Donatienne Amann

Donatienne Amann – En Slip

Prendre du recul par rapport à nos fragilités et rire de nos échecs? Dépasser la fiction pour devenir un∙e superhéros∙ïne dans la réalité? Voici des thématiques dont parle et rit Donatienne Amann dans son premier stand-up, en tournée depuis février 2024.

Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler

Démasquer le stand-up

Se produire seule sur scène avec son propre projet, la comédienne l’avait vécu en 2018 pour son travail de sortie de la Manufacture. Elle souhaitait reproduire l’expérience, enrichissante, dans son bagage d’actrice et d’humoriste. En effet, le stand-up la challenge différemment du théâtre, et la motive à continuer: « Quand tu fais un bide, c’est hardcore, mais les rares fois où j’ai eu des moments de grâce, où je surfais sur mon texte, c’était de l’impro mais je contrôlais.… je me suis dit, cette sensation est ouf, je veux arriver à maitriser ce truc! ». Elle ajoute, pragmatique: « Dans le stand-up, le public sent si tu mets un masque. Je dois y aller en étant moi, je me mets à nu, je me mets en slip. »

L’anxiété comme source de créativité

La peur et l’anxiété font intégralement partie de l’identité de Donatienne, qui a appris à vivre avec depuis son enfance. Toutes ces choses qui nous empêchent d’être notre super-nous – fragilités, échecs et hontes – constituent ainsi le fil rouge de son spectacle, inspiré d’une première version écrite l’été 2023. « Être anxieux, c’est être créatif… imaginer tout ce qui pourrait mal se passer, c’est un art », estime-t-elle, mi-figue, mi-raisin.

La poésie de l’humour

Le rire occupe une place centrale dans la vie de Donatienne. Avec l’impro, l’artiste a découvert que l’humour, en plus de faire passer des messages, permettait aussi de prendre du recul. « L’autodérision, ça oblige à avoir un certain regard… récemment, je me suis fait voler mon vélo, ça m’a bien saoulée. Mais c’était pendant que je faisais du vélo d’intérieur au fitness, c’est tellement marrant en fait, j’en ai ri! ».

En tant que femme dans le domaine de l’humour, la comédienne a développé des « stratégies de survie » pour exister, en revêtant des masques. « J’ai appris les codes masculins, et je m’y adapte en apportant ma touche. C’est nul de devoir être stratège comme ça. Mais il y a cette croyance que les filles sont moins drôles – c’est pas vrai! Le monde s’est juste développé avec un humour pour les mecs. » Elle poursuit: « Sur les plateaux d’humour, il y a le mec qui fait les blagues absurdes, les blagues poétiques, le mec trash, … et il y a la meuf. LA meuf. Elle n’a pas de style précis. J’ai hâte qu’on ait un autre rôle que d’être LA femme », conclutelle, déterminée.

Dans son spectacle, elle a ainsi décidé de faire voyager le public – tous genres confondus – et transmettre le goût de la vulnérabilité et la joie de l’échec. « Je veux qu’après le spectacle, les gens repartent avec l’envie de réaliser un rêve, de se dire ‘allez go, j’essaye, peut-être que je me rate mais je tente!’ », souhaite Donatienne.

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