa sœur en Provence. Là, elle reçoit un appel du capitaine Kermarec qui souhaite en faire sa stagiaire et travailler avec elle – et surtout ses facultés étranges – sur une affaire peu commune. Cécile rentre à Paris pour se lancer, avec une nouvelle équipe à ses côtés, dans une enquête éprouvante qui la mènera au bout d’elle-même.

Tombent les anges
Tombent les anges, Calmann-Lévy, 2020

Le point fort du roman est sans nul doute son côté fantastique qui le différencie de la plupart des ouvrages du genre. Avec un rythme qui va crescendo, ce roman a d’abord les allures d’un polar assez classique. Puis des phénomènes étranges s’invitent dans la trame et les chapitres s’enchaînent sans plus nous laisser de répit. Le polar classique se mue alors en thriller paranormal haletant et addictif. Porté par une écriture fluide et sans fioritures, ce polar est un coup de poing dans les idées reçues du genre.

L’auteure, née en 1976 à Lausanne, est ingénieure en chimie de profession et spécialiste en droit alimentaire. Habitant aujourd’hui à Bâle, elle garde des liens affectifs avec Lausanne, ce qui accentue son sentiment de fierté pour avoir gagné le Prix du polar romand, un prix organisé par le service des Bibliothèques et Archives de la Ville de Lausanne et le festival Lausan’noir. On la sent émue dans l’interview d’acceptation de sa récompense, partagée sur le site du salon Lausan’noir.

MARLENE CHARINE
© Bruno Lévy

Coup de cœur de la rédactrice de ces lignes, Tombent les anges est un polar différent où l’on explore les intuitions et la confiance en soi, tout cela porté par le sarcasme et la grande gueule de la protagoniste, un personnage que l’on n’est pas près d’oublier!

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Perdre pied dans la passe

En mars dernier, Drame à Wally Creek a rejoint la collection Frisson des éditions Plaisir de Lire. Une troisième publication pour l’auteure vaudoise Catherine May, qui avait signé Les sacrifiés d’Eyrinques aux éditions Xenia en 2014, puis séduit Plaisir de Lire en 2017 avec son macabre London Docks. Dans ce nouveau roman qui tient plus du drame psychologique que du polar, la solitude et les non-dits attirent irrémédiablement une famille d’un patelin canadien dans le gouffre.

Texte: Katia Meylan

Tout juste sorti de l’école de police, Matthiew Campbell est affecté à Ucluelet, un petit village du Canada où, en théorie, jamais rien ne se trame. Pourtant, un jour qu’il rentre de sa virée quotidienne en kayak, il découvre un cadavre dans la passe. Il en informe la police de Victoria qui lui envoie des renforts en la personne de Joan Thibault, cheffe de service. Le cadavre est rapidement identifié comme celui de Cole Kinnaman, un employé de la pêcherie du village. Les deux protagonistes se lancent alors dans une enquête sur le couple Kinnaman qui, deux ans auparavant, avait été frappée par la mort accidentelle de leur enfant de cinq ans. Que s’est-il passé entre la mort du fils et celle du père? Au fil de leurs découvertes, Campbell et Thibault se rapprochent alors qu’ils tentent de démêler les secrets des vies de Cole et des suspects.

L’auteure laisse à peine trois pages à Campbell pour profiter d’un après-midi paisible et faire le point sur ses premiers mois en poste, entre embouteillages et sauvetages de chats, avant de le confronter au cadavre qui occupera son esprit jusqu’au dénouement sordide. Cette découverte englue immédiatement le rythme du récit, et dès lors – comme dans tous les romans de l’auteure, ce qu’elle observe elle-même comme étant sa « patte » – l’enquête patinera, lente et opaque, à l’image des vies des habitant·e·s de ce petit village de pêcheurs.

Le cadre du récit s’est imposé naturellement à Catherine May qui, lors de vacances dans la région, avait eu un coup de cœur pour la Colombie Britannique. « J’avais envie de m’inspirer d’un vécu positif pour décrire les lieux, les textures, évoquer les sapins, l’eau, l’humidité, la lumière particulière de l’Ouest », nous raconte-t-elle. « Le phare que je décris, l’usine à poisson avec les gars qui à la fin de la journée vont rejeter les entrailles à l’eau, les pubs poisseux, je les ai visités! ». Enthousiaste quand elle parle du décor de son roman, elle nous dit avoir voulu montrer dans sa trame un autre aspect: celui de la solitude humaine renforcée par la solitude géographique.

Photo: Marie Castella

On devine en Catherine May une fervente consommatrice du genre noir, sur papier ou sur pellicule, alors qu’elle cite parmi ses inspirations les romans de Patricia Cornwell ou les séries Broadchurch, Happy Valley et The Killing.
« Mon idée était de faire quelque chose de très noir, mais sans psychopathe ni succession de meurtres épouvantables. Je voulais plutôt explorer la psychologie humaine, les événements qui mènent une personne à perdre totalement pied ».
Drame à Wally Creek comporte quelques scènes qui ébranlent. L’auteure utilise ces « images sidérantes », imprimées en elle par des séries, des faits réels ou débarquées sans crier gare dans son imagination, non pas pour s’y appesantir mais pour traduire la détresse des personnages. Une détresse engendrée, elle, par une conjonction d’événements susceptibles de survenir dans n’importe quelle vie: la perte d’un enfant, l’éloignement irrémédiable dans un couple,  les silences, la solitude… jusqu’à ce qu’un personnage, par cette succession de malheurs, devienne une « allégorie de la tristesse ».

On trouve chez Catherine May des protagonistes tangibles et réalistes. « Ce qui m’intéresse », appuie-t-elle, « c’est l’alchimie qui se crée ou non entre les personnalités, et les rôles que l’on joue, entre ce qu’on dit, ce qu’on cache, comment on se montre et comment on pense que l’on nous voit ».
On découvre avec satisfaction que les histoires d’amour entre ses personnages ne suivent pas les tracés habituels; tant dans l’évidence avec laquelle l’une naît sans rebondissements factices, que dans la complexité avec laquelle une autre, touchante dans ses reliefs, se corrode. Les personnages secondaires, notamment l’ex individualiste, l’affable légiste ou encore le compétent adjoint dénué d’humour contribuent de leur aura à influencer l’atmosphère des scènes.

Pendant tout le cheminement de l’enquête, on avance au rythme collant des inspecteurs, n’espérant même plus que justice soit faite mais doutant plutôt que justice il y ait, devant le sort peu clément que l’univers réserve aux êtres.

Catherine May nous confie avoir senti le besoin de se dépayser dans un tout autre environnement que celui de London Docks, dont l’écriture implique des recherches historiques pour l’exactitude du décor et des mentalités des années 80. La suite du thriller londonien est désormais en cours de rédaction mais en attendant, l’auteure nous laisse parcourir les distances d’Ucluelet.

Drame à Wally Creek
De Catherine May, éditions Plaisir de Lire

www.plaisirdelire.ch

Littérature

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Le Texte au théâtre

C’est dans une ambiance conviviale et élégante que commence le petit-déjeuner littéraire. Entre deux bouchées, le public s’apprête à écouter Daniel Mesguich parler de son essai « Estuaires ».

Texte: Sofia Marazzi

Autour d’un petit-déjeuner organisé par les rencontres Payot Librairies et l’Hôtel NH, où se déroulaient diverses manifestations proposées par l’Alliance Française de Fribourg, nous avons eu le plaisir de rencontrer Daniel Mesguich, que la Présidente de l’AFF Monique Rey a introduit avec beaucoup d’enthousiasme, présentant en quelques mots les diverses facettes de son parcours: son travail de metteur en scène, ses enseignements en tant que professeur de théâtre, et son œuvre d’écrivain.

L’auteur ouvre ensuite la rencontre avec la lecture d’un extrait de son livre: sa voix, le voit-on, est habituée à capter l’attention du public. Daniel Mesguich, aujourd’hui à Fribourg pour présenter son livre « Estuaires » paru en 2017 et qui recueille le fruit de 40 ans de travail, est tout d’abord un acteur animé par une grande passion pour les livres et le travail d’écriture. La lecture de sa préface au « Prince de Hombourg » qu’il a lui-même mis en scène, invite le public à un va-et-vient teinté de philosophie entre le spectacle qu’il s’apprête à voir et ce qui l’entoure: une sorte de mise en abîme de l’expérience du spectateur, entre réalité, scène et fiction.

Mais pour que cette réflexion prenne tout son sens, le public doit savoir qu’il est en train d’assister à une mise en scène, au lieu de se laisser transporter dans le monde qui est déployé sur les planches. Pourquoi insister sur ce paradoxe?

Le texte, selon Mesguich, est toujours présent au théâtre (qu’on le veuille ou non), et son rapport  avec nous (le public, les acteurs·trices, les metteurs·teuses en scène) est « fluctuant », notamment pour des raisons contextuelles. La responsabilité de l’acteur·trice est donc d’interroger le texte en profondeur et de créer un lien entre l’œuvre écrite et sa propre performance. L’onomatopée et la polysémie, notamment, auxquelles Mesguich allude sans les nommer, lui offrent la chance de « célèbre[r] » les mots et ainsi d’entendre toute la finesse d’un texte et de la restituer le plus fidèlement possible.

Ces acteurs·trices savent, quand ils·elles sont sur scène, qu’ils·elles sont en train de jouer, de montrer la mise en scène d’un texte, et que la leur n’est que l’une parmi les interprétations possibles, et le·la spectateur·trice, conclut Mesguich, doit ressentir et comprendre cette prise de conscience pour apprécier le spectacle dans toutes ses nuances.

Si habituellement ces rencontres se terminent par un débat ouvert au public, la discussion a déjà été suffisamment riche et Monique Rey nous convie ainsi à la séance de dédicace, où il est aussi possible, pour ceux qui ont découvert l’œuvre seulement aujourd’hui, d’acquérir le livre. Une occasion précieuse pour s’entretenir en personne avec l’auteur, malgré le peu de temps à disposition.

Tout au long de l’année, Payot organise de nombreux événements dans les cantons romands. Des occasions pour rencontrer des auteurs et des artistes, dans le cadre d’un salon ou d’un vernissage, assister à des conférences ou à des débats, et découvrir ou redécouvrir des œuvres appartenant à différents genres artistiques.

Appréciez-vous les arts visuels ou les arts vivant? Lisez-vous volontiers des BDs, des essais, des romans ou de la poésie? Consultez la liste de tous les événements et choisissez celui qui pourra éveiller votre curiosité! www.evenements.payot.ch

 

Littérature Théâtre

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Programme Gilbert Musy

Un bel hommage pour un homme de Belles-lettres. C’est ainsi que pourrait se résumer la conférence d’ouverture du Programme Gilbert Musy.

Texte: Christelle Bujard

Nous sommes accueillis au Foyer de la Grange de Dorigny, afin d’assister à la conférence de presse pour l’inauguration du Programme Gilbert Musy. Madame Irène Weber Henking, la directrice du CTL (Centre de Traduction Littéraire), commence par nous parler de ce grand homme. Elle nous le décrit en ces termes: « C’était un homme qui souhaitait avant tout transmettre son savoir, et sans qui la traduction littéraire ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Il a fallu 20 ans à ce projet pour aboutir et derrière celui-ci, il y a une volonté de rendre hommage à cet éminent  traducteur, de sortir le·la traducteur·trice de l’ombre et de promouvoir la traduction littéraire chez la jeunesse.

Le programme Gilbert Musy est une master class de traduction littéraire qui récompense un·e traductreur·trice émérite de la littérature mondiale, en reconnaissance de son œuvre et de ses actions en faveur du travail de ses compatriotes sur la scène publique. Par l’obtention de cette bourse, l’invité d’honneur a l’opportunité de séjourner pendant trois mois au Château de Lavigny, afin de consacrer son temps à ses travaux de traduction, ainsi qu’à des projets de médiation culturelle. Ces activités publiques ont pour objectif de transmettre son savoir et son expérience à la relève dans le domaine de la traduction littéraire.

La première bourse a été attribuée à Jean-Louis Besson, remarquable traducteur du théâtre allemand, qui jouit d’une grande expérience dans l’enseignement de la traduction, de la mise en scène et de la dramaturgie. Son projet pour ces trois mois: traduire la première partie du livre de Hans-Thies Lehmann, « Tragédie et théâtre dramatique » (Tragödie  und dramatisches Theater, Alexander Verlag, 2015).

Durant la conférence inaugurale, intitulée « Traduire le théâtre, une expérience à part », Jean-Louis Besson nous parle de son domaine de spécialité. La question principale qui se pose: traduit-on le texte théâtral comme on traduit le poème ou le roman? La réponse est non, tout simplement car le théâtre ne consiste pas uniquement en un texte, c’est également un art oral. La spécificité du théâtre se trouve dans sa représentation, celle-ci est au centre lors du travail de traduction, tout comme elle l’était lorsque l’auteur a écrit la pièce. L’une des conclusions de Jean-Louis Besson est qu’il faut connaître le théâtre pour traduire le théâtre, c’est pourquoi le traducteur du texte théâtral est très souvent lui-même comédien ou dramaturge.

En ce qui concerne le programme Gilbert Musy, les prochaines dates à noter sont les suivantes :

  • Le 15 mai à 19h30, Joute de traduction au Studio André Staiger, Comédie, Bd des Philospophes 6, 1205 Genève, avec Jean-Louis Besson, Raphaëlle Lacord et Marina Skalova. En collaboration avec la Maison de Rousseau & de la Littérature.
  • Le 26 mai à 17h, Présentation publique du travail de la master class, au théâtre de La Grande de Dorigny
  • Le 17 juin à 18h, Lecture au Château de Lavigny, avec les résidents de la Fondation Ledig-Rowohlt.

De plus, le Château de Lavigny organise de juin à septembre, le dimanche à 18h, une série de soirées ouvertes à tous pour faire connaître au public ses écrivains et traducteurs en résidence.

Conférence Littérature

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Les hypallages et autres capharnaüms de Darius Rochebin

Isabelle Falconnier et les Bibliothèques de la Ville de Lausanne ont eu l’idée brillante, dans le cadre de la semaine de la francophonie, d’organiser une dictée qui a réuni une petite foule hier soir au Théâtre Boulimie.
Paré de son bloc et son stylo, émoustillé comme un premier de classe ayant hâte de passer l’examen, on attend le compositeur et locuteur de la dictée, Darius Rochebin.

Texte: Katia Meylan

20h30 passées, il est en retard mais personne ne peut lui en vouloir, on se doute bien qu’il avait affaire quelque part Quai Ernest-Ansermet à Genève. De plus, pas le temps de s’ennuyer puisque les comédiens Kaya Güner et Frédéric Gérard introduisent la soirée, invitant sur scène un spectateur qui ne s’y attendait de toute évidence pas et qui ajoutait au comique du sketch.

Entre temps, Darius Rochebin est arrivé, et commence la lecture de sa dictée. La situation a un côté familier, presque familial, conféré par l’esprit chaleureux du théâtre et peut-être aussi par la sympathie spontanée qu’inspire l’hôte de marque que l’on a l’occasion de voir tous les soirs dans son salon. Mais dans les rangs, on déchante vite, on est moins doué en orthographe que ce que l’on pensait! Des rires et exclamations fusent, on devient cancre dans la bonne humeur.

Je vous donne pêle-mêle les 10 mots qui, parmi d’autres, ont fait souffrir l’auditoire hier soir, les 10 petits mots chanceux qui ont été choisis pour représenter la francophonie en 2018:
Ohé!                     Volubile                              Bagou                                  Jactance                              Voix               Accent                       Griot                     Placoter                          Truculent                           Susurrer

 

« Qui a fait zéro faute »? demande Darius Rochebin alors que l’on a tous le corrigé en main. Aucune ne se lève. Une? Deux? Un homme en aura trois, il est salué par les applaudissements du reste de l’assemblée, dont la moyenne a entre cinq et vingt fautes. On ne vous révélera pas combien en a fait la rédaction…

La difficulté de l’exercice et la convivialité du moment auront en tous les cas renouvelé un intérêt pour la langue française!

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Chasseurs de mystères

Cover de Remi Larroque

Aujourd’hui 8 mars 2018, l’auteure franco-suisse Clara Le Corre annonce la sortie du tome III de « Hunters High Rule », trilogie fantastique dans la veine des romans pour ados. Avant de découvrir les nouveaux mystères que devra résoudre le Club des Chasseurs durant cette dernière année de lycée, L’Agenda a rencontré Clara Le Corre à Lausanne pour quelques questions en tout en simplicité.

 

Texte: Katia Meylan

Clara Le Corre

 

 

 

C’est en effet une simplicité pleine de fraîcheur qui frappe en rencontrant la jeune femme. « Je ne cherche pas à paraître, je réponds comme ça me vient! » nous dit-elle.
Pourquoi l’envie d’écrire pour les jeunes? Parce qu’elle se sent proche de son public adulescent. « Vieille ado », « jeune adulte »? Elle se ravise ensuite sur ces termes trop clichés. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle écrit le roman qu’elle-même voudrait tenir entre ses mains.

En effet, en découvrant les deux premiers tomes de « Hunters High Rule », on retombe à la fin de l’enfance, lorsqu’ on s’asseyait sur son lit pour retrouver nos héros du moment, leurs péripéties et leurs histoires de cœur.

Pendant une bonne première moitié du tome I, c’est bien d’histoires de cœur, d’amitié et d’aléas de la vie de lycée dont il s’agit. On rencontre Dawne, la timide rebelle, entourée de ses meilleurs amis du Club des Chasseurs; Roman, le beau gosse râleur au sang chaud mais toujours prêt à voler au secours des opprimés; Mortimer, « le roux le plus chanceux de la ville », organisé et ultramotivé; et bien sûr la nouvelle recrue, Leotta, si belle et si mystérieuse que le cœur de Dawne ne met pas bien long avant de chavirer. Enfin, le Club ne serait pas complet sans Cacho, chat de gouttière tenant lieu de conscience sur patte, et Linus, chauve-souris geek doté de pas mal de tocs.

Oui, dans « Hunters High Rule », les animaux parlent, en tant que membres à part entière de la société, et à cela on nous habitue dès le départ. « Je voulais poser les bases, que l’on comprenne les personnages, que comme eux, on trouve tout à fait normal que les animaux parlent », nous dit l’auteure.

D’autres éléments fantastiques mettent plus de temps à se dévoiler. Pourtant, on suit un Club dont le but est de résoudre les mystères. Il nous faut donc du mystère! Et il n’y a pas que le lecteur qui se demande quand est-ce qu’il pointera le bout son nez, au milieu des cours de maths, des fêtes d’Halloween et des articles à rédiger. Comiquement, les personnages aussi désespèrent devant le manque d’action…  C’est peu à peu, au fil du roman, que l’on se rend compte qu’ils affronteront bien plus que la fille populaire qui leur lance des pics, et que pour cela chacun devra faire bon usage de son pouvoir.

Sur le terme « pouvoir », l’auteur nous reprend: « Je préfère parler de faculté, de force ». En effet, dès le départ elle tenait à ce que les « pouvoirs » des personnages restent proches de la réalité. Dawne a une force qui dépasse largement la moyenne, Mortimer a une chance sur laquelle il peut compter à 100%. Quant à Roman, sa capacité à récupérer rapidement et à ne pas sentir la douleur pourrait s’apparenter à l’analgésie. « Pour Leotta, mon imagination n’a pas été d’accord, elle voulait se faire plaisir! », sourit l’auteure. En effet, on découvrira que la jeune fille a d’autre talents que celui de faire craquer Dawne.

Au-delà de l’intrigue, Clara Le Corre voulait surtout raconter une histoire d’amitié forte avec des personnages vrais. Dans son processus d’écriture elle s’inspire des gens qu’elle connait, et de ses expériences personnelles. Elle démarre le tome I en 2013. « Quand j’écris, cela devient une obsession »! affirme-elle. Au travail, aux études, elle prend des notes d’une main et écrit son roman de l’autre. Pas une page de cahiers sans un petit mot sur Dawne ou Cacho. Les tocs de Linus, elle les a observés dans son entourage, Roman est presque trait pour trait un ancien camarade, l’histoire de Dawne et Leotta ne lui est pas non plus pas inconnue.

Elle voulait que les lecteurs ressentent authentiquement ces liens entre les personnages, et admet que les pouvoirs et les dangers sont surtout les vecteurs qui font que les personnages évoluent, apprennent peu à peu à se connaître eux-mêmes, à connaître les autres, à se rapprocher et à faire avec les forces et les faiblesses de chacun.

On imagine que le tome III réserve encore à leurs pouvoirs et à leurs cœurs quelques épreuves. Jeune lecteur – ou lecteur de tout âge, si vous êtes resté un peu adolescent –, vous pouvez découvrir depuis aujourd’hui la trilogie complète des « Hunters High Rule » ici:

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